{"id":1134242,"date":"2026-06-18T00:52:55","date_gmt":"2026-06-17T22:52:55","guid":{"rendered":"https:\/\/kohenavocats.com\/jurisprudences\/eclibeghcc2024arr-059\/"},"modified":"2026-06-18T00:52:55","modified_gmt":"2026-06-17T22:52:55","slug":"eclibeghcc2024arr-059","status":"publish","type":"kji_decision","link":"https:\/\/kohenavocats.com\/en\/jurisprudences\/eclibeghcc2024arr-059\/","title":{"rendered":"ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.059"},"content":{"rendered":"<div class=\"kji-decision\">\n<div class=\"kji-full-text\">JUPORTAL Base de donn\u00e9es publique de la jurisprudence belge<\/p>\n<p>    <!-- continue here with main block (division \"content\") --><\/p>\n<p>            <!-- Commandes de navigation page d\u00e9tail--> <\/p>\n<p>                  Imprimer cette page<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>          Taille d&#8217;impression          <\/p>\n<p>            S<br \/>\n            M<br \/>\n            L<br \/>\n            XL<\/p>\n<p>          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Nouvelle recherche JUPORTAL<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Fermer l&#8217;onglet          <\/p>\n<p>        <!-- Fin commandes de navigation page d\u00e9tail --><\/p>\n<p>        &nbsp;<br \/>\nCour constitutionnelle (Cour d&apos;arbitrage)  <\/p>\n<p>            Jugement\/arr\u00eat du 30 mai 2024            <\/p>\n<p>No ECLI:<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.059<\/p>\n<p>No Arr\u00eat\/No R\u00f4le:<\/p>\n<p>59\/2024<\/p>\n<p>Domaine juridique:<\/p>\n<p>\n Droit constitutionnel<\/p>\n<p>Date d&#8217;introduction:<\/p>\n<p>2024-08-08<\/p>\n<p>Consultations:<\/p>\n<p>349 &#8211; derni\u00e8re vue 2026-06-05 06:08<\/p>\n<p>Version(s):<\/p>\n<p>Version NL\n        <\/p>\n<p>Version DE\n        <\/p>\n<p>            Fiche            <\/p>\n<p>Th\u00e9saurus Cassation:<\/p>\n<p>COUR CONSTITUTIONNELLE\n<\/p>\n<p>Th\u00e9saurus UTU:<\/p>\n<p>DROIT PUBLIC ET ADMINISTRATIF &#8211; COUR CONSTITUTIONNELLE\n <\/p>\n<p>Mots libres:<\/p>\n<p>\nle recours en annulation de l&apos;ordonnance de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale<br \/>\n         du 15 d\u00e9cembre 2022 \u00ab organisant la limitation de l&apos;indexation<br \/>\n         des baux commerciaux \u00bb, introduit par l&apos;ASBL \u00ab Syndicat National<br \/>\n         des Propri\u00e9taires et Copropri\u00e9taires \u00bb et autres. Droit civil &#8211; Baux<br \/>\n         commerciaux &#8211; R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale &#8211; Soutien temporaire aux locataires<br \/>\n         commerciaux &#8211; Indexation des loyers &#8211; Plafond &#8211; Indice \u00ab 0 \u00e9nergie \u00bb<\/p>\n<p>            Texte de la d\u00e9cision            <\/p>\n<p>\n       Cour constitutionnelle<br \/>\n       Arr\u00eat n\u00b0 59\/2024<br \/>\n       du 30 mai 2024<br \/>\n       Num\u00e9ro du r\u00f4le : 8012<br \/>\n       En cause : le recours en annulation de l\u2019ordonnance de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale du 15 d\u00e9cembre 2022 \u00ab organisant la limitation de l\u2019indexation des baux commerciaux \u00bb, introduit par l\u2019ASBL \u00ab Syndicat National des Propri\u00e9taires et Copropri\u00e9taires \u00bb et autres.<br \/>\n       La Cour constitutionnelle,<br \/>\n       compos\u00e9e des pr\u00e9sidents Pierre Nihoul et Luc Lavrysen, et des juges Thierry Giet, Jos\u00e9phine Moerman, Michel P\u00e2ques, Yasmine Kherbache, Danny Pieters, Sabine de Bethune, Emmanuelle Bribosia, Willem Verrijdt, Kattrin Jadin et Magali Plovie, assist\u00e9e du greffier Nicolas Dupont, pr\u00e9sid\u00e9e par le pr\u00e9sident Pierre Nihoul,<br \/>\n       apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, rend l\u2019arr\u00eat suivant :<br \/>\n       I. Objet du recours et proc\u00e9dure<br \/>\n       Par requ\u00eate adress\u00e9e \u00e0 la Cour par lettre recommand\u00e9e \u00e0 la poste le 9 juin 2023 et parvenue au greffe le 12 juin 2023, un recours en annulation de l\u2019ordonnance de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale du 15 d\u00e9cembre 2022 \u00ab organisant la limitation de l\u2019indexation des baux commerciaux \u00bb (publi\u00e9e au Moniteur belge du 21 d\u00e9cembre 2022) a \u00e9t\u00e9 introduit par l\u2019ASBL \u00ab Syndicat National des Propri\u00e9taires et Copropri\u00e9taires \u00bb, l\u2019ASBL \u00ab Union Professionnelle du Secteur Immobilier \u00bb, la SA \u00ab Brufimo \u00bb et la SPRL \u00ab Interactive Finance \u00bb, assist\u00e9es et repr\u00e9sent\u00e9es par Me Emmanuel Plasschaert, Me Eric Montens et Me Sakine Yilmaz, avocats au barreau de Bruxelles.<br \/>\n       Des m\u00e9moires ont \u00e9t\u00e9 introduits par :<br \/>\n       &#8211; le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, assist\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 par Me Bruno Fonteyn, avocat au barreau de Bruxelles;<br \/>\n       &#8211; le pr\u00e9sident du Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, assist\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 par Me Marc Uyttendaele et Me Anne Feyt, avocats au barreau de Bruxelles;<br \/>\n       2<br \/>\n       &#8211; le Gouvernement flamand, assist\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 par Me Nathana\u00eblle Kiekens, Me Lieselotte Schellekens et Me Natan Vermeersch, avocats au barreau de Bruxelles.<br \/>\n       Les parties requ\u00e9rantes ont introduit un m\u00e9moire en r\u00e9ponse.<br \/>\n       Des m\u00e9moires en r\u00e9plique ont \u00e9t\u00e9 introduits par :<br \/>\n       &#8211; le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale;<br \/>\n       &#8211; le pr\u00e9sident du Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale.<br \/>\n       Par ordonnance du 13 mars 2024, la Cour, apr\u00e8s avoir entendu les juges-rapporteurs Thierry Giet et Sabine de Bethune, a d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019affaire \u00e9tait en \u00e9tat, qu\u2019aucune audience ne serait tenue, \u00e0 moins qu\u2019une partie n\u2019ait demand\u00e9, dans le d\u00e9lai de sept jours suivant la r\u00e9ception de la notification de cette ordonnance, \u00e0 \u00eatre entendue, et qu\u2019en l\u2019absence d\u2019une telle demande, les d\u00e9bats seraient clos \u00e0 l\u2019expiration de ce d\u00e9lai et l\u2019affaire serait mise en d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<br \/>\n       Aucune demande d\u2019audience n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 introduite, l\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 mise en d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<br \/>\n       Les dispositions de la loi sp\u00e9ciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle relatives \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 l\u2019emploi des langues ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es.<br \/>\n       II. En droit<br \/>\n       -A-<br \/>\n       Quant \u00e0 la recevabilit\u00e9<br \/>\n       A.1. Les deux premi\u00e8res parties requ\u00e9rantes font valoir qu\u2019elles ont notamment pour but statutaire la d\u00e9fense du droit de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, de sorte que les atteintes \u00e0 ce droit qu\u2019entra\u00eene l\u2019ordonnance de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale du 15 d\u00e9cembre 2022 \u00ab organisant la limitation de l\u2019indexation des baux commerciaux \u00bb (ci-<br \/>\n       apr\u00e8s : l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022) justifient la recevabilit\u00e9 de leur recours. Les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me parties requ\u00e9rantes sont des bailleurs commerciaux, de sorte qu\u2019elles disposent d\u2019un int\u00e9r\u00eat direct \u00e0 poursuivre l\u2019annulation des dispositions attaqu\u00e9es.<br \/>\n       A.2. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale ne conteste pas la recevabilit\u00e9 du recours.<br \/>\n       Quant au fond<br \/>\n       En ce qui concerne le premier moyen<br \/>\n       A.3. Le premier moyen est pris de la violation des r\u00e8gles r\u00e9partitrices de comp\u00e9tences. Il est dirig\u00e9 contre les articles 1er et 2 de l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022.<br \/>\n       A.4. Les parties requ\u00e9rantes estiment qu\u2019en rempla\u00e7ant l\u2019indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb par un indice \u00ab 0 \u00e9nergie \u00bb afin de limiter l\u2019indexation des loyers des baux commerciaux, l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e empi\u00e8te sur les comp\u00e9tences de<br \/>\n       3<br \/>\n       l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de droit civil, notamment en mati\u00e8re de droit des contrats et des obligations, d\u00e8s lors qu\u2019elle modifie l\u2019\u00e9quilibre contractuel entre les propri\u00e9taires et les locataires qui devait \u00eatre garanti par l\u2019article 1728bis de l\u2019ancien Code civil. Elles consid\u00e8rent que la mesure attaqu\u00e9e empi\u00e8te \u00e9galement sur les comp\u00e9tences de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie en faisant peser la charge de l\u2019augmentation des prix de l\u2019\u00e9nergie sur les propri\u00e9taires dans le cadre de la relation contractuelle entre ceux-ci et leurs locataires.<br \/>\n       Les parties requ\u00e9rantes font valoir que les auteurs de la proposition d\u2019ordonnance qui est devenue l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 ont certes reconnu les difficult\u00e9s auxquelles les propri\u00e9taires peuvent \u00eatre confront\u00e9s, mais qu\u2019ils ont choisi de ne pas les aider \u00e0 faire face \u00e0 la hausse des co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie. En neutralisant l\u2019impact des prix de l\u2019\u00e9nergie sur le montant de l\u2019indexation des loyers commerciaux, le l\u00e9gislateur a report\u00e9 la charge sur les propri\u00e9taires, ce qui modifie l\u2019\u00e9quilibre contractuel entre ceux-ci et leurs locataires.<br \/>\n       A.5. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Gouvernement flamand rappellent que le l\u00e9gislateur sp\u00e9cial a transf\u00e9r\u00e9 aux r\u00e9gions l\u2019ensemble de la mati\u00e8re du bail commercial, y compris l\u2019indexation des loyers. Les r\u00e9gions sont d\u00e8s lors comp\u00e9tentes pour d\u00e9roger aux r\u00e8gles de droit commun d\u00e9termin\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale. La d\u00e9termination des r\u00e8gles de limitation de l\u2019indexation des loyers des baux commerciaux ne rel\u00e8ve pas de la comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de droit civil et elle n\u2019y porte pas atteinte. Ils rappellent \u00e9galement que la section de l\u00e9gislation du Conseil d\u2019\u00c9tat a observ\u00e9 que la comp\u00e9tence de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de droit civil ne porte pas atteinte \u00e0 la comp\u00e9tence des r\u00e9gions en ce qui concerne l\u2019adoption de r\u00e8gles sp\u00e9cifiques en mati\u00e8re de bail commercial (CE, avis n\u00b0 58.539\/2 du 16 d\u00e9cembre 2015). Dans l\u2019exercice de ses comp\u00e9tences, la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale peut modifier l\u2019\u00e9quilibre entre le bailleur et le locataire. En revanche, l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e n\u2019\u00e9tablit pas un r\u00e9gime g\u00e9n\u00e9ral de fixation des prix ni d\u2019interpr\u00e9tation des contrats.<br \/>\n       En ce qui concerne l\u2019empi\u00e9tement all\u00e9gu\u00e9 sur les comp\u00e9tences de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de prix de l\u2019\u00e9nergie, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Gouvernement flamand font valoir que la mesure attaqu\u00e9e n\u2019op\u00e8re pas un transfert de charge et que l\u2019indexation des baux commerciaux ne fixe pas les tarifs de fourniture de l\u2019\u00e9nergie au sens de l\u2019article 6, \u00a7 1er, VII, alin\u00e9a 2, d), de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 \u00ab de r\u00e9formes institutionnelles \u00bb.<br \/>\n       A.6. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent que l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e constitue une mesure de lutte contre l\u2019inflation et qu\u2019\u00e0 ce titre, elle rel\u00e8ve non pas de la comp\u00e9tence des r\u00e9gions en mati\u00e8re de baux commerciaux, mais de la comp\u00e9tence de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de prix, notamment en mati\u00e8re de tarifs de l\u2019\u00e9nergie et de lutte contre l\u2019inflation.<br \/>\n       A.7. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale r\u00e9plique que les d\u00e9veloppements relatifs \u00e0 l\u2019empi\u00e9tement sur la comp\u00e9tence de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de prix constituent une branche nouvelle du premier moyen. Cette branche est d\u00e8s lors irrecevable.<br \/>\n       En ce qui concerne le deuxi\u00e8me moyen<br \/>\n       A.8. Le deuxi\u00e8me moyen est pris de la violation des articles 10 et 11 de la Constitution. Il se subdivise en quatre branches.<br \/>\n       Premi\u00e8re branche<br \/>\n       A.9. Dans une premi\u00e8re branche, les parties requ\u00e9rantes font valoir que la mesure attaqu\u00e9e n\u2019est pas pertinente pour atteindre l\u2019objectif de protection des locataires commerciaux les plus touch\u00e9s par l\u2019inflation, d\u00e8s lors qu\u2019elle intervient pr\u00e8s de quatre mois apr\u00e8s le pic de l\u2019inflation et qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 de nouveau pic au moment de son adoption. Les parties requ\u00e9rantes observent que l\u2019inflation des prix de l\u2019\u00e9nergie a stagn\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 2022 et qu\u2019elle a diminu\u00e9 en 2023. Elles affirment \u00e9galement que les prix de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ont diminu\u00e9 de 88,44 % entre le 26 avril 2022 et le 15 mai 2023.<br \/>\n       A.10.1. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale soutient, \u00e0 titre principal, que les parties requ\u00e9rantes ne d\u00e9montrent pas, dans cette branche du moyen, l\u2019existence d\u2019une violation des articles 10 et 11 de<br \/>\n       4<br \/>\n       la Constitution. L\u2019affirmation selon laquelle la mesure est d\u00e9nu\u00e9e de pertinence ne saurait conduire \u00e0 l\u2019annulation de celle-ci. Il s\u2019agit d\u2019une critique d\u2019opportunit\u00e9.<br \/>\n       A.10.2. \u00c0 titre subsidiaire, s\u2019il faut estimer que la branche \u00e9claire les trois autres branches du moyen, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale y r\u00e9pond comme suit.<br \/>\n       Il fait valoir que la pertinence d\u2019une norme ne peut \u00eatre jug\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de circonstances qui \u00e9taient inconnues au moment de son adoption. Le fait qu\u2019au moment de l\u2019adoption de l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e, l\u2019augmentation des prix de l\u2019\u00e9nergie n\u2019\u00e9tait ni av\u00e9r\u00e9e ni quantifiable ne d\u00e9nue pas la norme de sa pertinence, d\u00e8s lors que cette norme avait pour objectif d\u2019anticiper cette augmentation des prix.<br \/>\n       Il observe \u00e9galement que le m\u00e9canisme d\u2019indexation mis en place int\u00e8gre l\u2019augmentation des prix de l\u2019\u00e9nergie depuis juin 2021.<br \/>\n       En outre, il rel\u00e8ve que les parties requ\u00e9rantes ne nient pas l\u2019impact de cette augmentation sur l\u2019\u00e9conomie bruxelloise. Il estime que l\u2019argumentation des parties requ\u00e9rantes se limite \u00e0 l\u2019opportunit\u00e9 de la mesure et qu\u2019elle ne d\u00e9montre pas le caract\u00e8re disproportionn\u00e9 de cette derni\u00e8re.<br \/>\n       A.11. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale d\u00e9veloppe une argumentation similaire \u00e0 celle du Gouvernement de cette R\u00e9gion. Il ajoute que, s\u2019il est vrai que certaines pr\u00e9visions indiquaient que l\u2019inflation allait diminuer, l\u2019incertitude demeurait \u00e0 cet \u00e9gard. Il fait \u00e9galement valoir que le pic de l\u2019inflation a eu lieu moins d\u2019un mois et demi avant l\u2019adoption de la mesure attaqu\u00e9e et non quatre mois avant cette adoption. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirment les parties requ\u00e9rantes, la mesure n\u2019a pas seulement pour objet d\u2019anticiper un nouveau pic d\u2019inflation.<br \/>\n       Elle prend \u00e9galement en compte l\u2019inflation anormalement \u00e9lev\u00e9e qui avait d\u00e9j\u00e0 eu lieu depuis 2021.<br \/>\n       A.12. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent qu\u2019au moment de l\u2019adoption de l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e, le l\u00e9gislateur disposait des pr\u00e9visions de la Banque nationale, qui permettaient d\u2019anticiper une baisse de l\u2019inflation, et que l\u2019incertitude inh\u00e9rente \u00e0 toute situation \u00e9conomique ne peut \u00eatre invoqu\u00e9e pour justifier la mesure. En outre, elles estiment que, si la mesure doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une mesure d\u2019aide \u00e9conomique li\u00e9e \u00e0 l\u2019inflation pass\u00e9e, il ne se justifiait pas d\u2019adopter celle-ci en urgence, sans consultation pr\u00e9alable du Conseil d\u2019\u00c9tat.<br \/>\n       Elles consid\u00e8rent enfin que, si l\u2019objectif de la mesure est de prot\u00e9ger les entreprises bruxelloises, la question de savoir si ces entreprises sont locataires ou non n\u2019est pas pertinente.<br \/>\n       A.13. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale r\u00e9plique que les parties requ\u00e9rantes n\u2019indiquent pas en quoi les mesures qui ont \u00e9t\u00e9 prises ne devaient pas l\u2019\u00eatre en urgence.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale estiment que la norme attaqu\u00e9e tient compte de la situation pass\u00e9e et qu\u2019elle anticipe l\u2019\u00e9volution future. Ils font valoir que de nombreux indicateurs laissaient entendre un risque d\u2019augmentation des prix de l\u2019\u00e9nergie. Plusieurs \u00e9conomistes convergeaient \u00e9galement dans ce sens.<br \/>\n       Deuxi\u00e8me branche<br \/>\n       A.14. Dans une deuxi\u00e8me branche, les parties requ\u00e9rantes soutiennent que l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e fait na\u00eetre des discriminations entre diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de locataires commerciaux. La branche se subdivise en trois sous-<br \/>\n       branches.<br \/>\n       A.15. Dans une premi\u00e8re sous-branche, elles font valoir que le m\u00e9canisme d\u2019indexation mis en place s\u2019applique \u00e0 tous les locataires commerciaux, quels que soient leur taille et leur chiffre d\u2019affaires. Elles rappellent que l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e vise sp\u00e9cifiquement \u00e0 soutenir les petits commer\u00e7ants, les commer\u00e7ants de d\u00e9tail, les artisans et le secteur \u00ab horeca \u00bb. Or, aucune distinction n\u2019est faite, en ce qui concerne le champ d\u2019application de la mesure, entre ces cat\u00e9gories de locataires et les multinationales, qui sont en position de force pour n\u00e9gocier le loyer avec leur bailleur. Elles citent l\u2019exemple de plusieurs grandes entreprises qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es par la crise.<br \/>\n       5<br \/>\n       A.16.1. \u00c0 titre principal, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale affirme que les parties requ\u00e9rantes ne circonscrivent pas clairement les cat\u00e9gories de locataires qu\u2019elles entendent comparer, d\u00e8s lors qu\u2019elles ne pr\u00e9cisent pas le seuil de taille ni le chiffre d\u2019affaires \u00e0 partir desquels un commer\u00e7ant appartient \u00e0 l\u2019une ou \u00e0 l\u2019autre des cat\u00e9gories. Le moyen, en cette premi\u00e8re sous-branche, doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 irrecevable, d\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour de d\u00e9finir elle-m\u00eame les cat\u00e9gories \u00e0 prendre en compte.<br \/>\n       A.16.2. \u00c0 titre subsidiaire, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale observe que la mesure attaqu\u00e9e red\u00e9finit temporairement l\u2019\u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats du propri\u00e9taire et ceux des locataires commer\u00e7ants.<br \/>\n       Le champ d\u2019application de la mesure ne fait pas de distinction entre plusieurs cat\u00e9gories de locataires, \u00e9tant donn\u00e9 que la crise des prix de l\u2019\u00e9nergie affecte tous les commer\u00e7ants, f\u00fbt-ce \u00e0 des degr\u00e9s divers.<br \/>\n       Selon le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, la circonstance que les travaux pr\u00e9paratoires se r\u00e9f\u00e8rent essentiellement aux petits commerces s\u2019explique par le fait que ceux-ci constituent l\u2019essentiel des commerces en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale. Il rappelle \u00e9galement que bon nombre de grandes enseignes fonctionnent avec un syst\u00e8me de franchise, de sorte que l\u2019exploitant du magasin est un petit commer\u00e7ant.<br \/>\n       Il consid\u00e8re que les parties requ\u00e9rantes ne d\u00e9montrent pas que la cat\u00e9gorie des \u00ab grandes entreprises \u00bb, non autrement d\u00e9finie, serait essentiellement diff\u00e9rente de la cat\u00e9gorie des petites et moyennes entreprises, en ce qui concerne la poursuite de l\u2019objectif assign\u00e9 \u00e0 la norme.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale observe \u00e9galement qu\u2019au moment d\u2019adopter la norme, le l\u00e9gislateur ordonnanciel ne disposait d\u2019aucune information indiquant que les \u00ab grandes entreprises \u00bb ne seraient que marginalement affect\u00e9es par la crise.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale fait valoir que, dans le cadre du large pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation dont il dispose en mati\u00e8re socio-\u00e9conomique, le l\u00e9gislateur ordonnanciel a pu traiter de la m\u00eame mani\u00e8re l\u2019ensemble des locataires commer\u00e7ants.<br \/>\n       A.17. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale d\u00e9veloppe une argumentation similaire \u00e0 celle du Gouvernement de cette R\u00e9gion.<br \/>\n       Il ajoute que le chiffre d\u2019affaires des grandes entreprises que les parties requ\u00e9rantes mettent en exergue n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 par la crise parce qu\u2019il s\u2019agit du chiffre d\u2019affaires de l\u2019ann\u00e9e 2021 et que les effets les plus importants de la crise se sont fait sentir \u00e0 partir du mois de d\u00e9cembre 2021.<br \/>\n       Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale estime \u00e9galement qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement difficile de pr\u00e9voir dans l\u2019urgence un m\u00e9canisme qui s\u2019applique diff\u00e9remment aux grandes entreprises et aux autres entreprises. Il fait notamment valoir que l\u2019utilisation d\u2019un seul crit\u00e8re risquait de susciter un autre reproche de discrimination, que le param\u00e9trage de plusieurs crit\u00e8res par le l\u00e9gislateur dans une situation d\u2019urgence et face \u00e0 une situation in\u00e9dite aurait relev\u00e9 de l\u2019exercice impossible, que les chiffres d\u2019affaires annuels peuvent fluctuer fortement d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e et que l\u2019application des crit\u00e8res portant sur le chiffre d\u2019affaires annuel et le total du bilan de l\u2019entreprise supposent que les comptes soient r\u00e9alis\u00e9s, ce qui entra\u00eene un d\u00e9calage entre l\u2019\u00e9valuation de la taille de la soci\u00e9t\u00e9 et le moment o\u00f9 cette \u00e9valuation aura une cons\u00e9quence pour cette soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\n       Il affirme \u00e9galement que le dispositif litigieux devait pouvoir \u00eatre mis en \u0153uvre par les parties au bail sans l\u2019intervention d\u2019une administration ni celle d\u2019un juge.<br \/>\n       Enfin, il soutient que le l\u00e9gislateur a raisonnablement pu assimiler les grandes entreprises aux autres entreprises, d\u00e8s lors que les premi\u00e8res repr\u00e9sentent 1 % des entreprises en R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et que l\u2019indexation n\u2019est pas supprim\u00e9e mais plafonn\u00e9e pour une dur\u00e9e limit\u00e9e.<br \/>\n       A.18. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent que l\u2019objectif du l\u00e9gislateur \u00e9tait de soutenir les petites entreprises et que la notion de \u00ab petites entreprises \u00bb est claire, d\u00e8s lors que la l\u00e9gislation r\u00e9gionale en mati\u00e8re de primes et subsides pr\u00e9voit des crit\u00e8res permettant d\u2019identifier les petites entreprises.<br \/>\n       Elles estiment \u00e9galement qu\u2019il ressort des travaux pr\u00e9paratoires de l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e que le l\u00e9gislateur lui-m\u00eame a estim\u00e9 que seules les petites entreprises \u00e9taient affect\u00e9es par la crise.<br \/>\n       6<br \/>\n       Elles soutiennent que les pi\u00e8ces sur lesquelles se fonde le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale ne d\u00e9montrent pas que les grandes entreprises seraient touch\u00e9es de la m\u00eame mani\u00e8re que les petites. Elle affirme \u00e9galement que le l\u00e9gislateur ordonnanciel a pris en consid\u00e9ration les donn\u00e9es \u00e9conomiques relatives \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 2021.<br \/>\n       Enfin, elles estiment qu\u2019il n\u2019est pas exact d\u2019affirmer qu\u2019une distinction sur la base de la taille de l\u2019entreprise \u00e9tait impossible, d\u00e8s lors qu\u2019une telle distinction existe dans d\u2019autres r\u00e9gimes juridiques adopt\u00e9s par la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale.<br \/>\n       A.19. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale r\u00e9pliquent qu\u2019il est faux d\u2019affirmer que le l\u00e9gislateur aurait constat\u00e9 que seules les petites entreprises avaient besoin de soutien. Ils estiment que les parties requ\u00e9rantes ne d\u00e9montrent pas que les deux cat\u00e9gories de personnes concern\u00e9es sont distinctes.<br \/>\n       A.20. Dans la deuxi\u00e8me sous-branche, les parties requ\u00e9rantes consid\u00e8rent que, sans qu\u2019existe \u00e0 cet \u00e9gard une justification raisonnable, l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e traite de la m\u00eame mani\u00e8re les locataires dont l\u2019activit\u00e9 est tr\u00e8s \u00e9nergivore \u2013 tels que les boulangers, les garagistes et le secteur \u00ab horeca \u00bb \u2013, d\u2019une part, et ceux dont l\u2019activit\u00e9 est peu \u00e9nergivore, d\u2019autre part. En outre, le l\u00e9gislateur n\u2019a pas pris en consid\u00e9ration le fait que les locataires qui disposaient d\u2019un contrat de fourniture d\u2019\u00e9nergie \u00e0 taux fixe sign\u00e9 avant la hausse des prix de l\u2019\u00e9nergie n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 impact\u00e9s par celle-ci.<br \/>\n       A.21.1. \u00c0 titre principal, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale affirme que les parties requ\u00e9rantes ne circonscrivent pas clairement les cat\u00e9gories de locataires qu\u2019elles entendent comparer, d\u00e8s lors qu\u2019elles ne pr\u00e9cisent pas le seuil de consommation d\u2019\u00e9nergie \u00e0 partir duquel un commer\u00e7ant appartient \u00e0 l\u2019une ou \u00e0 l\u2019autre des cat\u00e9gories. Le moyen, en cette deuxi\u00e8me sous-branche, doit \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 irrecevable, d\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019appartient pas \u00e0 la Cour de d\u00e9finir elle-m\u00eame les cat\u00e9gories \u00e0 prendre en compte.<br \/>\n       A.21.2. \u00c0 titre subsidiaire, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale affirme que l\u2019objectif du m\u00e9canisme mis en place n\u2019est pas directement de couvrir le co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie, mais de soutenir les locataires-<br \/>\n       commer\u00e7ants qui sont asphyxi\u00e9s par l\u2019augmentation du co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie, des mati\u00e8res premi\u00e8res et des loyers et par la diminution du pouvoir d\u2019achat des consommateurs. Ces difficult\u00e9s concernent l\u2019ensemble des locataires-<br \/>\n       commer\u00e7ants, ind\u00e9pendamment de leurs activit\u00e9s.<br \/>\n       En outre, la mesure attaqu\u00e9e ne constitue pas une mesure d\u2019aide aux entreprises \u00e9nergivores qui sont confront\u00e9es au surco\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie li\u00e9 \u00e0 la crise, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019une prime sp\u00e9cifique, \u00e0 savoir la \u00ab prime \u00e9nergie \u00bb, qui est octroy\u00e9e en fonction de l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise, poursuit cet objectif. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale en inf\u00e8re que les deux cat\u00e9gories de personnes compar\u00e9es ne sont pas essentiellement diff\u00e9rentes au regard de l\u2019objectif poursuivi. S\u2019il est vrai que certaines entreprises dont l\u2019activit\u00e9 est plus \u00e9nergivore sont davantage affect\u00e9es par la crise, la prime pr\u00e9cit\u00e9e tient compte de la situation particuli\u00e8re de ces entreprises.<br \/>\n       Tel n\u2019est en revanche pas l\u2019objet du m\u00e9canisme, attaqu\u00e9, de plafonnement de l\u2019indexation.<br \/>\n       A.22. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale d\u00e9veloppe une argumentation similaire \u00e0 celle du Gouvernement de cette R\u00e9gion.<br \/>\n       Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale estime \u00e9galement qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement difficile de pr\u00e9voir dans l\u2019urgence un m\u00e9canisme qui s\u2019applique diff\u00e9remment aux entreprises dont l\u2019activit\u00e9 est \u00e9nergivore et aux autres entreprises.<br \/>\n       Il affirme, en outre, que le dispositif litigieux devait pouvoir \u00eatre mis en \u0153uvre par les parties au bail sans l\u2019intervention d\u2019une administration ni d\u2019un juge.<br \/>\n       A.23. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent qu\u2019il ressort tant des travaux pr\u00e9paratoires de l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e que de la communication du Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et de son administration que l\u2019objectif poursuivi par la mesure attaqu\u00e9e est de couvrir le co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       Elles estiment qu\u2019il est parfaitement possible de d\u00e9terminer le degr\u00e9 de consommation \u00e9nerg\u00e9tique sur la base de l\u2019activit\u00e9 du locataire. Elles en veulent pour preuve l\u2019arr\u00eat\u00e9 du Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale du 2 mars 2023 \u00ab relatif \u00e0 une aide en mati\u00e8re de co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie aux entreprises touch\u00e9es par les cons\u00e9quences \u00e9conomiques directes et indirectes de l\u2019agression de la Russie contre l\u2019Ukraine \u00bb.<br \/>\n       7<br \/>\n       Elles invitent \u00e9galement la Cour \u00e0 appliquer, par analogie, les enseignements de son arr\u00eat n\u00b0 32\/2018 du 15 mars 2018 (ECLI:BE:GHCC:2018:ARR.032), qui concerne le report de l\u2019indexation des loyers des baux d\u2019habitation pour compenser le saut d\u2019index f\u00e9d\u00e9ral des salaires. Elles estiment qu\u2019eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019objectif poursuivi, la mesure attaqu\u00e9e aurait d\u00fb b\u00e9n\u00e9ficier aux seuls locataires-commer\u00e7ants qui ont effectivement \u00e9t\u00e9 impact\u00e9s au point d\u2019\u00eatre asphyxi\u00e9s par l\u2019augmentation du prix de l\u2019\u00e9nergie sans avoir pu anticiper cette \u00e9volution au moment de la conclusion du contrat de bail.<br \/>\n       A.24. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale r\u00e9plique que les parties requ\u00e9rantes ont reconnu que la crise \u00e9nerg\u00e9tique \u00e9tait de nature \u00e0 entra\u00eener une importante indexation des loyers. La norme attaqu\u00e9e pallie les effets de cette indexation et op\u00e8re en parall\u00e8le de la \u00ab prime \u00e9nergie \u00bb. S\u2019il est vrai que certains commer\u00e7ants n\u2019ont pas vu leurs factures d\u2019\u00e9nergie augmenter, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019ils auraient subi l\u2019indexation des loyers, laquelle se serait ajout\u00e9e aux autres charges que subit leur entreprise. M\u00eame si toutes les entreprises ne sont pas impact\u00e9es dans la m\u00eame mesure, cela ne signifie pas que certaines ne seraient pas impact\u00e9es.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale estime que le fait qu\u2019il aurait pu \u00eatre opportun de diff\u00e9rencier l\u2019aide en fonction de la performance \u00e9nerg\u00e9tique du b\u00e2timent, afin de soutenir la transition climatique, ne rend pas discriminatoire toute mesure qui ne poursuivrait pas cet objectif. La mesure attaqu\u00e9e est compl\u00e9mentaire d\u2019autres mesures de soutien de l\u2019\u00e9conomie qui op\u00e8rent, quant \u00e0 elles, des distinctions en fonction du secteur d\u2019activit\u00e9 et de sa consommation d\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       A.25. Dans une troisi\u00e8me sous-branche, les parties requ\u00e9rantes affirment que, sans qu\u2019existe \u00e0 cet \u00e9gard une justification raisonnable, l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e traite les locataires de la m\u00eame mani\u00e8re, ind\u00e9pendamment de la date de conclusion de leur contrat de bail. Elles estiment que les locataires qui ont conclu ou renouvel\u00e9 leur contrat de bail commercial depuis juin 2021 ou \u00e0 tout le moins depuis janvier 2022 \u00e9taient inform\u00e9s du contexte socio-<br \/>\n       \u00e9conomique et pouvaient en tenir compte dans le cadre des n\u00e9gociations relatives au contrat de bail. L\u2019extension de la mesure \u00e0 cette cat\u00e9gorie de locataires n\u2019est donc pas raisonnablement justifi\u00e9e.<br \/>\n       A.26. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale estiment que l\u2019argumentation des parties requ\u00e9rantes rel\u00e8ve de la critique d\u2019opportunit\u00e9 et qu\u2019elle t\u00e9moigne de leur souhait de ne pas voir leur libert\u00e9 contractuelle limit\u00e9e. Ils observent \u00e9galement que le m\u00e9canisme mis en place est un plafonnement de l\u2019indexation, de sorte qu\u2019il n\u2019intervient que si la formule d\u2019indexation pr\u00e9vue par le contrat de bail d\u00e9passe le plafond \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire lorsque, dans le cadre de son rapport de force avec le bailleur, le locataire n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 obtenir une formule d\u2019indexation avantageuse \u2013 et ce, quelle que soit la date de conclusion du bail commercial. En revanche, les locataires qui ont r\u00e9ussi \u00e0 n\u00e9gocier une formule plus avantageuse que celle qui est pr\u00e9vue par l\u2019ordonnance ne sont pas concern\u00e9s par le m\u00e9canisme. D\u00e8s lors que les locataires commerciaux sont tous confront\u00e9s \u00e0 la crise, il ne s\u2019imposait pas d\u2019op\u00e9rer une distinction en fonction de la date de conclusion du bail et de la connaissance que pouvait avoir le locataire du contexte socio-\u00e9conomique.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale ajoute que le m\u00e9canisme mis en place plafonne temporairement l\u2019indexation, de sorte que l\u2019\u00e9quilibre contractuel n\u2019est affect\u00e9 que de mani\u00e8re limit\u00e9e et provisoire.<br \/>\n       Troisi\u00e8me branche<br \/>\n       A.27. Dans une troisi\u00e8me branche, les parties requ\u00e9rantes d\u00e9noncent plusieurs discriminations entre les locataires et les propri\u00e9taires. La branche se subdivise en trois sous-branches.<br \/>\n       A.28. Dans la premi\u00e8re sous-branche, les parties requ\u00e9rantes mettent en contraste le fait que la mesure attaqu\u00e9e b\u00e9n\u00e9ficie aux locataires et qu\u2019elle constitue une charge suppl\u00e9mentaire pour les propri\u00e9taires, alors que ces deux cat\u00e9gories de personnes ont vu leurs charges augmenter \u00e0 la suite de la crise des prix de l\u2019\u00e9nergie. Elles citent, \u00e0 cet \u00e9gard, l\u2019augmentation des co\u00fbts des mat\u00e9riaux de construction et de la main-d\u2019\u0153uvre et les augmentations de taux des cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires et des pr\u00eats professionnels. Elles estiment que la mesure attaqu\u00e9e porte gravement atteinte \u00e0 l\u2019\u00e9pargne que constitue un investissement dans un bien immobilier.<br \/>\n       A.29. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale estime que la crise des prix de l\u2019\u00e9nergie n\u2019affecte pas les propri\u00e9taires et les locataires de la m\u00eame mani\u00e8re. Le propri\u00e9taire est affect\u00e9 par l\u2019augmentation du co\u00fbt des mat\u00e9riaux, de la main-d\u2019\u0153uvre et des pr\u00eats hypoth\u00e9caires s\u2019il d\u00e9cide de r\u00e9aliser des travaux ou d\u2019acqu\u00e9rir un<br \/>\n       8<br \/>\n       bien en contractant un nouvel emprunt, tandis que le locataire commer\u00e7ant est, en toute hypoth\u00e8se, confront\u00e9 \u00e0 une augmentation des co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie, de la main-d\u2019\u0153uvre et des mati\u00e8res premi\u00e8res. En outre, les propri\u00e9taires n\u2019ont pas pour clients des consommateurs dont le pouvoir d\u2019achat a baiss\u00e9. Ils peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un gain en capital li\u00e9 \u00e0 l\u2019augmentation du prix de leurs biens. Ils per\u00e7oivent \u00e9galement des loyers, qui n\u2019ont pas diminu\u00e9, y compris l\u2019indexation de ceux-ci. Le revenu issu d\u2019un placement immobilier est d\u00e8s lors moins expos\u00e9 aux risques li\u00e9s \u00e0 la crise.<br \/>\n       \u00c0 cela s\u2019ajoute que la mesure attaqu\u00e9e est temporaire et se limite \u00e0 plafonner l\u2019indexation des loyers.<br \/>\n       A.30. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale consid\u00e8re que les entreprises de gestion immobili\u00e8re emploient moins de main-d\u2019\u0153uvre que les commer\u00e7ants et les artisans en contact avec le public et que les bailleurs particuliers n\u2019emploient pas de main-d\u2019\u0153uvre. Il s\u2019ensuit que l\u2019augmentation des co\u00fbts de la main-d\u2019\u0153uvre ne p\u00e8se pas de la m\u00eame mani\u00e8re sur les deux cat\u00e9gories de personnes. Il affirme que l\u2019augmentation du co\u00fbt des mat\u00e9riaux de construction et de la main-d\u2019\u0153uvre dans ce secteur peut \u00e9galement affecter le locataire s\u2019il r\u00e9alise des travaux pour am\u00e9nager le bien lou\u00e9 en fonction de son activit\u00e9 commerciale. De surcro\u00eet, le bailleur peut enjoindre au locataire de remettre le bien dans son pristin \u00e9tat \u00e0 la fin du bail. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale observe que l\u2019augmentation des prix de l\u2019immobilier permet au propri\u00e9taire de r\u00e9aliser une plus-value en cas de revente.<br \/>\n       A.31. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent que bon nombre de commer\u00e7ants exploitent leur commerce sans salari\u00e9s et ne sont d\u00e8s lors pas confront\u00e9s \u00e0 l\u2019augmentation du co\u00fbt salarial. Elles mettent en exergue le fait que les propri\u00e9taires doivent r\u00e9guli\u00e8rement supporter les co\u00fbts des travaux qui leur incombent, conform\u00e9ment \u00e0 la l\u00e9gislation et au contrat de bail, et l\u2019augmentation des taux variables des pr\u00eats en cours. Elles estiment \u00e9galement que la limitation de l\u2019indexation r\u00e9duit le rendement locatif, de sorte qu\u2019elle fait baisser la valeur du bien.<br \/>\n       Les parties requ\u00e9rantes consid\u00e8rent que le caract\u00e8re temporaire de la mesure n\u2019implique pas qu\u2019elle serait compatible avec les articles 10 et 11 de la Constitution. Par son arr\u00eat n\u00b0 32\/2018 pr\u00e9cit\u00e9, la Cour a annul\u00e9 une mesure temporaire en mati\u00e8re d\u2019indexation des loyers.<br \/>\n       Elles soutiennent \u00e9galement que de nombreux commer\u00e7ants ne sont pas affect\u00e9s par la crise des prix de l\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       A.32. Dans la deuxi\u00e8me sous-branche, les parties requ\u00e9rantes font valoir que la diff\u00e9rence de traitement entre les locataires et les propri\u00e9taires n\u2019est pas raisonnablement justifi\u00e9e, d\u00e8s lors qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e9gard aux moyens dont ces deux cat\u00e9gories de personnes disposent respectivement. La mesure s\u2019impose aux propri\u00e9taires, quels que soient leurs moyens financiers et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, m\u00eame lorsque ces moyens sont inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des locataires.<br \/>\n       Elles estiment qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 possible de limiter la mesure aux commer\u00e7ants qui sont r\u00e9ellement en difficult\u00e9, en prenant comme crit\u00e8re, par exemple, la taille de l\u2019entreprise.<br \/>\n       A.33.1. \u00c0 titre principal, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale consid\u00e8rent que le moyen est irrecevable en cette deuxi\u00e8me sous-branche de la troisi\u00e8me branche, d\u00e8s lors que les parties requ\u00e9rantes n\u2019identifient pas clairement les cat\u00e9gories de personnes compar\u00e9es.<br \/>\n       A.33.2. \u00c0 titre subsidiaire, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale estime que la sous-branche r\u00e9p\u00e8te l\u2019argumentation de la premi\u00e8re sous-branche de la deuxi\u00e8me branche, mais dans une perspective distincte.<br \/>\n       Il renvoie d\u00e8s lors aux d\u00e9veloppements relatifs \u00e0 cette sous-branche.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale affirment que l\u2019\u00e9tat de fortune n\u2019intervient dans l\u2019appr\u00e9ciation ni de la situation du bailleur ni de celle du preneur.<br \/>\n       Ils font \u00e9galement valoir que la taille du commerce s\u2019accompagne, en principe, de charges, d\u2019une consommation d\u2019\u00e9nergie et d\u2019une masse salariale plus grandes. En outre, les grandes enseignes louent, en r\u00e8gle, de plus grands espaces commerciaux, de sorte que leurs loyers sont plus \u00e9lev\u00e9s.<br \/>\n       A.34. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent qu\u2019il s\u2019imposait de cibler la mesure sur les locataires-commer\u00e7ants qui avaient r\u00e9ellement besoin d\u2019aide.<br \/>\n       A.35. Dans une troisi\u00e8me sous-branche, les parties requ\u00e9rantes soutiennent que la mesure attaqu\u00e9e emp\u00eache les propri\u00e9taires d\u2019indexer totalement leurs revenus, contrairement aux locataires, alors que ces deux cat\u00e9gories sont confront\u00e9es \u00e0 la hausse des prix. Elles observent que les commer\u00e7ants peuvent augmenter le prix des produits<br \/>\n       9<br \/>\n       et des services qu\u2019ils offrent au public. Elles rappellent que la Cour a jug\u00e9 que le m\u00e9canisme d\u2019indexation des loyers avait pour objectif de m\u00e9nager un \u00e9quilibre entre les int\u00e9r\u00eats du bailleur et les int\u00e9r\u00eats du locataire (arr\u00eat n\u00b0 32\/2018, pr\u00e9cit\u00e9).<br \/>\n       A.36. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale fait valoir que les parties requ\u00e9rantes n\u2019expliquent pas en quoi les bailleurs et les locataires seraient deux cat\u00e9gories de personnes comparables.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale estiment que les parties requ\u00e9rantes confondent les prix et l\u2019indexation. Tant le prix d\u2019un bien ou d\u2019un service que le loyer sont fix\u00e9s par un contrat. La mesure attaqu\u00e9e n\u2019interdit ni au commer\u00e7ant ni au bailleur de convenir contractuellement du prix.<br \/>\n       En outre, contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirment les parties requ\u00e9rantes, l\u2019augmentation des co\u00fbts \u00e0 charge des commer\u00e7ants n\u2019est que tr\u00e8s partiellement r\u00e9percut\u00e9e sur le prix.<br \/>\n       A.37. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent que les bailleurs et les locataires sont comparables, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019op\u00e9rateurs \u00e9conomiques qui font face \u00e0 la crise.<br \/>\n       Elles font \u00e9galement valoir que le contrat de bail fixe le loyer \u00e0 long terme et que le bailleur est contraint de respecter le contrat. Il ne dispose donc pas de la m\u00eame flexibilit\u00e9 que le commer\u00e7ant pour adapter les prix.<br \/>\n       Elles ajoutent que la mesure attaqu\u00e9e fausse la concurrence entre les commer\u00e7ants propri\u00e9taires et les commer\u00e7ants locataires, d\u00e8s lors que seuls ces derniers b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un soutien.<br \/>\n       Quatri\u00e8me branche<br \/>\n       A.38. Les parties requ\u00e9rantes affirment que les dispositions attaqu\u00e9es traitent tous les propri\u00e9taires de la m\u00eame mani\u00e8re en plafonnant l\u2019indexation des loyers sans avoir \u00e9gard au fait que certains d\u2019entre eux ont r\u00e9alis\u00e9 des travaux pour am\u00e9liorer la performance \u00e9nerg\u00e9tique de leur bien. Dans cette situation, le co\u00fbt des travaux a \u00e9t\u00e9 pris en charge par le propri\u00e9taire, mais la r\u00e9duction de la facture d\u2019\u00e9nergie profite au locataire. Toutefois, les propri\u00e9taires concern\u00e9s sont soumis au plafonnement de l\u2019indexation des loyers.<br \/>\n       A.39. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale rappellent que l\u2019objectif poursuivi par la mesure attaqu\u00e9e est de soutenir les commer\u00e7ants face \u00e0 l\u2019ensemble des effets de la crise \u00e9conomique. Elle ne se limite donc pas \u00e0 la question de l\u2019augmentation des co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie pour les commer\u00e7ants. Compte tenu de cet objectif, un crit\u00e8re de distinction qui tient compte de la performance \u00e9nerg\u00e9tique des b\u00e2timents n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 pertinent.<br \/>\n       \u00c0 titre subsidiaire, ils observent que les certificats de performance \u00e9nerg\u00e9tique des b\u00e2timents (ci-apr\u00e8s : le PEB) ne sont pas obligatoires pour les surfaces commerciales de moins de 400 m2. Le caract\u00e8re urgent de la mesure attaqu\u00e9e emp\u00eachait d\u2019en conditionner la mise en \u0153uvre \u00e0 l\u2019instauration d\u2019un m\u00e9canisme de certificat PEB pour l\u2019ensemble des surfaces commerciales.<br \/>\n       En outre, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale ajoutent que l\u2019amortissement des investissements du propri\u00e9taire se r\u00e9alise sur plus d\u2019un an. Or, la mesure attaqu\u00e9e n\u2019est applicable que durant un an. Enfin, le propri\u00e9taire peut \u00e9galement r\u00e9aliser une plus-value en cas de revente du bien.<br \/>\n       A.40. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent que l\u2019objectif du l\u00e9gislateur portait sp\u00e9cifiquement sur le soutien des petits commer\u00e7ants face \u00e0 l\u2019augmentation des prix de l\u2019\u00e9nergie. Il ressort des travaux pr\u00e9paratoires que le l\u00e9gislateur a regrett\u00e9 de ne pas pouvoir faire varier la mesure en fonction du PEB.<br \/>\n       Elles reconnaissent que le l\u00e9gislateur ne pouvait pas instaurer une distinction sur la base du certificat PEB, d\u00e8s lors que celui-ci n\u2019\u00e9tait pas obligatoire pour tous les b\u00e2timents commerciaux.<br \/>\n       10<br \/>\n       En ce qui concerne le troisi\u00e8me moyen<br \/>\n       A.41. Le troisi\u00e8me moyen est pris de la violation de l\u2019article 16 de la Constitution, lu en combinaison avec l\u2019article 1er du Premier Protocole additionnel de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<br \/>\n       Les parties requ\u00e9rantes affirment que les dispositions attaqu\u00e9es entra\u00eenent une ing\u00e9rence dans le droit de propri\u00e9t\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019elles limitent le revenu des propri\u00e9taires et font dispara\u00eetre l\u2019attente l\u00e9gitime de pouvoir indexer pleinement le loyer.<br \/>\n       Elles font valoir qu\u2019il n\u2019existe aucun imp\u00e9ratif d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral qui justifie d\u2019imposer aux bailleurs de soutenir financi\u00e8rement leurs locataires, que ceux-ci soient dans le besoin ou non.<br \/>\n       En toute hypoth\u00e8se, les effets de la mesure attaqu\u00e9e sont disproportionn\u00e9s, d\u00e8s lors que la d\u00e9gradation de la situation financi\u00e8re des bailleurs qu\u2019elle entra\u00eene est sans commune mesure avec les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019en retirent les locataires. L\u2019indexation des loyers est gel\u00e9e, alors que toutes les charges des co\u00fbts relatifs au bien ne sont pas gel\u00e9es.<br \/>\n       A.42. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale soutiennent, \u00e0 titre principal, que les dispositions attaqu\u00e9es ne sont susceptibles de causer ni la perte de la propri\u00e9t\u00e9 du bien des bailleurs ni une diminution de la valeur nominale de ce bien, de sorte qu\u2019elles n\u2019entra\u00eenent pas une ing\u00e9rence dans le droit de propri\u00e9t\u00e9.<br \/>\n       \u00c0 titre subsidiaire, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale consid\u00e8rent que l\u2019objectif poursuivi est l\u00e9gitime et que la mesure est proportionn\u00e9e. La mesure est temporaire. Elle ne prive pas les bailleurs de tout ou partie du loyer. Selon le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, rien n\u2019indique que les augmentations de co\u00fbts auxquelles les propri\u00e9taires doivent faire face les emp\u00eacheraient d\u2019assumer une limitation de l\u2019indexation des loyers commerciaux pendant un an.<br \/>\n       A.43. Les parties requ\u00e9rantes r\u00e9pondent que la mesure n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e aux locataires qui \u00e9taient affect\u00e9s par la crise des prix de l\u2019\u00e9nergie. Elles font valoir que le l\u00e9gislateur n\u2019a pas mis en balance les int\u00e9r\u00eats des locataires et des propri\u00e9taires. Elles rappellent \u00e9galement que la Cour a jug\u00e9, par son arr\u00eat n\u00b0 97\/2022 du 14 juillet 2022<br \/>\n       (ECLI:BE:GHCC:2022:ARR.097), que les effets pr\u00e9judiciables disproportionn\u00e9s d\u2019une mesure de coercition qui est en soi r\u00e9guli\u00e8re ne doivent pas \u00eatre mis \u00e0 charge des personnes l\u00e9s\u00e9es, mais doivent \u00eatre r\u00e9partis de mani\u00e8re \u00e9gale sur la collectivit\u00e9. Elles estiment qu\u2019il doit en aller de m\u00eame pour la mesure attaqu\u00e9e.<br \/>\n       A.44. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale r\u00e9plique que l\u2019ing\u00e9rence dans l\u2019\u00e9quilibre contractuel des parties au contrat de bail n\u2019est pas constitutive, en soi, d\u2019une violation du droit de propri\u00e9t\u00e9.<br \/>\n       Il estime que la norme attaqu\u00e9e limite de mani\u00e8re proportionn\u00e9e les attentes l\u00e9gitimes du bailleur.<br \/>\n       Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirment les parties requ\u00e9rantes, la norme attaqu\u00e9e n\u2019impose pas au propri\u00e9taire de soutenir financi\u00e8rement son locataire. Elle ne lui fait pas davantage supporter le co\u00fbt de la consommation d\u2019\u00e9nergie de son locataire.<br \/>\n       Quant au maintien des effets<br \/>\n       A.45. \u00c0 titre subsidiaire, le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale demandent le maintien des effets de la norme attaqu\u00e9e.<br \/>\n       L\u2019annulation cr\u00e9erait une ins\u00e9curit\u00e9 juridique pour les locataires qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019application des dispositions attaqu\u00e9es. Elle risquerait de donner lieu \u00e0 de nombreux contentieux judiciaires. En outre, l\u2019indexation r\u00e9troactive des loyers pourrait fragiliser la situation \u00e9conomique des locataires-commer\u00e7ants qui sont toujours affect\u00e9s par les cons\u00e9quences de la crise \u00e9nerg\u00e9tique, alors m\u00eame que les co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie sont revenus \u00e0 un niveau comparable \u00e0 celui auquel ils se trouvaient avant la crise.<br \/>\n       11<br \/>\n       -B-<br \/>\n       Quant \u00e0 l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e et \u00e0 son contexte<br \/>\n       B.1. L\u2019ordonnance de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale du 15 d\u00e9cembre 2022 \u00ab organisant la limitation de l\u2019indexation des baux commerciaux \u00bb (ci-apr\u00e8s : l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022), attaqu\u00e9e, met en place un dispositif de soutien temporaire aux locataires commerciaux. Ce dispositif pr\u00e9voit que l\u2019indexation des loyers des baux commerciaux ne peut d\u00e9passer le montant d\u00e9termin\u00e9 par une formule pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 2, \u00a7 2, de cette ordonnance. Il d\u00e9roge aux r\u00e8gles de droit commun relatives au plafonnement de l\u2019indexation des loyers, qui sont pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 1728bis de l\u2019ancien Code civil.<br \/>\n       B.2. Selon l\u2019article 1728bis de l\u2019ancien Code civil, les loyers des baux commerciaux ne peuvent \u00eatre index\u00e9s qu\u2019une fois par an dans le respect d\u2019un plafond bas\u00e9 sur l\u2019indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb, conform\u00e9ment \u00e0 la formule suivante : le loyer de base est multipli\u00e9 par le nouvel indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb \u2013 \u00e0 savoir l\u2019indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb du mois qui pr\u00e9c\u00e8de celui de l\u2019anniversaire de l\u2019entr\u00e9e en vigueur du bail \u2013 divis\u00e9 par l\u2019indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb du mois qui pr\u00e9c\u00e8de la signature du bail.<br \/>\n       L\u2019indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb est obtenu \u00e0 partir de l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation hors prix du tabac, des boissons alcoolis\u00e9es, de l\u2019essence et du diesel (article 2, \u00a7 1er, de l\u2019arr\u00eat\u00e9 royal du 24 d\u00e9cembre 1993 \u00ab portant ex\u00e9cution de la loi du 6 janvier 1989 de sauvegarde de la comp\u00e9titivit\u00e9 du pays \u00bb).<br \/>\n       B.3. L\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 pr\u00e9voit de remplacer le nouvel indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb<br \/>\n       par un nouvel indice \u00ab 0 \u00e9nergie \u00bb. Pour d\u00e9terminer le montant maximal du loyer adapt\u00e9, il faut multiplier le loyer de base par le coefficient 0,99 puis par ce nouvel indice divis\u00e9 par l\u2019indice \u00ab sant\u00e9 \u00bb du mois qui pr\u00e9c\u00e8de la signature du bail (article 2, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er).<br \/>\n       12<br \/>\n       Par exception, si le bail est entr\u00e9 en vigueur apr\u00e8s juillet 2021 ou si le loyer de base a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 par convention ou par jugement avec effet apr\u00e8s juillet 2021, le montant maximal de l\u2019indexation est d\u00e9termin\u00e9 en multipliant le loyer de base par le nouvel indice \u00ab 0 \u00e9nergie \u00bb<br \/>\n       divis\u00e9 par l\u2019indice \u00ab 0 \u00e9nergie \u00bb de base (article 2, \u00a7 2, alin\u00e9a 2).<br \/>\n       L\u2019indice \u00ab 0 \u00e9nergie \u00bb de base est \u00ab l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation diminu\u00e9 des composantes \u00e9nerg\u00e9tiques, publi\u00e9 par Statbel, du mois pr\u00e9c\u00e9dant le mois pendant lequel la convention a \u00e9t\u00e9 conclue \u00bb (article 2, \u00a7 2, alin\u00e9a 5).<br \/>\n       Le nouvel indice \u00ab 0 \u00e9nergie \u00bb est \u00ab l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation diminu\u00e9 des composantes \u00e9nerg\u00e9tiques, publi\u00e9 par Statbel, du mois qui pr\u00e9c\u00e8de celui de l\u2019anniversaire de l\u2019entr\u00e9e en vigueur du bail \u00bb (article 2, \u00a7 2, alin\u00e9a 6).<br \/>\n       B.4. Les dispositions contractuelles dont l\u2019effet exc\u00e9derait l\u2019adaptation pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 2<br \/>\n       de l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 sont r\u00e9ductibles \u00e0 celle-ci (article 2, \u00a7 4).<br \/>\n       B.5. Ce dispositif \u00e9tait d\u2019application pendant une dur\u00e9e d\u2019un an \u00e0 compter de l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019ordonnance, \u00e0 savoir le 22 d\u00e9cembre 2022.<br \/>\n       Quant au fond<br \/>\n       En ce qui concerne le premier moyen<br \/>\n       B.6. Le premier moyen est pris de la violation des r\u00e8gles r\u00e9partitrices de comp\u00e9tences.<br \/>\n       Les parties requ\u00e9rantes soutiennent que les articles 1er et 2 de l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 empi\u00e8tent sur les comp\u00e9tences de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de droit civil, d\u00e8s lors qu\u2019ils modifieraient l\u2019\u00e9quilibre contractuel entre les propri\u00e9taires et les locataires.<br \/>\n       13<br \/>\n       De surcro\u00eet, les dispositions pr\u00e9cit\u00e9es empi\u00e9teraient sur les comp\u00e9tences de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie en faisant peser la charge de l\u2019augmentation des prix de l\u2019\u00e9nergie sur les propri\u00e9taires dans le cadre de la relation contractuelle entre ceux-ci et leurs locataires.<br \/>\n       B.7. Dans leur m\u00e9moire en r\u00e9ponse, les parties requ\u00e9rantes d\u00e9noncent un empi\u00e9tement sur la comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de prix, notamment de l\u2019\u00e9nergie, et de la lutte contre l\u2019inflation.<br \/>\n       Si ce dernier grief est interpr\u00e9t\u00e9 comme visant exclusivement la comp\u00e9tence en mati\u00e8re de tarifs de l\u2019\u00e9nergie et la lutte contre l\u2019inflation dans le cadre de ces tarifs, il ne constitue pas un moyen nouveau.<br \/>\n       B.8.1. L\u2019article 39 de la Constitution dispose :<br \/>\n       \u00ab La loi attribue aux organes r\u00e9gionaux qu\u2019elle cr\u00e9e et qui sont compos\u00e9s de mandataires \u00e9lus, la comp\u00e9tence de r\u00e9gler les mati\u00e8res qu\u2019elle d\u00e9termine, \u00e0 l\u2019exception de celles vis\u00e9es aux articles 30 et 127 \u00e0 129, dans le ressort et selon le mode qu\u2019elle \u00e9tablit. Cette loi doit \u00eatre adopt\u00e9e \u00e0 la majorit\u00e9 pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 4, dernier alin\u00e9a \u00bb.<br \/>\n       B.8.2. L\u2019article 6, \u00a7 1er, VI, alin\u00e9a 2, 7\u00b0, de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 de r\u00e9formes institutionnelles attribue aux r\u00e9gions la comp\u00e9tence de fixer les r\u00e8gles sp\u00e9cifiques concernant le bail commercial.<br \/>\n       L\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale est comp\u00e9tente \u00e0 titre r\u00e9siduel pour le droit civil.<br \/>\n       B.8.3. En outre, l\u2019article 6, \u00a7 1er, VII, alin\u00e9a 2, d), de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 pr\u00e9voit que l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale est comp\u00e9tente pour les tarifs, y compris pour la politique des prix, sans pr\u00e9judice de la comp\u00e9tence r\u00e9gionale en mati\u00e8re de tarifs de distribution d\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       B.9. Le Constituant et le l\u00e9gislateur sp\u00e9cial, dans la mesure o\u00f9 ils n\u2019en disposent pas autrement, ont attribu\u00e9 aux communaut\u00e9s et aux r\u00e9gions toute la comp\u00e9tence d\u2019\u00e9dicter les r\u00e8gles propres aux mati\u00e8res qui leur ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es.<br \/>\n       14<br \/>\n       B.10.1. L\u2019indice des prix \u00e0 la consommation est un indicateur \u00e9conomique de base. Des indexations sont op\u00e9r\u00e9es afin de suivre, dans les divers domaines de la politique, l\u2019\u00e9volution des prix \u00e0 la consommation. Un m\u00e9canisme d\u2019indexation ne peut par cons\u00e9quent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une mati\u00e8re en soi mais bien comme un instrument que le l\u00e9gislateur f\u00e9d\u00e9ral et le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal peuvent utiliser, chacun pour ce qui le concerne, pour autant qu\u2019ils agissent dans les limites de leurs comp\u00e9tences respectives. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019article 6, \u00a7 1er, VI, alin\u00e9a 5, 3\u00b0, de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 confirme que les r\u00e9gions et les communaut\u00e9s sont comp\u00e9tentes pour r\u00e9gler les prix dans les mati\u00e8res relevant de leurs comp\u00e9tences (voy.<br \/>\n       \u00e9galement Doc. parl., S\u00e9nat, 2012-2013, n\u00b0 5-2232\/1, p. 99).<br \/>\n       B.10.2. Dans le cadre de leurs comp\u00e9tences en mati\u00e8re de baux commerciaux, les r\u00e9gions peuvent adopter des r\u00e8gles relatives \u00e0 l\u2019indexation des loyers commerciaux. Ces r\u00e8gles sp\u00e9cifiques peuvent d\u00e9roger aux r\u00e8gles g\u00e9n\u00e9rales de droit civil, relevant de la comp\u00e9tence de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale, qui sont applicables \u00e0 ces baux.<br \/>\n       Il s\u2019ensuit que les dispositions attaqu\u00e9es n\u2019empi\u00e8tent pas sur les comp\u00e9tences de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de droit civil.<br \/>\n       B.10.3. En outre, il est vrai que les dispositions attaqu\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es afin que les locataires commerciaux soient en mesure de s\u2019acquitter de leur loyer dans le contexte d\u2019une inflation extraordinaire et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui est cons\u00e9cutive \u00e0 la crise des prix de l\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       Toutefois, ces dispositions ne sauraient \u00eatre qualifi\u00e9es de mesures relatives \u00e0 l\u2019\u00e9nergie ou aux tarifs de l\u2019\u00e9nergie, d\u00e8s lors qu\u2019elles ne portent pas sur ceux-ci, mais uniquement sur l\u2019indexation des loyers commerciaux.<br \/>\n       Il s\u2019ensuit que les dispositions attaqu\u00e9es n\u2019empi\u00e8tent pas sur les comp\u00e9tences de l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re d\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       B.11. Le premier moyen n\u2019est pas fond\u00e9.<br \/>\n       15<br \/>\n       En ce qui concerne le deuxi\u00e8me moyen<br \/>\n       B.12. Le deuxi\u00e8me moyen est pris de la violation des articles 10 et 11 de la Constitution.<br \/>\n       Il se subdivise en quatre branches.<br \/>\n       La premi\u00e8re branche porte sur la pertinence de la mesure. Les parties requ\u00e9rantes all\u00e8guent que la mesure ne permet pas d\u2019atteindre l\u2019objectif de protection des locataires commerciaux les plus touch\u00e9s par l\u2019inflation, d\u00e8s lors que le pic de l\u2019inflation aurait eu lieu quatre mois avant son adoption et qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 de nouveau pic.<br \/>\n       La Cour examine cette question dans le cadre de son examen des trois autres branches.<br \/>\n       La deuxi\u00e8me branche porte sur l\u2019identit\u00e9 de traitement entre plusieurs cat\u00e9gories de locataires commerciaux. La troisi\u00e8me branche a trait aux diff\u00e9rences de traitement entre propri\u00e9taires et locataires. La quatri\u00e8me branche d\u00e9nonce l\u2019identit\u00e9 de traitement entre diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de bailleurs.<br \/>\n       Deuxi\u00e8me branche &#8211; l\u2019identit\u00e9 de traitement entre plusieurs cat\u00e9gories de locataires commerciaux<br \/>\n       B.13. Dans la deuxi\u00e8me branche, les parties requ\u00e9rantes font valoir que le m\u00e9canisme mis en place cr\u00e9e une discrimination entre les locataires commerciaux, d\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019applique \u00e0 tous les locataires commerciaux, quels que soient :<br \/>\n       &#8211; leur taille et leur chiffre d\u2019affaires, alors que l\u2019ordonnance attaqu\u00e9e viserait exclusivement \u00e0 soutenir les petits commer\u00e7ants (premi\u00e8re sous-branche);<br \/>\n       &#8211; l\u2019ampleur de leur consommation d\u2019\u00e9nergie et le prix qu\u2019ils doivent payer en application de leur contrat de fourniture d\u2019\u00e9nergie, alors que ces facteurs d\u00e9termineraient dans quelle mesure les locataires commerciaux sont affect\u00e9s par l\u2019envol\u00e9e des prix de l\u2019\u00e9nergie (deuxi\u00e8me sous-branche);<br \/>\n       16<br \/>\n       &#8211; et la date \u00e0 laquelle le contrat de bail commercial a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9, alors que les locataires qui ont conclu leur bail depuis juin 2021 ou \u00e0 tout le moins depuis janvier 2022 pouvaient tenir compte du contexte socio-\u00e9conomique dans le cadre des n\u00e9gociations relatives au contrat de bail (troisi\u00e8me sous-branche).<br \/>\n       B.14. Le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination n\u2019exclut pas qu\u2019une diff\u00e9rence de traitement soit \u00e9tablie entre des cat\u00e9gories de personnes, pour autant qu\u2019elle repose sur un crit\u00e8re objectif et qu\u2019elle soit raisonnablement justifi\u00e9e. Ce principe s\u2019oppose, par ailleurs, \u00e0 ce que soient trait\u00e9es de mani\u00e8re identique, sans qu\u2019apparaisse une justification raisonnable, des cat\u00e9gories de personnes se trouvant dans des situations qui, au regard de la mesure critiqu\u00e9e, sont essentiellement diff\u00e9rentes.<br \/>\n       L\u2019existence d\u2019une telle justification doit s\u2019appr\u00e9cier en tenant compte du but et des effets de la mesure critiqu\u00e9e ainsi que de la nature des principes en cause; le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination est viol\u00e9 lorsqu\u2019il est \u00e9tabli qu\u2019il n\u2019existe pas de rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9.<br \/>\n       B.15.1. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale affirment que les parties requ\u00e9rantes ne circonscrivent pas clairement les cat\u00e9gories de locataires qu\u2019elles entendent comparer, d\u00e8s lors qu\u2019elles ne pr\u00e9cisent ni le seuil de taille et de chiffre d\u2019affaires ni le seuil de consommation d\u2019\u00e9nergie \u00e0 partir desquels un commer\u00e7ant appartient \u00e0 l\u2019une ou \u00e0 l\u2019autre des cat\u00e9gories compar\u00e9es.<br \/>\n       B.15.2. L\u2019identification des cat\u00e9gories de personnes compar\u00e9es doit permettre \u00e0 la partie qui d\u00e9fend la disposition attaqu\u00e9e de mener une d\u00e9fense utile et \u00e0 la Cour d\u2019exercer utilement son contr\u00f4le de constitutionnalit\u00e9.<br \/>\n       En l\u2019esp\u00e8ce, les cat\u00e9gories de personnes compar\u00e9es sont suffisamment circonscrites pour que la Cour puisse exercer son contr\u00f4le. Il ressort en outre des m\u00e9moires d\u00e9pos\u00e9s par le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et par le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale que ceux-ci ont pu comprendre quelles \u00e9taient les cat\u00e9gories de personnes compar\u00e9es et r\u00e9pondre utilement aux griefs des parties requ\u00e9rantes.<br \/>\n       17<br \/>\n       B.16.1. Il ressort des travaux pr\u00e9paratoires de l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 que la mise en place d\u2019une limitation temporaire de l\u2019indexation des loyers commerciaux a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e \u00ab n\u00e9cessaire en raison de la hausse extraordinaire de l\u2019inflation et des cons\u00e9quences sur l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique des entreprises \u00bb (Doc. parl., Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale, 2022-2023, A-646\/1, p. 1). Le l\u00e9gislateur ordonnanciel a constat\u00e9 que l\u2019augmentation importante de l\u2019inflation a pour cons\u00e9quence une indexation extraordinaire des loyers commerciaux qui affaiblit la sant\u00e9 \u00e9conomique du secteur commercial bruxellois et qui perdurerait en l\u2019absence d\u2019une intervention l\u00e9gislative (ibid. p. 2). Il a d\u00e8s lors estim\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire d\u2019inclure dans l\u2019arsenal de mesures destin\u00e9es \u00e0 lutter contre les effets de la crise \u00e9conomique cons\u00e9cutive \u00e0 la guerre en Ukraine une mesure suppl\u00e9mentaire destin\u00e9e \u00e0 prot\u00e9ger les commer\u00e7ants et artisans, locataires commerciaux (ibid., p. 3).<br \/>\n       Les travaux pr\u00e9paratoires mentionnent \u00e0 plusieurs reprises les entreprises qui subissent les cons\u00e9quences de l\u2019inflation et que la mesure attaqu\u00e9e a pour objet d\u2019aider. Sont cit\u00e9s, tour \u00e0 tour, les commerces de d\u00e9tail, les artisans (ibid., p. 1; Doc. parl., Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, 2022-2023, A-646\/2, p. 2), les h\u00f4tels, les restaurants et les caf\u00e9s, \u00ab de nombreuses entreprises bruxelloises \u00bb (Doc. parl., Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale, 2022-2023, A-646\/1, p. 2; voy. aussi Doc. parl., Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale, 2022-2023, A-646\/2, p. 2), \u00ab les commer\u00e7ants bruxellois \u00bb (Doc. parl., Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, 2022-2023, A-646\/1, p. 2). \u00ab Il s\u2019agit donc en g\u00e9n\u00e9ral de commerce de d\u00e9tails, de fleuristes, de bouchers, de bijoutiers, de cuisiniste[s], de boulangers, d\u2019\u00e9tablissements HoReCa, etc. \u00bb (ibid.). Sont \u00e9galement cit\u00e9s les coiffeurs et les petits commer\u00e7ants (ibid., p. 3).<br \/>\n       B.16.2. Il ressort d\u00e8s lors des travaux pr\u00e9paratoires que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019all\u00e8guent les parties requ\u00e9rantes, le l\u00e9gislateur ordonnanciel n\u2019avait pas pour objectif d\u2019aider exclusivement les petits commer\u00e7ants ou ceux dont la consommation d\u2019\u00e9nergie est \u00e9lev\u00e9e, mais l\u2019ensemble des locataires commerciaux, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils sont expos\u00e9s \u00e0 un risque d\u2019augmentation tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e de leur loyer commercial.<br \/>\n       La mesure n\u2019a pas davantage \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme une compensation pour l\u2019augmentation des factures d\u2019\u00e9nergie dont doivent s\u2019acquitter les commer\u00e7ants. Elle a pour objectif de soutenir les commer\u00e7ants, d\u00e8s lors que ceux-ci ont vu leur situation financi\u00e8re se d\u00e9grader en raison de<br \/>\n       18<br \/>\n       la crise \u00e9conomique cons\u00e9cutive \u00e0 la guerre en Ukraine, et de les prot\u00e9ger contre les cons\u00e9quences de l\u2019inflation sur le montant des loyers commerciaux.<br \/>\n       Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale a par ailleurs adopt\u00e9 un dispositif de soutien distinct destin\u00e9 \u00e0 aider les entreprises \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019augmentation des co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie (arr\u00eat\u00e9 du Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale du 2 mars 2023 \u00ab relatif \u00e0 une aide en mati\u00e8re de co\u00fbt de l\u2019\u00e9nergie aux entreprises touch\u00e9es par les cons\u00e9quences \u00e9conomiques directes et indirectes de l\u2019agression de la Russie contre l\u2019Ukraine \u00bb).<br \/>\n       B.17.1. Le l\u00e9gislateur ordonnanciel dispose d\u2019un pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation \u00e9tendu pour d\u00e9terminer sa politique dans les mati\u00e8res socio-\u00e9conomiques, d\u2019autant plus lorsque les circonstances requi\u00e8rent de sa part une action urgente. Ce pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation porte notamment sur l\u2019\u00e9valuation des risques de nature \u00e9conomique et de la pertinence des mesures \u00e0 prendre pour y faire face.<br \/>\n       B.17.2. Comme l\u2019indiquent le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, il existait, lors de l\u2019adoption de l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022, plusieurs \u00e9tudes et indicateurs \u00e9conomiques laissant entendre que l\u2019inflation allait augmenter fortement. Les parties requ\u00e9rantes observent toutefois que les pr\u00e9visions de la Banque nationale de Belgique permettaient d\u2019anticiper une baisse de l\u2019inflation. Le l\u00e9gislateur ordonnanciel disposait donc d\u2019\u00e9tudes qui permettaient, pour les unes, de penser que l\u2019inflation allait augmenter et, pour les autres, de penser le contraire.<br \/>\n       B.17.3. Dans le cadre de son pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation, le l\u00e9gislateur ordonnanciel a pu estimer que le risque de subir un nouveau pic d\u2019inflation \u00e9tait suffisamment \u00e9tabli et que le dispositif mis en place par l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 contribuerait \u00e0 prot\u00e9ger les locataires commerciaux face \u00e0 ce risque. Les parties requ\u00e9rantes ne d\u00e9montrent pas que cette appr\u00e9ciation \u00e9tait manifestement d\u00e9raisonnable ni que les \u00e9tudes qu\u2019elles invoquent sont plus fiables que celles sur lesquelles s\u2019est fond\u00e9 le l\u00e9gislateur ordonnanciel.<br \/>\n       B.17.4. De surcro\u00eet, comme il est dit en B.16.2, l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 n\u2019avait pas pour seul objectif de prot\u00e9ger les locataires contre le pic d\u2019inflation anticip\u00e9, elle visait aussi \u00e0 compenser les cons\u00e9quences financi\u00e8res de la crise \u00e9conomique.<br \/>\n       19<br \/>\n       B.18. En outre, le l\u00e9gislateur ordonnanciel a raisonnablement pu estimer qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas souhaitable d\u2019op\u00e9rer des distinctions entre plusieurs cat\u00e9gories de locataires, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019inflation affecte tous les commer\u00e7ants bruxellois, f\u00fbt-ce \u00e0 des degr\u00e9s divers, et d\u2019autant qu\u2019il a voulu, par la l\u00e9gislation attaqu\u00e9e, r\u00e9agir rapidement \u00e0 la hausse exceptionnelle des prix de l\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       Ensuite, le l\u00e9gislateur ordonnanciel a souhait\u00e9 que la mesure puisse entrer en vigueur et \u00eatre appliqu\u00e9e rapidement par les parties au bail sans l\u2019intervention d\u2019une administration ni celle d\u2019un juge, de sorte qu\u2019il a pu estimer qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 difficile de pr\u00e9voir un m\u00e9canisme qui s\u2019applique diff\u00e9remment en fonction, notamment, de la consommation d\u2019\u00e9nergie du commerce.<br \/>\n       Enfin, comme l\u2019indiquent le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale, d\u00e8s lors que les dispositions attaqu\u00e9es mettent en place un plafonnement de l\u2019indexation des loyers commerciaux, les locataires qui avaient r\u00e9ussi \u00e0 n\u00e9gocier une formule plus avantageuse que celle qui est pr\u00e9vue par l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022, notamment parce qu\u2019ils \u00e9taient inform\u00e9s du contexte socio-\u00e9conomique, ne sont pas concern\u00e9s par le m\u00e9canisme.<br \/>\n       B.19.1. La Cour doit encore examiner si les dispositions attaqu\u00e9es produisent des effets disproportionn\u00e9s.<br \/>\n       B.19.2. L\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 ne porte pas sur la valeur nominale du loyer, lequel reste int\u00e9gralement d\u00fb par le locataire.<br \/>\n       Elle ne porte pas davantage atteinte au principe de l\u2019indexation des loyers commerciaux.<br \/>\n       Avant l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022, cette indexation \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 soumise \u00e0 un plafond, en vertu de l\u2019article 1728bis de l\u2019ancien Code civil.<br \/>\n       L\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 a pour effet de r\u00e9duire, de mani\u00e8re temporaire, le montant que les loyers commerciaux ne peuvent pas d\u00e9passer au terme de leur adaptation au co\u00fbt de la vie.<br \/>\n       20<br \/>\n       B.19.3. Compte tenu du pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation \u00e9tendu dont dispose en l\u2019esp\u00e8ce le l\u00e9gislateur ordonnanciel et du fait que les dispositions attaqu\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es dans le cadre d\u2019une augmentation impr\u00e9vue et exceptionnelle des prix de l\u2019\u00e9nergie, ces dispositions ne produisent d\u00e8s lors pas des effets disproportionn\u00e9s pour les bailleurs concern\u00e9s.<br \/>\n       Troisi\u00e8me branche \u2013 les diff\u00e9rences de traitement entre les locataires commerciaux et les propri\u00e9taires en tant que bailleurs<br \/>\n       B.20. Dans une troisi\u00e8me branche, les parties requ\u00e9rantes all\u00e8guent plusieurs discriminations entre les locataires et les propri\u00e9taires en tant que bailleurs. Elles all\u00e8guent que la mesure attaqu\u00e9e b\u00e9n\u00e9ficie aux locataires et qu\u2019elle constitue une charge suppl\u00e9mentaire pour ces propri\u00e9taires, alors que ces deux cat\u00e9gories de personnes ont vu leurs charges augmenter \u00e0 la suite de l\u2019inflation (premi\u00e8re sous-branche) et que la mesure n\u2019a pas \u00e9gard aux moyens respectifs dont ces deux cat\u00e9gories de personnes disposent (deuxi\u00e8me sous-branche). En outre, la mesure attaqu\u00e9e emp\u00eacherait ces propri\u00e9taires d\u2019indexer totalement leurs revenus, contrairement aux locataires, alors que ces deux cat\u00e9gories de personnes sont confront\u00e9es \u00e0 la hausse des prix (troisi\u00e8me sous-branche).<br \/>\n       B.21. Dans leur m\u00e9moire en r\u00e9ponse, les parties requ\u00e9rantes font valoir pour la premi\u00e8re fois que la mesure attaqu\u00e9e fausse la concurrence entre les commer\u00e7ants propri\u00e9taires et les commer\u00e7ants locataires, d\u00e8s lors que seuls ces derniers b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un soutien.<br \/>\n       Il n\u2019appartient pas aux parties requ\u00e9rantes de modifier, dans son m\u00e9moire en r\u00e9ponse, le moyen du recours tel qu\u2019elles l\u2019ont elles-m\u00eames formul\u00e9 dans la requ\u00eate. Un grief qui, comme en l\u2019esp\u00e8ce, est formul\u00e9 dans un m\u00e9moire en r\u00e9ponse mais qui diff\u00e8re de celui qui est \u00e9nonc\u00e9 dans la requ\u00eate constitue un moyen nouveau et n\u2019est pas recevable.<br \/>\n       B.22. Le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale affirment que les parties requ\u00e9rantes ne circonscrivent pas clairement les cat\u00e9gories de locataires et de propri\u00e9taires qu\u2019elles entendent comparer dans le cadre de la deuxi\u00e8me sous-branche.<br \/>\n       21<br \/>\n       En l\u2019esp\u00e8ce, les cat\u00e9gories de personnes compar\u00e9es sont suffisamment d\u00e9limit\u00e9es pour que la Cour puisse exercer son contr\u00f4le. Il ressort en outre des m\u00e9moires d\u00e9pos\u00e9s par le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et par le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale que ceux-ci ont pu comprendre quelles \u00e9taient les cat\u00e9gories de personnes compar\u00e9es et r\u00e9pondre utilement aux griefs des parties requ\u00e9rantes.<br \/>\n       B.23. Le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale fait valoir que les parties requ\u00e9rantes n\u2019expliquent pas en quoi les bailleurs et les locataires seraient deux cat\u00e9gories de personnes comparables.<br \/>\n       Il ne faut pas confondre diff\u00e9rence et non-comparabilit\u00e9. Les situations \u00e9conomiques diff\u00e9rentes des parties \u00e0 un contrat de bail commercial peuvent certes constituer un \u00e9l\u00e9ment dans l\u2019appr\u00e9ciation d\u2019une diff\u00e9rence de traitement, mais elles ne sauraient suffire pour conclure \u00e0 la non-comparabilit\u00e9, au risque de vider de sa substance le contr\u00f4le exerc\u00e9 au regard du principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination.<br \/>\n       B.24.1. Comme il est dit en B.17.1, le l\u00e9gislateur ordonnanciel dispose d\u2019un pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation \u00e9tendu en mati\u00e8re socio-\u00e9conomique, d\u2019autant plus lorsque les circonstances requi\u00e8rent de sa part une action urgente, de sorte qu\u2019il a pu estimer qu\u2019il s\u2019imposait d\u2019adopter l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 pour prot\u00e9ger les locataires commerciaux contre le risque de subir un nouveau pic d\u2019inflation.<br \/>\n       B.24.2. Dans le cadre du large pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation dont il dispose pour prendre des mesures socio-\u00e9conomiques urgentes, le l\u00e9gislateur ordonnanciel a \u00e9galement pu estimer que les revenus des locataires commerciaux \u00e9taient davantage affect\u00e9s par la hausse extraordinaire de l\u2019inflation, d\u00e8s lors que les co\u00fbts de l\u2019\u00e9nergie et des mati\u00e8res premi\u00e8res ont augment\u00e9 et que le pouvoir d\u2019achat de leurs clients a baiss\u00e9. Les bailleurs, en revanche, sont principalement affect\u00e9s par l\u2019inflation s\u2019ils d\u00e9cident d\u2019effectuer des travaux.<br \/>\n       Pour le m\u00eame motif, le l\u00e9gislateur ordonnanciel a \u00e9galement raisonnablement pu estimer qu\u2019il ne s\u2019imposait pas d\u2019op\u00e9rer une distinction entre les bailleurs sur la base de leurs revenus.<br \/>\n       Comme il est dit en B.18, il ne s\u2019imposait pas non plus d\u2019op\u00e9rer une distinction entre les locataires sur la base de leurs revenus.<br \/>\n       22<br \/>\n       B.24.3. Enfin, il n\u2019est pas sans justification raisonnable de consid\u00e9rer que, dans un contexte de baisse du pouvoir d\u2019achat de la client\u00e8le, l\u2019augmentation des co\u00fbts \u00e0 charge des commer\u00e7ants ne peut \u00eatre que partiellement r\u00e9percut\u00e9e sur les prix, de sorte que le m\u00e9canisme de plafonnement de l\u2019indexation des loyers commerciaux mis en place par l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant n\u00e9cessaire.<br \/>\n       B.25. Pour les motifs indiqu\u00e9s en B.19.2, les effets de la mesure ne sont pas disproportionn\u00e9s.<br \/>\n       Quatri\u00e8me branche &#8211; l\u2019identit\u00e9 de traitement entre les propri\u00e9taires<br \/>\n       B.26. Les parties requ\u00e9rantes affirment que, sans qu\u2019existe pour ce faire une justification raisonnable, les dispositions attaqu\u00e9es traitent tous les propri\u00e9taires de la m\u00eame mani\u00e8re en plafonnant l\u2019indexation des loyers sans avoir \u00e9gard au fait que certains d\u2019entre eux ont r\u00e9alis\u00e9 des travaux pour am\u00e9liorer la performance \u00e9nerg\u00e9tique de leur bien.<br \/>\n       B.27. L\u2019envol\u00e9e des prix de l\u2019\u00e9nergie a provoqu\u00e9 une inflation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et une crise \u00e9conomique qui affectent de nombreux commerces bruxellois. Comme le rel\u00e8vent le Gouvernement de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la R\u00e9gion de Bruxelles-<br \/>\n       Capitale, l\u2019objectif poursuivi par la mesure attaqu\u00e9e est de soutenir les commer\u00e7ants face \u00e0 l\u2019ensemble des effets de la crise \u00e9conomique et pas seulement face \u00e0 la hausse des factures d\u2019\u00e9nergie.<br \/>\n       Dans le cadre du large pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation dont il dispose, le l\u00e9gislateur ordonnanciel a d\u00e8s lors pu estimer qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d\u2019op\u00e9rer une distinction entre les bailleurs en fonction de la performance \u00e9nerg\u00e9tique du bien qu\u2019ils mettent en location.<br \/>\n       B.28. Le deuxi\u00e8me moyen n\u2019est pas fond\u00e9.<br \/>\n       23<br \/>\n       En ce qui concerne le troisi\u00e8me moyen<br \/>\n       B.29. Le troisi\u00e8me moyen est pris de la violation de l\u2019article 16 de la Constitution, lu en combinaison avec l\u2019article 1er du Premier Protocole additionnel de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (ci-apr\u00e8s : le Premier Protocole additionnel). Les parties requ\u00e9rantes font valoir que les dispositions attaqu\u00e9es limitent le revenu des propri\u00e9taires sans qu\u2019un imp\u00e9ratif d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral le justifie. Ils estiment \u00e9galement que les effets de la mesure attaqu\u00e9e sont disproportionn\u00e9s, d\u00e8s lors que la d\u00e9gradation de la situation financi\u00e8re des bailleurs qu\u2019elle entra\u00eene serait sans commune mesure avec les b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019en retirent les locataires.<br \/>\n       B.30.1 L\u2019article 16 de la Constitution dispose :<br \/>\n       \u00ab Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique, dans les cas et de la mani\u00e8re \u00e9tablis par la loi, et moyennant une juste et pr\u00e9alable indemnit\u00e9 \u00bb.<br \/>\n       B.30.2. L\u2019article 1er du Premier Protocole additionnel dispose :<br \/>\n       \u00ab Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut \u00eatre priv\u00e9 de sa propri\u00e9t\u00e9 que pour cause d\u2019utilit\u00e9 publique et dans les conditions pr\u00e9vues par la loi et les principes g\u00e9n\u00e9raux de droit international.<br \/>\n       Les dispositions pr\u00e9c\u00e9dentes ne portent pas atteinte au droit que poss\u00e8dent les \u00c9tats de mettre en vigueur les lois qu\u2019ils jugent n\u00e9cessaires pour r\u00e9glementer l\u2019usage des biens conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou pour assurer le paiement d\u2019imp\u00f4ts ou d\u2019autres contributions ou des amendes \u00bb.<br \/>\n       L\u2019article 1er du Premier Protocole additionnel ayant une port\u00e9e analogue \u00e0 celle de l\u2019article 16 de la Constitution, les garanties qu\u2019il contient forment un ensemble indissociable avec celles qui sont inscrites dans cette disposition constitutionnelle, de sorte que la Cour en tient compte lors de son contr\u00f4le de la disposition attaqu\u00e9e.<br \/>\n       B.30.3. L\u2019article 1er du Premier Protocole additionnel pr\u00e9cit\u00e9 offre une protection non seulement contre une expropriation ou une privation de propri\u00e9t\u00e9 (premier alin\u00e9a, seconde phrase), mais \u00e9galement contre toute ing\u00e9rence dans le droit au respect des biens (premier alin\u00e9a, premi\u00e8re phrase) et contre toute r\u00e9glementation de l\u2019usage des biens (second alin\u00e9a).<br \/>\n       24<br \/>\n       B.30.4. Toute ing\u00e9rence dans le droit de propri\u00e9t\u00e9 doit r\u00e9aliser un juste \u00e9quilibre entre les imp\u00e9ratifs de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et ceux de la protection du droit au respect des biens. Il faut qu\u2019existe un rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but poursuivi.<br \/>\n       B.31. L\u2019encadrement et la limitation des loyers rel\u00e8vent de la r\u00e9glementation de l\u2019usage des biens (CEDH, 19 d\u00e9cembre 1989, Mellacher et autres c. Autriche, ECLI:CE:ECHR:1989:1219JUD001052283, \u00a7 44; 12 juin 2012, Lindheim et autres c. Norv\u00e8ge, ECLI:CE:ECHR:2012:0612JUD001322108, \u00a7\u00a7 75 \u00e0 78).<br \/>\n       B.32. Comme il est dit en B.16.1, l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 a pour objectif de prot\u00e9ger les locataires commerciaux contre une augmentation importante de leur loyer dans un contexte d\u2019inflation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<br \/>\n       Il s\u2019agit d\u2019un objectif l\u00e9gitime d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\n       B.33. Comme il est dit en B.19.2, l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022 a pour effet de r\u00e9duire, pour une dur\u00e9e d\u2019un an, le montant que les loyers commerciaux ne peuvent pas d\u00e9passer au terme de leur adaptation au co\u00fbt de la vie.<br \/>\n       B.34. Eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019objectif d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral poursuivi, l\u2019ordonnance du 15 d\u00e9cembre 2022<br \/>\n       m\u00e9nage un juste \u00e9quilibre entre les bailleurs et les locataires.<br \/>\n       B.35. Le troisi\u00e8me moyen n\u2019est pas fond\u00e9.<br \/>\n       25<br \/>\n       Par ces motifs,<br \/>\n       la Cour<br \/>\n       rejette le recours.<br \/>\n       Ainsi rendu en langue fran\u00e7aise, en langue n\u00e9erlandaise et en langue allemande, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 65 de la loi sp\u00e9ciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, le 30 mai 2024.<br \/>\n       Le greffier, Le pr\u00e9sident,<br \/>\n       Nicolas Dupont Pierre Nihoul<\/p>\n<p>Document PDF ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.059\n       <\/p>\n<p>            Publication(s) li\u00e9e(s)              <\/p>\n<p>citant:<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2018:ARR.032         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2022:ARR.097         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:CE:ECHR:1989:1219JUD001052283        <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:CE:ECHR:2012:0612JUD001322108        <\/p>\n<p>        <!-- Commandes de navigation page d\u00e9tail--> <\/p>\n<p>                  Imprimer cette page<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>          Taille d&#8217;impression          <\/p>\n<p>            S<br \/>\n            M<br \/>\n            L<br \/>\n            XL<\/p>\n<p>          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Nouvelle recherche JUPORTAL<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Fermer l&#8217;onglet          <\/p>\n<p>        <!-- Fin commandes de navigation page d\u00e9tail --><\/p>\n<p><!-- Action LOG \nfunction JUPORTARecordLogViewDecision  $iubel_id        : 278112\n                                       $action_type     : VIEW\n                                      &amp;$action_startmt  : 1780654414.4277\n                                      &amp;$action_duration : 20105\n                                      &amp;$addressipremote : 103.115.10.116\n                                      &amp;$latitude        : null\n                                      &amp;$longitude       : null\n                                      &amp;$accuracy        : null\n                                      &amp;$altitude        : null\n                                      &amp;$langue_view     : FR\n--><br \/>\n<!-- Action_duration 20105 millisec --><br \/>\n      <!-- end of main block (division \"content\") --><\/p>\n<p>    <!-- end of division \"page_main\" --><\/p>\n<p>              &#9993; info-JUPORTAL@just.fgov.be<\/p>\n<p>              &copy;&nbsp; 2017-2026&nbsp;Service ICT &#8211; SPF Justice<\/p>\n<p>  <!-- end of division \"conteneur\" --><\/p>\n<p>  <!-- Balloon system info --><\/p>\n<p>\n          Powered by PHP 8.5.0\n      <\/p>\n<p>\n          Server Software Apache\/2.4.66\n      <\/p>\n<p>\n          == Fluctuat nec mergitur ==\n      <\/p>\n<p>  <!-- Balloon system info --><br \/>\n          <!-- BalloonObjectPrepa Start --><br \/>\n          <!-- BalloonObjectPrepa End --><\/div>\n<hr class=\"kji-sep\" \/>\n<p class=\"kji-source-links\"><strong>Sources officielles :<\/strong> <a class=\"kji-source-link\" href=\"https:\/\/juportal.be\/content\/ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.059\/FR\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">consulter la page source<\/a><\/p>\n<p class=\"kji-license-note\"><em>JUPORTAL. 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