{"id":1164230,"date":"2026-06-21T21:30:33","date_gmt":"2026-06-21T19:30:33","guid":{"rendered":"https:\/\/kohenavocats.com\/jurisprudences\/eclibeghcc2024arr-130\/"},"modified":"2026-06-21T21:30:33","modified_gmt":"2026-06-21T19:30:33","slug":"eclibeghcc2024arr-130","status":"publish","type":"kji_decision","link":"https:\/\/kohenavocats.com\/en\/jurisprudences\/eclibeghcc2024arr-130\/","title":{"rendered":"ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.130"},"content":{"rendered":"<div class=\"kji-decision\">\n<div class=\"kji-full-text\">JUPORTAL Base de donn\u00e9es publique de la jurisprudence belge<\/p>\n<p>    <!-- continue here with main block (division \"content\") --><\/p>\n<p>            <!-- Commandes de navigation page d\u00e9tail--> <\/p>\n<p>                  Imprimer cette page<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>          Taille d&#8217;impression          <\/p>\n<p>            S<br \/>\n            M<br \/>\n            L<br \/>\n            XL<\/p>\n<p>          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Nouvelle recherche JUPORTAL<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Fermer l&#8217;onglet          <\/p>\n<p>        <!-- Fin commandes de navigation page d\u00e9tail --><\/p>\n<p>        &nbsp;<br \/>\nCour constitutionnelle (Cour d&apos;arbitrage)  <\/p>\n<p>            Jugement\/arr\u00eat du 21 novembre 2024            <\/p>\n<p>No ECLI:<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.130<\/p>\n<p>No Arr\u00eat\/No R\u00f4le:<\/p>\n<p>130\/2024<\/p>\n<p>Domaine juridique:<\/p>\n<p>\n Droit constitutionnel<\/p>\n<p>Date d&#8217;introduction:<\/p>\n<p>2024-12-02<\/p>\n<p>Consultations:<\/p>\n<p>334 &#8211; derni\u00e8re vue 2026-06-04 00:14<\/p>\n<p>Version(s):<\/p>\n<p>Version NL\n        <\/p>\n<p>Version DE\n        <\/p>\n<p>            Fiche            <\/p>\n<p> 1. Non-violation (articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise<br \/>\n        du 12 d\u00e9cembre 2008) 2. Non-violation (articles 39, 40 et 50 du m\u00eame<br \/>\n        d\u00e9cret, en ce qu&apos;ils ne permettent pas \u00e0 une personne morale qui<br \/>\n        invoque un int\u00e9r\u00eat collectif de saisir le juge des cessations, que ce<br \/>\n        soit en formant une intervention volontaire ou une tierce opposition,<br \/>\n        pour contester devant lui une discrimination, en soutien ou \u00e0 la place<br \/>\n        de l&apos;auteur de la discrimination) 3. La troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle<br \/>\n        n&apos;appelle pas de r\u00e9ponse\n    <\/p>\n<p>Th\u00e9saurus Cassation:<\/p>\n<p>COUR CONSTITUTIONNELLE\n<\/p>\n<p>Th\u00e9saurus UTU:<\/p>\n<p>DROIT PUBLIC ET ADMINISTRATIF &#8211; COUR CONSTITUTIONNELLE\n <\/p>\n<p>Mots libres:<\/p>\n<p>\nles questions pr\u00e9judicielles concernant les articles 39, 40 et 50 du<br \/>\n         d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008 \u00ab relatif \u00e0<br \/>\n         la lutte contre certaines formes de discrimination \u00bb, pos\u00e9es par le<br \/>\n         Tribunal de premi\u00e8re instance francophone de Bruxelles. Enseignement<br \/>\n         &#8211; Communaut\u00e9 fran\u00e7aise &#8211; Discrimination &#8211; Action en cessation &#8211; Intervention<br \/>\n         volontaire &#8211; Tierce opposition &#8211; Personnes morales qui d\u00e9fendent un int\u00e9r\u00eat<br \/>\n         collectif &#8211; Conditions de recevabilit\u00e9<\/p>\n<p>            Texte de la d\u00e9cision            <\/p>\n<p>\n       Cour constitutionnelle<br \/>\n       Arr\u00eat n\u00b0 130\/2024<br \/>\n       du 21 novembre 2024<br \/>\n       Num\u00e9ro du r\u00f4le : 8058<br \/>\n       En cause : les questions pr\u00e9judicielles concernant les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008 \u00ab relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination \u00bb, pos\u00e9es par le Tribunal de premi\u00e8re instance francophone de Bruxelles.<br \/>\n       La Cour constitutionnelle,<br \/>\n       compos\u00e9e des pr\u00e9sidents Pierre Nihoul et Luc Lavrysen, et des juges Jos\u00e9phine Moerman, Sabine de Bethune, Emmanuelle Bribosia, Willem Verrijdt et Kattrin Jadin, assist\u00e9e du greffier Frank Meersschaut, pr\u00e9sid\u00e9e par le pr\u00e9sident Pierre Nihoul,<br \/>\n       apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, rend l\u2019arr\u00eat suivant :<br \/>\n       I. Objet des questions pr\u00e9judicielles et proc\u00e9dure<br \/>\n       Par ordonnance du 14 novembre 2022, dont l\u2019exp\u00e9dition est parvenue au greffe de la Cour le 7 juillet 2023, le Tribunal de premi\u00e8re instance francophone de Bruxelles a pos\u00e9 les questions pr\u00e9judicielles suivantes :<br \/>\n       \u00ab 1) Les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008<br \/>\n       relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination sont-ils conformes aux articles 35, 127 et suivants de la Constitution relatifs aux \u2018 comp\u00e9tences des Communaut\u00e9s \u2019, ainsi qu\u2019aux articles 4 et 5 de la loi sp\u00e9ciale de r\u00e9formes institutionnelles du 8 ao\u00fbt 1980, en ce qu\u2019ils limitent le pouvoir d\u2019\u2018 ester en justice dans les litiges auxquels l\u2019application du pr\u00e9sent d\u00e9cret donnerait lieu \u2019 de toute personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif, non seulement lorsqu\u2019elle introduit une action en qualit\u00e9 de demanderesse devant le juge des cessations, mais \u00e9galement lorsqu\u2019elle intervient volontairement ou forme une tierce opposition devant lui, d\u00e9rogeant ainsi aux articles 17, 18 et 1122 du Code judiciaire ?<br \/>\n       2) Les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008<br \/>\n       relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination sont-ils conformes aux articles 10, 11, 13, 144 et 145 de la Constitution, combin\u00e9s avec l\u2019article 6 (droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable) et<br \/>\n       2<br \/>\n       l\u2019article 13 (droit \u00e0 un recours effectif) de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019ils :<br \/>\n       &#8211; imposent \u00e0 une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif d\u2019obtenir l\u2019accord de la victime d\u2019une discrimination \u2013 all\u00e9gu\u00e9e ou constat\u00e9e, selon le cas, dans le cadre d\u2019une action en cessation \u2013 afin de pouvoir contester cette discrimination devant le juge des cessations ? ou<br \/>\n       &#8211; ont pour effet d\u2019interdire \u00e0 une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif de saisir le juge des cessations, que ce soit dans le cadre d\u2019une intervention volontaire ou d\u2019une tierce opposition, pour contester devant lui une discrimination all\u00e9gu\u00e9e ou constat\u00e9e dans le cadre d\u2019une action en cessation ?<br \/>\n       3) Les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008<br \/>\n       relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination, lus en combinaison avec les articles 17, 18, 1044, 1122, 1128, 1129 et 1131 du Code judiciaire, sont-ils conformes aux articles 10, 11, 13, 144 et 145 de la Constitution, combin\u00e9s avec le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique, ainsi qu\u2019avec l\u2019article 6 (droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable) et l\u2019article 13 (droit \u00e0 un recours effectif) de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019ils autorisent toute personne qui invoque un int\u00e9r\u00eat personnel \u00e0 former une tierce opposition ou \u00e0 intervenir volontairement devant le juge des cessations, que ce soit aux c\u00f4t\u00e9s de la victime d\u2019une discrimination \u2013 all\u00e9gu\u00e9e ou constat\u00e9e, selon le cas \u2013 ou aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019auteur de celle-ci ? \u00bb.<br \/>\n       Des m\u00e9moires ont \u00e9t\u00e9 introduits par :<br \/>\n       &#8211; la ville de Bruxelles, repr\u00e9sent\u00e9e par son coll\u00e8ge des bourgmestre et \u00e9chevins, assist\u00e9e et repr\u00e9sent\u00e9e par Me Marc Uyttendaele et Me Eva Lippens, avocats au barreau de Bruxelles;<br \/>\n       &#8211; le Centre interf\u00e9d\u00e9ral pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances (Unia), assist\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 par Me V\u00e9ronique van der Plancke, Me Germain Haumont et Me Jean-Fran\u00e7ois Van Drooghenbroeck, avocats au barreau de Bruxelles;<br \/>\n       &#8211; l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb, assist\u00e9e et repr\u00e9sent\u00e9e par Me J\u00e9r\u00f4me Sohier, avocat au barreau de Bruxelles;<br \/>\n       &#8211; l\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb, assist\u00e9e et repr\u00e9sent\u00e9e par Me Saba Parsa, avocate au barreau du Brabant wallon;<br \/>\n       &#8211; Manuel Gigot, Isabelle Loutte, Anne Van Langenhoven, Roland Bourgeois, Ahmed Meksem, Annick Michel, Florence Pendeville, Samia Cherifi, Pierre-Jean Delvoye, Fabian Radoux, Didier Benoit, Jean-Louis Claes, Val\u00e9rie Hanozet, Abdellah Idrissi Serghini, Kristel Bosko, Philippe Van Jeun, Bernard Fontaine, Marie-Claire Hoebanx, M\u00e9lanie Raczek, Anne Baccu, Muriel Renier, Philippe Van Mollekot, Dominique G. M. Salomez, Jean-Christophe Cavenaile, Mohamed El Battiui, S\u00e9bastien Delsanne, Gregory Pouchkine, Dominique Brossard, Marie-Catherine Deldicque, Isabel Bureau, Marie-Jeanne Stallaert, Mauranne Detre, Sabine Croquet, Isabelle Gerard, Virginie Fran\u00e7ois, St\u00e9phane De Maght,<br \/>\n       3<br \/>\n       Pierre Clemens, C\u00e9cile Demaret, Charles Huygens, Martine De Roeck-Gunther, Philippe Langenaken, Gis\u00e8le Dineur, Jacqueline Rosoux, Robert Wens, Catherine Bovy, Anne Beckers, Michelle De Vos, Marianne Van Steenbrugghe, Mina Goldfinger, Anne Linet, Anne Lahousse, Dani\u00e8le Brown-Ketels, Lucien Michel, Paule Kestemont, Martine Willekens, Ren\u00e9e Thielemans, Myriam Baghdikian, Dominique Daems, Andr\u00e9e Bogaerts, H\u00e9l\u00e8ne Schidlowsky, Chantal Carpentier et Michel Delers, assist\u00e9s et repr\u00e9sent\u00e9s par Me Dominique Grisay, avocat au barreau de Bruxelles.<br \/>\n       Le Centre interf\u00e9d\u00e9ral pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances (Unia) a \u00e9galement introduit un m\u00e9moire en r\u00e9ponse.<br \/>\n       Par ordonnance du 25 septembre 2024, la Cour, apr\u00e8s avoir entendu les juges-rapporteures Emmanuelle Bribosia et Jos\u00e9phine Moerman, a d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019affaire \u00e9tait en \u00e9tat, qu\u2019aucune audience ne serait tenue, \u00e0 moins qu\u2019une partie n\u2019ait demand\u00e9, dans le d\u00e9lai de sept jours suivant la r\u00e9ception de la notification de cette ordonnance, \u00e0 \u00eatre entendue, et qu\u2019en l\u2019absence d\u2019une telle demande, les d\u00e9bats seraient clos \u00e0 l\u2019expiration de ce d\u00e9lai et l\u2019affaire serait mise en d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<br \/>\n       Aucune demande d\u2019audience n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 introduite, l\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 mise en d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<br \/>\n       Les dispositions de la loi sp\u00e9ciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle relatives \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 l\u2019emploi des langues ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es.<br \/>\n       II. Les faits et la proc\u00e9dure ant\u00e9rieure<br \/>\n       La Haute \u00c9cole Francisco Ferrer (ci-apr\u00e8s : la Haute \u00c9cole) est un \u00e9tablissement d\u2019enseignement sup\u00e9rieur, dont le pouvoir organisateur est la ville de Bruxelles. En vertu du r\u00e8glement des \u00e9tudes de la Haute \u00c9cole, il est interdit aux \u00e9tudiants de porter des signes convictionnels ou philosophiques.<br \/>\n       Par une requ\u00eate introduite le 3 novembre 2017, plusieurs personnes ont introduit devant le pr\u00e9sident du Tribunal francophone de premi\u00e8re instance de Bruxelles, si\u00e9geant comme en r\u00e9f\u00e9r\u00e9, une action en cessation contre la ville de Bruxelles, en application de l\u2019article 50 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008<br \/>\n       \u00ab relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination \u00bb (ci-apr\u00e8s : le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008). Les parties demanderesses sont des \u00e9tudiantes inscrites ou souhaitant s\u2019inscrire \u00e0 la Haute \u00c9cole et qui, en tant que femmes de confession musulmane, souhaitent porter le voile. Elles all\u00e8guent que l\u2019interdiction contenue dans le r\u00e8glement des \u00e9tudes de la Haute \u00c9cole est discriminatoire.<br \/>\n       Le Centre interf\u00e9d\u00e9ral pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances (ci-apr\u00e8s : Unia) a form\u00e9 une intervention volontaire en soutien de cette action, avec l\u2019accord des parties demanderesses.<br \/>\n       Le Tribunal a pos\u00e9 une question pr\u00e9judicielle \u00e0 la Cour sur l\u2019article 3 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 31 mars 1994 \u00ab d\u00e9finissant la neutralit\u00e9 de l\u2019enseignement de la Communaut\u00e9 \u00bb, \u00e0 laquelle la Cour a r\u00e9pondu par un arr\u00eat n\u00b0 81\/2020 du 4 juin 2020 (ECLI:BE:GHCC:2020:ARR.081).<br \/>\n       Par un jugement du 24 novembre 2021, le Tribunal a d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e l\u2019action en cessation introduite devant lui et a ordonn\u00e9 \u00e0 la ville de Bruxelles de mettre fin \u00e0 la discrimination constat\u00e9e. La ville de Bruxelles a acquiesc\u00e9 au jugement et n\u2019a donc pas fait appel de celui-ci.<br \/>\n       L\u2019ASBL \u00ab Observatoire des fondamentalismes \u00e0 Bruxelles \u00bb, l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb, des professeurs invit\u00e9s et membres du personnel, anciens et actuels, de la Haute \u00c9cole et un directeur honoraire de l\u2019enseignement de la ville de Bruxelles, Manuel Gigot et consorts, ont introduit, le 11 mars 2022, des recours en tierce opposition \u00e0 l\u2019encontre du jugement du 24 novembre 2021 devant le Tribunal de premi\u00e8re instance n\u00e9erlandophone de<br \/>\n       4<br \/>\n       Bruxelles. L\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb a fait une intervention volontaire dans le cadre de la tierce opposition form\u00e9e par l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb.<br \/>\n       Par des ordonnances du 30 mars et du 13 avril 2022, ce Tribunal a renvoy\u00e9 les affaires devant le Tribunal de premi\u00e8re instance francophone de Bruxelles.<br \/>\n       Le Tribunal de premi\u00e8re instance francophone de Bruxelles rel\u00e8ve que Manuel Gigot et consorts et l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb invoquent un int\u00e9r\u00eat personnel \u00e0 l\u2019appui de leurs tierces oppositions. Selon le Tribunal, aucune des dispositions du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 n\u2019interdit express\u00e9ment \u00e0 une personne qui se pr\u00e9vaut d\u2019un int\u00e9r\u00eat personnel de participer \u00e0 un litige d\u00e9j\u00e0 pendant devant le juge des cessations sur la base du droit commun de la proc\u00e9dure, qu\u2019elle se pr\u00e9tende victime d\u2019une discrimination ou qu\u2019elle conteste l\u2019int\u00e9r\u00eat de la personne qui se dit victime. Le Tribunal se demande cependant si cette application du droit commun \u00e0 l\u2019action en cessation n\u2019expose pas les parties \u00e0 l\u2019action originaire \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 juridique perp\u00e9tuelle. Une d\u00e9cision d\u2019annulation fond\u00e9e sur l\u2019article 43 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 est susceptible de faire l\u2019objet d\u2019une tierce opposition sur la base de l\u2019article 1122 du Code judiciaire par tout tiers justifiant de la qualit\u00e9 et de l\u2019int\u00e9r\u00eat requis par le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 ou par le Code judiciaire, selon le cas, sans autre limite dans le temps que la prescription de 30 ans pr\u00e9vue par l\u2019article 1128 du m\u00eame Code. Or, la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme a jug\u00e9 que la possibilit\u00e9 de remises en cause perp\u00e9tuelles de jugements d\u00e9finitifs viole le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable garanti par l\u2019article 6, paragraphe 1, de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, lu \u00e0 la lumi\u00e8re du principe de la s\u00e9curit\u00e9 juridique.<br \/>\n       Le Tribunal rel\u00e8ve que l\u2019ASBL \u00ab Observatoire des fondamentalismes \u00e0 Bruxelles \u00bb et l\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb invoquent un int\u00e9r\u00eat collectif \u00e0 l\u2019appui respectivement de leur tierce opposition et de leur intervention volontaire, de sorte que la recevabilit\u00e9 de celles-ci est soumise au d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008.<br \/>\n       Aucune de ces deux ASBL n\u2019a obtenu l\u2019accord d\u2019une victime de la discrimination constat\u00e9e dans le jugement du 24 novembre 2021, alors que cet accord est requis par l\u2019article 40 du d\u00e9cret pr\u00e9cit\u00e9. En outre, l\u2019ASBL<br \/>\n       \u00ab Observatoire des fondamentalismes \u00e0 Bruxelles \u00bb ne remplit pas la condition selon laquelle elle doit avoir la personnalit\u00e9 juridique depuis au moins trois ans \u00e0 la date des faits. Il s\u2019ensuit qu\u2019en vertu des articles 39, 40 et 50<br \/>\n       du m\u00eame d\u00e9cret, les actions des ASBL devraient \u00eatre d\u00e9clar\u00e9es irrecevables.<br \/>\n       Dans ce contexte et en partie \u00e0 la demande de l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb, le Tribunal pose \u00e0 la Cour les questions pr\u00e9judicielles reproduites plus haut.<br \/>\n       III. En droit<br \/>\n       -A-<br \/>\n       En ce qui concerne la premi\u00e8re question pr\u00e9judicielle<br \/>\n       A.1. L\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb soutient que les dispositions en cause doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es en ce sens qu\u2019elles organisent une proc\u00e9dure sp\u00e9cifique permettant \u00e0 la victime d\u2019une discrimination d\u2019introduire une action en cessation comme partie demanderesse, sans avoir vocation \u00e0 r\u00e9gir d\u2019autres voies de droit, dont la facult\u00e9 pour tout justiciable pr\u00e9judici\u00e9 par la d\u00e9cision de former une tierce opposition en application du Code judiciaire.<br \/>\n       Interpr\u00e9ter la disposition comme le font les parties d\u00e9fenderesses sur tierce opposition aurait pour effet que la ville de Bruxelles ne pourrait pas interjeter appel de la d\u00e9cision la condamnant, d\u00e8s lors qu\u2019elle n\u2019a pas la qualit\u00e9 particuli\u00e8re pr\u00e9vue par le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008, ce qui entra\u00eenerait une rupture de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les justiciables difficilement admissible en droit. Une telle interpr\u00e9tation violerait en outre les r\u00e8gles r\u00e9partitrices de comp\u00e9tences, d\u00e8s lors que le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise n\u2019est pas comp\u00e9tent pour modifier le Code judiciaire ni pour restreindre l\u2019acc\u00e8s des justiciables \u00e0 une juridiction f\u00e9d\u00e9rale.<br \/>\n       A.2. L\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb et la ville de Bruxelles soutiennent que la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise n\u2019est pas comp\u00e9tente pour limiter ou modifier les dispositions du Code judiciaire. En effet, l\u2019organisation des cours<br \/>\n       5<br \/>\n       et tribunaux et la d\u00e9termination de la proc\u00e9dure judiciaire sont une comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale. Les dispositions en cause, dans l\u2019interpr\u00e9tation de la juridiction a quo, violent d\u00e8s lors les normes de r\u00e9f\u00e9rence vis\u00e9es dans la question pr\u00e9judicielle.<br \/>\n       A.3.1. Unia all\u00e8gue que les communaut\u00e9s sont comp\u00e9tentes pour mettre en \u0153uvre le droit de la non-<br \/>\n       discrimination en mati\u00e8re d\u2019enseignement. La Communaut\u00e9 fran\u00e7aise a pu adopter les dispositions en cause dans le cadre de ses comp\u00e9tences implicites (article 10 de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 de r\u00e9formes institutionnelles), d\u00e8s lors qu\u2019elles \u00e9tablissent des r\u00e8gles de proc\u00e9dure sp\u00e9cifiques pour le contentieux de la discrimination.<br \/>\n       Selon Unia, la n\u00e9cessit\u00e9 des dispositions en cause r\u00e9sulte directement des directives anti-discrimination. Ces dispositions sont en effet le corollaire indispensable de la mise en \u0153uvre des exigences europ\u00e9ennes en mati\u00e8re de lutte contre les discriminations dans les comp\u00e9tences des communaut\u00e9s. Pour \u00e9viter de g\u00e9n\u00e9rer des lacunes dans la protection offerte en Belgique contre les discriminations, il \u00e9tait n\u00e9cessaire que les collectivit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es reproduisent les r\u00e8gles proc\u00e9durales sp\u00e9cifiques \u00e9tablies par le l\u00e9gislateur f\u00e9d\u00e9ral dans leurs propres l\u00e9gislations.<br \/>\n       Ce faisant, les entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es se bornent \u00e0 mettre en \u0153uvre les exigences europ\u00e9ennes qui tendent \u00e0 la protection des victimes de discriminations. Ensuite, la mati\u00e8re se pr\u00eate \u00e0 un traitement diff\u00e9renci\u00e9. La Cour a en effet admis la comp\u00e9tence de la R\u00e9gion de Bruxelles-Capitale de r\u00e9gir les clauses d\u2019arbitrage ins\u00e9r\u00e9es dans un contrat de bail (arr\u00eat n\u00b0 156\/2020 du 26 novembre 2020, ECLI:BE:GHCC:2020:ARR.156). Par ailleurs, la possibilit\u00e9 d\u2019introduire des r\u00e8gles diff\u00e9rentes pour certains types de contentieux est admise en mati\u00e8re de tierce opposition.<br \/>\n       Enfin, la mesure a un impact marginal sur la comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale. En effet, la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise a scrupuleusement reproduit le dispositif proc\u00e9dural des lois f\u00e9d\u00e9rales anti-discrimination et la mesure en cause s\u2019applique uniquement aux litiges relatifs aux discriminations qui surviennent dans le champ de comp\u00e9tences de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise.<br \/>\n       A.3.2. En ce qui concerne en particulier l\u2019interpr\u00e9tation et la port\u00e9e des dispositions en cause, Unia pr\u00e9cise que le droit d\u2019ester en justice vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 39 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 est une expression g\u00e9n\u00e9rique d\u00e9signant toute forme d\u2019action en justice (demande principale, intervention, recours). D\u00e8s lors, le r\u00e9gime de r\u00e9servation de l\u2019action \u00e0 certaines personnes s\u2019applique \u00e9galement aux voies de recours. Le texte est clair et ne pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 autrement que comme s\u2019appliquant aux tierces oppositions.<br \/>\n       Unia souligne que l\u2019ouverture de l\u2019action en cessation \u00e0 d\u2019autres personnes que la victime poursuit un objectif exclusif de protection de cette derni\u00e8re, conform\u00e9ment \u00e0 la directive 2000\/78\/CE du Conseil du 27 novembre 2000<br \/>\n       \u00ab portant cr\u00e9ation d\u2019un cadre g\u00e9n\u00e9ral en faveur de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement en mati\u00e8re d\u2019emploi et de travail \u00bb. La restriction de la recevabilit\u00e9 des voies de recours extraordinaires r\u00e9sulte quant \u00e0 elle de principes constants et fondamentaux du droit judiciaire. Ainsi, lorsqu\u2019une action en cessation est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 certains requ\u00e9rants (action dite \u00ab attitr\u00e9e \u00bb), seules les personnes susceptibles d\u2019\u00eatre parties \u00e0 l\u2019action originaire \u2013 en tant que partie demanderesse ou partie d\u00e9fenderesse \u2013 peuvent former une tierce opposition. La Cour de cassation l\u2019a r\u00e9cemment admis au sujet de la proc\u00e9dure d\u2019autorisation d\u2019un administrateur des biens en vue de poser un acte pour le compte de la personne prot\u00e9g\u00e9e (Cass., 12 f\u00e9vrier 2021, C.20.0207.N). L\u2019irrecevabilit\u00e9 de l\u2019intervention volontaire de l\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb r\u00e9sulte du caract\u00e8re attitr\u00e9 de l\u2019action sur laquelle elle pr\u00e9tend se greffer, ainsi que de l\u2019irrecevabilit\u00e9 de la tierce opposition elle-m\u00eame. Dans le contexte de la lutte contre les discriminations, les principes de droit judiciaire pr\u00e9cit\u00e9s poursuivent pour le surplus un objectif \u00e9l\u00e9mentaire de s\u00e9curit\u00e9 juridique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des victimes. Par cons\u00e9quent, l\u2019empi\u00e8tement de comp\u00e9tences est non seulement n\u00e9cessaire mais \u00e9galement proportionn\u00e9 au regard de l\u2019objectif de protection des victimes de discriminations poursuivi aux niveaux belge et europ\u00e9en, ainsi qu\u2019au regard des r\u00e8gles gouvernant la recevabilit\u00e9 des tierces oppositions introduites contre un jugement rendu sur une action en cessation attitr\u00e9e.<br \/>\n       Unia pr\u00e9cise enfin que les dispositions en cause ne modifient pas les articles 1122 et suivants du Code judiciaire. La restriction de la recevabilit\u00e9 des voies de recours extraordinaires \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une d\u00e9cision rendue sur une action attitr\u00e9e d\u00e9coule du droit judiciaire commun.<br \/>\n       En ce qui concerne la deuxi\u00e8me question pr\u00e9judicielle<br \/>\n       A.4. L\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb soutient que les dispositions du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 ne s\u2019appliquent qu\u2019\u00e0 l\u2019introduction d\u2019une demande en justice pour le compte d\u2019une personne qui s\u2019estime victime d\u2019une<br \/>\n       6<br \/>\n       discrimination, mais qu\u2019elles n\u2019impliquent nullement que d\u2019autres personnes ou institutions ne puissent pas intervenir \u00e0 la cause ou dans le cours ult\u00e9rieur de la proc\u00e9dure, par exemple en formant une tierce opposition, pour faire valoir leur point de vue et d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, et faire constater l\u2019absence de toute discrimination.<br \/>\n       Interpr\u00e9ter autrement ces dispositions entra\u00eenerait une atteinte injustifi\u00e9e et disproportionn\u00e9e au droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un juge, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019objectif poursuivi par le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal. Il est compr\u00e9hensible qu\u2019une personne s\u2019estimant discrimin\u00e9e doive pouvoir \u00eatre soutenue juridiquement par des associations dont c\u2019est l\u2019objet statutaire. Il ne se justifie en revanche pas qu\u2019une institution qui souhaiterait d\u00e9fendre d\u2019autres conceptions des principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination soit emp\u00each\u00e9e d\u2019intervenir pour pr\u00e9server ses int\u00e9r\u00eats.<br \/>\n       L\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb soutient que, dans l\u2019interpr\u00e9tation de la juridiction a quo, les dispositions en cause cr\u00e9ent une diff\u00e9rence de traitement injustifi\u00e9e et disproportionn\u00e9e entre les associations qui ne d\u00e9fendent pas la m\u00eame conception des principes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination, les unes, qui partageraient la conception de la personne qui s\u2019estime discrimin\u00e9e, pouvant librement intervenir \u00e0 la cause pour d\u00e9fendre leur point de vue, tandis que les autres, qui ne partageraient pas le m\u00eame point de vue, en seraient emp\u00each\u00e9es.<br \/>\n       A.5. L\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb all\u00e8gue que le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 est une lex specialis qui permet d\u2019obtenir rapidement des d\u00e9cisions mettant fin aux discriminations, en ex\u00e9cution de l\u2019article 7 de la directive 2000\/43\/CE du Conseil du 29 juin 2000 \u00ab relative \u00e0 la mise en \u0153uvre du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d\u2019origine ethnique \u00bb. En vertu de l\u2019article 2 du Code judiciaire, le droit commun reste applicable pour le reste.<br \/>\n       Selon l\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb, il ressort des articles 39 et 40 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 que le droit d\u2019action des associations de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme peut donner lieu \u00e0 deux situations distinctes :<br \/>\n       celle o\u00f9 un pr\u00e9judice est port\u00e9 aux fins statutaires de l\u2019association et celle o\u00f9 la requ\u00eate concerne une discrimination envers une personne physique ou morale. Ce n\u2019est que dans ce dernier cas que l\u2019accord de la victime est requis.<br \/>\n       L\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb soutient que l\u2019interpr\u00e9tation des dispositions en cause par la juridiction a quo est contraire au texte d\u00e9cr\u00e9tal et viole les normes de r\u00e9f\u00e9rence cit\u00e9es dans la question pr\u00e9judicielle. Si la Cour entend y faire droit, il y a lieu d\u2019adresser une demande d\u2019avis \u00e0 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<br \/>\n       L\u2019interdiction qui est faite \u00e0 une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif de saisir le juge des cessations, dans le cadre d\u2019une intervention volontaire ou d\u2019une tierce opposition, pour contester une discrimination \u00e9quivaut \u00e0 un refus d\u2019acc\u00e8s au juge. Or, le respect des droits de la d\u00e9fense impose que les tiers qui, n\u2019\u00e9tant pas parties \u00e0 l\u2019instance, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 entendus par le juge disposent d\u2019un recours pour contester la d\u00e9cision. D\u00e8s lors qu\u2019aucune disposition des articles 39 et 40 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 ne pr\u00e9voit les voies de recours pour les tiers, les dispositions du Code judiciaire restent pleinement applicables et ces tiers peuvent introduire une tierce opposition contre la d\u00e9cision qui leur porte pr\u00e9judice. La Cour de cassation a confirm\u00e9 que toute personne qui n\u2019est pas intervenue \u00e0 la cause est recevable \u00e0 former une tierce opposition contre la d\u00e9cision rendue par une juridiction civile susceptible de pr\u00e9judicier ses droits.<br \/>\n       A.6. La ville de Bruxelles d\u00e9veloppe une argumentation analogue \u00e0 celle de l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb et de l\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb en ce qui concerne l\u2019interpr\u00e9tation et la port\u00e9e des dispositions en cause. Une autre interpr\u00e9tation entra\u00eenerait une violation du droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable et \u00e0 un recours effectif garanti par les articles 6 et 13 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme. La premi\u00e8re partie de la question pr\u00e9judicielle appelle une r\u00e9ponse affirmative, tandis que la seconde partie appelle une r\u00e9ponse n\u00e9gative.<br \/>\n       A.7.1. Unia fait valoir que la Cour a d\u00e9j\u00e0 statu\u00e9 \u00e0 deux reprises sur la condition de l\u2019accord de la victime, qui s\u2019impose \u00e0 la personne morale invoquant un int\u00e9r\u00eat collectif, qui figure dans les lois anti-discrimination f\u00e9d\u00e9rales. La Cour a valid\u00e9 la diff\u00e9rence de traitement critiqu\u00e9e dans ses arr\u00eats nos 39\/2009<br \/>\n       (ECLI:BE:GHCC:2009:ARR.039) et 157\/2004 (ECLI:BE:GHCC:2004:ARR.157). La protection juridictionnelle effective des victimes de discrimination, lesquelles se trouvent souvent dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9, implique que des institutions et groupements puissent, moyennant le respect de certaines conditions, intervenir au nom et pour le compte \u2013 et donc n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019appui \u2013 de ces victimes dans le cadre d\u2019une action en cessation.<br \/>\n       L\u2019accord de la victime, qui est impos\u00e9 par les directives europ\u00e9ennes, permet de garantir la proportionnalit\u00e9 de la<br \/>\n       7<br \/>\n       diff\u00e9rence de traitement. Il importe, en effet, que des discriminations ne soient pas poursuivies contre le gr\u00e9 des victimes, m\u00eame au pr\u00e9texte de prot\u00e9ger ces derni\u00e8res ou de promouvoir une conception alternative de leur protection.<br \/>\n       Selon Unia, le fait que des groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats ne puissent pas intervenir en soutien des auteurs all\u00e9gu\u00e9s ou av\u00e9r\u00e9s de discrimination \u2013 et, ce faisant, au pr\u00e9judice de leurs victimes all\u00e9gu\u00e9es ou av\u00e9r\u00e9es \u2013 r\u00e9sulte de l\u2019\u00e9quilibre mis en place par les l\u00e9gislateurs f\u00e9d\u00e9ral et f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, sous l\u2019impulsion du droit europ\u00e9en. \u00c0 cet \u00e9gard, il convient de souligner que les auteurs (all\u00e9gu\u00e9s) de discriminations ne sont pas caract\u00e9ris\u00e9s par une vuln\u00e9rabilit\u00e9 sp\u00e9cifique, \u00e0 la diff\u00e9rence des victimes. Cette impossibilit\u00e9 poursuit \u00e9galement un objectif de s\u00e9curit\u00e9 juridique pour les victimes de discrimination, d\u2019autant plus si l\u2019on envisage cette limitation \u00e0 la lumi\u00e8re des cons\u00e9quences potentielles d\u2019une tierce opposition ouverte sans limitation aux personnes susceptibles d\u2019\u00eatre parties \u00e0 l\u2019action en cessation originaire. Il est admis que le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique s\u2019oppose \u00e0 ce qu\u2019un litige se poursuive ind\u00e9finiment. Il est totalement contraire \u00e0 l\u2019esprit des directives europ\u00e9ennes qu\u2019une personne puisse agir \u00e0 la place de l\u2019auteur d\u2019une discrimination et contre la volont\u00e9 exprim\u00e9e par celui-ci. Or, en l\u2019esp\u00e8ce, les groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats souhaitent intervenir dans une proc\u00e9dure qui est cl\u00f4tur\u00e9e, alors que la partie d\u00e9fenderesse, la ville de Bruxelles, a choisi de ne pas contester le jugement rendu.<br \/>\n       Selon Unia, il n\u2019y a pas lieu d\u2019adresser de demande d\u2019avis \u00e0 la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, d\u00e8s lors que les demandes sugg\u00e9r\u00e9es portent sur l\u2019interpr\u00e9tation des principes du droit judiciaire belge, lus le cas \u00e9ch\u00e9ant \u00e0 la lumi\u00e8re du droit de la Convention.<br \/>\n       A.7.2. Unia souligne que l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb pourrait faire valoir les pr\u00e9tentions qui fondent sa tierce opposition dans le cadre d\u2019une action en cessation qui serait mue directement contre elle, en raison de son propre r\u00e8glement des \u00e9tudes, avec une possibilit\u00e9 d\u2019appel. En l\u2019esp\u00e8ce, les r\u00e8gles en cause visent uniquement \u00e0 pr\u00e9server les victimes de discriminations de la situation qui se pr\u00e9sente en l\u2019esp\u00e8ce devant la juridiction a quo, \u00e0 savoir qu\u2019un d\u00e9bat id\u00e9ologique, d\u00e9passant la situation personnelle des victimes, ne vienne \u00e0 rebours se greffer a posteriori sur leur action en cessation victorieuse.<br \/>\n       En ce qui concerne la troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle<br \/>\n       A.8.1. Manuel Gigot et consorts soutiennent que le raisonnement de la juridiction a quo peut \u00eatre compris de deux mani\u00e8res. D\u2019une part, il est possible de conclure que les dispositions en cause ne concernent pas les personnes physiques et que la recevabilit\u00e9 de leur action n\u2019est donc pas en cause en l\u2019esp\u00e8ce. La question pr\u00e9judicielle n\u2019est donc pas utile \u00e0 la solution du litige. D\u2019autre part, il est aussi possible de comprendre que ces dispositions ont trait aux requ\u00e9rants en tierce opposition concern\u00e9s, auquel cas la question pr\u00e9judicielle n\u2019est pas libell\u00e9e ad\u00e9quatement. Il y a donc lieu de reformuler la question comme portant sur la constitutionnalit\u00e9 de l\u2019article 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 en ce qu\u2019il permet uniquement \u00e0 une liste de personnes d\u00e9termin\u00e9es (compos\u00e9e essentiellement des personnes victimes de discrimination ou associations accompagnant celles-ci)<br \/>\n       d\u2019ester en justice et en ce qu\u2019il limite toute possibilit\u00e9 pour un tiers (personne morale ou physique) d\u2019intervenir volontairement dans une proc\u00e9dure li\u00e9e \u00e0 une discrimination ou de contester un jugement qui porterait atteinte \u00e0 ses droits.<br \/>\n       A.8.2. Selon Manuel Gigot et consorts, l\u2019article 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008, interpr\u00e9t\u00e9 en ce sens qu\u2019il est impossible, pour des personnes physiques ayant cependant qualit\u00e9 et un int\u00e9r\u00eat personnel \u00e0 agir, d\u2019ester en justice au motif qu\u2019elles ne sont pas list\u00e9es comme victime (ou accompagnante de victime) de discrimination, viole les articles 11 et 144 de la Constitution, ainsi que les articles 6 et 13 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<br \/>\n       Manuel Gigot et consorts font valoir que le droit d\u2019ester en justice, en tant que droit absolu, permet \u00e0 chaque citoyen d\u2019intervenir devant les juridictions nationales comp\u00e9tentes lorsqu\u2019une mesure l\u2019affecte directement et d\u00e9favorablement. Le droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un juge peut \u00eatre soumis \u00e0 des conditions de recevabilit\u00e9, notamment en ce qui concerne l\u2019introduction d\u2019une voie de recours. Cependant, ces conditions ne peuvent aboutir \u00e0 restreindre ce droit de mani\u00e8re telle qu\u2019il s\u2019en trouve atteint dans sa substance m\u00eame. Par ailleurs, les restrictions impos\u00e9es doivent tendre vers un but l\u00e9gitime et \u00eatre proportionn\u00e9es au but poursuivi.<br \/>\n       Selon Manuel Gigot et consorts, l\u2019article 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008, dans l\u2019interpr\u00e9tation pr\u00e9cit\u00e9e, cr\u00e9e une diff\u00e9rence de traitement injustifi\u00e9e et disproportionn\u00e9e entre les demandeurs et les personnes qui souhaitent agir contre les dispositions d\u2019un jugement relatif \u00e0 une discrimination. Ces personnes n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0<br \/>\n       8<br \/>\n       la justice, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 list\u00e9es ou qu\u2019elles n\u2019ont assur\u00e9ment pas l\u2019accord de la pr\u00e9tendue victime de discrimination. L\u2019objectif du d\u00e9cret pr\u00e9cit\u00e9 de renforcer le droit des personnes discrimin\u00e9es ne doit pas avoir pour effet de restreindre l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice de toute personne qui souhaiterait contester un jugement qui pourrait porter atteinte \u00e0 ses droits. Les personnes qui sont emp\u00each\u00e9es de saisir les juridictions comp\u00e9tentes, comme en l\u2019esp\u00e8ce, sont expos\u00e9es \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 juridique. Or, le fondement m\u00eame de la tierce opposition est de permettre \u00e0 une personne qui n\u2019a pas d\u00fbment \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e de former un recours lorsque la d\u00e9cision porte atteinte \u00e0 ses droits. Il s\u2019ensuit que l\u2019article 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 doit s\u2019interpr\u00e9ter comme permettant \u00e0 tout tiers d\u2019intervenir lorsqu\u2019un jugement lui porte pr\u00e9judice, en vertu de l\u2019article 1122 du Code judiciaire.<br \/>\n       A.9. L\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb et la ville de Bruxelles se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 ce qu\u2019elles ont dit en r\u00e9ponse \u00e0 la premi\u00e8re et \u00e0 la deuxi\u00e8me questions pr\u00e9judicielles.<br \/>\n       A.10. L\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb soutient que le syst\u00e8me juridique doit tenir compte d\u2019une tension in\u00e9luctable entre la s\u00e9curit\u00e9 juridique et la n\u00e9cessaire \u00e9volution de situations de droit insatisfaisantes. Les dispositions en cause ne sont pas une source d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 juridique, d\u00e8s lors que ce qui est en jeu en l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019est le droit d\u2019acc\u00e8s au juge. \u00c0 suivre le raisonnement de la juridiction a quo, l\u2019ensemble des m\u00e9canismes de tierce opposition, d\u2019intervention volontaire, voire d\u2019appel, devrait \u00eatre condamn\u00e9.<br \/>\n       L\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb renvoie pour le surplus aux arguments d\u00e9velopp\u00e9s plus haut et soutient que la troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle appelle une r\u00e9ponse affirmative.<br \/>\n       A.11.1. Unia soutient que la troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle repose sur une interpr\u00e9tation manifestement erron\u00e9e des dispositions en cause. En effet, comme il a \u00e9t\u00e9 dit plus haut, l\u2019action en cessation en mati\u00e8re de discrimination est une action attitr\u00e9e, de sorte qu\u2019une tierce opposition ne peut \u00eatre introduite que par les personnes qui \u00e9taient susceptibles d\u2019\u00eatre parties \u00e0 l\u2019action originaire. Les auteurs de la discrimination ne sauraient \u00eatre assimil\u00e9s, dans le cadre d\u2019une action attitr\u00e9e, \u00e0 toutes les autres personnes qui s\u2019aviseraient de contester la th\u00e8se de la victime. Il s\u2019ensuit que la troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle n\u2019appelle pas de r\u00e9ponse.<br \/>\n       A.11.2. Unia constate qu\u2019en ce qu\u2019ils demandent \u00e0 la Cour de reformuler la troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle, Manuel Gigot et consorts soutiennent en substance la th\u00e8se selon laquelle cette troisi\u00e8me question est absorb\u00e9e par les deux premi\u00e8res. Partant, la reformulation demand\u00e9e n\u2019est pas n\u00e9cessaire. Il convient, par ailleurs, de rappeler que les parties ne peuvent modifier ou faire modifier la port\u00e9e des questions pr\u00e9judicielles pos\u00e9es par la juridiction a quo.<br \/>\n       -B\u2013<br \/>\n       Quant aux dispositions en cause et \u00e0 leur contexte<br \/>\n       B.1. Les questions pr\u00e9judicielles concernent l\u2019action en cessation mise en place par le d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008 \u00ab relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination \u00bb (ci-apr\u00e8s : le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008) et, en particulier, la possibilit\u00e9 ou non pour certains groupements ou personnes de devenir partie \u00e0 une telle proc\u00e9dure, en formant soit une intervention volontaire soit une tierce opposition.<br \/>\n       9<br \/>\n       B.2. Les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008, en cause, disposent :<br \/>\n       \u00ab Art. 39. Peuvent ester en justice dans les litiges auxquels l\u2019application du pr\u00e9sent d\u00e9cret donnerait lieu, lorsqu\u2019un pr\u00e9judice est port\u00e9 aux fins statutaires qu\u2019ils se sont donn\u00e9 pour mission de poursuivre, les groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats suivants :<br \/>\n       1\u00b0 Tout \u00e9tablissement d\u2019utilit\u00e9 publique et toute association, jouissant de la personnalit\u00e9 juridique depuis au moins trois ans \u00e0 la date des faits, et se proposant par ses statuts de d\u00e9fendre les droits de l\u2019homme ou de combattre la discrimination;<br \/>\n       2\u00b0 Les organisations repr\u00e9sentatives au sens de la loi du 19 d\u00e9cembre 1974 organisant les relations entre les autorit\u00e9s publiques et les syndicats des agents relevant de ces autorit\u00e9s;<br \/>\n       3\u00b0 Les organisations syndicales repr\u00e9sentatives au sein de l\u2019organe de concertation syndicale d\u00e9sign\u00e9 pour les administrations, services ou institutions pour lesquels la loi du 19 d\u00e9cembre 1974 r\u00e9glant les relations entre les autorit\u00e9s publiques et les syndicats des agents relevant de ces autorit\u00e9s n\u2019est pas d\u2019application.<br \/>\n       Art. 40. Lorsque la victime de la discrimination est une personne physique ou une personne morale identifi\u00e9e, l\u2019action des organes vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 37 et des groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 39 ne sera recevable que s\u2019ils prouvent qu\u2019ils ont re\u00e7u l\u2019accord de la victime \u00bb.<br \/>\n       \u00ab Art. 50. \u00a7 1er. A la demande de la victime de la discrimination, des organes vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 37, de l\u2019un des groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats vis\u00e9s \u00e0 l\u2019article 39, du minist\u00e8re public ou, selon la nature de l\u2019acte, de l\u2019auditorat du travail, le pr\u00e9sident du tribunal de premi\u00e8re instance, ou, selon la nature de l\u2019acte, le pr\u00e9sident du tribunal du travail ou du tribunal de commerce, constate l\u2019existence et ordonne la cessation d\u2019un acte, m\u00eame p\u00e9nalement r\u00e9prim\u00e9, constituant un manquement aux dispositions du pr\u00e9sent d\u00e9cret.<br \/>\n       \u00a7 2. A la demande de la victime, le pr\u00e9sident du tribunal peut octroyer \u00e0 celle-ci l\u2019indemnisation forfaitaire vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 46, \u00a7 2.<br \/>\n       \u00a7 3. Le pr\u00e9sident du tribunal peut prescrire l\u2019affichage de sa d\u00e9cision ou du r\u00e9sum\u00e9 qu\u2019il en r\u00e9dige, pendant le d\u00e9lai qu\u2019il d\u00e9termine, aussi bien \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des \u00e9tablissements du contrevenant ou des locaux lui appartenant, et ordonner la publication ou la diffusion de son jugement ou du r\u00e9sum\u00e9 de celui-ci par la voie de journaux ou de toute autre mani\u00e8re, le tout aux frais du contrevenant.<br \/>\n       Ces mesures de publicit\u00e9 ne peuvent \u00eatre prescrites que si elles sont de nature \u00e0 contribuer \u00e0 la cessation de l\u2019acte incrimin\u00e9 ou de ses effets.<br \/>\n       \u00a7 4. L\u2019action fond\u00e9e sur le \u00a7 1er est form\u00e9e et instruite selon les formes du r\u00e9f\u00e9r\u00e9.<br \/>\n       10<br \/>\n       Elle peut \u00eatre form\u00e9e par requ\u00eate, \u00e9tablie en quatre exemplaires et envoy\u00e9e par lettre recommand\u00e9e \u00e0 la poste ou d\u00e9pos\u00e9e au greffe de la juridiction comp\u00e9tente.<br \/>\n       Sous peine de nullit\u00e9, la requ\u00eate contient :<br \/>\n       1\u00b0 L\u2019indication des jours, mois et ann\u00e9e;<br \/>\n       2\u00b0 Les nom, pr\u00e9noms, profession et domicile du requ\u00e9rant;<br \/>\n       3\u00b0 Les nom et adresse de la personne physique ou morale contre laquelle la demande est form\u00e9e;<br \/>\n       4\u00b0 L\u2019objet et l\u2019expos\u00e9 des moyens de la demande.<br \/>\n       Le greffier du tribunal avertit sans d\u00e9lai la partie adverse par pli judiciaire, auquel est joint un exemplaire de la requ\u00eate, et l\u2019invite \u00e0 compara\u00eetre au plus t\u00f4t trois jours, au plus tard huit jours apr\u00e8s l\u2019envoi du pli judiciaire.<br \/>\n       Il est statu\u00e9 sur l\u2019action nonobstant toute poursuite exerc\u00e9e en raison des m\u00eames faits devant toute juridiction p\u00e9nale.<br \/>\n       Lorsque les faits soumis au juge p\u00e9nal font l\u2019objet d\u2019une action en cessation, il ne peut \u00eatre statu\u00e9 sur l\u2019action p\u00e9nale qu\u2019apr\u00e8s qu\u2019une d\u00e9cision coul\u00e9e en force de chose jug\u00e9e [a] \u00e9t\u00e9 rendue relativement \u00e0 l\u2019action en cessation. La prescription de l\u2019action publique est suspendue pendant la surs\u00e9ance.<br \/>\n       Le jugement est ex\u00e9cutoire par provision, nonobstant tout recours et sans caution. Il est communiqu\u00e9 par le greffier de la juridiction, sans d\u00e9lai, \u00e0 toutes les parties et au procureur du Roi.<br \/>\n       \u00a7 5. Les dispositions du pr\u00e9sent article ne portent pas pr\u00e9judice aux comp\u00e9tences du Conseil d\u2019Etat, telles que d\u00e9finies par les lois coordonn\u00e9es du 12 janvier 1973 sur le Conseil d\u2019Etat \u00bb.<br \/>\n       B.3.1. L\u2019article 39 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 permet \u00e0 plusieurs groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats qu\u2019il \u00e9num\u00e8re d\u2019ester en justice dans les litiges auxquels l\u2019application dudit d\u00e9cret donnerait lieu. Sont reprises parmi ces groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats les associations qui jouissent de la personnalit\u00e9 juridique depuis au moins trois ans \u00e0 la date des faits et qui se proposent par leurs statuts de d\u00e9fendre les droits de l\u2019homme ou de combattre la discrimination, lorsqu\u2019un pr\u00e9judice est port\u00e9 aux fins statutaires qu\u2019elles se sont donn\u00e9 pour mission de poursuivre.<br \/>\n       11<br \/>\n       B.3.2. Cependant, en vertu de l\u2019article 40 du m\u00eame d\u00e9cret, lorsque la victime de la discrimination est une personne physique ou une personne morale identifi\u00e9e, l\u2019action de ces groupements n\u2019est recevable que s\u2019ils prouvent qu\u2019ils ont re\u00e7u l\u2019accord de la victime.<br \/>\n       B.3.3. L\u2019article 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 r\u00e8gle l\u2019action en cessation. Celle-ci doit \u00eatre introduite par la victime de la discrimination, par l\u2019Institut pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des femmes et des hommes, par le Centre interf\u00e9d\u00e9ral pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances (ci-apr\u00e8s : Unia), par un groupement d\u2019int\u00e9r\u00eats vis\u00e9 \u00e0 l\u2019article 39 du m\u00eame d\u00e9cret, par le minist\u00e8re public ou par l\u2019auditorat du travail, devant le pr\u00e9sident du tribunal de premi\u00e8re instance ou, selon la nature de l\u2019acte, le pr\u00e9sident du tribunal du travail ou du tribunal de commerce. L\u2019action doit \u00eatre dirig\u00e9e contre l\u2019auteur de la discrimination all\u00e9gu\u00e9e. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, la juridiction saisie constate l\u2019existence et ordonne la cessation de l\u2019acte, m\u00eame p\u00e9nalement r\u00e9prim\u00e9, qui constitue un manquement aux dispositions du d\u00e9cret.<br \/>\n       L\u2019action en cessation est une action \u00ab comme en r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00bb, ce qui signifie qu\u2019elle est soumise \u00e0 une proc\u00e9dure simplifi\u00e9e et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Elle permet, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 la victime ou au groupement qui a introduit l\u2019action d\u2019obtenir rapidement de la juridiction comp\u00e9tente un ordre de cessation par une d\u00e9cision qui est rendue au fond et qui est ex\u00e9cutoire par provision.<br \/>\n       B.3.4. L\u2019article 50, \u00a7 2, du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 par le d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 16 mai 2024 \u00ab modifiant le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination \u00bb, qui entre en vigueur le 1er janvier 2025.<br \/>\n       Cette modification n\u2019a pas d\u2019incidence sur l\u2019examen des questions pr\u00e9judicielles.<br \/>\n       B.4. Les mesures mentionn\u00e9es en B.3 mettent en \u0153uvre des obligations pr\u00e9vues par plusieurs directives europ\u00e9ennes (voy. l\u2019article 1er du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008). Ces directives imposent aux \u00c9tats membres de rendre accessibles des proc\u00e9dures judiciaires et\/ou administratives visant \u00e0 faire respecter les obligations d\u00e9coulant des directives \u00e0 toutes les personnes qui s\u2019estiment l\u00e9s\u00e9es par le non-respect \u00e0 leur \u00e9gard du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de<br \/>\n       12<br \/>\n       traitement et de pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 pour certaines associations, organisations ou personnes morales d\u2019engager toute proc\u00e9dure judiciaire ou administrative pour le compte ou \u00e0 l\u2019appui du plaignant, avec l\u2019approbation de celui-ci (article 7, paragraphes 1 et 2, de la directive 2000\/43\/CE du Conseil du 29 juin 2000 \u00ab relative \u00e0 la mise en \u0153uvre du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d\u2019origine ethnique \u00bb;<br \/>\n       article 9, paragraphes 1 et 2, de la directive 2000\/78\/CE du Conseil du 27 novembre 2000<br \/>\n       \u00ab portant cr\u00e9ation d\u2019un cadre g\u00e9n\u00e9ral en faveur de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement en mati\u00e8re d\u2019emploi et de travail \u00bb; article 8, paragraphes 1 et 3, de la directive 2004\/113\/CE du Conseil du 13 d\u00e9cembre 2004 \u00ab mettant en \u0153uvre le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre les femmes et les hommes dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des biens et services et la fourniture de biens et services \u00bb; article 17, paragraphes 1 et 2, de la directive 2006\/54\/CE du Parlement europ\u00e9en et du Conseil du 5 juillet 2006 \u00ab relative \u00e0 la mise en \u0153uvre du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement entre hommes et femmes en mati\u00e8re d\u2019emploi et de travail (refonte) \u00bb).<br \/>\n       Quant \u00e0 la premi\u00e8re question pr\u00e9judicielle<br \/>\n       B.5. La juridiction a quo interroge la Cour sur la conformit\u00e9 des dispositions en cause \u00e0 l\u2019article 35 de la Constitution, aux articles 127 et suivants de la Constitution, relatifs aux comp\u00e9tences des communaut\u00e9s, et aux articles 4 et 5 de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 de r\u00e9formes institutionnelles (ci-apr\u00e8s : la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980), en ce qu\u2019elles \u00ab limitent le pouvoir d\u2019\u2018 ester en justice dans les litiges auxquels l\u2019application du [d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008] donnerait lieu \u2019 de toute personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif, non seulement lorsqu\u2019elle introduit une action en qualit\u00e9 de demanderesse devant le juge des cessations, mais \u00e9galement lorsqu\u2019elle intervient volontairement ou forme une tierce opposition devant lui, d\u00e9rogeant ainsi aux articles 17, 18 et 1122 du Code judiciaire \u00bb. La question pr\u00e9judicielle concerne donc la conformit\u00e9 des dispositions en cause aux r\u00e8gles r\u00e9partitrices de comp\u00e9tences.<br \/>\n       B.6.1. La juridiction a quo interpr\u00e8te les dispositions en cause en ce sens que les conditions pour qu\u2019un groupement invoquant un int\u00e9r\u00eat collectif agisse dans les litiges auxquels le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 donnerait lieu s\u2019appliquent non seulement pour introduire l\u2019action en<br \/>\n       13<br \/>\n       cessation mais aussi aux interventions volontaires dans le cadre d\u2019une telle action en cessation ou une tierce opposition contre un jugement rendu sur une action en cessation.<br \/>\n       Cette interpr\u00e9tation est contest\u00e9e par l\u2019ASBL \u00ab Ilya Prigogine \u00bb, l\u2019ASBL \u00ab Centre d\u2019Action La\u00efque \u00bb et la ville de Bruxelles, qui soutiennent que les dispositions en cause doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme n\u2019emp\u00eachant pas tout justiciable (y compris un groupement d\u00e9fendant un int\u00e9r\u00eat collectif) pr\u00e9judici\u00e9 par une d\u00e9cision rendue sur une action en cessation de former une tierce opposition contre celle-ci, en application de l\u2019article 1122 du Code judiciaire, et sans devoir notamment obtenir l\u2019accord de la victime de la discrimination.<br \/>\n       B.6.2. Il appartient en r\u00e8gle \u00e0 la juridiction a quo d\u2019interpr\u00e9ter les dispositions qu\u2019elle juge applicables, sous r\u00e9serve d\u2019une lecture manifestement erron\u00e9e.<br \/>\n       Les articles 39 et 40 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008, en ce qu\u2019ils soumettent \u00e0 plusieurs conditions la possibilit\u00e9 pour certains groupements d\u2019int\u00e9r\u00eats d\u2019\u00ab ester en justice \u00bb dans les litiges auxquels l\u2019application du d\u00e9cret pr\u00e9cit\u00e9 donnerait lieu, peuvent \u00eatre raisonnablement interpr\u00e9t\u00e9s comme s\u2019appliquant non seulement \u00e0 l\u2019introduction d\u2019une action en justice mais aussi au fait de former une intervention ou d\u2019exercer une voie de recours.<br \/>\n       La Cour r\u00e9pond aux questions pr\u00e9judicielles dans l\u2019interpr\u00e9tation de la juridiction a quo, d\u00e8s lors que celle-ci n\u2019est pas manifestement erron\u00e9e.<br \/>\n       B.7. Les articles 17 et 18 du Code judiciaire r\u00e8glent les conditions de l\u2019action :<br \/>\n       \u00ab Art. 17. L\u2019action ne peut \u00eatre admise si le demandeur n\u2019a pas qualit\u00e9 et int\u00e9r\u00eat pour la former.<br \/>\n       L\u2019action d\u2019une personne morale, visant \u00e0 prot\u00e9ger des droits de l\u2019homme ou des libert\u00e9s fondamentales reconnus dans la Constitution et dans les instruments internationaux qui lient la Belgique, est \u00e9galement recevable aux conditions suivantes :<br \/>\n       1\u00b0 l\u2019objet social de la personne morale est d\u2019une nature particuli\u00e8re, distincte de la poursuite de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral;<br \/>\n       14<br \/>\n       2\u00b0 la personne morale poursuit cet objet social de mani\u00e8re durable et effective;<br \/>\n       3\u00b0 la personne morale agit en justice dans le cadre de cet objet social, en vue d\u2019assurer la d\u00e9fense d\u2019un int\u00e9r\u00eat en rapport avec cet objet;<br \/>\n       4\u00b0 seul un int\u00e9r\u00eat collectif est poursuivi par la personne morale \u00e0 travers son action.<br \/>\n       Art. 18. L\u2019int\u00e9r\u00eat doit \u00eatre n\u00e9 et actuel.<br \/>\n       L\u2019action peut \u00eatre admise lorsqu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 intent\u00e9e, m\u00eame \u00e0 titre d\u00e9claratoire, en vue de pr\u00e9venir la violation d\u2019un droit gravement menac\u00e9 \u00bb.<br \/>\n       L\u2019article 1122, alin\u00e9a 1er, du Code judiciaire permet \u00e0 toute personne qui n\u2019a point \u00e9t\u00e9 d\u00fbment appel\u00e9e ou n\u2019est pas intervenue \u00e0 la cause en la m\u00eame qualit\u00e9 de former une tierce opposition \u00e0 la d\u00e9cision qui porte pr\u00e9judice \u00e0 ses droits, en mati\u00e8re civile.<br \/>\n       B.8. En vertu des articles 145 et 146 de la Constitution, le l\u00e9gislateur f\u00e9d\u00e9ral est comp\u00e9tent pour d\u00e9finir les comp\u00e9tences des juridictions. Le pouvoir de fixer les r\u00e8gles de proc\u00e9dure devant les juridictions lui revient \u00e9galement, en vertu de sa comp\u00e9tence r\u00e9siduaire.<br \/>\n       B.9. En ce qu\u2019elles limitent le pouvoir d\u2019ester en justice des personnes morales qui d\u00e9fendent un int\u00e9r\u00eat collectif dans les litiges auxquels le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 donnerait lieu, et en ce qu\u2019elles pr\u00e9voient en particulier que la personne morale qui d\u00e9fend un int\u00e9r\u00eat collectif doit jouir de la personnalit\u00e9 juridique depuis au moins trois ans \u00e0 la date des faits et qu\u2019elle doit obtenir l\u2019accord de la victime de la discrimination pour agir en justice dans ces litiges, les dispositions en cause contiennent des conditions qui d\u00e9rogent \u00e0 l\u2019article 17, alin\u00e9a 2, du Code judiciaire et r\u00e8glent une mati\u00e8re qui rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence f\u00e9d\u00e9rale.<br \/>\n       B.10. L\u2019article 10 de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 autorise cependant la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 adopter un d\u00e9cret r\u00e9glant une mati\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale, pour autant que cette disposition soit n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019exercice de ses comp\u00e9tences, que cette mati\u00e8re se pr\u00eate \u00e0 un r\u00e8glement diff\u00e9renci\u00e9 et que l\u2019incidence de ce d\u00e9cret sur la mati\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale ne soit que marginale.<br \/>\n       15<br \/>\n       B.11. Les communaut\u00e9s sont comp\u00e9tentes pour mener une politique de lutte contre la discrimination dans les mati\u00e8res qui rel\u00e8vent de leur comp\u00e9tence.<br \/>\n       Le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal a pu raisonnablement consid\u00e9rer que la mise en place d\u2019une action en cessation r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 des personnes et groupements d\u00e9termin\u00e9s \u00e9tait n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019exercice de cette comp\u00e9tence. Comme il est dit en B.4, plusieurs directives europ\u00e9ennes pr\u00e9voient l\u2019obligation pour les \u00c9tats membres de rendre accessibles des proc\u00e9dures judiciaires et\/ou administratives visant \u00e0 faire respecter les obligations d\u00e9coulant des directives \u00e0 toutes les personnes qui s\u2019estiment l\u00e9s\u00e9es par le non-respect \u00e0 leur \u00e9gard du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement et de pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 pour certaines associations, organisations ou personnes morales d\u2019engager toute proc\u00e9dure judiciaire ou administrative pour le compte ou \u00e0 l\u2019appui du plaignant, avec l\u2019approbation de celui-ci.<br \/>\n       Or, la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de lutte contre la discrimination exclut de son champ d\u2019application les mati\u00e8res qui rel\u00e8vent de la comp\u00e9tence des communaut\u00e9s ou des r\u00e9gions (article 5, \u00a7 1er, de la loi du 10 mai 2007 \u00ab tendant \u00e0 lutter contre certaines formes de discrimination \u00bb; article 6, \u00a7 1er, de la loi du 10 mai 2007 \u00ab tendant \u00e0 lutter contre la discrimination entre les femmes et les hommes \u00bb; article 5, \u00a7 1er, de la loi du 30 juillet 1981<br \/>\n       \u00ab tendant \u00e0 r\u00e9primer certains actes inspir\u00e9s par le racisme ou la x\u00e9nophobie \u00bb). Une intervention du l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal \u00e9tait donc n\u00e9cessaire pour se conformer aux obligations europ\u00e9ennes dans le champ des comp\u00e9tences mat\u00e9rielles de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise.<br \/>\n       Pour le reste, les dispositions en cause, dans le cadre d\u2019une l\u00e9gislation bien sp\u00e9cifique qui rel\u00e8ve des comp\u00e9tences mat\u00e9rielles des communaut\u00e9s, ne concernent que la facult\u00e9 d\u2019ester en justice des groupements qui invoquent un int\u00e9r\u00eat collectif. En outre, la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de lutte contre la discrimination pr\u00e9voit \u00e9galement des conditions sp\u00e9cifiques auxquelles ces groupements peuvent ester en justice et le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal s\u2019est en grande partie align\u00e9 sur ce r\u00e9gime f\u00e9d\u00e9ral. Il en d\u00e9coule que la mati\u00e8re r\u00e9gl\u00e9e par les dispositions en cause se pr\u00eate \u00e0 un r\u00e8glement diff\u00e9renci\u00e9 et que ces dispositions ont une incidence marginale sur la mati\u00e8re f\u00e9d\u00e9rale.<br \/>\n       B.12. Les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 sont conformes aux r\u00e8gles r\u00e9partitrices de comp\u00e9tences.<br \/>\n       16<br \/>\n       Quant \u00e0 la deuxi\u00e8me question pr\u00e9judicielle<br \/>\n       B.13. La juridiction a quo interroge la Cour sur la compatibilit\u00e9 des dispositions en cause avec les articles 10, 11, 13, 144 et 145 de la Constitution, lus en combinaison avec les articles 6<br \/>\n       et 13 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019elles \u00ab imposent \u00e0 une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif d\u2019obtenir l\u2019accord de la victime d\u2019une discrimination [&#8230;] afin de pouvoir contester cette discrimination devant le juge des cessations \u00bb, ou en ce qu\u2019elles ont pour effet \u00ab d\u2019interdire \u00e0 une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif de saisir le juge des cessations, que ce soit dans le cadre d\u2019une intervention volontaire ou d\u2019une tierce opposition, pour contester devant lui une discrimination \u00bb, d\u00e8s lors qu\u2019il est hautement improbable que la victime lui donne son accord.<br \/>\n       Il ressort de la motivation du jugement de renvoi que la deuxi\u00e8me question pr\u00e9judicielle concerne la compatibilit\u00e9 des dispositions en cause avec, d\u2019une part, le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination, en ce qu\u2019elles auraient pour effet de traiter de la m\u00eame mani\u00e8re toutes les personnes qui invoquent un int\u00e9r\u00eat collectif devant le juge des cessations, alors que ces personnes ne se trouvent pas dans des situations proc\u00e9durales comparables, selon qu\u2019elles souhaitent agir aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une victime de discrimination ou aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019auteur, et avec, d\u2019autre part, le droit d\u2019acc\u00e8s au juge et le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable.<br \/>\n       B.14.1. Les articles 10 et 11 de la Constitution ont une port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Ils interdisent toute discrimination, quelle qu\u2019en soit l\u2019origine : les r\u00e8gles constitutionnelles de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la non-<br \/>\n       discrimination sont applicables \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tous les droits et de toutes les libert\u00e9s, en ce compris ceux r\u00e9sultant des conventions internationales liant la Belgique.<br \/>\n       B.14.2. Le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination n\u2019exclut pas qu\u2019une diff\u00e9rence de traitement soit \u00e9tablie entre des cat\u00e9gories de personnes, pour autant qu\u2019elle repose sur un crit\u00e8re objectif et qu\u2019elle soit raisonnablement justifi\u00e9e. Ce principe s\u2019oppose, par ailleurs, \u00e0 ce que soient trait\u00e9es de mani\u00e8re identique, sans qu\u2019apparaisse une justification raisonnable, des<br \/>\n       17<br \/>\n       cat\u00e9gories de personnes se trouvant dans des situations qui, au regard de la mesure critiqu\u00e9e, sont essentiellement diff\u00e9rentes.<br \/>\n       L\u2019existence d\u2019une telle justification doit s\u2019appr\u00e9cier en tenant compte du but et des effets de la mesure critiqu\u00e9e ainsi que de la nature des principes en cause; le principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 et de non-discrimination est viol\u00e9 lorsqu\u2019il est \u00e9tabli qu\u2019il n\u2019existe pas de rapport raisonnable de proportionnalit\u00e9 entre les moyens employ\u00e9s et le but vis\u00e9.<br \/>\n       B.15.1. L\u2019article 13 de la Constitution dispose :<br \/>\n       \u00ab Nul ne peut \u00eatre distrait, contre son gr\u00e9, du juge que la loi lui assigne \u00bb.<br \/>\n       L\u2019article 6, paragraphe 1, de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme dispose :<br \/>\n       \u00ab Toute personne a droit \u00e0 ce que sa cause soit entendue \u00e9quitablement, publiquement et dans un d\u00e9lai raisonnable, par un tribunal ind\u00e9pendant et impartial, \u00e9tabli par la loi, qui d\u00e9cidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caract\u00e8re civil, soit du bien-fond\u00e9 de toute accusation en mati\u00e8re p\u00e9nale dirig\u00e9e contre elle. Le jugement doit \u00eatre rendu publiquement, mais l\u2019acc\u00e8s de la salle d\u2019audience peut \u00eatre interdit \u00e0 la presse et au public pendant la totalit\u00e9 ou une partie du proc\u00e8s dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la moralit\u00e9, de l\u2019ordre public ou de la s\u00e9curit\u00e9 nationale dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, lorsque les int\u00e9r\u00eats des mineurs ou la protection de la vie priv\u00e9e des parties au proc\u00e8s l\u2019exigent, ou dans la mesure jug\u00e9e strictement n\u00e9cessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances sp\u00e9ciales la publicit\u00e9 serait de nature \u00e0 porter atteinte aux int\u00e9r\u00eats de la justice \u00bb.<br \/>\n       Ces deux dispositions garantissent le droit d\u2019acc\u00e8s au juge comp\u00e9tent.<br \/>\n       B.15.2. L\u2019article 13 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme garantit le droit \u00e0 un recours effectif devant une instance nationale \u00e0 toute personne dont les droits et libert\u00e9s mentionn\u00e9s dans cette Convention ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s.<br \/>\n       B.15.3. Les articles 144 et 145 de la Constitution r\u00e8glent la r\u00e9partition du contentieux entre les juridictions judiciaires et les juridictions administratives, en fonction de la nature, civile ou politique, des droits qui font l\u2019objet de la contestation.<br \/>\n       18<br \/>\n       Il d\u00e9coule de ces dispositions que toute contestation ayant pour objet un droit civil ou un droit politique doit pouvoir \u00eatre port\u00e9e devant une juridiction.<br \/>\n       B.16. Comme il est dit en B.4, la cr\u00e9ation de l\u2019action en cessation s\u2019inscrit dans le cadre de la transposition de plusieurs directives europ\u00e9ennes, qui imposent aux \u00c9tats membres de rendre accessibles des proc\u00e9dures judiciaires et\/ou administratives visant \u00e0 faire respecter les obligations d\u00e9coulant des directives \u00e0 toutes les personnes qui s\u2019estiment l\u00e9s\u00e9es par le non-<br \/>\n       respect \u00e0 leur \u00e9gard du principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de traitement. Ces m\u00eames directives imposent aux \u00c9tats membres de faire en sorte que certains groupements puissent, \u00ab pour le compte ou \u00e0 l\u2019appui du plaignant, avec son approbation, engager toute proc\u00e9dure judiciaire et\/ou administrative pr\u00e9vue pour faire respecter les obligations d\u00e9coulant \u00bb des directives.<br \/>\n       B.17. L\u2019action en cessation est con\u00e7ue comme une des mani\u00e8res les plus efficaces de lutter contre les discriminations, en ce qu\u2019elle permet au juge de mettre fin tr\u00e8s rapidement au comportement discriminatoire (Doc. parl., S\u00e9nat, 2001-2002, n\u00b0 2-12\/15, p. 10, en ce qui concerne l\u2019action en cessation qui \u00e9tait pr\u00e9vue par la loi du 25 f\u00e9vrier 2003 \u00ab tendant \u00e0 lutter contre la discrimination et modifiant la loi du 15 f\u00e9vrier 1993 cr\u00e9ant un Centre pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et la lutte contre le racisme \u00bb, dont la loi du 10 mai 2007 \u00ab tendant \u00e0 lutter contre certaines formes de discrimination \u00bb et le d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 se sont inspir\u00e9s).<br \/>\n       En effet, comme il est dit en B.3.3, cette action permet, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 la victime ou au groupement qui a introduit l\u2019action d\u2019obtenir rapidement de la juridiction comp\u00e9tente un ordre de cessation par une d\u00e9cision qui est rendue au fond et qui est ex\u00e9cutoire par provision.<br \/>\n       La comp\u00e9tence du juge des cessations est limit\u00e9e. Le cas \u00e9ch\u00e9ant, il ordonne la cessation de la discrimination et peut, \u00e0 la demande de la seule victime, lui octroyer une indemnisation forfaitaire dont les conditions et les montants sont fix\u00e9s par la loi. Le juge des cessations ne peut pas condamner l\u2019auteur de la discrimination au paiement de l\u2019indemnit\u00e9 correspondant au dommage r\u00e9ellement subi et il ne peut pas, par exemple, contraindre les parties \u00e0 conclure un contrat. Il y va de l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action en cessation (ibid., p. 202).<br \/>\n       19<br \/>\n       B.18. Le droit d\u2019action en justice de certains organismes et groupements vise \u00e0 aider la personne qui estime faire l\u2019objet d\u2019une discrimination qui, sans cela, compte tenu de la situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 particuli\u00e8re dans laquelle elle est susceptible de se trouver, ne trouverait pas les ressources pour agir seule en justice contre la discrimination dont elle estime faire l\u2019objet.<br \/>\n       La n\u00e9cessit\u00e9 pour la personne morale de recueillir l\u2019accord du plaignant vise avant tout \u00e0 garantir qu\u2019une proc\u00e9dure ne soit pas introduite contre la volont\u00e9 de celui-ci. Une condition analogue existe en ce qui concerne l\u2019action des associations dans le cadre de la loi du 30 juillet 1981 \u00ab tendant \u00e0 r\u00e9primer certains actes inspir\u00e9s par le racisme ou la x\u00e9nophobie \u00bb. Les travaux pr\u00e9paratoires de cette loi pr\u00e9cisent qu\u2019il s\u2019agit \u00ab d\u2019\u00e9viter qu\u2019\u00e0 l\u2019encontre des int\u00e9r\u00eats de la victime, soient transport\u00e9es dans les pr\u00e9toires transform\u00e9s en forum, des querelles de groupes alors que la victime elle-m\u00eame ne demanderait pas de r\u00e9paration \u00bb (Doc. parl., Chambre, S.E.<br \/>\n       1979, n\u00b0 214\/9, p. 21). Ces consid\u00e9rations valent \u00e9galement pour l\u2019action en cessation qui existe en mati\u00e8re de lutte contre la discrimination (Doc. parl., S\u00e9nat, 2001-2002, n\u00b0 2-12\/15, p. 10).<br \/>\n       B.19. En ce qu\u2019elle postule qu\u2019une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif doit obtenir l\u2019accord du plaignant afin de pouvoir \u00ab contester cette discrimination \u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire contester que le plaignant ait fait l\u2019objet d\u2019un traitement discriminatoire) devant le juge des cessations, la deuxi\u00e8me question pr\u00e9judicielle repose en partie sur une pr\u00e9misse erron\u00e9e.<br \/>\n       En effet, l\u2019action de certains organismes et groupements dans le cadre du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal, dans le cadre de la transposition des directives pr\u00e9cit\u00e9es, uniquement en vue de soutenir le plaignant et de faire mettre un terme \u00e0 des discriminations lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de victime identifi\u00e9e. Le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal n\u2019a de toute \u00e9vidence pas entendu permettre qu\u2019un groupement agisse dans un autre but.<br \/>\n       B.20. Compte tenu de l\u2019objectif poursuivi par la cr\u00e9ation de l\u2019action en cessation, \u00e0 savoir offrir \u00e0 la personne qui estime \u00eatre la victime d\u2019une discrimination un recours effectif de nature \u00e0 mettre un terme rapidement \u00e0 la discrimination si celle-ci est \u00e9tablie, ainsi que de la situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 particuli\u00e8re des victimes de discrimination, il est raisonnablement justifi\u00e9 que, dans le cadre d\u2019une telle action en cessation, les organismes et groupements poursuivant un int\u00e9r\u00eat collectif concern\u00e9s puissent agir uniquement en soutien du plaignant.<br \/>\n       20<br \/>\n       De m\u00eame, il est raisonnablement justifi\u00e9 que les personnes morales invoquant un int\u00e9r\u00eat collectif ne puissent pas, dans le cadre d\u2019une action en cessation, agir en soutien de l\u2019auteur suppos\u00e9 de la discrimination, d\u00e8s lors que celui-ci ne se trouve a priori pas dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 telle qu\u2019il ne serait pas capable de r\u00e9pondre lui-m\u00eame de ses actes. Du reste, admettre la possibilit\u00e9 pour de telles personnes d\u2019agir en soutien de l\u2019auteur suppos\u00e9 de la discrimination pourrait avoir pour effet de transformer la proc\u00e9dure en un d\u00e9bat id\u00e9ologique, bien \u00e9loign\u00e9 de l\u2019objet limit\u00e9 de l\u2019action en cessation et des int\u00e9r\u00eats de la victime et de l\u2019auteur de l\u2019acte contest\u00e9, ce que le l\u00e9gislateur d\u00e9cr\u00e9tal a l\u00e9gitimement pu vouloir \u00e9viter.<br \/>\n       B.21. L\u2019examen des dispositions en cause au regard des normes de r\u00e9f\u00e9rence mentionn\u00e9es en B.15 ne conduit pas \u00e0 une conclusion diff\u00e9rente. En effet, les personnes morales qui d\u00e9fendent un int\u00e9r\u00eat collectif ne tirent pas de ces dispositions un droit d\u2019agir devant le juge des cessations en vue de d\u00e9fendre cet int\u00e9r\u00eat collectif. Ni le jugement de renvoi, ni les m\u00e9moires des parties ne permettent de d\u00e9terminer quel serait le droit dont se pr\u00e9valent ces personnes morales et dont la contestation devrait pouvoir \u00eatre port\u00e9e en justice.<br \/>\n       B.22. Les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret du 12 d\u00e9cembre 2008 sont compatibles avec les articles 10, 11, 13, 144 et 145 de la Constitution, lus en combinaison avec les articles 6, paragraphe 1, et 13 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019ils ne permettent pas \u00e0 une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif de saisir le juge des cessations, que ce soit en formant une intervention volontaire ou une tierce opposition, pour contester devant lui une discrimination, en soutien ou \u00e0 la place de l\u2019auteur de la discrimination.<br \/>\n       Quant \u00e0 la troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle<br \/>\n       B.23. La juridiction a quo interroge la Cour sur la compatibilit\u00e9 des dispositions en cause, lues en combinaison avec les articles 17, 18, 1044, 1122, 1128, 1129 et 1131 du Code judiciaire, avec les articles 10, 11, 13, 144 et 145 de la Constitution, lus en combinaison avec le principe de s\u00e9curit\u00e9 juridique et avec les articles 6 et 13 de la Convention europ\u00e9enne des droits de<br \/>\n       21<br \/>\n       l\u2019homme, en ce qu\u2019elles \u00ab autorisent toute personne qui invoque un int\u00e9r\u00eat personnel \u00e0 former une tierce opposition ou \u00e0 intervenir volontairement devant le juge des cessations, que ce soit aux c\u00f4t\u00e9s de la victime d\u2019une discrimination [&#8230;] ou aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019auteur de celle-ci \u00bb.<br \/>\n       B.24.1. La juridiction a quo interpr\u00e8te les dispositions en cause comme autorisant \u00ab toute personne qui invoque un int\u00e9r\u00eat personnel \u00e0 former une tierce opposition ou \u00e0 intervenir volontairement devant le juge des cessations, que ce soit aux c\u00f4t\u00e9s de la victime d\u2019une discrimination \u2013 all\u00e9gu\u00e9e ou constat\u00e9e, selon le cas \u2013 ou aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019auteur de celle-ci \u00bb.<br \/>\n       Unia conteste cette interpr\u00e9tation et soutient que, d\u00e8s lors que l\u2019action en cessation est une action attitr\u00e9e (c\u2019est-\u00e0-dire une action r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 certaines personnes identifi\u00e9es par le d\u00e9cret), seules les personnes qui \u00e9taient susceptibles d\u2019\u00eatre parties \u00e0 l\u2019action originaire peuvent former une tierce opposition, \u00e0 l\u2019exclusion donc des personnes qui invoquent un int\u00e9r\u00eat personnel et qui d\u00e9fendent une th\u00e8se oppos\u00e9e \u00e0 celle de la victime de la discrimination.<br \/>\n       B.24.2. Il appartient en r\u00e8gle \u00e0 la juridiction a quo d\u2019interpr\u00e9ter la disposition qu\u2019elle juge applicable, sous r\u00e9serve d\u2019une lecture manifestement erron\u00e9e.<br \/>\n       B.24.3. L\u2019action en cessation est une action attitr\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 certaines personnes identifi\u00e9es par le d\u00e9cret. Comme il est dit en B.17, l\u2019action en cessation a un objet limit\u00e9, en ce qu\u2019elle vise \u00e0 mettre rapidement un terme \u00e0 un comportement discriminatoire.<br \/>\n       Il ressort implicitement mais certainement des dispositions en cause que les personnes qui invoquent un int\u00e9r\u00eat personnel devant le juge des cessations, sans pr\u00e9tendre \u00eatre pour autant ni une victime ni l\u2019auteur du comportement suppos\u00e9ment discriminatoire, n\u2019ont qualit\u00e9 ni pour introduire une action en cessation, ni pour former une intervention volontaire ou introduire une tierce opposition contre un jugement ordonnant la cessation d\u2019une discrimination, que ce soit du reste en soutien de la victime ou en soutien de l\u2019auteur de la discrimination.<br \/>\n       22<br \/>\n       Le jugement rendu sur une action en cessation a une autorit\u00e9 relative de chose jug\u00e9e. Il n\u2019est pas opposable aux personnes qui n\u2019y ont pas \u00e9t\u00e9 parties. Ces personnes ont la possibilit\u00e9 d\u2019introduire une action en justice si elles estiment qu\u2019un de leurs droits est m\u00e9connu.<br \/>\n       B.25. La troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle repose sur une interpr\u00e9tation manifestement erron\u00e9e des dispositions en cause. Elle n\u2019appelle d\u00e8s lors pas de r\u00e9ponse.<br \/>\n       23<br \/>\n       Par ces motifs,<br \/>\n       la Cour<br \/>\n       dit pour droit :<br \/>\n       1. Les articles 39, 40 et 50 du d\u00e9cret de la Communaut\u00e9 fran\u00e7aise du 12 d\u00e9cembre 2008<br \/>\n       \u00ab relatif \u00e0 la lutte contre certaines formes de discrimination \u00bb ne violent pas l\u2019article 35 de la Constitution, les articles 127 et suivants de la Constitution relatifs aux comp\u00e9tences des communaut\u00e9s, et les articles 4 et 5 de la loi sp\u00e9ciale du 8 ao\u00fbt 1980 de r\u00e9formes institutionnelles.<br \/>\n       2. Les articles 39, 40 et 50 du m\u00eame d\u00e9cret ne violent pas les articles 10, 11, 13, 144 et 145 de la Constitution, lus en combinaison avec les articles 6, paragraphe 1, et 13 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019ils ne permettent pas \u00e0 une personne morale qui invoque un int\u00e9r\u00eat collectif de saisir le juge des cessations, que ce soit en formant une intervention volontaire ou une tierce opposition, pour contester devant lui une discrimination, en soutien ou \u00e0 la place de l\u2019auteur de la discrimination.<br \/>\n       3. La troisi\u00e8me question pr\u00e9judicielle n\u2019appelle pas de r\u00e9ponse.<br \/>\n       Ainsi rendu en langue fran\u00e7aise et en langue n\u00e9erlandaise, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 65 de la loi sp\u00e9ciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, le 21 novembre 2024.<br \/>\n       Le greffier, Le pr\u00e9sident,<br \/>\n       Frank Meersschaut Pierre Nihoul<\/p>\n<p>Document PDF ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.130\n       <\/p>\n<p>            Publication(s) li\u00e9e(s)              <\/p>\n<p>citant:<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2004:ARR.157         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2009:ARR.039         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2020:ARR.081         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2020:ARR.156         <\/p>\n<p>        <!-- Commandes de navigation page d\u00e9tail--> <\/p>\n<p>                  Imprimer cette page<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>          Taille d&#8217;impression          <\/p>\n<p>            S<br \/>\n            M<br \/>\n            L<br \/>\n            XL<\/p>\n<p>          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Nouvelle recherche JUPORTAL<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Fermer l&#8217;onglet          <\/p>\n<p>        <!-- Fin commandes de navigation page d\u00e9tail --><\/p>\n<p><!-- Action LOG \nfunction JUPORTARecordLogViewDecision  $iubel_id        : 279789\n                                       $action_type     : VIEW\n                                      &amp;$action_startmt  : 1780546342.2932\n                                      &amp;$action_duration : 104\n                                      &amp;$addressipremote : 103.115.10.116\n                                      &amp;$latitude        : null\n                                      &amp;$longitude       : null\n                                      &amp;$accuracy        : null\n                                      &amp;$altitude        : null\n                                      &amp;$langue_view     : FR\n--><br \/>\n<!-- Action_duration 104 millisec --><br \/>\n      <!-- end of main block (division \"content\") --><\/p>\n<p>    <!-- end of division \"page_main\" --><\/p>\n<p>              &#9993; info-JUPORTAL@just.fgov.be<\/p>\n<p>              &copy;&nbsp; 2017-2026&nbsp;Service ICT &#8211; SPF Justice<\/p>\n<p>  <!-- end of division \"conteneur\" --><\/p>\n<p>  <!-- Balloon system info --><\/p>\n<p>\n          Powered by PHP 8.5.0\n      <\/p>\n<p>\n          Server Software Apache\/2.4.66\n      <\/p>\n<p>\n          == Fluctuat nec mergitur ==\n      <\/p>\n<p>  <!-- Balloon system info --><br \/>\n          <!-- BalloonObjectPrepa Start --><br \/>\n          <!-- BalloonObjectPrepa End --><\/div>\n<hr class=\"kji-sep\" \/>\n<p class=\"kji-source-links\"><strong>Sources officielles :<\/strong> <a class=\"kji-source-link\" href=\"https:\/\/juportal.be\/content\/ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.130\/FR\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">consulter la page source<\/a><\/p>\n<p class=\"kji-license-note\"><em>JUPORTAL. 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