{"id":1164235,"date":"2026-06-21T21:36:04","date_gmt":"2026-06-21T19:36:04","guid":{"rendered":"https:\/\/kohenavocats.com\/jurisprudences\/eclibeghcc2024arr-138\/"},"modified":"2026-06-21T21:36:04","modified_gmt":"2026-06-21T19:36:04","slug":"eclibeghcc2024arr-138","status":"publish","type":"kji_decision","link":"https:\/\/kohenavocats.com\/en\/jurisprudences\/eclibeghcc2024arr-138\/","title":{"rendered":"ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.138"},"content":{"rendered":"<div class=\"kji-decision\">\n<div class=\"kji-full-text\">JUPORTAL Base de donn\u00e9es publique de la jurisprudence belge<\/p>\n<p>    <!-- continue here with main block (division \"content\") --><\/p>\n<p>            <!-- Commandes de navigation page d\u00e9tail--> <\/p>\n<p>                  Imprimer cette page<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>          Taille d&#8217;impression          <\/p>\n<p>            S<br \/>\n            M<br \/>\n            L<br \/>\n            XL<\/p>\n<p>          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Nouvelle recherche JUPORTAL<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Fermer l&#8217;onglet          <\/p>\n<p>        <!-- Fin commandes de navigation page d\u00e9tail --><\/p>\n<p>        &nbsp;<br \/>\nCour constitutionnelle (Cour d&apos;arbitrage)  <\/p>\n<p>            Jugement\/arr\u00eat du 21 novembre 2024            <\/p>\n<p>No ECLI:<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.138<\/p>\n<p>No Arr\u00eat\/No R\u00f4le:<\/p>\n<p>138\/2024<\/p>\n<p>Domaine juridique:<\/p>\n<p>\n Droit constitutionnel<\/p>\n<p>Date d&#8217;introduction:<\/p>\n<p>2024-12-02<\/p>\n<p>Consultations:<\/p>\n<p>503 &#8211; derni\u00e8re vue 2026-06-02 08:37<\/p>\n<p>Version(s):<\/p>\n<p>Version NL\n        <\/p>\n<p>Version DE\n        <\/p>\n<p>            Fiche            <\/p>\n<p> Non-violation (article 318, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er, de l&apos;ancien Code civil,<br \/>\n        en ce que le mari ou l&apos;ex-mari de la m\u00e8re doit intenter l&apos;action<br \/>\n        en contestation de paternit\u00e9 dans l&apos;ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du<br \/>\n        fait qu&apos;il n&apos;est pas le p\u00e8re de l&apos;enfant)\n    <\/p>\n<p>Th\u00e9saurus Cassation:<\/p>\n<p>COUR CONSTITUTIONNELLE\n<\/p>\n<p>Th\u00e9saurus UTU:<\/p>\n<p>DROIT PUBLIC ET ADMINISTRATIF &#8211; COUR CONSTITUTIONNELLE\n <\/p>\n<p>Mots libres:<\/p>\n<p>\nla question pr\u00e9judicielle relative \u00e0 l&apos;article 318, \u00a7 2, de l&apos;ancien<br \/>\n         Code civil, pos\u00e9e par le tribunal de la famille du Tribunal de premi\u00e8re<br \/>\n         instance de Namur, division de Namur. Droit civil &#8211; Filiation paternelle<br \/>\n         &#8211; Pr\u00e9somption de paternit\u00e9 &#8211; Action en contestation de paternit\u00e9 &#8211;<br \/>\n         Mari ou ex-mari de la m\u00e8re &#8211; D\u00e9lai<\/p>\n<p>            Texte de la d\u00e9cision            <\/p>\n<p>\n       Cour constitutionnelle<br \/>\n       Arr\u00eat n\u00b0 138\/2024<br \/>\n       du 21 novembre 2024<br \/>\n       Num\u00e9ro du r\u00f4le : 8136<br \/>\n       En cause : la question pr\u00e9judicielle relative \u00e0 l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil, pos\u00e9e par le tribunal de la famille du Tribunal de premi\u00e8re instance de Namur, division de Namur.<br \/>\n       La Cour constitutionnelle,<br \/>\n       compos\u00e9e des pr\u00e9sidents Pierre Nihoul et Luc Lavrysen, et des juges Thierry Giet, Jos\u00e9phine Moerman, Michel P\u00e2ques, Yasmine Kherbache, Danny Pieters, Sabine de Bethune, Emmanuelle Bribosia, Willem Verrijdt, Kattrin Jadin et Magali Plovie, assist\u00e9e du greffier Frank Meersschaut, pr\u00e9sid\u00e9e par le pr\u00e9sident Pierre Nihoul,<br \/>\n       apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, rend l\u2019arr\u00eat suivant :<br \/>\n       I. Objet de la question pr\u00e9judicielle et proc\u00e9dure<br \/>\n       Par jugement du 20 d\u00e9cembre 2023, dont l\u2019exp\u00e9dition est parvenue au greffe de la Cour le 8 janvier 2024, le tribunal de la famille du Tribunal de premi\u00e8re instance de Namur, division de Namur, a pos\u00e9 la question pr\u00e9judicielle suivante :<br \/>\n       \u00ab L\u2019article 318 \u00a7 2 du Code civil viole-t-il ou non les articles 22 et 22 bis de la Constitution belge, combin\u00e9s ou non avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019il ne permet pas \u00e0 l\u2019ex-mari de la m\u00e8re de remettre en cause sa filiation (\u00e9tablie par pr\u00e9somption r\u00e9fragable) au-del\u00e0 du d\u00e9lai d\u2019un an pr\u00e9vu l\u00e9galement lorsqu\u2019il n\u2019a jamais exist\u00e9 aucun doute, et ce sans qu\u2019aucun int\u00e9r\u00eat concret et effectif soit de nature \u00e0 justifier une telle ing\u00e9rence, \u00e9tant donn\u00e9 que la filiation litigieuse n\u2019a et n\u2019a jamais eu aucune consistance socio-affective (il n\u2019existe aucune possession d\u2019\u00e9tat; la r\u00e9alit\u00e9 socio-affective est v\u00e9cue \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un autre homme, aujourd\u2019hui d\u00e9c\u00e9d\u00e9; les moyens \u00e9lev\u00e9s pour s\u2019opposer \u00e0 la demande sont particuliers) ? \u00bb.<br \/>\n       Le Conseil des ministres, assist\u00e9 et repr\u00e9sent\u00e9 par Me S\u00e9bastien Depr\u00e9, Me Evrard de Lophem et Me Juliette Van Vyve, avocats au barreau de Bruxelles, a introduit un m\u00e9moire.<br \/>\n       2<br \/>\n       Par ordonnance du 25 septembre 2024, la Cour, apr\u00e8s avoir entendu les juges-rapporteurs Magali Plovie et Willem Verrijdt, a d\u00e9cid\u00e9 que l\u2019affaire \u00e9tait en \u00e9tat, qu\u2019aucune audience ne serait tenue, \u00e0 moins que le Conseil des ministres n\u2019ait demand\u00e9, dans le d\u00e9lai de sept jours suivant la r\u00e9ception de la notification de cette ordonnance, \u00e0 \u00eatre entendu, et qu\u2019en l\u2019absence d\u2019une telle demande, les d\u00e9bats seraient clos \u00e0 l\u2019expiration de ce d\u00e9lai et l\u2019affaire serait mise en d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<br \/>\n       Aucune demande d\u2019audience n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 introduite, l\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 mise en d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<br \/>\n       Les dispositions de la loi sp\u00e9ciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle relatives \u00e0 la proc\u00e9dure et \u00e0 l\u2019emploi des langues ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es.<br \/>\n       II. Les faits et la proc\u00e9dure ant\u00e9rieure<br \/>\n       M.L. et F.M. se marient le 22 mai 1969. D\u00e8s l\u2019ann\u00e9e suivante, ils sont s\u00e9par\u00e9s de fait et recomposent chacun un couple, respectivement avec M.G. et avec A.H., lesquels formaient \u00e9galement un couple auparavant.<br \/>\n       Alors qu\u2019elle est toujours mari\u00e9e \u00e0 M.L., F.M. met au monde deux enfants : J.L., en 1971, et E.L., en 1973.<br \/>\n       M\u00eame si, de notori\u00e9t\u00e9 publique, A.H. est le p\u00e8re biologique de ces enfants, la pr\u00e9somption l\u00e9gale de paternit\u00e9 du mari de la m\u00e8re, pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019article 315 de l\u2019ancien Code civil, n\u2019est pas d\u00e9sactiv\u00e9e ni contest\u00e9e; le p\u00e8re l\u00e9gal des enfants de F.M. est donc M.L.<br \/>\n       Le divorce de M.L. et F.M. est prononc\u00e9 le 24 avril 1978.<br \/>\n       Le 13 avril 2023, M.L. introduit devant le tribunal de la famille du Tribunal de premi\u00e8re instance de Namur, division de Namur, une action en contestation de paternit\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre de J.L. et E.L. et de leur m\u00e8re, F.M. Le tribunal, avant dire droit quant \u00e0 la recevabilit\u00e9 de cette demande, pose \u00e0 la Cour, \u00e0 l\u2019invitation de M.L. mais apr\u00e8s reformulation, la question pr\u00e9judicielle reproduite plus haut.<br \/>\n       III. En droit<br \/>\n       -A-<br \/>\n       A.1. Le Conseil des ministres fait valoir que la Cour s\u2019est d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9e, dans l\u2019arr\u00eat n\u00b0 46\/2013 du 28 mars 2013 (ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.046), sur une question pr\u00e9judicielle ayant un objet identique. Le Conseil des ministres consid\u00e8re que la Cour n\u2019a aucune raison de s\u2019\u00e9carter de sa jurisprudence ant\u00e9rieure, puisque le litige pendant devant la juridiction a quo vise une hypoth\u00e8se identique \u00e0 celle qui a conduit \u00e0 l\u2019arr\u00eat n\u00b0 46\/2013, pr\u00e9cit\u00e9, \u00e0 savoir celle d\u2019un ex-mari qui conteste la paternit\u00e9 apr\u00e8s l\u2019\u00e9coulement du d\u00e9lai pr\u00e9vu d\u2019un an, dans un contexte dans lequel la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 socio-affective et dans lequel il n\u2019y a d\u00e8s lors pas de possession d\u2019\u00e9tat.<br \/>\n       A.2.1. Quant au fait, soulign\u00e9 par la juridiction a quo, que l\u2019arr\u00eat de la Cour n\u00b0 46\/2013, pr\u00e9cit\u00e9, date d\u2019il y a plus de dix ans, le Conseil des ministres souligne que l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil n\u2019a connu aucune modification l\u00e9gislative depuis lors.<br \/>\n       A.2.2. Le Conseil des ministres admet que la Cour a eu \u00e0 se prononcer sur des questions li\u00e9es \u00e0 la filiation et \u00e0 la contestation de celle-ci dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Cependant, les arr\u00eats prononc\u00e9s par la Cour dans cette mati\u00e8re concernaient soit le d\u00e9lai dans lequel l\u2019enfant peut agir en contestation de paternit\u00e9 en vertu de l\u2019article 318,<br \/>\n       3<br \/>\n       \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil (arr\u00eat n\u00b0 18\/2016 du 3 f\u00e9vrier 2016, ECLI:BE:GHCC:2016:ARR.018), soit le d\u00e9lai d\u2019un an pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 330, \u00a7 1er, alin\u00e9a 4, de l\u2019ancien Code civil en ce qui concerne l\u2019action en contestation d\u2019une reconnaissance de filiation, lorsque cette action est introduite par la personne qui revendique la filiation (arr\u00eats nos 139\/2013 du 17 octobre 2013, ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.139 et 165\/2013 du 5 d\u00e9cembre 2013, ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.165) ou par l\u2019homme qui a reconnu l\u2019enfant et qui d\u00e9couvre qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant (arr\u00eat n\u00b0 139\/2014 du 25 septembre 2014, ECLI:BE:GHCC:2014:ARR.139). Dans sa jurisprudence relative \u00e0 la contestation d\u2019une reconnaissance de filiation, la Cour souligne que le l\u00e9gislateur a entendu aligner les conditions et modalit\u00e9s des deux actions (contestation de paternit\u00e9, d\u2019une part, et contestation de reconnaissance, d\u2019autre part). Par sa jurisprudence pr\u00e9cit\u00e9e, la Cour confirme \u00e9galement, d\u2019apr\u00e8s le Conseil des ministres, que l\u2019asym\u00e9trie des actions intent\u00e9es par l\u2019enfant, d\u2019une part, et par le p\u00e8re (l\u00e9gal ou biologique), d\u2019autre part, n\u2019est pas contraire \u00e0 la Constitution.<br \/>\n       A.3. Selon le Conseil des ministres, ce qui pr\u00e9c\u00e8de confirme que l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil est compatible avec les articles 22 et 22bis de la Constitution, lus en combinaison avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019il pr\u00e9voit que l\u2019action en contestation de la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 du mari de la m\u00e8re doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant.<br \/>\n       -B-<br \/>\n       Quant \u00e0 la disposition en cause et \u00e0 son contexte<br \/>\n       B.1. L\u2019article 315 de l\u2019ancien Code civil \u00e9tablit la pr\u00e9somption l\u00e9gale de paternit\u00e9 du mari de la m\u00e8re d\u2019un enfant. Cette disposition pr\u00e9voit que l\u2019enfant n\u00e9 pendant le mariage ou dans les 300 jours qui suivent la dissolution ou l\u2019annulation du mariage a pour p\u00e8re le mari.<br \/>\n       B.2.1. La pr\u00e9somption l\u00e9gale de paternit\u00e9 n\u2019est pas irr\u00e9fragable et elle peut donc \u00eatre contest\u00e9e, selon les modalit\u00e9s pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article 318 de l\u2019ancien Code civil.<br \/>\n       Aux termes du paragraphe 1er de cette disposition, l\u2019action en contestation de la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 est ouverte \u00e0 la m\u00e8re, \u00e0 l\u2019enfant, \u00e0 l\u2019homme \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel la filiation est \u00e9tablie, \u00e0 l\u2019homme qui revendique la paternit\u00e9 de l\u2019enfant et \u00e0 la femme qui revendique la comaternit\u00e9 de l\u2019enfant.<br \/>\n       B.2.2. L\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil fixe le d\u00e9lai dans lequel les titulaires de l\u2019action en contestation de la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 doivent intenter ladite action. Il dispose :<br \/>\n       4<br \/>\n       \u00ab L\u2019action de la m\u00e8re doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la naissance. L\u2019action du mari doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant, celle de celui qui revendique la paternit\u00e9 de l\u2019enfant doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte qu\u2019il est le p\u00e8re de l\u2019enfant et celle de l\u2019enfant doit \u00eatre intent\u00e9e au plus t\u00f4t le jour o\u00f9 il a atteint l\u2019\u00e2ge de douze ans et au plus tard le jour o\u00f9 il atteint l\u2019\u00e2ge de vingt-deux ans ou dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait que le mari n\u2019est pas son p\u00e8re. L\u2019action de la femme qui revendique la comaternit\u00e9 doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019elle a consenti \u00e0 la conception, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 7 de la loi du 6 juillet 2007 relative \u00e0 la procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e et \u00e0 la destination des embryons surnum\u00e9raires et des gam\u00e8tes, et que la conception peut en \u00eatre la cons\u00e9quence.<br \/>\n       [\u2026] \u00bb.<br \/>\n       B.3. La loi du 31 mars 1987 \u00ab modifiant diverses dispositions l\u00e9gales relatives \u00e0 la filiation \u00bb (ci-apr\u00e8s : la loi du 31 mars 1987) a, comme son intitul\u00e9 l\u2019indique, modifi\u00e9 diverses dispositions l\u00e9gales relatives \u00e0 la filiation.<br \/>\n       Selon l\u2019expos\u00e9 des motifs de la loi du 31 mars 1987, un des objectifs de celle-ci \u00e9tait de \u00ab cerner le plus pr\u00e8s possible la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la filiation biologique (Doc. parl., S\u00e9nat, 1977-1978, n\u00b0 305\/1, p. 3). En ce qui concerne l\u2019\u00e9tablissement de la filiation paternelle, il a \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9 que \u00ab la volont\u00e9 de r\u00e9gler l\u2019\u00e9tablissement de la filiation en cernant le plus possible la v\u00e9rit\u00e9 [devait] avoir pour cons\u00e9quence d\u2019ouvrir largement les possibilit\u00e9s de contestation \u00bb<br \/>\n       (ibid., p. 12). Toutefois, il ressort des m\u00eames travaux pr\u00e9paratoires que le l\u00e9gislateur a \u00e9galement entendu prendre en consid\u00e9ration et prot\u00e9ger \u00ab la paix des familles \u00bb, en temp\u00e9rant, si n\u00e9cessaire \u00e0 cette fin, la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 biologique (ibid., p. 15). Il a choisi de ne pas s\u2019\u00e9carter de l\u2019adage \u00ab pater is est quem nuptiae demonstrant \u00bb (ibid., p. 11).<br \/>\n       B.4.1. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019un d\u00e9lai sp\u00e9cifique pour l\u2019introduction de l\u2019action en contestation de la pr\u00e9somption de paternit\u00e9, il fallait appliquer l\u2019article 332 de l\u2019ancien Code civil, qui disposait :<br \/>\n       \u00ab La paternit\u00e9 \u00e9tablie en vertu de l\u2019article 315 peut \u00eatre contest\u00e9e par le mari, par la m\u00e8re et par l\u2019enfant.<br \/>\n       [&#8230;]<br \/>\n       5<br \/>\n       L\u2019action de la m\u00e8re doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la naissance et celle du mari ou du pr\u00e9c\u00e9dent mari dans l\u2019ann\u00e9e de la naissance ou de la d\u00e9couverte de celle-ci.<br \/>\n       [&#8230;] \u00bb.<br \/>\n       Pour ce qui est de la fixation du d\u00e9lai, le l\u00e9gislateur a estim\u00e9 que l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant est prioritaire et qu\u2019il est \u00ab inadmissible qu\u2019un d\u00e9saveu de paternit\u00e9 soit encore possible apr\u00e8s un certain d\u00e9lai, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s le moment \u00e0 partir duquel on peut raisonnablement consid\u00e9rer qu\u2019il y a possession d\u2019\u00e9tat \u00bb (Doc. parl., S\u00e9nat, 1984-1985, n\u00b0 904\/2, p. 115).<br \/>\n       Bien qu\u2019il n\u2019ait pas voulu totalement emp\u00eacher le mari de la m\u00e8re de contester la paternit\u00e9, le l\u00e9gislateur a ainsi exprim\u00e9 la volont\u00e9 de consid\u00e9rer comme prioritaires la s\u00e9curit\u00e9 juridique des relations familiales et l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant, et il a par cons\u00e9quent pr\u00e9vu un d\u00e9lai pr\u00e9fix de d\u00e9ch\u00e9ance d\u2019un an pour l\u2019introduction de l\u2019action en contestation de la paternit\u00e9.<br \/>\n       B.4.2. Le droit de la filiation a toutefois \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment r\u00e9form\u00e9 par la loi du 1er juillet 2006 \u00ab modifiant des dispositions du Code civil relatives \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de la filiation et aux effets de celle-ci \u00bb.<br \/>\n       Il ressort des travaux pr\u00e9paratoires de cette loi que le l\u00e9gislateur a entendu proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9forme des textes qui ont \u00e9t\u00e9 censur\u00e9s par la Cour en la mati\u00e8re et tenir compte de l\u2019\u00e9volution sociologique, en rapprochant la filiation dans le mariage et hors mariage :<br \/>\n       \u00ab La loi de 1987 a pratiquement gomm\u00e9 toutes les diff\u00e9rences pour ce qui concerne les effets mais elle a conserv\u00e9 un m\u00e9canisme de pr\u00e9somption de paternit\u00e9 du mari qui aboutit \u00e0 des cons\u00e9quences choquantes pour ce qui concerne l\u2019\u00e9tablissement de la filiation. [\u2026]<br \/>\n       La pr\u00e9sente proposition a donc \u00e9galement pour objet tout en conservant la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 du mari de donner \u00e0 celle-ci des effets \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalents \u00e0 ceux d\u2019une reconnaissance \u00bb (Doc. parl., Chambre, 2003-2004, DOC 51-0597\/001, p. 5).<br \/>\n       \u00ab [\u2026] Enfin, l\u2019action doit \u00eatre introduite dans un d\u00e9lai d\u2019un an (\u00e0 dater de la d\u00e9couverte de la naissance ou de l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait par le mari ou l\u2019auteur de la reconnaissance qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant) \u00bb (Doc. parl., Chambre, 2005-2006, DOC 51-0597\/037, p. 5).<br \/>\n       6<br \/>\n       B.4.3. En ce qui concerne les d\u00e9lais, peu de choses ont chang\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mari ou de l\u2019ex-mari de la m\u00e8re. En effet, l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil dispose que l\u2019action doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant. Par rapport au r\u00e9gime de 1987, dans lequel le mari devait intenter l\u2019action dans l\u2019ann\u00e9e de la naissance ou de la d\u00e9couverte de la naissance, seul le point de d\u00e9part du d\u00e9lai de forclusion a chang\u00e9.<br \/>\n       Quant \u00e0 ce point de d\u00e9part du d\u00e9lai de forclusion, il convient de souligner que l\u2019interpr\u00e9tation de la notion de \u00ab fait \u00bb rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence du juge du fond, qui a un pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation \u00e9tendu \u00e0 cet \u00e9gard, comme la Cour l\u2019a jug\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat n\u00b0 46\/2013 du 28 mars 2013 (ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.046).<br \/>\n       Quant au fond<br \/>\n       B.5.1. La question pr\u00e9judicielle concerne le d\u00e9lai dans lequel le mari de la m\u00e8re doit introduire son action en contestation de la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 aux termes de l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil.<br \/>\n       B.5.2. La juridiction a quo demande si l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil est compatible avec les articles 22 et 22bis de la Constitution, lus en combinaison ou non avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019il impose au mari de la m\u00e8re d\u2019agir dans un d\u00e9lai d\u2019un an \u00e0 partir de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re biologique de l\u2019enfant, alors qu\u2019il n\u2019a jamais exist\u00e9 le moindre doute \u00e0 ce sujet et que la filiation litigieuse n\u2019a aucune consistance socio-affective et n\u2019en a jamais eu.<br \/>\n       B.5.3. Il ressort des \u00e9l\u00e9ments de la cause et de la motivation de la d\u00e9cision de renvoi que le litige soumis \u00e0 la juridiction a quo porte sur une action intent\u00e9e par l\u2019ex-\u00e9poux de la m\u00e8re des enfants, qui conteste la pr\u00e9somption de paternit\u00e9, que la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 de l\u2019ex-<br \/>\n       \u00e9poux de la m\u00e8re ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 socio-affective et qu\u2019il n\u2019y a d\u00e8s lors pas possession d\u2019\u00e9tat, que cette pr\u00e9somption de paternit\u00e9 ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 biologique,<br \/>\n       7<br \/>\n       que la paternit\u00e9 juridiquement \u00e9tablie est contraire \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019ex-\u00e9poux mais qu\u2019elle n\u2019est contest\u00e9e ni par les enfants ni par la m\u00e8re et qu\u2019en application de l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil, l\u2019action en contestation de la pr\u00e9somption l\u00e9gale de paternit\u00e9 est prescrite dans le chef de tous les titulaires de cette action.<br \/>\n       La Cour limite son examen \u00e0 cette hypoth\u00e8se.<br \/>\n       B.6.1. L\u2019article 22 de la Constitution dispose :<br \/>\n       \u00ab Chacun a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, sauf dans les cas et conditions fix\u00e9s par la loi.<br \/>\n       La loi, le d\u00e9cret ou la r\u00e8gle vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 134 garantissent la protection de ce droit \u00bb.<br \/>\n       L\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme dispose :<br \/>\n       \u00ab 1. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, de son domicile et de sa correspondance.<br \/>\n       2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au bien-\u00eatre \u00e9conomique du pays, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui \u00bb.<br \/>\n       B.6.2. Le Constituant a recherch\u00e9 la plus grande concordance possible entre l\u2019article 22 de la Constitution et l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (Doc. parl., Chambre, 1992-1993, n\u00b0 997\/5, p. 2).<br \/>\n       La port\u00e9e de cet article 8 est analogue \u00e0 celle de la disposition constitutionnelle pr\u00e9cit\u00e9e, de sorte que les garanties que fournissent ces deux dispositions forment un tout indissociable.<br \/>\n       B.6.3. L\u2019article 22bis de la Constitution dispose :<br \/>\n       \u00ab Chaque enfant a droit au respect de son int\u00e9grit\u00e9 morale, physique, psychique et sexuelle.<br \/>\n       8<br \/>\n       Chaque enfant a le droit de s\u2019exprimer sur toute question qui le concerne; son opinion est prise en consid\u00e9ration, eu \u00e9gard \u00e0 son \u00e2ge et \u00e0 son discernement.<br \/>\n       Chaque enfant a le droit de b\u00e9n\u00e9ficier des mesures et services qui concourent \u00e0 son d\u00e9veloppement.<br \/>\n       Dans toute d\u00e9cision qui le concerne, l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant est pris en consid\u00e9ration de mani\u00e8re primordiale.<br \/>\n       La loi, le d\u00e9cret ou la r\u00e8gle vis\u00e9e \u00e0 l\u2019article 134 garantissent ces droits de l\u2019enfant \u00bb.<br \/>\n       B.7.1. La Cour a d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9 la constitutionnalit\u00e9 du d\u00e9lai d\u2019un an pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 318, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er, de l\u2019ancien Code civil. Par l\u2019arr\u00eat n\u00b0 46\/2013, pr\u00e9cit\u00e9, la Cour a dit pour droit que l\u2019article 318, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er, de l\u2019ancien Code civil ne viole pas l\u2019article 22 de la Constitution, lu en combinaison ou non avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce que le mari doit intenter l\u2019action en contestation de paternit\u00e9 dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant.<br \/>\n       Par cet arr\u00eat, la Cour a jug\u00e9 :<br \/>\n       \u00ab B.10.1. Le l\u00e9gislateur a pu estimer que l\u2019homme, en se mariant, accepte d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9, en principe, comme le p\u00e8re de tout enfant que sa femme enfantera. Compte tenu des pr\u00e9occupations du l\u00e9gislateur et des valeurs qu\u2019il a voulu concilier, il n\u2019appara\u00eet pas d\u00e9raisonnable, en principe, qu\u2019il n\u2019ait voulu accorder au mari qu\u2019un court d\u00e9lai pour intenter l\u2019action en contestation de paternit\u00e9.<br \/>\n       B.10.2. Par ailleurs, la fixation d\u2019un d\u00e9lai pour l\u2019introduction d\u2019une action en contestation de paternit\u00e9 peut \u00e9galement \u00eatre justifi\u00e9e par la volont\u00e9 de garantir la s\u00e9curit\u00e9 juridique et un caract\u00e8re d\u00e9finitif des relations familiales.<br \/>\n       B.10.3. L\u2019article 318, \u00a7 2, [de l\u2019ancien] Code civil dispose que l\u2019action du mari doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant. L\u2019interpr\u00e9tation de la notion de \u2018 fait \u2019 rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence du juge du fond, qui a, \u00e0 cet \u00e9gard, un pouvoir d\u2019appr\u00e9ciation \u00e9tendu. En effet, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 331octies [de l\u2019ancien] Code civil, les tribunaux peuvent \u2018 ordonner, m\u00eame d\u2019office, l\u2019examen du sang ou tout autre examen selon des m\u00e9thodes scientifiques \u00e9prouv\u00e9es \u2019, rien ne les emp\u00eachant de consid\u00e9rer comme point de d\u00e9part du d\u00e9lai d\u2019un an le moment du r\u00e9sultat de cet examen.<br \/>\n       B.11. Compte tenu de la marge d\u2019appr\u00e9ciation importante dont dispose le l\u00e9gislateur [&#8230;]<br \/>\n       pour rechercher un juste \u00e9quilibre entre tous les droits et int\u00e9r\u00eats en cause et compte tenu de la jurisprudence de la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme [&#8230;] relative aux d\u00e9lais que celle-ci admet dans certains cas, il convient de souligner \u00e9galement qu\u2019\u00e0 l\u2019article 318 [de l\u2019ancien]<br \/>\n       9<br \/>\n       Code civil, le l\u00e9gislateur pr\u00e9voit aussi la possibilit\u00e9 pour les enfants d\u2019introduire une demande en d\u00e9saveu et en recherche de paternit\u00e9 et pour celui qui pr\u00e9tend \u00eatre le p\u00e8re biologique la facult\u00e9 d\u2019intenter une action en contestation et en \u00e9tablissement de paternit\u00e9, dans le respect des conditions mentionn\u00e9es dans cet article \u00bb.<br \/>\n       B.7.2. La Cour a \u00e9galement jug\u00e9 que le d\u00e9lai d\u2019un an \u00e0 partir de la d\u00e9couverte de sa paternit\u00e9 dans lequel l\u2019homme revendiquant la paternit\u00e9 de l\u2019enfant doit introduire son action en vertu de l\u2019article 318, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er, de l\u2019ancien Code civil ne violait pas les articles 10, 11, 22 et 22bis de la Constitution, lus en combinaison ou non avec les articles 8 et 14 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (arr\u00eats nos 16\/2014, ECLI:BE:GHCC:2014:ARR.016, 145\/2014, ECLI:BE:GHCC:2014:ARR.145, et 87\/2016, ECLI:BE:GHCC:2016:ARR.087).<br \/>\n       B.8.1. En outre, comme la Cour l\u2019a rappel\u00e9 dans l\u2019arr\u00eat n\u00b0 139\/2013 du 17 octobre 2013<br \/>\n       (ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.139), le l\u00e9gislateur a voulu r\u00e9aliser un parall\u00e9lisme maximal entre la proc\u00e9dure de contestation de la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 (sur la base de l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil) et la proc\u00e9dure de contestation de la reconnaissance de paternit\u00e9 (sur la base de l\u2019article 330, \u00a7 1er, alin\u00e9a 4, de l\u2019ancien Code civil). Les deux proc\u00e9dures sont ainsi formul\u00e9es dans des termes comparables dans les dispositions en question, et le l\u00e9gislateur a pr\u00e9vu, dans les deux proc\u00e9dures, le m\u00eame d\u00e9lai d\u2019un an pour intenter l\u2019action.<br \/>\n       B.8.2. Par l\u2019arr\u00eat n\u00b0 139\/2014 du 25 septembre 2014 (ECLI:BE:GHCC:2014:ARR.139), la Cour a dit pour droit que l\u2019article 330, \u00a7 1er, alin\u00e9a 4, du Code civil ne violait pas les articles 10, 11 et 22 de la Constitution, lus en combinaison ou non avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce qu\u2019il dispose que l\u2019action de celui qui a reconnu l\u2019enfant doit \u00eatre intent\u00e9e dans l\u2019ann\u00e9e qui suit la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant.<br \/>\n       Par cet arr\u00eat, la Cour a jug\u00e9 :<br \/>\n       \u00ab B.23.3. La disposition en cause n\u2019instaure pas une fin absolue de non-recevoir \u00e0 l\u2019action en contestation d\u2019une reconnaissance de paternit\u00e9, mais fixe un d\u00e9lai pour l\u2019introduction d\u2019une action en contestation de paternit\u00e9, ce qui se justifie par la volont\u00e9 de garantir la s\u00e9curit\u00e9 juridique et un caract\u00e8re d\u00e9finitif des relations familiales.<br \/>\n       10<br \/>\n       L\u2019article 330, \u00a7 1er, [de l\u2019ancien] Code civil pr\u00e9voit par ailleurs la possibilit\u00e9 pour l\u2019enfant d\u2019introduire une telle action entre l\u2019\u00e2ge de douze ans et de vingt-deux ans ou dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait que la personne qui l\u2019a reconnu n\u2019est pas son p\u00e8re ou sa m\u00e8re. Le l\u00e9gislateur garantit ainsi le droit \u00e0 l\u2019identit\u00e9 qui, selon la Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, doit faire l\u2019objet d\u2019un examen approfondi lorsque l\u2019on compare les int\u00e9r\u00eats en pr\u00e9sence (CEDH, 3 avril 2014, Konstantinidis c. Gr\u00e8ce, \u00a7 47). Par son arr\u00eat n\u00b0 96\/2011 du 31 mai 2011, la Cour a en outre jug\u00e9 qu\u2019un enfant doit pouvoir contester m\u00eame au-del\u00e0 de ce d\u00e9lai la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 l\u2019\u00e9gard du mari de sa m\u00e8re lorsque cette pr\u00e9somption ne correspond \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9 ni biologique, ni socio-affective.<br \/>\n       B.24. Compte tenu des pr\u00e9occupations du l\u00e9gislateur et des valeurs qu\u2019il a voulu concilier, il n\u2019est d\u00e8s lors pas sans justification raisonnable que la personne qui a reconnu l&#8217;enfant ne dispose que d\u2019un bref d\u00e9lai pour contester sa reconnaissance \u00bb.<br \/>\n       B.9. Pour les m\u00eames motifs que ceux de l\u2019arr\u00eat de la Cour n\u00b0 46\/2013, pr\u00e9cit\u00e9, et pour des motifs similaires \u00e0 ceux de l\u2019arr\u00eat de la Cour n\u00b0 139\/2014, pr\u00e9cit\u00e9, l\u2019article 318, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er, de l\u2019ancien Code civil est compatible avec l\u2019article 22 de la Constitution en ce que cette disposition pr\u00e9voit que le mari ou l\u2019ex-mari de la m\u00e8re doit intenter l\u2019action en contestation de paternit\u00e9 dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant.<br \/>\n       B.10.1. La Cour doit encore examiner si la disposition en cause est compatible avec l\u2019article 22bis de la Constitution, lu en combinaison ou non avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme.<br \/>\n       B.10.2. L\u2019enfant dispose, aux termes de l\u2019article 318, \u00a7 2, de l\u2019ancien Code civil, de la possibilit\u00e9 de contester la pr\u00e9somption de paternit\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019\u00e9poux ou de l\u2019ex-\u00e9poux de sa m\u00e8re. Il doit intenter son action au plus t\u00f4t le jour o\u00f9 il atteint l\u2019\u00e2ge de douze ans et au plus tard le jour o\u00f9 il atteint l\u2019\u00e2ge de vingt-deux ans ou dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait que cet \u00e9poux n\u2019est pas son p\u00e8re, sachant que l\u2019action en contestation de paternit\u00e9 reste en principe soumise au d\u00e9lai trentenaire de droit commun pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019article 331ter du m\u00eame Code (C.C., n\u00b0 18\/2016, 3 f\u00e9vrier 2016, ECLI:BE:GHCC:2016:ARR.018; n\u00b0 142\/2019,17 octobre 2019, ECLI:BE:GHCC:2019:ARR.142, B.7.3).<br \/>\n       11<br \/>\n       B.10.3. Il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019enfant est sauvegard\u00e9, d\u00e8s lors que la possibilit\u00e9 lui est offerte de contester lui-m\u00eame ou par l\u2019interm\u00e9diaire de son repr\u00e9sentant l\u00e9gal la filiation paternelle \u00e9tablie en application de l\u2019article 315 de l\u2019ancien Code civil. Le fait que l\u2019action du mari ou de l\u2019ex-mari de la m\u00e8re se prescrive par un an \u00e0 partir de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant ne modifie pas ce constat.<br \/>\n       B.11. L\u2019article 318, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er, de l\u2019ancien Code civil est compatible avec l\u2019article 22bis de la Constitution, lu en combinaison ou non avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce que le mari ou l\u2019ex-mari de la m\u00e8re doit intenter l\u2019action en contestation de paternit\u00e9 dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant.<br \/>\n       12<br \/>\n       Par ces motifs,<br \/>\n       la Cour<br \/>\n       dit pour droit :<br \/>\n       L\u2019article 318, \u00a7 2, alin\u00e9a 1er, de l\u2019ancien Code civil ne viole pas les articles 22 et 22bis de la Constitution, lus en combinaison ou non avec l\u2019article 8 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme, en ce que le mari ou l\u2019ex-mari de la m\u00e8re doit intenter l\u2019action en contestation de paternit\u00e9 dans l\u2019ann\u00e9e de la d\u00e9couverte du fait qu\u2019il n\u2019est pas le p\u00e8re de l\u2019enfant.<br \/>\n       Ainsi rendu en langue fran\u00e7aise et en langue n\u00e9erlandaise, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 65 de la loi sp\u00e9ciale du 6 janvier 1989 sur la Cour constitutionnelle, le 21 novembre 2024.<br \/>\n       Le greffier, Le pr\u00e9sident,<br \/>\n       Frank Meersschaut Pierre Nihoul<\/p>\n<p>Document PDF ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.138\n       <\/p>\n<p>            Publication(s) li\u00e9e(s)              <\/p>\n<p>citant:<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.046         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.139         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2013:ARR.165         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2014:ARR.016         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2014:ARR.145         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2016:ARR.018         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2016:ARR.087         <\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ECLI:BE:GHCC:2019:ARR.142         <\/p>\n<p>        <!-- Commandes de navigation page d\u00e9tail--> <\/p>\n<p>                  Imprimer cette page<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>          Taille d&#8217;impression          <\/p>\n<p>            S<br \/>\n            M<br \/>\n            L<br \/>\n            XL<\/p>\n<p>          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Nouvelle recherche JUPORTAL<br \/>\n          &nbsp; <\/p>\n<p>                  Fermer l&#8217;onglet          <\/p>\n<p>        <!-- Fin commandes de navigation page d\u00e9tail --><\/p>\n<p><!-- Action LOG \nfunction JUPORTARecordLogViewDecision  $iubel_id        : 279794\n                                       $action_type     : VIEW\n                                      &amp;$action_startmt  : 1780546339.623\n                                      &amp;$action_duration : 95\n                                      &amp;$addressipremote : 103.115.10.116\n                                      &amp;$latitude        : null\n                                      &amp;$longitude       : null\n                                      &amp;$accuracy        : null\n                                      &amp;$altitude        : null\n                                      &amp;$langue_view     : FR\n--><br \/>\n<!-- Action_duration 95 millisec --><br \/>\n      <!-- end of main block (division \"content\") --><\/p>\n<p>    <!-- end of division \"page_main\" --><\/p>\n<p>              &#9993; info-JUPORTAL@just.fgov.be<\/p>\n<p>              &copy;&nbsp; 2017-2026&nbsp;Service ICT &#8211; SPF Justice<\/p>\n<p>  <!-- end of division \"conteneur\" --><\/p>\n<p>  <!-- Balloon system info --><\/p>\n<p>\n          Powered by PHP 8.5.0\n      <\/p>\n<p>\n          Server Software Apache\/2.4.66\n      <\/p>\n<p>\n          == Fluctuat nec mergitur ==\n      <\/p>\n<p>  <!-- Balloon system info --><br \/>\n          <!-- BalloonObjectPrepa Start --><br \/>\n          <!-- BalloonObjectPrepa End --><\/div>\n<hr class=\"kji-sep\" \/>\n<p class=\"kji-source-links\"><strong>Sources officielles :<\/strong> <a class=\"kji-source-link\" href=\"https:\/\/juportal.be\/content\/ECLI:BE:GHCC:2024:ARR.138\/FR\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">consulter la page source<\/a><\/p>\n<p class=\"kji-license-note\"><em>JUPORTAL. 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