{"id":664910,"date":"2026-04-23T23:14:52","date_gmt":"2026-04-23T21:14:52","guid":{"rendered":"https:\/\/kohenavocats.com\/jurisprudences\/cour-superieure-de-justice-19-mai-2022-n-2021-00115\/"},"modified":"2026-04-23T23:14:56","modified_gmt":"2026-04-23T21:14:56","slug":"cour-superieure-de-justice-19-mai-2022-n-2021-00115","status":"publish","type":"kji_decision","link":"https:\/\/kohenavocats.com\/ru\/jurisprudences\/cour-superieure-de-justice-19-mai-2022-n-2021-00115\/","title":{"rendered":"Cour sup\u00e9rieure de justice, 19 mai 2022, n\u00b0 2021-00115"},"content":{"rendered":"<div class=\"kji-decision\">\n<div class=\"kji-full-text\">\n<p>Arr\u00eat N\u00b0 64\/22 &#8212; III \u2013 TRAV<\/p>\n<p>Exempt &#8212; appel en mati\u00e8re de droit du travail.<\/p>\n<p>Audience publique du dix -neuf mai deux mille vingt -deux.<\/p>\n<p>Num\u00e9ro CAL -2021-00115 du r\u00f4le<\/p>\n<p>Composition:<\/p>\n<p>Alain THORN, pr\u00e9sident de chambre, Paul VOUEL, conseiller, Anne-Fran\u00e7oise GREMLING, conseiller, Isabelle HIPPERT, greffier.<\/p>\n<p>Entre :<\/p>\n<p>la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 responsabilit\u00e9 limit\u00e9e SOC 1) mbH, \u00e9tablie et ayant son si\u00e8ge social \u00e0 D-(\u2026), repr\u00e9sent\u00e9e par ses g\u00e9rants actuellement en fonctions et pour les besoins de la pr\u00e9sente, par sa succursale au Luxembourg d\u00e9nomm\u00e9e SOC 1A) Luxembourg mbH, \u00e9tablie et ayant son si\u00e8ge social \u00e0 L-1273 Luxembourg, 19, rue de Bitbourg, repr\u00e9sent\u00e9e par son repr\u00e9sentant l\u00e9gal,<\/p>\n<p>appelante aux termes d\u2019un exploit de l\u2019huissier de justice suppl\u00e9ant Lua na COGONI, en remplacement de l\u2019huissier de justice V\u00e9ronique REYTER d\u2019Esch- sur-Alzette, du 17 d\u00e9cembre 2020,<\/p>\n<p>intim\u00e9e sur appel incident,<\/p>\n<p>comparant par la soci\u00e9t\u00e9 en commandite simple KLEYR GRASSO s.e.c.s., inscrite sur la liste V du tableau de l\u2019Ordre des avocats du Barreau de Luxembourg, \u00e9tablie et ayant son si\u00e8ge social \u00e0 L-2361 Strassen, 7, rue des Primeurs, repr\u00e9sent\u00e9e aux fins de la pr\u00e9sente proc\u00e9dure par Ma\u00eetre Christian JUNGERS, avocat \u00e0 la Cour, demeurant professionnellement \u00e0 la m\u00eame adresse,<\/p>\n<p>et :<\/p>\n<p>A, demeurant \u00e0 D -(\u2026), ayant \u00e9lu domicile en l\u2019\u00e9tude de Ma\u00eetre Mario DI STEFANO,<\/p>\n<p>intim\u00e9 aux fins du susdit exploit COGONI ,<\/p>\n<p>appelant par incident,<\/p>\n<p>comparant par Ma\u00eetre Mario DI STEFANO, avocat \u00e0 la Cour , demeurant \u00e0 Luxembourg.<\/p>\n<p>LA COUR D&#039;APPEL:<\/p>\n<p>Vu l\u2019ordonnance de cl\u00f4ture de l\u2019instruction du 1 er f\u00e9vrier 2022.<\/p>\n<p>Par requ\u00eate d\u00e9pos\u00e9e au greffe de la justice de paix de Luxembourg le 29 mars 2019, A a fait convoquer son ancien employeur, la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) mbH (ci-apr\u00e8s la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1)) devant le tribunal du travail, pour voir d\u00e9clarer abusif le licenciement intervenu \u00e0 son \u00e9gard par courrier du 30 novembre 2018. Il a demand\u00e9 la condamnation de son ancien employeur \u00e0 lui payer les montants suivants, \u00e0 savoir:<\/p>\n<p>&#8212; pr\u00e9judice mat\u00e9riel : 30.797,05 euros &#8212; pr\u00e9judice moral : 5.000,00 euros &#8212; indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis : 5.131,18 euros &#8212; indemnit\u00e9 compensatoire de cong\u00e9 non pris : 2.283,82 euros &#8212; arri\u00e9r\u00e9s de salaire pour le mois de novembre 2018 2.565,59 euros,<\/p>\n<p>avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux \u00e0 partir de la demande en justice, sinon \u00e0 partir du jour du jugement \u00e0 intervenir, jusqu\u2019\u00e0 solde. Il a r\u00e9clam\u00e9 l\u2019augmentation du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal de trois points \u00e0 compter du quatri\u00e8me mois qui suit la notification du jugement \u00e0 intervenir. Il a finalement sollicit\u00e9 une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure de 2.500 euros et a conclu \u00e0 l&#039;ex\u00e9cution provisoire du jugement \u00e0 intervenir.<\/p>\n<p>A l\u2019audience des plaidoiries de premi\u00e8re instance, il a augment\u00e9 sa demande en indemnisation de ses dommages mat\u00e9riel et moral aux montants respectifs de 109.960,25 euros et de 7.500 euros. Il a, en outre, r\u00e9clam\u00e9 la condamnation de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) \u00e0 lui payer les retenues effectu\u00e9es sur son salaire du mois de d\u00e9cembre 2018.<\/p>\n<p>A l\u2019appui de sa demande, A a expos\u00e9 \u00eatre entr\u00e9 aux services de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) en tant qu\u2019ouvrier dans le secteur de la sid\u00e9rurgie, suivant contrat de travail \u00e0 dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, ayant pris effet le 1 er juin 2016, avec reconnaissance d\u2019une anciennet\u00e9 de service au 3 f\u00e9vrier 2014. Il aurait \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 avec un d\u00e9lai de pr \u00e9avis d\u2019un mois, par courrier dat\u00e9 du 30 novembre 2018, indiquant ce qui suit :<\/p>\n<p>3 \u00ab Aufgrund der Fertigstellung mehrerer Baustellen ist ein Arbeitsmangel entstanden, was uns leider zur K\u00fcndigung des Arbeitsverh\u00e4ltnisses gezwungen hat. Sollten wir Folgeauftr\u00e4ge erhalten und somit wieder einen erh\u00f6hten Personalbedarf haben, werden wir Sie bei erneuten Personaleinstellungen ber\u00fccksichtigen. \u00bb<\/p>\n<p>A aurait demand\u00e9 la communication des motifs \u00e0 la base de son licenciement par courrier du 31 d\u00e9cembre 2018, sur quoi l\u2019employeur lui aurait r\u00e9pondu dans les termes suivants, par lettre recommand\u00e9e du 3 janvier 2019 :<\/p>\n<p>\u00ab bezugnehmend auf Ihr oben genanntes Schreiben teilen wir Ihnen mit, dass der Grund f\u00fcr unsere K\u00fcndigung der entstandene Arbeitsmangel ist.<\/p>\n<p>Er ist entstanden aufgrund der Fertigstellung verschiedener Baustellen, wie bereits im K\u00fcndigungsschreiben erw\u00e4hnt.<\/p>\n<p>Ein weiterer Grund f\u00fcr die K\u00fcndigung ist Ihre strafbare Handlung beim Einbruch und Zerst\u00f6rung der T\u00fcr auf der Baustelle X am 20.06.2018. \u00bb<\/p>\n<p>A a soutenu que son licenciement \u00e9tait abusif, principalement, pour avoir \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 au m\u00e9pris des dispositions de l\u2019article L.121- 6 (3) alin\u00e9a 1 du Code du travail et, subsidiairement, pour ne pas \u00eatre fond\u00e9 sur des motifs indiqu\u00e9s avec la pr\u00e9cision requise. A titre plus subsidiaire, il a contest\u00e9 le caract\u00e8re r\u00e9el et s\u00e9rieux des motifs.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) a contest\u00e9 que le licenciement ait \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9 en violation de l\u2019article L.121-6 (3) du Code du travail. Elle a ensuite fait valoir que le courrier de motivation \u00e9tait suffisamment pr\u00e9cis pour permettre au salari\u00e9 de comprendre les causes de son licenciement et que le caract\u00e8re r\u00e9el et s\u00e9rieux des motifs du licenciement r\u00e9sultait des pi\u00e8ces vers\u00e9es en cause.<\/p>\n<p>A titre subsidiaire, elle a offert en preuve les faits suivants, par l\u2019audition du t\u00e9moin T1 :<\/p>\n<p>\u00ab Am 21. Juni 2018, wurde ich von Herrn B von der Firma SOC 2) angerufen, welcher mich informiert hat, dass einer unserer Mitarbeiter auf der Baustelle der Stadt X am 20.Juni 2018 eine T\u00fcr aufgebrochen hat.<\/p>\n<p>Daraufhin rief ich Herrn A an, da er auf dieser Baustelle Polier war und er hat zugegeben, dass er die aufgebrochen hat, um seine Schl\u00fcssel, sein Handy und seine Kleider, die er vergessen hatte, zu holen. \u00bb<\/p>\n<p>A titre plus subsidiaire, pour le cas o\u00f9 le licenciement serait d\u00e9clar\u00e9 abusif, la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) a contest\u00e9 les demandes en indemnisation de A .<\/p>\n<p>Quant au pr\u00e9avis non respect\u00e9 et aux arri\u00e9r\u00e9s de salaire, elle a expliqu\u00e9 avoir retenu les sommes aff\u00e9rentes, eu \u00e9gard au fait qu\u2019en endommageant une porte sur un chantier, le salari\u00e9 avait caus\u00e9 un dommage se chiffrant \u00e0 10.136,41 euros.<\/p>\n<p>Elle a formul\u00e9 une demande reconventionnelle sur base de l\u2019article L.121- 9 du Code du travail, tendant \u00e0 la condamnation de A \u00e0 lui payer la diff\u00e9rence entre le montant du dommage caus\u00e9 et les retenues sur salaire d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9es, sinon le montant int\u00e9gral repris dans la facture de l\u2019entreprise SOC 2) , soit le montant de 10.136,41 euros.<\/p>\n<p>Par jugement du 30 octobre 2020, le tribunal du travail de Luxembourg, statuant contradictoirement, a d\u00e9clar\u00e9 recevable la requ\u00eate, d\u00e9clar\u00e9 abusif le licenciement, d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e la demande de A relative \u00e0 l\u2019indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis pour le montant de 2.565,59 euros, d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e la demande relative aux retenues injustifi\u00e9es des salaires des mois de novembre et d\u00e9cembre 2018 pour le montant de 5.057,84 euros, d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e la demande relative au dommage mat\u00e9riel pour le montant de 10.218,74 euros, d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e sa demande relative au dommage moral pour le montant de 2.500 euros, d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e sa demande relative \u00e0 l\u2019indemnit\u00e9 pour cong\u00e9s non pris pour le montant de 2.283,82 euros, condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) \u00e0 payer \u00e0 A la somme de 22.625,99 euros, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux \u00e0 partir du 29 mars 2019, date de la demande en justice, jusqu\u2019\u00e0 solde, dit que le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal sera major\u00e9 de trois points \u00e0 l\u2019expiration du troisi\u00e8me mois qui suit la notification du jugement, ordonn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution provisoire de la condamnation au paiement du montant de 5.057,84 euros, outre les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux, nonobstant toutes voies de recours et avant enregistrement, d\u00e9clar\u00e9 non fond\u00e9e la demande reconventionnelle de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) sur base de l\u2019article L.121-9 du Code du travail, condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) \u00e0 payer \u00e0 A une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure de 500 euros et condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) aux frais et d\u00e9pens de l\u2019instance.<\/p>\n<p>Pour statuer ainsi, la juridiction de premi\u00e8re instance a dit que si le courrier de licenciement portait la date du 30 novembre 2018 &#8212; date \u00e0 laquelle A \u00e9tait incapable de travailler, suivant certificat m\u00e9dical d\u00fbment remis \u00e0 l\u2019employeur &#8212; il r\u00e9sultait n\u00e9anmoins de la pi\u00e8ce n\u00b06 de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) que le licenciement n\u2019avait \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9 qu\u2019en date du 3 d\u00e9cembre 2018, soit \u00e0 un moment o\u00f9 le salari\u00e9 n\u2019\u00e9tait plus sous le couvert de l\u2019article L.121- 6 du Code du travail.<\/p>\n<p>Le tribunal a n\u00e9anmoins retenu que le licenciement \u00e9tait abusif, dans la mesure o\u00f9 les motifs de licenciement repris dans la lettre du 3 janvier 2020 ne correspondaient pas aux exigences pos\u00e9es par la loi et la jurisprudence. Il a, \u00e0 cet \u00e9gard, relev\u00e9 qu\u2019en faisant \u00e9tat \u00e0 la fois de l\u2019existence d\u2019une p\u00e9nurie de travail et d\u2019un comportement fautif dans le chef du salari\u00e9, l\u2019employeur avait mis ce dernier dans l\u2019impossibilit\u00e9 de conna\u00eetre les raisons pr\u00e9cises de son renvoi. Il a encore consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019aucun des motifs n\u2019\u00e9tait indiqu\u00e9 avec suffisamment de pr\u00e9cision.<\/p>\n<p>La demande du salari\u00e9 en paiement d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e fond\u00e9e \u00e0 concurrence du montant \u00e9quivalant \u00e0 un mois de salaire, au motif que le pr\u00e9avis l\u00e9gal aurait d\u00fb \u00eatre accord\u00e9 jusqu\u2019au 15 f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rant qu\u2019il n\u2019est pas \u00e9tabli que le salari\u00e9 ait commis une faute lourde ou une n\u00e9gligence grave en relation avec l\u2019endommagement de la porte sur le chantier de X, le tribunal du travail a dit que les retenues sur salaire du chef d\u2019un dommage caus\u00e9 par la faute du salari\u00e9, ne se justifiaient pas sur base des dispositions combin\u00e9es des articles L.224-3 et L.121- 9 du Code du travail.<\/p>\n<p>La demande de A en paiement des retenues effectu\u00e9es sur ses salaires a donc \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e fond\u00e9e pour le montant de [2.565,59 + 2.492,25 =] 5.057,84 euros.<\/p>\n<p>Pour fixer \u00e0 12 mois \u00e0 compter du 1 er janvier 2019, la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence au cours de laquelle A aurait normalement d\u00fb trouver un nouvel emploi, le tribunal a pris en consid\u00e9ration le fait que ce dernier \u00e9tait \u00e2g\u00e9 de 60 ans au moment du licenciement, qu\u2019il avait subi une crise cardiaque en d\u00e9cembre 2018 et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait inscrit comme demandeur d\u2019emploi en Allemagne fin mars 2019.<\/p>\n<p>Le tribunal a retenu que A n\u2019avait pas subi de pr\u00e9judice mat\u00e9riel au cours des deux mois suivant son licenciement, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il avait encore droit \u00e0 un mois d\u2019indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis et qu\u2019il avait touch\u00e9 des indemnit\u00e9s p\u00e9cuniaires de maladie en f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p>Pour la p\u00e9riode de mars \u00e0 d\u00e9cembre 2019, le tribunal a d\u00e9duit le montant brut des indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage touch\u00e9es par A en Allemagne du salaire brut qu\u2019il aurait normalement per\u00e7u aupr\u00e8s de son ancien employeur. La demande en indemnisation du pr\u00e9judice mat\u00e9riel a donc \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e fond\u00e9e \u00e0 concurrence du montant de 10.218,74 euros.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9judice moral subi par A du fait de l\u2019atteinte port\u00e9e \u00e0 sa dignit\u00e9 de travailleur a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 au montant de 2.500 euros, compte tenu des circonstances dans lesquelles le licenciement s\u2019\u00e9tait op\u00e9r\u00e9 et eu \u00e9gard \u00e0 la dur\u00e9e des fonctions assum\u00e9es aupr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 employeuse.<\/p>\n<p>Le tribunal a fait droit \u00e0 la demande de A en paiement d\u2019une indemnit\u00e9 pour cong\u00e9 non pris \u00e0 concurrence du montant r\u00e9clam\u00e9 de 2.283,82 euros, non contest\u00e9 par l\u2019employeur.<\/p>\n<p>La demande reconventionnelle de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) , tendant \u00e0 la condamnation de A \u00e0 l\u2019indemniser du chef de l\u2019endommagement de la porte du chantier de X , a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e non fond\u00e9e, en l\u2019absence de preuve que le dommage caus\u00e9 ait \u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>6 imputable \u00e0 une faute lourde ou \u00e0 une n\u00e9gligence grave du salari\u00e9, au sens de l\u2019article L.121-9 du Code du travail.<\/p>\n<p>Par acte d\u2019huissier du 27 d\u00e9cembre 2020, la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) a r\u00e9guli\u00e8rement relev\u00e9 appel de ce jugement, qui lui avait \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9 le 9 novembre 2020.<\/p>\n<p>Par r\u00e9formation du jugement entrepris, l\u2019appelante demande, \u00e0 titre principal, \u00e0 la Cour de d\u00e9clarer justifi\u00e9 le licenciement du 3 d\u00e9cembre 2018 et de d\u00e9bouter A de l\u2019ensemble de ses demandes. Elle fait valoir que le courrier de motivation du licenciement du 3 janvier 2019 satisfait aux crit\u00e8res de pr\u00e9cision \u00e9tablis par la loi et la jurisprudence et que les motifs invoqu\u00e9s \u00e0 la base du licenciement sont r\u00e9els et s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Pour autant que de besoin, elle offre en preuve les faits reproch\u00e9s au salari\u00e9.<\/p>\n<p>A titre subsidiaire, pour le cas o\u00f9 le licenciement serait d\u00e9clar\u00e9 abusif, l\u2019appelante se rapporte \u00e0 prudence de justice en ce qui concerne la demande de A en paiement d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis.<\/p>\n<p>Elle demande \u00e0 la Cour de d\u00e9bouter l\u2019intim\u00e9 de ses demandes en r\u00e9paration de pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral, sinon de r\u00e9duire le montant des condamnations intervenues de ce chef \u00e0 de plus justes proportions.<\/p>\n<p>Concernant les arri\u00e9r\u00e9s de salaire r\u00e9clam\u00e9s par A , l\u2019appelante demande, \u00e0 titre principal, \u00e0 la Cour de dire que les retenues op\u00e9r\u00e9es sur les salaires de l\u2019intim\u00e9 sont justifi\u00e9es, au vu du dommage caus\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise. Elle demande, en outre, \u00e0 voir condamner l\u2019intim\u00e9 \u00e0 lui payer le montant de 3.687,73 euros, \u00e0 titre d\u2019indemnisation, sur base de l\u2019article L.121- 9 du Code du travail.<\/p>\n<p>A titre subsidiaire, dans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 les retenues sur salaire seraient d\u00e9clar\u00e9es ill\u00e9gales, elle demande \u00e0 voir condamner l\u2019intim\u00e9 \u00e0 lui payer le montant de 10.136,41 euros, \u00e0 titre d\u2019indemnisation.<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, elle sollicite une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure de 3.000 euros pour les deux instances, ainsi que la condamnation de l\u2019intim\u00e9 aux frais et d\u00e9pens de l\u2019instance.<\/p>\n<p>A se rapporte \u00e0 prudence de justice quant \u00e0 la recevabilit\u00e9 de l\u2019acte d\u2019appel en la forme.<\/p>\n<p>Il demande \u00e0 la Cour de d\u00e9clarer l\u2019appel non fond\u00e9 et de d\u00e9bouter la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) de l\u2019ensemble de ses demandes.<\/p>\n<p>7 Il conclut \u00e0 la confirmation du jugement entrepris, par adoption des motifs de la juridiction du premier degr\u00e9, en ce que le licenciement a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 abusif, en ce que les retenues sur salaire ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es ill\u00e9gales et en ce que la demande en indemnisation de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e non fond\u00e9e.<\/p>\n<p>Il rel\u00e8ve appel incident en ce qui concerne le montant des condamnations intervenues \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) en premi\u00e8re instance au titre de l\u2019indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis, des pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral ainsi que des retenues sur salaire.<\/p>\n<p>Par r\u00e9formation, il demande \u00e0 voir condamner la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) \u00e0 lui payer, en principal, le montant de 3.848,39 euros, \u00e0 titre d\u2019indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis jusqu\u2019au 15 f\u00e9vrier 2019, le montant de 153.935,40 euros \u00e0 titre d\u2019indemnisation de son pr\u00e9judice mat\u00e9riel, \u00e0 calculer sur base d\u2019une p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence de 60 mois, le montant de 10.000 euros \u00e0 titre d\u2019indemnisation de son pr\u00e9judice moral et le montant de 6.748,68 euros, \u00e0 titre de remboursement des retenues injustifi\u00e9es sur ses salaires des mois de novembre et d\u00e9cembre 2018.<\/p>\n<p>Il r\u00e9clame finalement une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure de 5.000 euros pour l\u2019instance d\u2019appel et conclut \u00e0 la condamnation de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) aux frais et d\u00e9pens de l\u2019instance d\u2019appel.<\/p>\n<p>Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>Il convient d\u2019embl\u00e9e de constater que le jugement du 30 octobre 2020 n\u2019est pas entrepris en ce qu\u2019il a d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e la demande de A en paiement d\u2019une indemnit\u00e9 pour cong\u00e9 non pris \u00e0 concurrence de 2.282,82 euros. La Cour d\u2019appel n\u2019est donc pas saisie de ce volet du litige.<\/p>\n<p>A noter encore qu\u2019en r\u00e9clamant les montants respectifs de 153.935,40 euros, 10.000 euros et 6.748,68 euros, au titre de l\u2019indemnisation de ses pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral ainsi que des retenues sur ses salaires, A ne rel\u00e8ve pas seulement appel incident, mais proc\u00e8de \u00e9galement \u00e0 une augmentation de ses demandes formul\u00e9es en premi\u00e8re instance de ces chefs.<\/p>\n<p>Quant au licenciement Aux termes de l\u2019article L.124-5 (2) du Code du travail, \u00ab l\u2019employeur (auquel le salari\u00e9 a demand\u00e9 les motifs du licenciement avec pr\u00e9avis) est tenu d\u2019\u00e9noncer avec pr\u00e9cision par lettre recommand\u00e9e, au plus tard un mois apr\u00e8s la notification de la lettre recommand\u00e9e (de demande des motifs), le ou les motifs du licenciement li\u00e9s \u00e0 l\u2019aptitude ou \u00e0 la conduite du salari\u00e9 ou fond\u00e9s sur les n\u00e9cessit\u00e9s du fonctionnement de l\u2019entreprise, de l\u2019\u00e9tablissement ou du service qui doivent \u00eatre r\u00e9els et s\u00e9rieux. \u00bb<\/p>\n<p>8 L\u2019indication des motifs doit \u00eatre fournie avec une pr\u00e9cision telle que leur \u00e9nonc\u00e9- m\u00eame en r\u00e9v\u00e8le la nature et la port\u00e9e exacte et permette tant au salari\u00e9 d\u2019appr\u00e9cier leur caract\u00e8re l\u00e9gitime ou non et de faire la preuve de leur fausset\u00e9 ou de leur inanit\u00e9, qu\u2019au juge d\u2019appr\u00e9cier si le cong\u00e9diement est intervenu pour des motifs valables ou, au contraire, pour des motifs ill\u00e9gitimes, ou s\u2019il constitue un acte \u00e9conomiquement et socialement anormal. Dans la lettre de motivation, l\u2019employeur invoque un motif tenant aux n\u00e9cessit\u00e9s du fonctionnement de l\u2019entreprise ainsi qu\u2019un motif li\u00e9 \u00e0 la conduite du salari\u00e9. En employant le conjonctif \u00ab ou \u00bb \u00e0 l\u2019article L.124-5 (2) du Code du travail, pr\u00e9cit\u00e9, le l\u00e9gislateur a simplement \u00e9nonc\u00e9 les cas d\u2019ouverture possibles, sans disposer pour autant que les deux cat\u00e9gories de motifs s\u2019excluent mutuellement (cf. Cour d\u2019appel, arr\u00eat n\u00b0 44\/17 du 30 mars 2017, n\u00b0 44023 du r\u00f4le).<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 retenu par la juridiction de premi\u00e8re instance, la Cour ne consid\u00e8re pas qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, l\u2019employeur a fait un amalgame entre deux cat\u00e9gories de motifs qui seraient incompatibles.<\/p>\n<p>C\u2019est cependant \u00e0 juste titre que le tribunal a dit qu\u2019aucun des motifs n\u2019\u00e9tait libell\u00e9 avec la pr\u00e9cision requise.<\/p>\n<p>En effet, l\u2019\u00e9vocation d\u2019une p\u00e9nurie de travail en raison de l\u2019ach\u00e8vement de diff\u00e9rents chantiers, sans r\u00e9f\u00e9rence concr\u00e8te au carnet de commande et \u00e0 la situation financi\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9, n\u2019est pas suffisamment pr\u00e9cise pour permettre d\u2019appr\u00e9cier la n\u00e9cessit\u00e9 de la suppression d\u2019un poste de travail.<\/p>\n<p>Quant au motif personnel invoqu\u00e9, l\u2019employeur est rest\u00e9 en d\u00e9faut d\u2019expliquer les circonstances dans lesquelles le salari\u00e9 aurait forc\u00e9 et d\u00e9truit une porte de chantier et en quoi son comportement aurait \u00e9t\u00e9 constitutif d\u2019une infraction p\u00e9nale.<\/p>\n<p>Ni l\u2019attestation testimoniale vers\u00e9e en cause, ni l\u2019offre de preuve de la partie appelante, ne sauraient pallier l\u2019absence de pr\u00e9cision flagrante de la lettre de motivation. En effet, si l\u2019article L.124-11 (3) du Code du travail permet \u00e0 l\u2019employeur d\u2019apporter en cours d\u2019instance des pr\u00e9cisions compl\u00e9mentaires par rapport aux motifs \u00e9nonc\u00e9s, cette facult\u00e9 ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e dans le sens d\u2019une att\u00e9nuation de l\u2019exigence quant \u00e0 la pr\u00e9cision des motifs. Le jugement entrepris est, par cons\u00e9quent, \u00e0 confirmer en ce qu\u2019il a d\u00e9clar\u00e9 abusif le licenciement, en raison de l\u2019impr\u00e9cision de la lettre de motivation. Quant \u00e0 l\u2019indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis<\/p>\n<p>9 La soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) a rompu le contrat de travail avec effet au 31 d\u00e9cembre 2018, par courrier notifi\u00e9 \u00e0 A le 3 d\u00e9cembre 2018. En vertu des dispositions de l\u2019article L.124- 3 du Code du travail, A, qui avait une anciennet\u00e9 de services inf\u00e9rieure \u00e0 cinq ans, aurait d\u00fb b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un d\u00e9lai de pr\u00e9avis de deux mois \u00e0 compter du 15 d\u00e9cembre 2018. Le contrat de travail n\u2019aurait partant d\u00fb expirer que le 15 f\u00e9vrier 2019. Par r\u00e9formation du jugement entrepris, la demande de A en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis est donc fond\u00e9e \u00e0 concurrence du montant de [173 x 14,83 x 1,5 =] 3.848,39 euros, en principal. Quant \u00e0 l\u2019indemnisation des dommages mat\u00e9riel et moral En application des principes g\u00e9n\u00e9raux de la responsabilit\u00e9 civile, le salari\u00e9 victime d\u2019un licenciement abusif ne peut obtenir r\u00e9paration que s\u2019il \u00e9tablit l\u2019existence d\u2019un pr\u00e9judice en relation causale directe avec la faute commise par son ancien employeur. C\u2019est ainsi que le salari\u00e9 licenci\u00e9 qui r\u00e9clame l\u2019indemnisation de son pr\u00e9judice mat\u00e9riel, consistant dans une perte de revenus subie \u00e0 la suite du licenciement, doit justifier des efforts entrepris pour trouver, d\u00e8s que possible, un emploi de remplacement, faute de quoi la perte de revenus dont il se plaint ne se trouverait pas en relation causale directe avec le licenciement abusif. Il r\u00e9sulte du dossier qu\u2019en date du 10 d\u00e9cembre 2018, A a subi une crise cardiaque, qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 incapable de travailler jusqu\u2019\u00e0 la fin du mois de f\u00e9vrier 2019 et qu\u2019il a suivi une th\u00e9rapie jusqu\u2019au d\u00e9but du mois d\u2019avril 2019. Depuis la fin du mois de mars, il \u00e9tait inscrit comme demandeur d\u2019emploi en Allemagne. Il ne ressort pas des \u00e9l\u00e9ments de la cause que les probl\u00e8mes de sant\u00e9 de A aient \u00e9t\u00e9 en relation causale avec son cong\u00e9diement. A l\u2019instar du tribunal du travail, la Cour admet cependant qu\u2019au vu du fait que A \u00e9tait \u00e2g\u00e9 de 60 ans au moment du licenciement, sa r\u00e9int\u00e9gration sur le march\u00e9 du travail ne se serait pas av\u00e9r\u00e9e ais\u00e9e, m\u00eame si son \u00e9tat de sant\u00e9 lui avait permis de se mettre imm\u00e9diatement \u00e0 la recherche d\u2019un nouveau poste apr\u00e8s le licenciement. La juridiction du premier degr\u00e9 est encore \u00e0 approuver en ce qu\u2019elle d\u00e9duit du fait que, depuis la fin du mois de mars 2019, A est inscrit comme demandeur d\u2019emploi aupr\u00e8s de l\u2019Agence pour l\u2019emploi en Allemagne et per\u00e7oit des indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage, celui-ci se pr\u00e9sente aupr\u00e8s d\u2019employeurs potentiels, tel que l\u2019exige d\u2019administration allemande. En vertu de ces consid\u00e9rations, c\u2019est \u00e0 juste titre que le tribunal du travail a fix\u00e9 \u00e0 douze mois, \u00e0 compter du 1 er janvier 2019, la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence au cours de laquelle la perte de revenus de A est \u00e0 mettre en relation causale avec le licenciement subi.<\/p>\n<p>10 A ne conteste pas avoir touch\u00e9 des indemnit\u00e9s de maladie au mois de f\u00e9vrier 2019, tel que retenu par le tribunal du travail. C\u2019est donc \u00e0 bon droit que la juridiction de premi\u00e8re instance a dit que les mois de janvier et de f\u00e9vrier 2019 \u00e9taient couverts par l\u2019indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis et les indemnit\u00e9s de maladie. Le montant \u00e0 allouer au titre du dommage mat\u00e9riel subi correspond, par cons\u00e9quent, \u00e0 la diff\u00e9rence entre les salaires bruts que A aurait touch\u00e9s aupr\u00e8s de son ancien employeur entre le mois de mars et le mois de d\u00e9cembre 2019, s\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9, soit le montant de [10 x 2.565,59 =] 25.655,90 euros, et les indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage brutes per\u00e7ues en Allemagne au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, soit le montant de [225,36 + 15.211,80 =] 15.437,16 euros. C\u2019est, d\u00e8s lors, \u00e0 bon droit que le dommage mat\u00e9riel subi par l\u2019intim\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 au montant de [25.655,90 \u2013 15.437,16 =] 10.218,74 euros. Au vu des circonstances dans lesquelles le licenciement est intervenu ainsi que de l\u2019\u00e2ge et de l\u2019anciennet\u00e9 de services du salari\u00e9 au moment du licenciement, l\u2019\u00e9valuation du dommage moral au montant de 2.500 euros, op\u00e9r\u00e9e par la juridiction de premi\u00e8re instance, est \u00e0 consid\u00e9rer comme ad\u00e9quate. Quant aux retenues sur salaire et quant \u00e0 la demande reconventionnelle de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) Aux termes de l\u2019article L. 224-3 du Code du travail, \u00ab il ne peut \u00eatre fait de retenue par l\u2019employeur sur les salaires tels qu\u2019ils sont d\u00e9termin\u00e9s au dernier alin\u00e9a de l\u2019article pr\u00e9c\u00e9dent que: 1. du chef d\u2019amendes encourues par le salari\u00e9 en vertu de ce code, en vertu de la loi, en vertu de son statut ou en vertu du r\u00e8glement d\u2019ordre int\u00e9rieur d\u2019un \u00e9tablissement, r\u00e9guli\u00e8rement affich\u00e9; 2. du chef de r\u00e9paration du dommage caus\u00e9 par la faute du salari\u00e9; 3. du chef de fournitures au salari\u00e9: a) d\u2019outils ou d\u2019instruments n\u00e9cessaires au travail et de l\u2019entretien de ceux-ci; b) de mati\u00e8res ou de mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires au travail et dont les salari\u00e9s ont la charge selon l\u2019usage admis ou aux termes de leur engagement; 4. du chef d\u2019avances faites en argent. Les retenues mentionn\u00e9es ci-dessus ne se confondent ni avec la partie saisissable, ni avec la partie cessible. Celles \u00e9num\u00e9r\u00e9es sous 1, 2 et 4 ne peuvent d\u00e9passer le dixi\u00e8me du salaire. [\u2026]. \u00bb Suivant l\u2019article L.121- 9 du Code du travail \u00ab l\u2019employeur supporte les risques engendr\u00e9s par l\u2019activit\u00e9 de l\u2019entreprise. Le salari\u00e9 supporte les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par ses actes volontaires ou par sa n\u00e9gligence grave. \u00bb<\/p>\n<p>11 Cette disposition est \u00e0 interpr\u00e9ter en ce sens que le salari\u00e9 n\u2019engage sa responsabilit\u00e9 que s\u2019il commet une faute lourde \u00e9quipollente au dol, la n\u00e9gligence grossi\u00e8re \u00e9tant assimil\u00e9e \u00e0 une telle faute (cf. Cour d\u2019appel, 10 f\u00e9vrier 1994, n\u00b0 15177 du r\u00f4le). La n\u00e9gligence grave exig\u00e9e dans le chef du salari\u00e9 pour engager sa responsabilit\u00e9 au regard du pr\u00e9dit article ne requiert pas la commission d\u2019un acte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, mais vise un manque de prudence, de pr\u00e9caution ou de vigilance caract\u00e9ris\u00e9 ayant eu pour cons\u00e9quence de causer un pr\u00e9judice (cf. Cour d\u2019appel, 15 janvier 1998, n\u00b0 18422 du r\u00f4le ; Cour d\u2019appel, 9 juillet 2009, n\u00b0 33786 du r\u00f4le). Il incombe \u00e0 l\u2019employeur de rapporter la preuve d\u2019un acte volontaire ou d\u2019une n\u00e9gligence grave, qui lui a caus\u00e9 un pr\u00e9judice. Tel que l\u2019a relev\u00e9 le tribunal du travail, les circonstances de fait \u00e0 la base de l\u2019endommagement de la porte sur le chantier de X ne ressortent pas clairement des \u00e9l\u00e9ments du dossier, notamment en ce qui concerne le nombre des ouvriers impliqu\u00e9s et le r\u00f4le jou\u00e9 par chacun d\u2019entre eux. Dans un mail adress\u00e9 le 21 juin 2018 \u00e0 l\u2019adresse \u00ab Info SSH \u00bb, C de la Commune de X fait ainsi \u00e9tat de deux monteurs qui auraient reconnu avoir forc\u00e9 la porte litigieuse pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs clefs de voiture, tandis que, dans l\u2019attestation testimoniale d\u2019T1 et dans l\u2019offre de preuve pr\u00e9sent\u00e9e en premi\u00e8re instance et r\u00e9it\u00e9r\u00e9e en instance d\u2019appel, il n\u2019est fait mention que de A , qui aurait admis avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du dommage. La Cour ne saurait, d\u00e8s lors, appr\u00e9cier la gravit\u00e9 de la faute ou de la n\u00e9gligence imput\u00e9e \u00e0 A et l\u2019offre de preuve de l\u2019appelante est \u00e0 rejeter, eu \u00e9gard \u00e0 son manque de pr\u00e9cision. Le tribunal du travail est donc \u00e0 approuver en ce qu\u2019il a dit qu\u2019\u00e0 d\u00e9faut de preuve d\u2019une faute lourde ou d\u2019une n\u00e9gligence grave dans le chef du salari\u00e9, la demande de ce dernier en paiement des retenues effectu\u00e9es sur ses salaires de novembre et d\u00e9cembre 2018, est fond\u00e9e en son principe. Le tribunal a d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e la demande du chef des retenues ill\u00e9gales sur les salaires de A , \u00e0 concurrence du montant brut de [2.565,59 + 2.492,25 =] 5.057,84 euros. A r\u00e9clame actuellement le paiement de [2.334,24 + 4.414,44 =] 6.748,68 euros, au titre des retenues effectu\u00e9es sur ses salaires de novembre et d\u00e9cembre 2018. Il fait valoir que la fiche de salaire rectifi\u00e9e du mois de d\u00e9cembre 2018, vers\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) en instance d\u2019appel, porte sur le montant de 4.414,44 euros, incluant le montant de 2.034,96 euros, au titre du solde pour cong\u00e9s non pris. Il convient de noter que, contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 retenu par le tribunal du travail, les retenues effectu\u00e9es n\u2019ont pas port\u00e9 sur des montants bruts, mais sur la r\u00e9mun\u00e9ration nette du salari\u00e9.<\/p>\n<p>12 Il r\u00e9sulte de la fiche de salaire du mois de novembre 2018 que le montant de 2.334,24 euros, correspondant au salaire net de A pour le mois concern\u00e9, a \u00e9t\u00e9 retenu par l\u2019employeur. C\u2019est donc \u00e0 juste titre que A r\u00e9clame paiement dudit montant. La fiche de salaire rectifi\u00e9e du mois de d\u00e9cembre 2018, vers\u00e9e en instance d\u2019appel, porte sur un montant net de 4.114,44 euros [et non pas 4.414,44 euros], qui a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 retenu. Ce montant se compose du montant de 2.230,74 euros, correspondant au salaire net du mois de d\u00e9cembre 2018, et du montant de 1.883,70 euros, correspondant \u00e0 l\u2019indemnit\u00e9 nette pour 14,75 jours, soit 118 heures de cong\u00e9 non pris au cours de l\u2019ann\u00e9e 2018 et \u00e0 l\u2019indemnit\u00e9 nette pour un jour f\u00e9ri\u00e9, soit 8 heures. Il peut \u00eatre d\u00e9duit des indications figurant sur la fiche de salaire, suivant lesquelles le montant brut de l\u2019indemnit\u00e9 de cong\u00e9 non pris et de l\u2019indemnit\u00e9 pour un jour f\u00e9ri\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 2.153,64 euros, que l\u2019indemnit\u00e9 de cong\u00e9 non pris, d\u2019un montant brut de 2.034,96 euros, s\u2019\u00e9l\u00e8ve au montant net de [1.883,70\/2.153,64 x 2.034,96 =] 1.779,90 euros et l\u2019indemnit\u00e9 pour un jour f\u00e9ri\u00e9, d\u2019un montant brut de 118,68 euros, au montant net de [1.883,70\/2.153,64 x 118,68 =] 103,80 euros. Dans la mesure o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 payer \u00e0 A un montant brut de 2.283,82 euros, correspondant \u00e0 [14,75 + 4,5 =] 19,25 jours de cong\u00e9 non pris pour l\u2019ann\u00e9e 2018, en premi\u00e8re instance, et que ce volet du jugement n\u2019est pas entrepris, seul le montant correspondant au salaire net du mois de d\u00e9cembre 2018 et \u00e0 l\u2019indemnit\u00e9 nette pour un jour f\u00e9ri\u00e9, soit le montant de [2.230,74 + 103,80 =] 2.334,54 euros, est \u00e0 payer \u00e0 A au titre de la retenue ill\u00e9gale, effectu\u00e9e pour le mois en cause, ce pour \u00e9viter une double condamnation. Par r\u00e9formation du jugement entrepris, la demande de A au titre des retenues ill\u00e9gales effectu\u00e9es sur ses salaires de novembre et d\u00e9cembre 2018, est donc \u00e0 d\u00e9clarer fond\u00e9e pour le montant de [2.334,24 + 2.334,54 =] 4.668,78 euros. Au vu des d\u00e9veloppements ci-avant, le jugement entrepris est \u00e0 confirmer en ce qu\u2019il a d\u00e9clar\u00e9 non fond\u00e9e la demande reconventionnelle de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1), bas\u00e9e sur l\u2019article L.121-9 du Code du travail. Il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que tant l\u2019appel principal que l\u2019appel incident sont partiellement fond\u00e9s, tandis que l\u2019augmentation de la demande de A au titre de l\u2019indemnisation de ses pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral et des retenues effectu\u00e9es sur ses salaires, ne l\u2019est pas. Par r\u00e9formation du jugement entrepris, la condamnation de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) est \u00e0 porter au montant total de [3.848,39 + 4.668,78 + 10.218,74 + 2.500 + 2.283,82 =] 23.519,73 euros, en principal.<\/p>\n<p>13 La condamnation au paiement du pr\u00e9dit montant est \u00e0 assortir des int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux \u00e0 partir du 29 mars 2019, jusqu\u2019\u00e0 solde. Le jugement entrepris doit \u00eatre confirm\u00e9 en ce qui concerne la majoration du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal, ordonn\u00e9e en application des articles 15 et 15- 1 de la loi modifi\u00e9e du 18 avril 2004 relative aux d\u00e9lais de paiement et aux int\u00e9r\u00eats de retard, sauf \u00e0 pr\u00e9ciser que, du fait de l\u2019appel interjet\u00e9, le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sera major\u00e9 de trois points \u00e0 l\u2019expiration du troisi\u00e8me mois qui suit la signification du pr\u00e9sent arr\u00eat. La soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) conclut encore \u00e0 la r\u00e9formation du jugement a quo en ce qu\u2019il a ordonn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution provisoire quant \u00e0 la condamnation relative aux retenues sur salaire. Il y a lieu de noter que l\u2019appelante n\u2019a pas us\u00e9 de la facult\u00e9 lui offerte d\u2019assigner A pour lui voir donner d\u00e9fense de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution du jugement rendu entre parties le 30 octobre 2020. Au stade actuel de la proc\u00e9dure, la demande tendant \u00e0 la r\u00e9formation du jugement quant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution provisoire, est devenue sans int\u00e9r\u00eat et partant sans objet, le litige \u00e9tant contradictoire et le pourvoi en cassation n\u2019\u00e9tant pas suspensif. Quant aux indemnit\u00e9s de proc\u00e9dure et quant aux frais Comme il serait in\u00e9quitable de laisser \u00e0 charge de A l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 des frais non compris dans les d\u00e9pens en premi\u00e8re instance, il y a lieu de confirmer le jugement entrepris en ce qu\u2019il a dit fond\u00e9e sa demande en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure, \u00e0 concurrence de 500 euros. A ne justifiant, en revanche, pas de l\u2019iniquit\u00e9 requise par l\u2019article 240 du Nouveau Code de proc\u00e9dure civile en ce qui concerne l\u2019instance d\u2019appel, sa demande en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure pour la pr\u00e9sente instance, est \u00e0 rejeter. La demande de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure pour les deux instances, formul\u00e9e en instance d\u2019appel, n\u2019est pas non plus fond\u00e9e, la condition de l\u2019iniquit\u00e9 n\u2019\u00e9tant pas remplie dans son chef. Nonobstant le fait que l\u2019appel principal est partiellement fond\u00e9, la condamnation de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) en instance d\u2019appel porte sur un montant sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la condamnation intervenue \u00e0 son \u00e9gard en premi\u00e8re instance. Les frais et d\u00e9pens de l\u2019instance d\u2019appel sont donc enti\u00e8rement \u00e0 mettre \u00e0 sa charge. PAR CES MOTIFS : la Cour d\u2019appel, troisi\u00e8me chambre, si\u00e9geant en mati\u00e8re de droit du travail, statuant contradictoirement, dit recevables les appels principal et incident,<\/p>\n<p>14 dit partiellement fond\u00e9 l\u2019appel principal, dit partiellement fond\u00e9 l\u2019appel incident, r\u00e9formant, dit fond\u00e9e la demande en paiement d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis, \u00e0 concurrence de 3.848,39 euros, dit fond\u00e9e la demande en paiement du chef de retenues injustifi\u00e9es sur les salaires des mois de novembre et d\u00e9cembre 2018, \u00e0 concurrence du montant de 4.668,78 euros, partant, porte la condamnation de la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) mbH \u00e0 l\u2019\u00e9gard de A, au montant de 23.519,73 euros, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux \u00e0 partir du 29 mars 2019, jusqu\u2019\u00e0 solde, dit que le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal sera major\u00e9 de trois points \u00e0 l\u2019expiration du troisi\u00e8me mois qui suit la signification du pr\u00e9sent arr\u00eat, confirme le jugement entrepris pour le surplus, dit non fond\u00e9e l\u2019augmentation des demandes de A au titre de l\u2019indemnisation de ses pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral, ainsi que des retenues effectu\u00e9es sur ses salaires, d\u00e9boute A de sa demande en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure pour l\u2019instance d\u2019appel, d\u00e9boute la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) mbH de sa demande en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure pour les deux instances, condamne la soci\u00e9t\u00e9 SOC 1) mbH aux frais et d\u00e9pens de l\u2019instance d\u2019appel, avec distraction au profit de Ma\u00eetre Mario DI STEFANO, sur ses affirmations de droit.<\/p>\n<p>La lecture du pr\u00e9sent arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 faite en la susdite audience publique par Monsieur le pr\u00e9sident de chambre Alain THORN, en pr\u00e9sence du greffier Isabelle HIPPERT.<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"kji-sep\" \/>\n<p class=\"kji-source-links\"><strong>Sources officielles :<\/strong> <a class=\"kji-source-link\" href=\"https:\/\/data.public.lu\/fr\/datasets\/cour-superieure-de-justice-chambre-3\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">consulter la page source<\/a> &middot; <a class=\"kji-pdf-link\" href=\"https:\/\/download.data.public.lu\/resources\/cour-superieure-de-justice-chambre-3\/20240827-155531\/20220519-cal-2021-00115-64-arret-a-accessible.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">PDF officiel<\/a><\/p>\n<p class=\"kji-license-note\"><em>Licence CC BY-ND 4.0 (Administration judiciaire, data.public.lu). 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