{"id":766595,"date":"2026-04-30T00:11:32","date_gmt":"2026-04-29T22:11:32","guid":{"rendered":"https:\/\/kohenavocats.com\/jurisprudences\/cour-superieure-de-justice-23-mai-2019-n-2018-00290\/"},"modified":"2026-04-30T00:11:36","modified_gmt":"2026-04-29T22:11:36","slug":"cour-superieure-de-justice-23-mai-2019-n-2018-00290","status":"publish","type":"kji_decision","link":"https:\/\/kohenavocats.com\/ru\/jurisprudences\/cour-superieure-de-justice-23-mai-2019-n-2018-00290\/","title":{"rendered":"Cour sup\u00e9rieure de justice, 23 mai 2019, n\u00b0 2018-00290"},"content":{"rendered":"<div class=\"kji-decision\">\n<div class=\"kji-full-text\">\n<p>Arr\u00eat N\u00b0 66\/19 &#8212; III \u2013 TRAV<\/p>\n<p>Exempt &#8212; appel en mati\u00e8re de droit du travail.<\/p>\n<p>Audience publique du vingt -trois mai deux mille dix -neuf.<\/p>\n<p>Num\u00e9ro CAL -2018-00290 du r\u00f4le<\/p>\n<p>Composition: Ria LUTZ, pr\u00e9sidente de chambre, Marie- Laure MEYER, premier conseiller, Carole KERSCHEN, conseiller, Isabelle HIPPERT, greffier.<\/p>\n<p>Entre :<\/p>\n<p>la soci\u00e9t\u00e9 anonyme S1 S.A., \u00e9tablie et ayant son si\u00e8ge social \u00e0 L-(\u2026), repr\u00e9sent\u00e9e par son conseil d\u2019administration actuellement en fonctions,<\/p>\n<p>appelante aux termes d\u2019un exploit de l\u2019huissier de justice Yves TAPELLA d\u2019Esch &#8212; sur-Alzette du 12 f\u00e9vrier 2018,<\/p>\n<p>intim\u00e9e sur appel incident,<\/p>\n<p>d\u00e9fenderesse aux fins d\u2019une requ\u00eate en intervention de l\u2019\u00c9tat du Grand- Duch\u00e9 de Luxembourg du 19 avril 2018,<\/p>\n<p>comparant par Ma\u00eetre C\u00e9line LELI EVRE, avocat \u00e0 la Cour \u00e0 Luxembourg,<\/p>\n<p>et :<\/p>\n<p>1) A, demeurant \u00e0 L-(\u2026),<\/p>\n<p>intim\u00e9e aux fins du susdit exploit TAPELLA ,<\/p>\n<p>appelante par incident,<\/p>\n<p>d\u00e9fenderesse aux fins de la susdite requ\u00eate en intervention,<\/p>\n<p>comparant par Ma\u00eetre Tom BEREND , avocat \u00e0 la Cour \u00e0 Luxembourg,<\/p>\n<p>2 2) l\u2019\u00c9TAT DU GRAND- DUCH\u00c9 DE LUXEMBOURG , pris en sa qualit\u00e9 de gestionnaire du Fonds pour l\u2019emploi, repr\u00e9sent\u00e9 par son Ministre d\u2019\u00c9tat, \u00e9tabli \u00e0 L- 1352 Luxembourg, 4, rue de la Congr\u00e9gation,<\/p>\n<p>demandeur aux termes d\u2019une requ\u00eate en intervention du 19 avril 2018,<\/p>\n<p>comparant par Ma\u00eetre Georges PIERRET, avocat \u00e0 la Cour \u00e0 Luxembourg.<\/p>\n<p>LA COUR D&#039;APPEL:<\/p>\n<p>Vu l\u2019ordonnance de cl\u00f4ture de l\u2019instruction du 5 mars 2019.<\/p>\n<p>Ou\u00ef le magistrat de la mise en \u00e9tat en son rapport oral \u00e0 l\u2019audience.<\/p>\n<p>Par requ\u00eate d\u00e9pos\u00e9e au greffe de la justice de Paix de Luxembourg en date du 18 mars 2016, A , \u00e9pouse A (ci-apr\u00e8s B), a fait convoquer son ancien employeur, le groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique S2 , liquid\u00e9 le 15 juillet 2016 et repris par la soci\u00e9t\u00e9 anonyme S1 SA (ci-apr\u00e8s la soci\u00e9t\u00e9 S1) devant le tribunal du travail de Luxembourg, pour ;<\/p>\n<p>&#8212; dire le licenciement intervenu abusif ; &#8212; l\u2019entendre condamner \u00e0 lui payer le montant total de 323.519,99 euros, ou tout autre montant m\u00eame sup\u00e9rieur \u00e0 arbitrer par le tribunal ou \u00e0 dire d\u2019expert, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux depuis la demande en justice, jusqu\u2019\u00e0 solde, ce montant \u00e9tant ventil\u00e9 comme suit : &#8212; indemnit\u00e9 de pr\u00e9avis 36.217,14 euros &#8212; dommage mat\u00e9riel 217.302,85 euros &#8212; dommage moral 55.000,00 euros &#8212; prime 2016 15.000,00 euros<\/p>\n<p>&#8212; majorer le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de trois points \u00e0 partir du troisi\u00e8me mois suivant celui de la notification du jugement ; &#8212; l\u2019entendre condamner \u00e0 lui payer une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure de 1.500 euros sur base de l\u2019article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile ; &#8212; voir ordonner l\u2019ex\u00e9cution provisoire du jugement.<\/p>\n<p>A l\u2019appui de sa demande, A fit valoir avoir \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 S2 , actuellement la soci\u00e9t\u00e9 S1 , suivant contrat de travail du 28 juin 2012, avec effet au 1 er juillet 2012, en qualit\u00e9 de \u00ab Senior Finance Department and Corporate<\/p>\n<p>3 Finance Manager \u00bb, moyennant un salaire annuel brut de 217.302,85 euros. Depuis le 13 mai 2015, elle a occup\u00e9 le poste de \u00ab Deputy to the Chief Financial Officer \u00bb.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 un entretien pr\u00e9alable au licenciement qui s\u2019est tenu le 27 janvier 2016, A a \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9e avec effet imm\u00e9diat par courrier recommand\u00e9 du 29 janvier 2016. Elle a fait contester ce licenciement par courrier du 16 f\u00e9vrier 2016 de son mandataire.<\/p>\n<p>Elle contesta tant la pr\u00e9cision que la gravit\u00e9, la r\u00e9alit\u00e9 et le s\u00e9rieux des fautes invoqu\u00e9es \u00e0 son encontre.<\/p>\n<p>A l\u2019audience du 1 er juin 2017, A versa un d\u00e9compte actualis\u00e9 de ses demandes : \u2022 dommage mat\u00e9riel 174.312,32 euros \u2022 dommage moral 55.000,00 euros \u2022 indemnit\u00e9 de pr\u00e9avis 36.217,14 euros \u2022 prime 2016 15.000,00 euros.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 S1 conclut au d\u00e9bout\u00e9 des demandes de A , formula une offre de preuve quant au bienfond\u00e9 des motifs repris dans la lettre de licenciement et demanda reconventionnellement la condamnation de A \u00e0 lui payer les montants suivants :<\/p>\n<p>\u2022 solde restant d\u00fb pour le d\u00e9p\u00f4t de garantie 3.960 euros \u2022 mat\u00e9riel subtilis\u00e9 3.000 euros<\/p>\n<p>Elle requit encore une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure sur base de l&#039;article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile \u00e0 hauteur de 1.500 euros.<\/p>\n<p>A la m\u00eame audience, l&#039;\u00c9TAT DU GRAND- DUCH\u00c9 DE LUXEMBOURG, agissant en sa qualit\u00e9 de gestionnaire du Fonds pour l&#039;emploi (ci-apr\u00e8s l\u2019\u00c9TAT), d\u00e9clara intervenir au litige et exercer un recours en vertu de l&#039;article L.521-4 du code du travail aux fins d&#039;obtenir le remboursement des indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage avanc\u00e9es \u00e0 A, \u00e0 hauteur de 42.990,52 euros, contre la partie malfond\u00e9e au litige, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux tels que de droit.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 S1 s\u2019opposa \u00e0 cette demande de l\u2019\u00c9TAT, au motif que A n\u2019aurait pas rempli la condition de domiciliation sur le territoire luxembourgeois au moment de la notification du licenciement.<\/p>\n<p>Par jugement rendu contradictoirement en date du 4 janvier 2018, le tribunal du travail;<\/p>\n<p>&#8212; a re\u00e7u la demande en la forme;<\/p>\n<p>4 &#8212; a donn\u00e9 acte \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb qu\u2019elle reprend l\u2019instance introduite \u00e0 l\u2019\u00e9gard du groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb, liquid\u00e9 en date du 15 juillet 2016 ; &#8212; a donn\u00e9 acte \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) de ses demandes reconventionnelles; &#8212; s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 incomp\u00e9tent ratione materiae pour conna\u00eetre de la demande reconventionnelle en remboursement de la caution locative ; &#8212; s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 comp\u00e9tent pour conna\u00eetre du surplus des demandes principale et reconventionnelle; &#8212; a d\u00e9clar\u00e9 non fond\u00e9e la demande de la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) tendant au rejet des pi\u00e8ces et du d\u00e9compte vers\u00e9s par le mandataire de A, \u00e9pouse B , en cours de d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 ; &#8212; a d\u00e9clar\u00e9 abusif le licenciement avec effet imm\u00e9diat de A, \u00e9pouse B , intervenu le 29 janvier 2016; &#8212; a d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e la demande de A , \u00e9pouse B , en paiement d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis pour le montant de 36.217,14 euros; &#8212; a d\u00e9clare fond\u00e9e la demande de A , \u00e9pouse B , en indemnisation de son pr\u00e9judice mat\u00e9riel \u00e0 concurrence de 43.909,68 euros et non fond\u00e9e pour le surplus; &#8212; a d\u00e9clar\u00e9 fond\u00e9e la demande de A , \u00e9pouse B , en indemnisation de son pr\u00e9judice moral subi pour un montant \u00e9valu\u00e9 ex aequo et bono \u00e0 4.000 euros et non fond\u00e9e pour le surplus; &#8212; a d\u00e9clar\u00e9 non fond\u00e9e la demande de A , \u00e9pouse B , en paiement d\u2019une prime pour l\u2019ann\u00e9e 2016, partant en a d\u00e9bout\u00e9 ; &#8212; en cons\u00e9quence, a condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) \u00e0 payer \u00e0 A , \u00e9pouse B la somme de 84.126,82 \u20ac avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux \u00e0 partir du jour de la demande en justice jusqu&#039;\u00e0 solde avec majoration du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat l\u00e9gal de trois points \u00e0 partir du troisi\u00e8me mois qui suit la notification du jugement; &#8212; a condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) \u00e0 payer \u00e0 l&#039;\u00c9TAT DU GRAND- DUCHE DE LUXEMBOURG, agissant en sa qualit\u00e9 de gestionnaire du Fonds pour l\u2019emploi, le montant de 10.416,03 \u20ac avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux \u00e0 partir du jour de la demande en justice jusqu&#039;\u00e0 solde; &#8212; a dit la demande de l\u2019\u00c9TAT DU GRAND- DUCH\u00c9 DE LUXEMBOURG, pris en sa qualit\u00e9 de gestionnaire du Fonds pour l\u2019emploi, non-fond\u00e9e pour le surplus; &#8212; a d\u00e9clar\u00e9 non fond\u00e9e la demande reconventionnelle de la soci\u00e9t\u00e9 anonyme la demande de l a soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) en paiement d\u2019un montant de 3.000 euros au titre de mat\u00e9riel subtilis\u00e9, partant en a d\u00e9bout\u00e9;<\/p>\n<p>5 &#8212; a condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) \u00e0 payer \u00e0 A , \u00e9pouse B, une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure \u00e9valu\u00e9e \u00e0 250 euros ; &#8212; a d\u00e9clar\u00e9 non fond\u00e9e la demande de la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) en allocation d&#039;une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure, partant en a d\u00e9bout\u00e9 ; &#8212; a condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 anonyme \u00ab S1 \u00bb (anciennement groupement d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique \u00ab S2 \u00bb) aux frais et d\u00e9pens de l&#039;instance.<\/p>\n<p>Pour statuer ainsi, le tribunal a retenu que la lettre de licenciement r\u00e9pond aux crit\u00e8res de pr\u00e9cision et que le d\u00e9lai d\u2019un mois \u00e0 partir de la connaissance de l\u2019acte par l\u2019employeur pour l\u2019invoquer comme motif de licenciement a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 par l\u2019envoi de la lettre de convocation \u00e0 l\u2019entretien pr\u00e9alable, en date du 20 janvier 2016.<\/p>\n<p>Le tribunal a estim\u00e9 que les transferts de mails par A vers ses adresses mails priv\u00e9es ne constituent pas une violation de son obligation de confidentialit\u00e9 et que ces agissements ne valent pas faute grave.<\/p>\n<p>Il a jug\u00e9 que les reproches relatifs au manque de professionnalisme dans la gestion de la cl\u00f4ture annuelle et des \u00e9valuations de fin d\u2019ann\u00e9e sont \u00e0 consid\u00e9rer comme des n\u00e9gligences professionnelles ne valant pas comme motif pour \u00e9carter imm\u00e9diatement la salari\u00e9e de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>Il a finalement dit que les actes de pression anormale exerc\u00e9e sur certains collaborateurs, peuvent valoir comme fautes, s\u2019ils sont \u00e9tablis. Le tribunal n\u2019a pas fait droit \u00e0 l\u2019offre de preuve de la soci\u00e9t\u00e9 S1, parce qu\u2019elle \u00ab manquait de preuve \u00bb par rapport aux pr\u00e9tendus actes de pression. Il a de m\u00eame \u00e9cart\u00e9 les attestations testimoniales vers\u00e9es, pour ne pas r\u00e9pondre aux crit\u00e8res de forme \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 l\u2019article 402 du nouveau code de proc\u00e9dure civile, pour \u00eatre impr\u00e9cises et pour s\u2019agir de t\u00e9moignages indirects.<\/p>\n<p>Le tribunal a partant conclu au caract\u00e8re abusif du licenciement de A .<\/p>\n<p>Il a dit fond\u00e9e tant sa demande en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis \u00e9quivalent \u00e0 deux mois de salaire au vu de son anciennet\u00e9 de 3,5 ann\u00e9es, se chiffrant \u00e0 36.217,14 euros, que ses demandes en indemnisation de ses pr\u00e9judices mat\u00e9riel, \u00e0 hauteur de 43.909,68 euros, pour une p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence de 5 mois apr\u00e8s la fin des relations de travail, et moral, \u00e0 hauteur de 4.000 euros.<\/p>\n<p>Concernant la prime de 15.000 euros pour l\u2019ann\u00e9e 2016, le tribunal a consid\u00e9r\u00e9 que A n\u2019a pas \u00e9tabli avoir atteint les objectifs fix\u00e9s, ni que l\u2019employeur l\u2019aurait emp\u00each\u00e9e de les atteindre ; il a rejet\u00e9 ce chef de sa demande.<\/p>\n<p>Quant aux demandes reconventionnelles, et plus sp\u00e9cialement celle relative au remboursement de la somme de 3.960 euros sur une garantie locative de 4.400 euros, le tribunal s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 incomp\u00e9tent ratione materiae. Il a encore rejet\u00e9 la demande portant sur le montant de 3.000 euros, qui seraient redus du chef de non restitution d\u2019un blackberry, d\u2019un laptop, d\u2019un token, et de clefs de bureau, d\u2019une armoire et d\u2019un caisson, faute de preuve que A a effectivement omis de restituer ce mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>Le tribunal du travail a finalement fait droit \u00e0 la demande de l\u2019\u00c9TAT, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9 S1 , \u00e0 hauteur de 10.416,03 euros, a rejet\u00e9 la demande en ex\u00e9cution provisoire du jugement et a fait droit \u00e0 la demande en majoration du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Par acte d\u2019huissier de justice du 12 f\u00e9vrier 2018, la soci\u00e9t\u00e9 S1 a r\u00e9guli\u00e8rement interjet\u00e9 appel contre le pr\u00e9dit jugement. Elle demande, par r\u00e9formation, de :<\/p>\n<p>&#8212; d\u00e9clarer le licenciement de A justifi\u00e9 et r\u00e9gulier ; &#8212; d\u00e9bouter A de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ses demandes, sinon \u00e0 titre subsidiaire, de r\u00e9duire les montants r\u00e9clam\u00e9s \u00e0 de plus justes proportions; &#8212; d\u00e9clarer l\u2019offre de preuve pr\u00e9sent\u00e9e en premi\u00e8re instance et reprise, pertinente et concluante, partant l\u2019admettre ; &#8212; d\u00e9clarer la demande de l\u2019\u00c9tat irrecevable, sinon non fond\u00e9e ; &#8212; condamner A \u00e0 lui rembourser la somme de 4.400 euros au titre de pr\u00eat consenti par elle avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux depuis le jour du licenciement, sinon de la demande en restitution, sinon de la demande reconventionnelle formul\u00e9e en audience, sinon de l\u2019acte d\u2019appel ; &#8212; condamner A \u00e0 lui rembourser la somme de 3.000 euros au titre du mat\u00e9riel non restitu\u00e9, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux depuis le jour du licenciement, sinon de la demande en restitution, sinon de la demande reconventionnelle formul\u00e9e en audience, sinon de l\u2019acte d\u2019appel ; &#8212; subsidiairement, lui r\u00e9server le droit de produire toute offre de preuve ; &#8212; condamner A \u00e0 lui payer une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure de 3.000 euros sur base de l\u2019article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile, ainsi qu\u2019aux frais et d\u00e9pens de l\u2019instance.<\/p>\n<p>L\u2019appelante insiste sur le moment de la survenance du licenciement, \u00e0 savoir lors d\u2019une compl\u00e8te restructuration, avec un plan social, duquel A n\u2019a toutefois pas fait partie. Le CFO, Monsieur C , a d\u00e9missionn\u00e9 et quitt\u00e9 l\u2019entreprise en d\u00e9cembre 2015. A aurait alors estim\u00e9 que le poste de CFO lui revenait de droit, m\u00eame si la soci\u00e9t\u00e9 S1 n\u2019a pas envisag\u00e9 cela, puisque A avait d\u00e9j\u00e0 b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une promotion moins de six mois plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>7 L\u2019appelante conclut \u00e0 la r\u00e9formation du jugement entrepris quant \u00e0 la violation par A de son obligation de confidentialit\u00e9, obligation reprise dans la loi sur le secteur des assurances, dans le contrat de travail conclut entre parties et dans le code de conduite interne de la soci\u00e9t\u00e9 S1, code express\u00e9ment valid\u00e9 par la signature de A . Utiliser une adresse non professionnelle pour transmettre des informations confidentielles, permet de pr\u00e9sumer un d\u00e9tournement. M\u00eame si dans le pass\u00e9 l\u2019employeur a envoy\u00e9 des mails sur une des adresses mails priv\u00e9es de sa salari\u00e9e, cela ne peut s\u2019analyser comme renonciation de toute sa politique mise en place pour assurer la confidentialit\u00e9 des informations sensibles.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 S1 revient sur chacun des mails invoqu\u00e9 dans la lettre de licenciement, pour expliquer en quoi il contient des informations confidentielles, car li\u00e9 au contexte de la restructuration, de la d\u00e9mission ou de l\u2019embauche de personnel, de l\u2019\u00e9laboration de strat\u00e9gies, de l\u2019explication des difficult\u00e9s des soci\u00e9t\u00e9s du groupe et de contenus comptables.<\/p>\n<p>Pour le comportement inappropri\u00e9 de A vis-\u00e0-vis des membres de son \u00e9quipe, la soci\u00e9t\u00e9 S1 explique qu\u2019\u00e0 la r\u00e9ception de la troisi\u00e8me plainte, elle a convoqu\u00e9 l\u2019\u00e9quipe de A pour faire un \u00e9tat de la situation, en organisant des entretiens avec chacun des membres de l\u2019\u00e9quipe. Ce qu\u2019elle a ainsi d\u00e9couvert \u00e9tait inadmissible.<\/p>\n<p>Pour les \u00e9valuations de fin d\u2019ann\u00e9e de ses collaborateurs, A ne les a non seulement pas r\u00e9alis\u00e9es, mais elle a fourni le 9 d\u00e9cembre 2015 une liste des noms des personnes susceptibles de recevoir une gratification, laissant croire \u00e0 la tenue des \u00e9valuations. L\u2019instauration de ce favoritisme est consid\u00e9r\u00e9e comme inacceptable par la partie appelante.<\/p>\n<p>Le manque de professionnalisme dans la cl\u00f4ture annuelle des comptes serait encore plus grave dans le contexte particulier de la restructuration ; elle devait les pr\u00e9parer, mais elle n\u2019avait pas encore progress\u00e9 d\u00e9but janvier 2016.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 S1 conclut, dans la motivation de son acte d\u2019appel, \u00e0 la r\u00e9formation du jugement a quo, en ce qu\u2019il a prononc\u00e9 la rupture \u00ab des d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s pour accepter des moyens de preuve qui auraient pu et d\u00fb \u00eatre produits avant les plaidoiries contradictoires. Les pi\u00e8ces n\u00b0 17, 18 et 19 auraient d\u00fb \u00eatre \u00e9cart\u00e9es du d\u00e9bat \u00bb, sans toutefois reprendre cet argument dans le dispositif de son acte d\u2019appel.<\/p>\n<p>Quant aux montants r\u00e9clam\u00e9s \u00e0 titre d\u2019indemnisation des pr\u00e9judices all\u00e9gu\u00e9s, la partie appelante laisse \u00e0 consid\u00e9rer que A a volontairement prolong\u00e9 sa p\u00e9riode de ch\u00f4mage, parce qu\u2019elle n\u2019a pas fait suite aux premiers retours, pourtant positifs, pour cause de pr\u00e9tentions salariales tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9es. Dans ses recherches, elle a de plus fait des pr\u00e9sentations mensong\u00e8res, qui ont pu avoir une influence<\/p>\n<p>8 sur les potentiels employeurs, de ne pas l\u2019engager. La soci\u00e9t\u00e9 S1 demande que l\u2019indemnit\u00e9 en r\u00e9paration du pr\u00e9judice mat\u00e9riel soit rapport\u00e9e \u00e0 de plus justes proportions, tout comme celle en r\u00e9paration du pr\u00e9judice moral, pr\u00e9judice inexistant.<\/p>\n<p>Pour ses demandes reconventionnelles, la soci\u00e9t\u00e9 S1 rel\u00e8ve que A s\u2019est formellement engag\u00e9e par courrier du 12 juin 2013 \u00e0 rembourser la somme de 4.400 euros, en cas de rupture du contrat de travail pour quelque motif que ce soit.<\/p>\n<p>La partie appelante estime qu\u2019il appartiendrait \u00e0 celui qui se d\u00e9clare lib\u00e9r\u00e9 d\u2019une obligation de prouver qu\u2019il l\u2019a ex\u00e9cut\u00e9e : la charge de la preuve de la restitution des outils de travail revient \u00e0 A . La soci\u00e9t\u00e9 S1 indique que le montant r\u00e9clam\u00e9 de ce chef d\u00e9coule d\u2019une facture du 13 f\u00e9vrier 2014, \u00e9mise lors de la mise \u00e0 disposition du mat\u00e9riel \u00e0 A .<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la demande de l\u2019\u00c9tat, la soci\u00e9t\u00e9 S1 fait valoir les m\u00eames arguments qu\u2019en premi\u00e8re instance, \u00e0 savoir que durant son activit\u00e9 professionnelle et au moment de la r\u00e9siliation du contrat, A remplissait la condition d\u2019\u00eatre travailleur frontalier : le ch\u00f4mage aurait d\u00fb \u00eatre pris en charge par la France. La demande de l\u2019\u00c9tat est irrecevable.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9tat requiert principalement la condamnation de l\u2019employeur au remboursement de la somme de 42.990,52 euros, sinon, subsidiairement, de A .<\/p>\n<p>A continue \u00e0 contester avoir envoy\u00e9 des mails vers une adresse tierce ; il s\u2019agirait de ses adresses priv\u00e9es, respectivement d\u2019une adresse commune avec son mari. Elle all\u00e8gue encore toujours que l\u2019utilisation des mails priv\u00e9s \u00e9tait d\u2019usage au sein de l\u2019entreprise employeuse et qu\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment de confidentialit\u00e9 n\u2019aurait exist\u00e9 dans les mails en cause. Comme elle sentait les probl\u00e8mes venir, elle s\u2019est procur\u00e9e de \u00ab mani\u00e8re l\u00e9gale \u00bb des preuves, dans le cadre de la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats. La r\u00e9ponse de son mari \u00e0 son mail du 18 d\u00e9cembre 2015 d\u00e9montre sa confusion par rapport \u00e0 la situation au sein de la soci\u00e9t\u00e9 S1 .<\/p>\n<p>A conteste tout exercice de pressions inad\u00e9quates sur les membres de son \u00e9quipe, ainsi que tout manque de professionnalisme et de rigueur de sa part dans la cl\u00f4ture des comptes. Elle demande la confirmation du jugement d\u00e9f\u00e9r\u00e9 quant aux montants lui attribu\u00e9s au titre d\u2019indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis, et de r\u00e9paration de ses pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral.<\/p>\n<p>Elle s0oppose finalement aux deux chefs des demandes reconventionnelles, concluant \u00e0 la confirmation du jugement concernant l\u2019incomp\u00e9tence ratione materiae et elle all\u00e8gue avoir restitu\u00e9 tout le mat\u00e9riel \u00e0 son ancien employeur.<\/p>\n<p>Elle interjette appel incident quant au paiement de la prime pour 2016, alors qu\u2019elle aurait \u00e9t\u00e9 \u00ab enlev\u00e9e \u00bb de la cl\u00f4ture comptable d\u00e8s le 4 janvier 2016, perdant ainsi toute chance de r\u00e9aliser les objectifs lui fix\u00e9s.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 S1 conteste cet appel incident.<\/p>\n<p>Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019ingr\u00e8s, la Cour rappelle que la soci\u00e9t\u00e9 S1 a, dans la motivation de son acte d\u2019appel, requis la r\u00e9formation du jugement a quo, en ce qu\u2019il a prononc\u00e9 la rupture \u00ab des d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s pour accepter des moyens de preuve qui auraient pu et d\u00fb \u00eatre produits avant les plaidoiries contradictoires. Les pi\u00e8ces n\u00b0 17, 18 et 19 auraient d\u00fb \u00eatre \u00e9cart\u00e9es du d\u00e9bat \u00bb, sans toutefois reprendre cet argument dans le dispositif de son acte d\u2019appel. N\u2019en tirant aucune cons\u00e9quence juridique en ne l\u2019inscrivant pas au dispositif de son acte d\u2019appel qui seul saisit la juridiction d\u2019appel, la Cour n\u2019est pas saisie de ce chef de la demande de l\u2019appelante.<\/p>\n<p>\u2022 Quant \u00e0 la pr\u00e9cision des motifs La soci\u00e9t\u00e9 S1 demande la confirmation du jugement dont appel en ce qu\u2019il a retenu que la lettre de licenciement du 29 janvier 2016 est suffisamment pr\u00e9cise. Dans ses conclusions, A conteste p\u00eale- m\u00eale tant la pr\u00e9cision que la r\u00e9alit\u00e9 et le s\u00e9rieux des motifs de licenciement invoqu\u00e9s. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article L.124- 10 (1) et (2) du code du travail, le licenciement avec effet imm\u00e9diat exige un ou plusieurs motifs graves proc\u00e9dant du fait ou de la faute du salari\u00e9, de nature \u00e0 rendre imm\u00e9diatement et d\u00e9finitivement impossible le maintien des relations de travail. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ce(s) fait(s) ou de cette(s) faute(s) d\u2019une particuli\u00e8re gravit\u00e9 dans le chef du salari\u00e9 doit(vent) \u00eatre suffisamment pr\u00e9cis pour permettre non seulement aux juges de contr\u00f4ler si les faits d\u00e9battus devant eux correspondent \u00e0 ceux invoqu\u00e9s par l\u2019employeur \u00e0 l\u2019appui du licenciement, mais aussi pour permettre au salari\u00e9 de reconna\u00eetre les faits lui reproch\u00e9s, de les identifier, de prendre position \u00e0 leur \u00e9gard et de rapporter, le cas \u00e9ch\u00e9ant la preuve de leur fausset\u00e9. En l\u2019esp\u00e8ce, la lettre de licenciement traite sur treize pages de trois groupes de reproches, qui peuvent se r\u00e9sumer comme suit :<\/p>\n<p>&#8212; violation du principe de confidentialit\u00e9, par l\u2019envoi de mails professionnels vers des adresses mails priv\u00e9es (exemples de 14 mails, avec l\u2019indication de la date et de l\u2019heure de leur envoi ainsi que du contenu, tout comme de l\u2019explication en quoi il s\u2019agit de donn\u00e9es confidentielles ; rappel du contenu du contrat de travail et du code de conduite interne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9) ;<\/p>\n<p>&#8212; comportement peu professionnel et manque de rigueur (exemples d\u2019une r\u00e9ponse \u00e0 un sms de la directrice des Ressources humaines en date du 9 janvier 2016 ; non- r\u00e9alisation des entretiens d\u2019\u00e9valuation des membres de son \u00e9quipe ; absence de gestion de la cl\u00f4ture annuelle des comptes) ;<\/p>\n<p>&#8212; pressions sur les membres de son \u00e9quipe (exemples de Madame D , de Madame E, de Madame F , de Madame G et discussion avec Monsieur H , \u00e0 chaque fois avec l\u2019indication des dates et du probl\u00e8me en cause).<\/p>\n<p>C\u2019est partant \u00e0 bon droit que la juridiction de premi\u00e8re instance a retenu que les faits \u00e0 la base du licenciement r\u00e9pondent au crit\u00e8re de pr\u00e9cision et qu\u2019elle a rejet\u00e9 le moyen tir\u00e9 de l\u2019impr\u00e9cision des motifs.<\/p>\n<p>\u2022 Quant \u00e0 la gravit\u00e9, au s\u00e9rieux et \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des fautes reproch\u00e9es Pour pouvoir justifier un licenciement privant le salari\u00e9 de toutes les indemnit\u00e9s l\u00e9gales pr\u00e9vues en cas de r\u00e9siliation du contrat de travail avec effet imm\u00e9diat, la ou les fautes qui lui sont reproch\u00e9es doivent \u00eatre de nature \u00e0 rendre imm\u00e9diatement et irr\u00e9vocablement impossible le maintien de la relation de travail dans la mesure o\u00f9 elles sont de nature \u00e0 rompre la confiance que l\u2019employeur doit avoir en son salari\u00e9. Tel que repris ci-dessus le premier motif invoqu\u00e9 \u00e0 la base du licenciement de A a trait \u00e0 l\u2019envoi de 14 mails, durant la p\u00e9riode du 18 d\u00e9cembre 2015 au 8 janvier 2016, vers deux adresses mails externes et inconnues de la soci\u00e9t\u00e9 S1, soit des adresses non s\u00e9curis\u00e9es. Ce reproche, respectivement l\u2019envoi desdits mails vers des adresses externes \u00e0 celles de la partie appelante n\u2019est pas contest\u00e9 par A . Elle d\u00e9ment que le contenu desdits mails ait \u00e9t\u00e9 confidentiel et que l\u2019envoi ait \u00e9t\u00e9 fait vers un destinataire inconnu. Il est \u00e9tabli par les pi\u00e8ces vers\u00e9es au dossier que lesdits mails ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 deux adresses tierces. Ce fait constitue une violation des r\u00e8gles de s\u00e9curit\u00e9 informatique et partant de l\u2019obligation de confidentialit\u00e9 \u00e0 laquelle A \u00e9tait tenue, par application de son contrat de travail du 28 juin 2012 et plus sp\u00e9cialement de son article 7, ainsi que de l\u2019article 7.7 du \u00ab Code of conduct and business practice \u00bb, qu\u2019elle a express\u00e9ment accept\u00e9 en apposant sa<\/p>\n<p>11 signature sur le document intitul\u00e9 \u00ab Code of conduct, acknowledgment \u00bb en date du 28 juillet 2012, sous la mention \u00ab I accept \u00bb. La Cour pr\u00e9cise que la date de la signature n\u2019est pas parfaitement lisible sur l\u2019exemplaire communiqu\u00e9 en cause, il s\u2019agit n\u00e9anmoins d\u2019une journ\u00e9e dans les vingt du mois de juillet 2012.<\/p>\n<p>La Cour tient \u00e0 relever que A est en aveu qu\u2019un ordinateur portable a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 sa disposition par son employeur. Rien ne justifiait ainsi la prise de risque d\u00e9mesur\u00e9e par l\u2019exp\u00e9dition de messages internes, tous relatifs aux domaines des finances et du personnel, soit confidentiels par essence, vers des adresses tierces, fussent -elles ses adresses priv\u00e9es. Ces exp\u00e9ditions ne respectaient pas les hauts standards de s\u00e9curit\u00e9 informatiques mis en place par l\u2019employeur.<\/p>\n<p>M\u00eame si A verse certains mails qui lui ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s par des salari\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 S1 vers une de ses adresses mails priv\u00e9es, la Cour constate d\u2019une part que le contenu de ces mails est anodin et d\u2019autre part que les mails vers\u00e9s ne sauraient renverser les obligations strictes et claires quant \u00e0 la confidentialit\u00e9 qui p\u00e8sent sur A , et que cette derni\u00e8re a accept\u00e9es. La r\u00e9alit\u00e9 de ce premier motif de licenciement est \u00e9tablie.<\/p>\n<p>Au vu de la fonction exerc\u00e9e par A , \u00e0 savoir celle de \u00ab Deputy to the Chief Financial Officer \u00bb aupr\u00e8s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 active dans le milieu sensible de la r\u00e9assurance, soumise tant \u00e0 la C.S.S.F. qu\u2019au Commissariat aux Assurances, ces fautes sont \u00e0 qualifier de graves et elles suffisent \u00e0 elles seules \u00e0 rendre imm\u00e9diatement et d\u00e9finitivement impossible le maintien des relations de travail, au sens de l\u2019article L.124-10 du code du travail, sans qu\u2019il ne faille s\u2019attarder sur les autres motifs repris dans la lettre de cong\u00e9diement.<\/p>\n<p>Il s\u2019ensuit que le licenciement de A est r\u00e9gulier et que ses demandes en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis et en indemnisation de ses pr\u00e9judices mat\u00e9riel et moral sont non fond\u00e9es.<\/p>\n<p>Le jugement entrepris est \u00e0 r\u00e9former en ce sens.<\/p>\n<p>\u2022 Quant aux demandes reconventionnelles<\/p>\n<p>1) Remboursement de sommes pr\u00eat\u00e9es dans le cadre du contrat de travail La soci\u00e9t\u00e9 S1 r\u00e9clame la somme de 4.400 euros sur base d\u2019un courrier du 12 juin 2013. A demande la confirmation du jugement de premi\u00e8re instance, \u00e0 savoir l\u2019incomp\u00e9tence ratione materiae.<\/p>\n<p>12 Cette lettre du 12 juin 2013 est de la teneur suivante :<\/p>\n<p>\u00ab Dear Mrs A ,<\/p>\n<p>We hereby confirm that the company will compensate the amount you have paid in respect of your housing deposit. The amount of EUR 4,400.00 will therefore be wired onto your bank account when you sign this letter.<\/p>\n<p>However, in the event your employment contract is terminated, whatever the reason would be, this amount will be deducted from your last paycheck.<\/p>\n<p>We remain at your disposal for any further details.<\/p>\n<p>With our Best Regards\u00bb.<\/p>\n<p>En apposant sa signature sous ledit courrier, A a pris une obligation en lien avec son contrat de travail, puisque la soci\u00e9t\u00e9 S1 ne lui a uniquement avanc\u00e9 la somme de 4.400 euros qu\u2019en raison et pendant l\u2019ex\u00e9cution dudit contrat.<\/p>\n<p>La Cour est ainsi comp\u00e9tente pour conna\u00eetre de cette demande reconventionnelle.<\/p>\n<p>Le susdit courrier pr\u00e9cise que d\u00e8s la fin de la relation de travail, pour quelque raison que ce soit, le montant sera d\u00e9duit du salaire.<\/p>\n<p>La demande en remboursement est ainsi \u00e0 dire fond\u00e9e, par r\u00e9formation du jugement a quo.<\/p>\n<p>2) Le dommage mat\u00e9riel pour non- restitution d\u2019outils de travail La soci\u00e9t\u00e9 S1 requiert actuellement, en instance d\u2019appel, la somme de 3.000 euros, pour le mat\u00e9riel qu\u2019elle a mis \u00e0 disposition de la salari\u00e9e. A l\u2019appui de cette demande, elle verse en pi\u00e8ce \u00ab 32 \u00bb une facture dat\u00e9e au 13 f\u00e9vrier 2014, d\u2019un montant de 6.704,04 euros, pour l\u2019achat de cinq ordinateurs FUJITSU et dix \u00e9crans. Cette facture ne prouve pas la remise d\u2019un des objets figurant sur la facture \u00e0 A . M\u00eame s\u2019il n\u2019est pas contest\u00e9 par cette derni\u00e8re qu\u2019elle \u00e9tait en possession d\u2019un ordinateur portable et du mat\u00e9riel de travail r\u00e9clam\u00e9 (un \u00ab blackberry \u00bb, un \u00ab token \u00bb, et des clefs de bureau, d\u2019une armoire et d\u2019un caisson), elle all\u00e8gue avoir rendu ce mat\u00e9riel.<\/p>\n<p>13 A reste n\u00e9anmoins en d\u00e9faut de rapporter la preuve de cette remise et elle ne l\u2019offre m\u00eame pas en preuve.<\/p>\n<p>Il n\u2019est donc pas \u00e9tabli que A a remis le mat\u00e9riel professionnel mis \u00e0 sa disposition.<\/p>\n<p>Ce chef de la demande reconventionnelle est ainsi recevable en son principe.<\/p>\n<p>Quant au montant r\u00e9clam\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 S1, il lui aurait toutefois appartenu de pr\u00e9ciser la ventilation du montant r\u00e9clam\u00e9 et partant l\u2019estimation faite pour chacun des outils, pi\u00e8ces \u00e0 l\u2019appui, pour d\u00e9terminer la valeur neuve et \u00e9ventuellement la valeur de rachat. En l\u2019absence de ces justifications et justificatifs, surtout en pr\u00e9sence de la modification du montant r\u00e9clam\u00e9 de ce chef entre les deux instances, la demande de la soci\u00e9t\u00e9 S1 n\u2019est pas fond\u00e9e.<\/p>\n<p>Le jugement entrepris est \u00e0 confirmer sur ce point, quoique par adoption d\u2019autres motifs.<\/p>\n<p>\u2022 Quant \u00e0 l\u2019appel incident<\/p>\n<p>A a interjet\u00e9 appel incident pour obtenir le payement de la prime de 15.000 euros pour l\u2019ann\u00e9e 2016, estimant avoir \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9e de pouvoir respecter les conditions pour l\u2019obtenir, \u00e0 savoir la r\u00e9organisation du d\u00e9partement comptabilit\u00e9 et le respect du d\u00e9lai pour l\u2019approbation de la cl\u00f4ture des comptes 2015 par le conseil d\u2019administration. C\u2019est pour de justes et valables motifs que la Cour fait siens que le tribunal du travail a rejet\u00e9 cette demande de A , comme non fond\u00e9e. En effet, la salari\u00e9e ne rapporte pas la preuve d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab enlev\u00e9e \u00bb de la cl\u00f4ture comptable d\u00e8s le 4 janvier 2016, ni qu\u2019elle a \u0153uvr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9organisation de son d\u00e9partement, en r\u00e9alisant les objectifs fix\u00e9s par courrier du 13 mai 2015. Il convient de confirmer le jugement entrepris sur ce point.<\/p>\n<p>\u2022 Quant \u00e0 la demande de l\u2019\u00c9TAT, pris en sa qualit\u00e9 de gestionnaire du Fonds pour l\u2019emploi<\/p>\n<p>14 A n\u2019a pas pris position en instance d\u2019appel quant \u00e0 la demande de l\u2019\u00c9TAT.<\/p>\n<p>C\u2019est pour de justes et valables motifs, que la Cour fait siens, que le tribunal du travail a dit que l\u2019Administration de l\u2019emploi a vers\u00e9 \u00e0 A les indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage sur base de deux ordonnances pr\u00e9sidentielles du tribunal du travail des 29 juillet et 6 d\u00e9cembre 2016 devant lequel le moyen de l\u2019absence de domiciliation sur le territoire luxembourgeois lors du licenciement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 relev\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le tribunal du travail, saisi du recours exerc\u00e9 par l\u2019\u00c9TAT, en vertu de l&#039;article L.521-4 du code de travail aux fins d&#039;obtenir le remboursement des indemnit\u00e9s de ch\u00f4mage avanc\u00e9es \u00e0 A , a estim\u00e9 \u00e0 juste titre ne pas pouvoir statuer sur cette demande et revenir sur les conditions d\u2019admission pr\u00e9vues \u00e0 l\u2019article L.521-3.<\/p>\n<p>Au vu de l\u2019issue actuelle du litige, il convient de r\u00e9former le jugement, en ce qu\u2019il a condamn\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 S1 au remboursement de la somme de 10.416,03 euros \u00e0 l\u2019\u00c9TAT. En effet, par application des textes de loi, la demande de l\u2019\u00c9TAT est \u00e0 dire fond\u00e9e contre A \u00e0 concurrence de 42.990,52 euros, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux depuis sa demande en date du 1 er juin 2017.<\/p>\n<p>\u2022 Quant aux demandes accessoires La soci\u00e9t\u00e9 S1 demande \u00e0 \u00eatre d\u00e9charg\u00e9e de la condamnation prononc\u00e9e \u00e0 son encontre en premi\u00e8re instance sur base de l\u2019article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile et elle requiert une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure de 3.000 euros pour l\u2019instance d\u2019appel. A demande une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure pour l\u2019instance d\u2019appel, \u00e0 hauteur de 2.500 euros. La Cour rel\u00e8ve que la partie qui succombe dans son action ne peut se pr\u00e9valoir des dispositions de l\u2019article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile, de sorte que la demande de A est \u00e0 rejeter. Au vu de l\u2019issue du litige, la demande de la soci\u00e9t\u00e9 S1 est fond\u00e9e pour la somme de 1.500 euros et il convient de la d\u00e9charger de la condamnation prononc\u00e9e \u00e0 son encontre en premi\u00e8re instance, \u00e0 hauteur de 250 euros.<\/p>\n<p>PAR CES MOTIFS :<\/p>\n<p>la Cour d\u2019appel, troisi\u00e8me chambre, si\u00e9geant en mati\u00e8re de droit du travail, statuant contradictoirement, sur le rapport oral du magistrat de la mise en \u00e9tat,<\/p>\n<p>dit l\u2019appel principal recevable,<\/p>\n<p>le dit fond\u00e9,<\/p>\n<p>partant r\u00e9formant , dit justifi\u00e9 le licenciement avec effet imm\u00e9diat du 29 janvier 2016, dit non fond\u00e9e les demandes de A , \u00e9pouse B en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 compensatoire de pr\u00e9avis et en r\u00e9paration des pr\u00e9judices moral et mat\u00e9riel, se d\u00e9clare comp\u00e9tent pour conna\u00eetre de la demande reconventionnelle en remboursement de sommes pr\u00eat\u00e9es, dit fond\u00e9e cette demande \u00e0 concurrence de 4.400 euros, partant condamne A, \u00e9pouse B \u00e0 payer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 anonyme S1 SA la somme de 4.400 euros, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux depuis le 12 f\u00e9vrier 2018, jusqu\u2019\u00e0 solde, dit recevable et fond\u00e9e la demande de l\u2019\u00c9TAT, pris en sa qualit\u00e9 de gestionnaire du Fonds pour l\u2019emploi \u00e0 concurrence de 42.990,52 euros, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de A , \u00e9pouse B , partant condamne A , \u00e9pouse B \u00e0 payer \u00e0 l\u2019\u00c9TAT, pris en sa qualit\u00e9 de gestionnaire du Fonds pour l\u2019emploi, la somme de 42.990,52 euros, avec les int\u00e9r\u00eats l\u00e9gaux depuis le 1 er juin 2017, jusqu\u2019\u00e0 solde, dit l\u2019appel incident recevable, mais non fond\u00e9, en d\u00e9boute, rejette la demande de A, \u00e9pouse B sur base de l\u2019article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile, dit recevable et fond\u00e9e la demande de la soci\u00e9t\u00e9 anonyme S1 SA en obtention d\u2019une indemnit\u00e9 de proc\u00e9dure sur base de l\u2019article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile \u00e0 concurrence de 1.500 euros, condamne partant A, \u00e9pouse B \u00e0 payer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 an onyme S1 SA la somme de 1.500 euros de ce chef,<\/p>\n<p>d\u00e9charge la soci\u00e9t\u00e9 anonyme S1 SA de la condamnation prononc\u00e9e \u00e0 son encontre en premi\u00e8re instance, sur base de l\u2019article 240 du nouveau code de proc\u00e9dure civile ,<\/p>\n<p>condamne A, \u00e9pouse B aux frais et d\u00e9pens de l\u2019instance, avec distraction au profit de Ma\u00eetres C\u00e9line LELIEVRE et Georges PIERRET, avocats \u00e0 la Cour, demeurants \u00e0 Luxembourg, affirmant tous deux en avoir fait l\u2019avance.<\/p>\n<p>La lecture du pr\u00e9sent arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 faite en la susdite audience publique par Madame la Pr\u00e9sidente de chambre Ria LUTZ, en pr\u00e9sence du greffier Isabelle HIPPERT.<\/p>\n<\/div>\n<hr class=\"kji-sep\" \/>\n<p class=\"kji-source-links\"><strong>Sources officielles :<\/strong> <a class=\"kji-source-link\" href=\"https:\/\/data.public.lu\/fr\/datasets\/cour-superieure-de-justice-chambre-3\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">consulter la page source<\/a> &middot; <a class=\"kji-pdf-link\" href=\"https:\/\/download.data.public.lu\/resources\/cour-superieure-de-justice-chambre-3\/20240827-152126\/20190523-cal-2018-00290-66-arret-a-accessible.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">PDF officiel<\/a><\/p>\n<p class=\"kji-license-note\"><em>Licence CC BY-ND 4.0 (Administration judiciaire, data.public.lu). 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