Conseil constitutionnel, Décision n° 2003-479 DC du 30 juillet 2003

Le Conseil constitutionnel, par sa décision du 30 juillet 2003, s’est prononcé sur la conformité à la Constitution de la loi de sécurité financière. Plusieurs sénateurs ont saisi la juridiction afin de contester la validité de l’article 139 du texte définitivement adopté par le Parlement. Cette disposition, issue d’un amendement sénatorial en deuxième lecture, visait à modifier les règles de procédure disciplinaire applicables aux fonctionnaires de la chambre haute. Les requérants soutenaient que cet article était dépourvu de tout lien avec l’objet du projet de loi initialement déposé. Ils invoquaient également une atteinte inconstitutionnelle aux droits de la défense en raison des restrictions apportées à l’assistance par un avocat. La haute juridiction devait déterminer si un amendement dépourvu de lien matériel avec le texte en discussion pouvait être valablement maintenu dans la loi. Elle affirme que les modifications apportées « ne sauraient, sans méconnaître les exigences qui découlent des premiers alinéas des articles 39 et 44 de la Constitution, être dépourvues de tout lien avec l’objet du projet ». Constatant l’absence de relation entre la discipline des fonctionnaires et les marchés financiers, le Conseil déclare l’article contraire à la Constitution.

I. La sanction de la pratique des cavaliers législatifs

A. L’exigence constitutionnelle d’un lien avec le texte initial

Le Conseil constitutionnel fonde sa censure sur les dispositions combinées des articles 39, 44 et 45 de la Constitution française. Ces articles régissent les modalités d’exercice du droit d’amendement par les membres du Parlement et le Gouvernement. Le juge constitutionnel rappelle que ce droit s’exerce à chaque stade de la procédure législative sous certaines réserves spécifiques. Toutefois, les adjonctions au texte en cours de discussion ne doivent pas être « dépourvues de tout lien avec l’objet du projet ou de la proposition ». Cette exigence constitutionnelle vise à prévenir l’introduction de dispositions étrangères au périmètre initial du débat parlementaire. Elle garantit ainsi une forme de cohérence textuelle et protège la clarté des délibérations au sein des assemblées.

B. L’application rigoureuse du critère du lien matériel

En l’espèce, la juridiction observe que l’article contesté traitait exclusivement de la « procédure disciplinaire des fonctionnaires du Sénat ». Elle relève que le projet de loi initial comportait uniquement des dispositions relatives aux « marchés financiers, à l’assurance, au crédit, à l’investissement ». Le décalage manifeste entre la gestion administrative d’une assemblée et la régulation économique fonde l’existence d’un cavalier législatif. Le Conseil constitutionnel opère un contrôle strict de la connexité entre l’amendement litigieux et l’objet principal de la loi de sécurité financière. L’absence de lien, même indirect, entraîne inévitablement l’inconstitutionnalité de la mesure pour un motif de forme. Cette décision illustre la volonté du juge de limiter les stratégies parlementaires consistant à insérer des mesures de circonstance.

II. La protection de la clarté et de la sincérité du débat parlementaire

A. La préservation de l’intégrité de la procédure législative

La censure de l’article 139 souligne l’importance des règles de procédure dans la confection de la norme législative contemporaine. En imposant un lien matériel, le Conseil constitutionnel protège les parlementaires contre l’introduction de dispositions imprévisibles ou hétérogènes. Cette contrainte procédurale assure que chaque article adopté a fait l’objet d’un examen attentif et éclairé lors des lectures successives. La décision mentionne que le droit d’amendement ne doit pas permettre de contourner les étapes normales de la navette législative. La protection de l’objet initial du projet évite ainsi la transformation radicale de la loi par des apports extérieurs. Cette jurisprudence contribue directement à la sécurité juridique en favorisant la lisibilité des textes législatifs soumis au vote.

B. La portée du contrôle du Conseil constitutionnel sur les amendements

La haute instance déclare l’article contraire à la Constitution sans juger nécessaire d’examiner le moyen relatif aux droits de la défense. Elle privilégie le contrôle de l’irrégularité externe liée à la procédure de dépôt de l’amendement sur le contrôle de fond. Ce choix méthodologique renforce l’efficacité de la lutte contre les cavaliers législatifs dans le contentieux constitutionnel français. La décision affirme la mission de régulation du Conseil sur le travail parlementaire et le respect des équilibres institutionnels. En sanctionnant l’introduction de mesures étrangères au texte, le juge limite la dispersion législative et les risques d’instabilité juridique. Cette solution s’inscrit dans une lignée jurisprudentielle constante visant à rationaliser la production des lois par les chambres.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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