Conseil constitutionnel, Décision n° 2011-134 QPC du 17 juin 2011

Le Conseil constitutionnel a été saisi le 15 avril 2011 d’une question prioritaire de constitutionnalité relative au régime de réorientation professionnelle des fonctionnaires. Ce dispositif législatif permet de placer un agent dont l’emploi est supprimé dans une situation spécifique visant à faciliter son affectation nouvelle. Plusieurs organisations syndicales contestaient la conformité de ces dispositions à la Constitution en invoquant notamment une atteinte au principe de la carrière. Le Conseil d’État a jugé la question sérieuse et l’a renvoyée aux Sages pour un examen de fond en raison des enjeux statutaires. Les requérants soutenaient que le législateur avait méconnu sa compétence et porté atteinte à l’indépendance des universitaires ainsi qu’à la liberté syndicale. La question posée était de savoir si la réorientation forcée des fonctionnaires en cas de restructuration respectait les garanties fondamentales prévues par la Constitution. Le Conseil constitutionnel a déclaré les dispositions conformes, sous une réserve d’interprétation concernant les personnels de l’enseignement supérieur, après avoir validé les principes de mobilité.

I. L’affirmation de la validité constitutionnelle du dispositif de réorientation professionnelle

A. Le respect des compétences législatives et des principes structurels de la fonction publique

Le Conseil rejette d’abord le grief d’incompétence négative en rappelant que le législateur a effectivement fixé les règles concernant les garanties fondamentales. Il précise que les dispositions litigieuses « définissent également les droits et les devoirs du fonctionnaire intéressé » sans déléguer indûment son pouvoir au règlement. Le juge constitutionnel écarte également toute violation du principe de continuité de l’État ou du service public par ce mécanisme de gestion. L’institution souligne que la réorientation n’a « ni pour objet ni pour effet de remettre en cause » le régime de la carrière publique. Cette affirmation garantit que la suppression d’un poste n’entraîne pas automatiquement la rupture du lien statutaire unissant l’agent à son administration. Cette conformité structurelle s’accompagne d’un maintien des protections garanties aux fonctionnaires dans leur exercice collectif et individuel.

B. La préservation des garanties collectives et individuelles des agents publics

La décision examine ensuite la conformité du texte aux principes de liberté syndicale et de participation des travailleurs à la gestion des services. Le Conseil observe que les comités techniques conservent leur compétence sur les questions relatives à l’organisation et au fonctionnement des structures en restructuration. Il appartient au juge administratif de s’assurer que les mesures individuelles « ne sont pas prises en raison de leurs fonctions représentatives ». Concernant le principe d’égalité, le juge valide les distinctions opérées entre les agents dont l’emploi est supprimé et les autres personnels civils. Ces différences de traitement « répondent à une fin d’intérêt général » et sont en rapport direct avec l’objectif de mobilité de la loi. Après avoir admis la validité globale du dispositif, le Conseil en précise les limites pour certaines catégories d’agents.

II. Un encadrement rigoureux de la mise en œuvre de la mobilité forcée

A. La réserve d’interprétation relative au statut des enseignants-chercheurs

Le Conseil constitutionnel apporte une nuance importante concernant l’indépendance des enseignants-chercheurs, principe fondamental reconnu par les lois de la République. Il énonce que l’application de ce régime ne saurait conduire à un « changement de corps » pour ces personnels spécifiques de l’enseignement. Cette précision constitue une réserve d’interprétation qui conditionne la constitutionnalité de l’ensemble du dispositif législatif examiné par la haute juridiction. Le juge préserve ainsi le statut dérogatoire de ces agents tout en permettant l’application du texte aux autres catégories de fonctionnaires. Cette protection particulière évite que des décisions administratives de réorientation ne viennent porter atteinte à la liberté académique nécessaire à leurs missions. Au-delà de cette protection ciblée, la décision modifie durablement l’équilibre entre les prérogatives de l’administration et les droits des agents.

B. La portée de la décision sur l’évolution du droit de la fonction publique

La décision du 17 juin 2011 consacre la mutation d’une fonction publique de gestion statique vers un modèle valorisant la mobilité fonctionnelle. Le juge constitutionnel valide la possibilité d’une mise en disponibilité d’office après le refus successif de « trois offres d’emploi fermes et précises ». Ce mécanisme renforce le pouvoir de direction de l’administration tout en maintenant un cadre protecteur pour les droits fondamentaux des agents publics. La solution rendue illustre la volonté de concilier l’efficacité du service public avec le respect des prérogatives statutaires des serviteurs de l’État. Elle confirme la pleine compétence du législateur pour adapter le statut général aux exigences contemporaines de modernisation de l’appareil administratif français.

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Hassan KOHEN
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