Conseil constitutionnel, Décision n° 2017-754 DC du 26 octobre 2017

Le Conseil constitutionnel a rendu, le 26 octobre 2017, une décision relative à la modification du règlement intérieur de la chambre basse. Le président de cette institution l’avait saisi le 12 octobre 2017 afin d’examiner une résolution modifiant les modalités d’élection du Bureau. Ce texte vise à instaurer une répartition proportionnelle des postes de vice-présidents, de questeurs et de secrétaires entre les différents groupes politiques. Le règlement prévoyait déjà la recherche d’une configuration politique fidèle et le respect de la parité entre les femmes et les hommes. La résolution introduit un système de points pour pondérer l’importance des fonctions et déterminer un ordre de priorité rigoureux. Un poste de questeur doit impérativement revenir à un député appartenant à un groupe s’étant déclaré d’opposition. La question posée au juge constitutionnel porte sur la validité d’un mécanisme mathématique de répartition des responsabilités au regard de la liberté parlementaire. Le Conseil affirme que « les dispositions de la résolution ne sont contraires à aucune disposition de la Constitution », confirmant ainsi la constitutionnalité de la réforme. L’étude de cette décision permet d’analyser la formalisation de la représentativité politique avant d’envisager la portée de l’autonomie réglementaire reconnue aux assemblées.

I. La formalisation de la représentativité politique au sein du Bureau

A. L’encadrement mathématique de la répartition des fonctions

La décision valide l’usage d’une « valeur exprimée en points » pour établir la répartition de l’ensemble des fonctions du Bureau de l’assemblée. Ce mécanisme remplace une pratique de négociation parfois incertaine par une règle arithmétique fondée sur la représentation proportionnelle des groupes politiques. Le Conseil constitutionnel reconnaît la légitimité d’une organisation interne cherchant à « reproduire au sein du Bureau la configuration politique de l’Assemblée ». Cette approche garantit une visibilité accrue aux formations minoritaires tout en respectant le poids électoral de chaque composante de la représentation nationale. L’introduction de critères objectifs sécurise le processus de désignation et limite les risques de blocage lors du renouvellement des instances dirigeantes. Cette rationalisation de la vie parlementaire s’accompagne d’une protection spécifique accordée aux groupes ne soutenant pas l’action du gouvernement.

B. La sanctuarisation des droits de l’opposition parlementaire

La résolution prévoit qu’un « poste de questeur est, en outre, réservé à un député d’un groupe s’étant déclaré d’opposition ». Cette disposition concrétise les réformes constitutionnelles précédentes visant à renforcer le rôle et les moyens d’action des groupes minoritaires. La questure exerce une influence déterminante sur l’administration et les finances de l’institution, rendant cette présence d’autant plus symbolique et nécessaire. Le juge constitutionnel ne trouve aucun motif de censure dans cette discrimination positive qui favorise le pluralisme au sein de la haute administration parlementaire. Le respect de l’équilibre politique devient un impératif structurant qui dépasse la simple recommandation pour s’inscrire dans une procédure de répartition obligatoire. Cette participation équilibrée des différentes sensibilités politiques renforce la légitimité des organes de direction de l’institution parlementaire. Cette structuration rigoureuse s’inscrit plus largement dans une reconnaissance de la liberté d’organisation propre à chaque chambre législative.

II. La consécration de l’autonomie réglementaire de l’Assemblée

A. La validation de la procédure de désignation simplifiée

La résolution permet aux désignations de prendre effet « sans scrutin » dès la publication des candidatures en cas d’accord entre les présidents. Cette procédure accélérée repose sur le consensus des forces politiques en présence, évitant ainsi des votes formels longs et souvent prévisibles. Le Conseil constitutionnel admet cette modalité simplifiée qui ne prive aucun groupe de la possibilité de contester la répartition proposée initialement. L’absence d’accord entraîne automatiquement le retour à une « désignation par scrutin » selon les modalités classiques définies par le règlement de l’institution. Cette souplesse procédurale renforce l’efficacité du travail législatif tout en préservant les droits fondamentaux de chaque membre de la représentation nationale. Le juge valide cette pratique cherchant à concilier l’efficacité des institutions avec le respect scrupuleux des équilibres politiques internes.

B. Le contrôle restreint du juge constitutionnel sur l’organisation interne

Le Conseil constitutionnel exerce un contrôle de conformité qui respecte la souveraineté des assemblées parlementaires dans la définition de leur propre fonctionnement. En déclarant la résolution conforme, le juge refuse de s’immiscer dans les choix techniques de pondération ou de répartition des points choisis. La décision souligne que la Constitution laisse une large marge de manœuvre au législateur pour organiser ses travaux et ses instances de direction. Cette retenue jurisprudentielle protège l’indépendance du Parlement face aux éventuels empiétements des autres pouvoirs ou des autorités juridictionnelles extérieures à l’hémicycle. La solution retenue confirme que le droit parlementaire conserve une spécificité forte au sein de l’ordre juridique français contemporain. Ce cadre normatif permet une adaptation constante des règles de vie politique aux exigences modernes de transparence et de représentativité démocratique.

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Hassan KOHEN
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