Conseil constitutionnel, Décision n° 2019-783 QPC du 17 mai 2019

Le Conseil constitutionnel a rendu, le 17 mai 2019, une décision relative à la conformité des sanctions applicables en cas de dépassement du plafond électoral. Un candidat à l’élection présidentielle a fait l’objet de poursuites pénales après avoir déjà été sanctionné financièrement par la Commission nationale des comptes de campagne. Saisie d’une question prioritaire de constitutionnalité par la Cour de cassation le 19 février 2019, la juridiction devait statuer sur une violation du principe *non bis in idem*. Le requérant soutenait que la possibilité de cumuler une amende fiscale et des peines pénales heurtait les principes de nécessité et de proportionnalité des délits. Le Conseil constitutionnel écarte ce grief car les deux répressions protègent des intérêts sociaux distincts et présentent des natures réellement différentes dans leur application. Cette décision invite à examiner d’abord la légitimité du cumul par la distinction des objectifs poursuivis puis la caractérisation de l’autonomie des sanctions par leur nature divergente.

I. La validation du cumul de sanctions fondée sur la distinction des finalités poursuivies

A. La légitimation du double recours à la répression

Le Conseil constitutionnel rappelle que le principe de nécessité des peines ne s’oppose pas au cumul de poursuites de nature différente pour les mêmes faits. Cette solution jurisprudentielle permet aux autorités de réagir à des manquements sous plusieurs angles juridiques complémentaires sans violer les droits fondamentaux garantis par la Constitution. Les sages précisent que ces principes s’étendent à toute sanction « ayant le caractère d’une punition » même si elle ne provient pas directement d’une juridiction pénale. La répression doit cependant respecter une exigence de proportionnalité globale afin que le montant total des sanctions prononcées ne dépasse pas le maximum légal encouru.

B. La protection d’intérêts sociaux différenciés

Le juge souligne que la sanction financière vise à « assurer le bon déroulement de l’élection » et à garantir l’égalité entre les différents candidats à la présidence. Ce mécanisme administratif garantit une équité nécessaire entre les compétiteurs politiques en neutralisant l’avantage financier acquis par le dépassement illégal des plafonds de dépenses autorisés. À l’inverse, l’instauration d’une répression pénale entend « sanctionner les éventuels manquements à la probité des candidats et des élus » en exigeant la preuve d’un élément intentionnel. L’analyse de ces finalités distinctes conduit ainsi à observer comment le juge constitutionnel caractérise l’autonomie technique de chacune de ces sanctions par leur nature.

II. La confirmation de l’autonomie des sanctions par la divergence de leurs natures respectives

A. La spécificité des sanctions financières et pénales

La décision met en lumière la différence structurelle entre la pénalité fiscale calculée sur le montant du dépassement et les peines correctionnelles prononcées par le juge. La sanction de la Commission nationale des comptes de campagne consiste en une somme strictement égale au montant de l’excédent constaté lors du contrôle administratif. Le Conseil énonce que « sa nature est donc différente de la peine d’emprisonnement encourue par le candidat poursuivi pour le délit de dépassement du plafond ». Cette distinction formelle permet de considérer que les sanctions ne se recoupent pas totalement dans leur expression répressive ni dans leur impact sur le condamné.

B. La portée du maintien d’un régime répressif dualiste

En déclarant les dispositions conformes à la Constitution, le Conseil constitutionnel conforte un régime de contrôle extrêmement strict du financement de la vie politique en France. Cette décision s’inscrit dans une lignée jurisprudentielle cherchant à concilier l’efficacité de la régulation électorale avec le respect scrupuleux des garanties conventionnelles et constitutionnelles modernes. Les juges concluent que les deux répressions « relèvent de corps de règles qui protègent des intérêts sociaux distincts aux fins de sanctions de nature différente ». Le droit positif maintient ainsi une dualité répressive perçue comme un instrument indispensable à la préservation de la sincérité des scrutins nationaux les plus importants.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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