Conseil constitutionnel, Décision n° 2022-5856 AN du 26 mai 2023

Le Conseil constitutionnel a rendu, le 25 mai 2023, une décision relative au contentieux du financement des élections législatives tenues en juin 2022. Ce litige porte sur l’obligation pour tout candidat d’établir un compte de campagne retraçant l’intégralité des dépenses engagées pour le scrutin. Un candidat a omis d’intégrer les frais de création et d’hébergement d’un site internet utilisé durant la période de référence légale. L’autorité de contrôle des comptes a rejeté ce compte par une décision datée du 13 octobre 2022. Saisi le 19 octobre suivant, le juge électoral doit déterminer si cette omission comptable justifie le rejet du compte et le prononcé d’une inéligibilité. Le Conseil confirme le rejet mais refuse de déclarer l’intéressé inéligible, car le montant omis ne révèle pas une volonté de fraude. L’analyse portera d’abord sur la confirmation de l’irrégularité comptable commise, avant d’envisager l’absence de sanction d’inéligibilité au regard de la faible gravité du manquement.

I. L’irrégularité comptable tirée de l’omission de dépenses numériques

A. L’obligation de valorisation des outils de communication

Le code électoral impose aux candidats de retracer l’ensemble des dépenses engagées ou effectuées en vue de l’élection dans un compte spécifique. Le Conseil précise que le site internet « était disponible pendant les six mois précédant le premier jour du mois de l’élection ». Même en l’absence de mise à jour récente, la simple accessibilité de l’outil numérique durant la période légale impose sa valorisation financière. Les juges rappellent ainsi que tout support de communication contribuant à la promotion du candidat doit obligatoirement figurer parmi les dépenses électorales. Cette règle garantit une transparence totale du financement et permet un contrôle effectif du respect des plafonds de dépenses autorisées par la loi.

Le constat de cette omission entraîne nécessairement des conséquences juridiques quant à la validité globale de la comptabilité présentée par le candidat aux élections.

B. La validation du rejet du compte de campagne

L’omission de ces frais de site internet constitue une rupture caractérisée des obligations déclaratives prévues par les dispositions de l’article L. 52-12. Le juge électoral estime que « c’est donc à tort que le candidat n’a pas valorisé les frais correspondant à cette période dans son compte ». L’autorité de contrôle a par conséquent valablement écarté la comptabilité présentée par le requérant en raison de cette lacune technique injustifiée. Cette sévérité souligne l’importance attachée à l’exactitude des comptes de campagne pour assurer l’égalité entre les prétendants au suffrage universel. La méconnaissance d’une règle comptable d’ordre public entraîne mécaniquement le rejet du compte, indépendamment de la bonne foi initiale de l’intéressé.

Si l’irrégularité du compte est juridiquement établie, le juge doit encore statuer sur l’opportunité d’écarter le candidat du jeu électoral pour l’avenir.

II. La modération de la sanction d’inéligibilité par le juge électoral

A. L’appréciation souveraine de la gravité du manquement

L’article L.O. 136-1 du code électoral permet au Conseil constitutionnel de prononcer une inéligibilité uniquement en cas de manquement d’une particulière gravité. Dans cette espèce, le juge relève que « au regard du montant de la dépense omise, il n’y a pas lieu de déclarer le candidat inéligible ». La décision s’appuie sur une évaluation concrète de l’influence de l’irrégularité sur la sincérité globale du compte de campagne déposé. Le juge électoral dispose d’un pouvoir d’appréciation souverain lui permettant de moduler les sanctions en fonction de la réalité des faits constatés. Cette approche pragmatique évite de priver un citoyen de son droit d’éligibilité pour une erreur comptable dont l’impact demeure minime.

Cette évaluation factuelle du montant de la dépense permet ainsi de garantir une sanction proportionnée à la réalité de la faute électorale commise.

B. La préservation de la liberté de candidature

La portée de cette décision confirme une jurisprudence constante qui distingue l’irrégularité formelle du compte de la gravité intrinsèque de la fraude. L’absence de volonté de dissimulation et la modicité des sommes en jeu font obstacle à l’exclusion du candidat de la vie politique nationale. En limitant la sanction au simple rejet du compte, le Conseil préserve l’équilibre entre la rigueur financière et le principe de liberté de candidature. La solution témoigne d’une volonté de proportionner la peine à la réalité du risque de distorsion de la concurrence entre les différents candidats. Cette décision rappelle aux futurs postulants que si la transparence demeure absolue, l’inéligibilité reste réservée aux comportements les plus attentatoires à la probité.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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