Conseil constitutionnel, Décision n° 2022-5882 AN du 17 mars 2023

Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2022-5882 AN du 16 mars 2023, a statué sur une saisine de la Commission nationale des comptes de campagne. Cette affaire concerne le respect des obligations comptables par un candidat ayant obtenu au moins un pour cent des suffrages exprimés lors d’élections législatives. L’intéressé n’a pas déposé son compte de campagne dans le délai légal prescrit par le code électoral auprès de l’autorité de contrôle. La Commission nationale a saisi le juge constitutionnel le 25 novembre 2022 afin de constater cette irrégularité manifeste après avoir examiné le dossier. Le candidat invoquait des difficultés pour ouvrir un compte bancaire ainsi que l’impossibilité de solliciter un expert-comptable durant la période estivale des cabinets. Le problème juridique réside dans l’appréciation de la gravité de l’absence de dépôt au regard des justifications matérielles produites par le candidat. La haute juridiction considère que le défaut de transmission du compte constitue un manquement d’une particulière gravité justifiant une mesure d’inéligibilité. La rigueur du cadre légal relatif au dépôt des comptes précède logiquement l’étude de la sévérité de la sanction face au manquement constaté.

I. La rigueur impérative du cadre légal relatif au dépôt des comptes

A. Le caractère obligatoire du dépôt du compte de campagne

L’article L. 52-12 du code électoral impose à tout candidat atteignant un certain seuil de suffrages d’établir et de déposer un compte de campagne. Ce document doit retracer l’intégralité des recettes perçues ainsi que l’ensemble des dépenses engagées pour la durée de la période électorale. Le compte doit impérativement être déposé avant le dixième vendredi suivant le premier tour du scrutin auprès de la commission nationale compétente. Le Conseil constitutionnel relève que le candidat « n’a pas déposé de compte de campagne alors qu’il y était tenu » à l’expiration du délai. Cette obligation garantit la transparence du financement de la vie politique et l’égalité entre les différents compétiteurs lors des opérations de vote. Le respect de ce calendrier constitue une condition essentielle pour permettre le contrôle effectif de la régularité des fonds mobilisés durant l’élection.

B. L’inefficacité des justifications liées aux difficultés matérielles

Le candidat tentait de justifier son retard par des obstacles extérieurs rencontrés lors de l’ouverture du compte bancaire dédié à sa campagne. Il soulignait également la difficulté de trouver un expert-comptable disponible pour valider ses documents comptables durant la pause estivale des professionnels. Le juge constitutionnel rejette ces arguments en précisant qu’il « ne résulte pas de l’instruction que cette circonstance » justifie la méconnaissance des obligations. Les aléas administratifs ou professionnels ne dispensent pas le candidat de prendre les dispositions nécessaires pour respecter les échéances impératives fixées par la loi. La diligence attendue d’un prétendant à la représentation nationale implique une anticipation suffisante des contraintes logistiques inhérentes au financement de toute campagne. L’absence totale de dépôt place ainsi le candidat dans une situation de faute que le juge doit qualifier pour déterminer la sanction.

II. La sévérité de la sanction face au manquement d’une particulière gravité

A. La qualification juridique de la particulière gravité

Le juge constitutionnel peut déclarer inéligible le candidat en cas de « manquement d’une particulière gravité » aux règles de financement des campagnes électorales. L’absence de dépôt de compte est analysée comme une violation substantielle des règles de transparence imposées par les dispositions du code électoral. Dans cette espèce, le Conseil souligne que la méconnaissance des obligations résultant de l’article L. 52-12 présente un caractère de gravité suffisant. La jurisprudence considère que l’omission totale du compte empêche tout examen technique par la commission nationale sur l’origine des fonds utilisés. Cette carence porte une atteinte directe à la sincérité du scrutin et justifie l’application automatique de la sanction prévue par la loi organique. Le juge refuse d’accorder une quelconque clémence face à une négligence qui compromet la vérification du plafonnement légal des dépenses.

B. L’application d’une inéligibilité triennale à tout mandat

La conséquence directe du manquement constaté est le prononcé d’une inéligibilité du candidat à tout mandat pour une durée de trois ans. Cette mesure prend effet à compter de la date de la décision rendue par le Conseil constitutionnel dans sa séance du seize mars. La sanction prive l’intéressé de la possibilité de se présenter à de futures échéances électorales pour une période dont la durée reste significative. Cette sévérité illustre la volonté du juge de réprimer fermement les comportements négligents en matière de transparence de la vie publique. La décision confirme une jurisprudence constante qui lie l’absence de dépôt à une sanction lourde afin d’assurer l’effectivité du contrôle financier. La publication au Journal officiel assure la pleine information des citoyens et l’exécution immédiate de l’interdiction de se porter candidat.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

Maître Kohen, avocat à Paris en droit pénal et droit du travail, accompagne ses clients avec rigueur et discrétion dans toutes leurs démarches juridiques, qu'il s'agisse de procédures pénales ou de litiges liés au droit du travail.

En savoir plus sur Kohen Avocats

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture