Conseil constitutionnel, Décision n° 2023-6047 AN du 4 mai 2023

Par une décision rendue le 3 mai 2023, le Conseil constitutionnel s’est prononcé sur les conséquences juridiques du défaut de dépôt d’un compte de campagne. Un candidat aux élections législatives de juin 2022, ayant recueilli plus de 1 % des suffrages exprimés, n’a pas transmis ses documents comptables. L’autorité de contrôle a alors saisi le juge électoral afin qu’il statue sur l’éligibilité du candidat défaillant après l’expiration des délais légaux. La question posée consistait à déterminer si l’absence totale de dépôt de compte, sans justification, caractérisait un manquement d’une particulière gravité. Le Conseil constitutionnel a déclaré le candidat inéligible pour une durée de trois ans en relevant que celui-ci n’avait pas déposé de compte.

I. L’affirmation d’une obligation stricte de transparence financière

A. Le fondement législatif de la reddition des comptes

L’article L. 52-12 du code électoral impose à tout candidat ayant obtenu au moins 1 % des suffrages exprimés l’établissement d’un compte de campagne régulier. Cette obligation garantit la sincérité du scrutin en permettant de retracer « l’ensemble des recettes perçues et, selon leur nature, l’ensemble des dépenses engagées ». Le juge rappelle ici que le compte doit impérativement être déposé avant le dixième vendredi suivant le premier tour du scrutin. Cette règle constitue une garantie essentielle contre les financements occultes ou les dépassements de plafonds autorisés par la législation électorale.

B. La constatation matérielle de la carence du candidat

Dans cette espèce, les faits ne souffraient aucune contestation puisque le candidat n’avait produit aucun compte malgré l’expiration des délais légaux de dépôt. Le Conseil constitutionnel souligne que l’intéressé n’a produit aucune observation pour expliquer son silence ou justifier d’un éventuel empêchement de force majeure. Le juge constate alors simplement que l’obligation de dépôt n’a pas été respectée par le justiciable, ouvrant ainsi la voie à l’application des sanctions prévues. Le respect scrupuleux des délais de dépôt demeure une condition de fond pour la validité de la candidature et la régularité de la vie démocratique.

II. La rigueur de la sanction face à l’absence de justification

A. La qualification juridique d’un manquement de particulière gravité

Le code électoral permet au juge de prononcer l’inéligibilité en cas de « volonté de fraude ou de manquement d’une particulière gravité » aux règles de financement. En l’espèce, le juge estime que l’absence totale de dépôt, sans excuse légitime, revêt ce caractère de gravité justifiant une sanction d’exclusion. Le Conseil précise qu’il ne résulte pas de l’instruction que des « circonstances particulières étaient de nature à justifier la méconnaissance des obligations » résultant du code électoral. La jurisprudence constitutionnelle maintient ainsi une ligne de fermeté constante à l’égard des candidats négligeant totalement leurs obligations comptables les plus élémentaires.

B. La portée de la mesure d’inéligibilité prononcée

La sanction de trois ans d’inéligibilité à tout mandat apparaît comme la conséquence directe de la gravité du manquement constaté par la juridiction suprême. Cette durée, bien que significative, est proportionnée à l’atteinte portée à la transparence nécessaire à la loyauté des opérations électorales sur le territoire national. La décision s’inscrit dans une fonction de régulation démocratique visant à écarter de la compétition politique ceux qui s’affranchissent des règles financières communes. Cette jurisprudence renforce l’autorité de l’administration compétente en conférant une efficacité juridictionnelle réelle à ses décisions de saisine.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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