Conseil constitutionnel, Décision n° 2023-6071 AN du 12 mai 2023

Le Conseil constitutionnel, par sa décision du 11 mai 2023, s’est prononcé sur le respect des obligations de financement des campagnes électorales. Un candidat aux élections législatives des 12 et 19 juin 2022 a obtenu au moins 1 % des suffrages exprimés lors du premier tour. En application du code électoral, l’intéressé devait déposer son compte de campagne avant le 19 août 2022 à dix-huit heures. Ce dépôt est intervenu tardivement le 4 octobre 2022, soit après l’expiration du délai légal imparti par les textes en vigueur. L’organe administratif chargé du contrôle des financements politiques a saisi le juge électoral le 26 janvier 2023 pour constater ce manquement. Le candidat n’a pas produit d’observations particulières devant la haute juridiction malgré la communication de la saisine par les services compétents. Le litige porte sur la qualification juridique du retard constaté au regard des sanctions d’inéligibilité prévues par la loi organique. Un manquement purement temporel justifie-t-il une déclaration d’inéligibilité si le compte bancaire ne présente aucune activité financière réelle ou occulte ? Le Conseil constitutionnel décide qu’il n’y a pas lieu de prononcer une telle sanction malgré le caractère tardif du dépôt effectué. L’étude portera d’abord sur la caractérisation du manquement aux obligations comptables avant d’analyser l’appréciation souveraine de la gravité de l’irrégularité.

I. La caractérisation du manquement aux obligations comptables législatives

A. L’exigence de dépôt des comptes dans les délais prescrits

Le code électoral impose aux candidats ayant obtenu 1 % des suffrages de retracer l’ensemble des recettes perçues et des dépenses engagées. L’article L. 52-12 dispose que le compte doit être déposé « au plus tard avant 18 heures le dixième vendredi suivant le premier tour ». Cette règle garantit la transparence du financement de la vie politique et permet un contrôle efficace par l’autorité administrative compétente. Le respect des délais constitue une garantie fondamentale pour l’égalité entre les candidats et la sincérité des opérations de contrôle financier.

B. La constatation matérielle du retard du dépôt

Dans cette affaire, le juge constate que le candidat « a déposé son compte de campagne le 4 octobre 2022, soit après l’expiration du délai ». Cette situation constitue une violation objective des dispositions impératives du code électoral relatives à la remise des documents comptables obligatoires. Le droit électoral est marqué par un formalisme rigoureux qui laisse peu de place à l’improvisation ou aux négligences de calendrier des participants. La saisine par l’organe administratif est la conséquence directe de ce non-respect des dates butoirs fixées par le législateur organique.

II. L’appréciation de la gravité du manquement comme condition de l’inéligibilité

A. L’interprétation stricte de la notion de manquement d’une particulière gravité

L’article L.O. 136-1 prévoit l’inéligibilité « en cas de volonté de fraude ou de manquement d’une particulière gravité aux règles de financement ». Cette disposition offre au juge constitutionnel une marge d’appréciation pour proportionner la sanction à la réalité et à l’importance de l’infraction. La simple méconnaissance d’un délai ne suffit pas automatiquement à emporter l’inéligibilité si les circonstances factuelles tempèrent la portée de l’omission. Le juge recherche si le comportement du candidat a porté atteinte à la transparence financière ou s’il s’agit d’une erreur dépourvue d’intention frauduleuse.

B. L’absence de conséquences financières justifiant l’absence de sanction

Pour écarter la sanction, la décision souligne que l’intéressé a produit « une attestation d’absence de dépense et de recette établie par son mandataire ». Les pièces du dossier confirment que le compte bancaire dédié à l’élection n’a connu strictement aucun mouvement durant toute la période concernée. Le Conseil constitutionnel estime que « le manquement commis ne justifie pas » la déclaration d’inéligibilité compte tenu de l’inexistence de flux financiers à contrôler. Cette solution privilégie une approche concrète de la régularité électorale au détriment d’une application purement automatique et sévère des règles de procédure.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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