Conseil constitutionnel, Décision n° 2023-6212 AN du 16 juin 2023

Un candidat a participé aux élections législatives des 12 et 19 juin 2022 dans la septième circonscription du département des Bouches-du-Rhône. Celui-ci a omis de fournir un compte de campagne régulier à la commission nationale compétente dans les délais fixés par le code électoral. Le 6 février 2023, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a rejeté le compte déposé par cet intervenant. Cette instance a constaté que le dossier ne comportait que des « pièces disparates et incomplètes ne permettant pas d’attester la réalité et la régularité » des opérations. La commission a saisi le Conseil constitutionnel le 15 février 2023 afin de statuer sur l’éventuelle inéligibilité de l’intéressé pour ces manquements. Le candidat n’a produit aucune observation au cours de l’instruction malgré la communication régulière de la saisine par le secrétariat général. Le juge doit déterminer si l’absence de justificatifs probants fonde le rejet du compte et justifie une sanction d’inéligibilité contre le candidat. Le Conseil constitutionnel confirme la décision administrative et prononce une interdiction de se présenter à tout mandat pendant une durée d’un an. L’analyse portera d’abord sur l’explicitation du rejet du compte de campagne avant d’aborder la rigueur du contrôle exercé par le juge constitutionnel.

I. L’explicitation du rejet du compte de campagne pour carence justificative

A. L’exigence de transparence financière et comptable

Le Conseil constitutionnel rappelle que chaque candidat doit établir un compte retraçant « l’ensemble des recettes perçues et, selon leur nature, l’ensemble des dépenses engagées ». Cette obligation légale assure la sincérité du scrutin en permettant de vérifier le respect des plafonds de dépenses imposés par la loi électorale. La présentation du document par un expert-comptable constitue une garantie supplémentaire pour certifier la véracité des flux financiers durant la période électorale. Ce formalisme rigoureux protège l’égalité entre les candidats et prévient les risques de financements occultes ou irréguliers au sein de la vie politique.

B. La sanction du défaut de pièces justificatives probantes

Le rejet du compte est inévitable lorsque les documents fournis ne permettent pas de contrôler précisément la réalité des opérations financières réalisées par l’intéressé. Le juge constitutionnel observe dans sa décision que les « manquements sont établis » car les pièces versées au dossier sont manifestement insuffisantes et désordonnées. Cette négligence administrative empêche la commission nationale de s’assurer de la régularité comptable et de la provenance exacte des fonds utilisés pour l’élection. La solution retenue sanctionne l’incapacité du candidat à justifier son activité économique conformément aux prescriptions strictes édictées par l’article L. 52-12 du code électoral.

La validation du rejet administratif par le juge constitutionnel conduit nécessairement à l’examen de la sanction personnelle applicable au candidat défaillant.

II. La rigueur du contrôle de l’éligibilité par le juge constitutionnel

A. La qualification de manquement d’une particulière gravité

Le Conseil constitutionnel dispose du pouvoir de déclarer inéligible un candidat en cas de « manquement d’une particulière gravité aux règles de financement des campagnes ». L’absence de pièces justificatives structurées est interprétée comme une violation majeure des obligations de transparence qui incombent à tout citoyen briguant un mandat national. Le juge maintient une position sévère pour dissuader les comportements susceptibles de masquer des irrégularités graves derrière une simple négligence dans la tenue comptable. Cette qualification juridique souligne l’importance accordée à la probité financière comme condition indispensable à l’exercice d’une fonction représentative au sein de la République.

B. Les conséquences de l’inéligibilité sur l’exercice des mandats

La décision prononce l’inéligibilité de l’intéressé « à tout mandat pour une durée d’un an » à compter de la date du présent jugement souverain. Cette mesure de police électorale limite temporairement les droits politiques du candidat pour corriger le trouble causé par son non-respect du droit positif. La notification de la décision aux autorités compétentes assure l’effectivité immédiate de la sanction et son inscription au Journal officiel pour l’information des tiers. Le Conseil constitutionnel affirme ainsi sa mission de garant de l’ordre public électoral en écartant les candidats dont la gestion financière demeure invérifiable.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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