Conseil constitutionnel, Décision n° 2023-6255 AN du 30 juin 2023

Le Conseil constitutionnel, par sa décision n° 2023-6255 AN du 29 juin 2023, a examiné la situation électorale d’un candidat aux législatives. Le litige portait sur le financement d’une campagne menée en juin 2022 au sein d’une circonscription d’un département français. La commission chargée du contrôle des comptes de campagne avait rejeté la comptabilité de l’intéressé suite à l’omission d’une dépense. Cette prestation de communication, d’un montant de soixante euros, avait été payée directement par la formation politique investissant le candidat. Le juge constitutionnel devait déterminer si cette irrégularité comptable justifiait à la fois le rejet du compte et une déclaration d’inéligibilité. La juridiction valide le rejet pour manquement formel mais écarte la sanction d’inéligibilité au regard du faible montant engagé. Cette solution repose sur une application rigoureuse des règles de financement (I) tempérée par une appréciation nuancée de la gravité de la faute (II).

I. La sanction objective de l’irrégularité comptable par le juge

A. La rigueur de l’obligation d’exhaustivité des comptes Le code électoral dispose que chaque candidat doit retracer l’ensemble des recettes perçues et des dépenses engagées pour son élection. Cette obligation s’inscrit dans un cadre législatif strict visant à garantir la transparence et l’équilibre financier de la vie politique. Le candidat doit notamment estimer les « avantages directs ou indirects, les prestations de services et dons en nature dont il a bénéficié ». En l’espèce, l’omission concernait une prestation de service technique payée par l’organisation politique ayant investi le candidat pour le scrutin. La méconnaissance de cette règle formelle altère la sincérité du compte de campagne, lequel doit être déposé dans les délais prescrits. L’omission constatée entraîne alors des conséquences juridiques immédiates sur la validité des documents comptables soumis à l’examen de la commission.

B. La validation du rejet pour défaut de description exacte Le juge électoral valide le rejet du compte car le candidat a manqué à son obligation de « description exacte de la totalité des dépenses ». Cette décision confirme que le respect des prescriptions comptables s’impose de manière objective, indépendamment de l’importance relative des sommes omises. Le Conseil constitutionnel estime que « c’est à bon droit » que l’autorité administrative a rejeté le document comptable présenté par le candidat. Par conséquent, le rejet constitue la sanction automatique d’une irrégularité constatée dans l’établissement des recettes ou des dépenses de l’intéressé. La rigueur de cette solution protège l’intégrité du processus électoral en assurant un contrôle effectif des moyens financiers mobilisés. Si la méconnaissance des règles comptables entraîne le rejet du compte, la sanction personnelle du candidat fait l’objet d’un examen distinct.

II. L’appréciation nuancée de la gravité du manquement constaté

A. La recherche d’un manquement d’une particulière gravité L’article L.O. 136-1 prévoit l’inéligibilité uniquement en cas de « volonté de fraude ou de manquement d’une particulière gravité » aux règles de financement. Le juge constitutionnel dispose d’un pouvoir d’appréciation souverain pour mesurer l’impact de l’irrégularité sur la moralité ou la sincérité du scrutin. Cependant, l’absence de dissimulation délibérée ou de manoeuvres frauduleuses écarte l’application de cette mesure de retrait de la vie politique. Le contrôle juridictionnel s’attache donc à distinguer l’erreur matérielle involontaire de la violation caractérisée des principes fondamentaux du droit électoral. L’examen de la matérialité des faits permet au juge de déterminer la portée de la sanction au regard des enjeux financiers.

B. La mise en œuvre du principe de proportionnalité Dans cette espèce, le montant de soixante euros est jugé insuffisant pour justifier une mesure d’inéligibilité à l’encontre du candidat. Le Conseil constitutionnel affirme que « l’irrégularité commise, pour regrettable qu’elle soit, n’est pas de nature à entraîner le prononcé d’une inéligibilité ». Cette clémence repose sur le caractère minime de l’omission, laquelle n’a pas pu fausser l’équilibre général du compte de campagne. Ainsi, la juridiction consacre une approche pragmatique permettant d’adapter la sévérité de la sanction à la réalité financière de la faute. La décision n° 2023-6255 AN renforce la protection du droit de suffrage en évitant des exclusions automatiques pour des faits véniels.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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