Conseil constitutionnel, Décision n° 2024-6358 AN du 17 janvier 2025

Le Conseil constitutionnel a été saisi d’une requête tendant à l’annulation des opérations électorales auxquelles il a été procédé dans une circonscription départementale française. Une candidate évincée conteste l’élection d’un député en invoquant une confusion entretenue sur l’investiture politique de ce dernier lors de la campagne. La requérante sollicite l’annulation du scrutin et le prononcé d’une inéligibilité, arguant que l’usage indû de références à une coalition a altéré la sincérité du vote. La question posée aux juges réside dans l’appréciation du caractère frauduleux de l’usage d’étiquettes politiques sans investiture officielle au regard de l’information des électeurs. Le Conseil rejette la requête en estimant que les mentions litigieuses « n’ont pu induire en erreur les électeurs » compte tenu de la notoriété du litige. L’analyse de la solution implique d’étudier d’abord la matérialité des supports de communication avant d’apprécier la portée de la transparence politique sur le résultat électoral.

I. L’appréciation concrète de l’absence de manœuvre trompeuse

A. La distinction visuelle des supports de communication

Le juge électoral doit vérifier si des manœuvres ont été « susceptibles de tromper les électeurs sur la réalité de l’investiture des candidats » par les partis. L’examen des documents de propagande révèle l’usage d’un logo mentionnant un mouvement politique en « grands caractères » mais dans une police distincte de l’officielle. Cette différence visuelle interdit de conclure à une volonté délibérée de provoquer une méprise chez le votant moyennement attentif lors de son passage aux urnes.

B. L’absence d’altération caractérisée de la sincérité du scrutin

L’irrégularité alléguée n’entraîne l’annulation que si elle a « affecté » l’issue du scrutin, ce qui nécessite une analyse de l’écart de voix constaté entre les candidats. Le Conseil constitutionnel souligne que la connaissance de la situation par les électeurs empêche la création d’une confusion telle que les résultats en auraient été modifiés. La sincérité du vote est ainsi préservée malgré l’ambiguïté de certains affichages apposés tardivement durant la période de la campagne électorale officielle du second tour. Cette absence d’effet sur le scrutin s’explique largement par la visibilité médiatique du conflit d’investiture entourant la candidature du député sortant.

II. La neutralisation de la confusion par la transparence du débat politique

A. La connaissance effective de la situation politique par les électeurs

Le juge relève que le refus d’investiture opposé au candidat élu a fait l’objet d’une « large publicité » au sein de la circonscription électorale concernée. Ce constat s’appuie sur l’existence d’un débat public intense, relayé par la presse nationale, concernant les soutiens politiques réels dont disposait effectivement le député sortant. L’information des citoyens neutralise le risque de tromperie, puisque ces derniers étaient en mesure de comprendre la dissidence du candidat face à son ancienne formation politique.

B. L’interprétation restrictive des manœuvres justifiant l’inéligibilité

L’article L.O. 136-3 du code électoral permet de déclarer inéligible le candidat ayant accompli des « manœuvres frauduleuses » portant atteinte à la sincérité du scrutin législatif. Le Conseil estime que les faits invoqués ne présentent pas ce caractère de gravité, écartant ainsi toute sanction personnelle à l’encontre du candidat dont l’élection est maintenue. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la candidate doit être rejetée conformément aux principes régissant le contentieux électoral.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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