Conseil constitutionnel, Décision n° 2024-6376 AN du 13 février 2025

Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2024-6376 AN du 13 février 2025, a statué sur une contestation relative aux élections législatives de juin et juillet 2024. Le litige porte sur la validité du scrutin au regard d’une polémique médiatique tardive, de messages numériques litigieux et de dégradations matérielles subies par un candidat. Le requérant a déposé son recours le 18 juillet 2024 suite à son échec pour remporter le siège lors du second tour des opérations électorales. La défense a produit ses observations durant l’automne 2024, l’un des membres du siège s’étant abstenu de participer au délibéré de cette affaire électorale. La question de droit soulevée concerne l’influence d’éléments nouveaux de polémique électorale et de dégradations d’affichage sur la sincérité du vote des citoyens de la circonscription. Le juge constitutionnel rejette la requête en estimant que les faits invoqués n’ont pas empêché une libre discussion ou n’ont pas présenté un caractère massif déterminant. La solution du juge repose sur l’analyse de la liberté de discussion électorale complétée par une évaluation matérielle de la régularité du scrutin législatif.

I. La protection de la liberté de discussion électorale

A. Le cadre temporel de la polémique médiatique Le juge électoral rappelle que l’article L. 48-2 du code électoral interdit la diffusion tardive d’éléments de polémique empêchant une réponse utile des adversaires. En l’espèce, un article mis en ligne l’avant-veille du premier tour rapportait des propos anciens tenus par le requérant sur un blog de sa responsabilité. Le Conseil estime que cette publication, intervenue le vendredi, laissait au candidat la possibilité de répondre durant la campagne officielle du second tour de scrutin. Ces imputations « ne peuvent être regardées comme ayant excédé les limites de la polémique électorale », préservant ainsi le principe fondamental de la libre confrontation des idées.

B. La portée limitée des publications numériques Le requérant dénonçait des indications mensongères concernant son parcours politique, diffusées sur un réseau social par un ancien membre du Parlement la veille du vote. Le Conseil constitutionnel écarte ce grief en soulignant que la réalité de cette circonstance n’est pas établie avec certitude par les pièces versées au dossier. La décision précise que cet acte, à le supposer avéré, ne pouvait modifier l’issue du vote « eu égard à l’écart de voix constaté » entre les candidats. Cette approche pragmatique, privilégiant la stabilité des résultats, justifie l’examen approfondi de la matérialité des faits reprochés lors de la campagne électorale au sein de la circonscription.

II. L’appréciation matérielle de la régularité du scrutin

A. L’exigence de gravité des atteintes à l’affichage Le grief relatif aux affiches électorales détériorées ou recouvertes sur les panneaux réservés fait l’objet d’un examen attentif de la part du Conseil constitutionnel. L’instruction n’a pas permis de démontrer que ces dégradations présentaient un caractère massif susceptible de fausser la perception des électeurs sur l’ensemble du territoire concerné. Le juge souligne par ailleurs que le requérant n’apporte pas la preuve qu’il « aurait été dans l’impossibilité de faire remplacer les affiches » ainsi dégradées. Cette exigence de diligence de la part des candidats limite la portée des actes de vandalisme isolés qui ne sauraient remettre en cause l’élection acquise.

B. La préservation de la sincérité des résultats Le rejet global de la requête illustre la volonté du Conseil de protéger la sincérité du scrutin contre des allégations dépourvues d’un impact électoral démontrable. Les faits de la cause, bien que regrettables sur le plan de la courtoisie politique, ne constituent pas des manœuvres frauduleuses au sens du droit électoral. La décision confirme que l’annulation d’une élection requiert une influence directe et certaine sur le résultat final, conformément aux dispositions de la Constitution française. La stabilité du mandat législatif demeure préservée tant que les irrégularités invoquées n’atteignent pas un seuil de gravité suffisant pour masquer l’opinion réelle.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

Maître Kohen, avocat à Paris en droit pénal et droit du travail, accompagne ses clients avec rigueur et discrétion dans toutes leurs démarches juridiques, qu'il s'agisse de procédures pénales ou de litiges liés au droit du travail.

En savoir plus sur Kohen Avocats

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture