Conseil constitutionnel, Décision n° 2025-6458 AN du 20 juin 2025

Le Conseil constitutionnel a rendu, le 20 juin 2025, une décision marquante relative au contentieux du financement des élections législatives. Cette affaire concerne le rejet du compte de campagne d’une candidate ayant concouru dans la quatrième circonscription du département de la Drôme.

L’intéressée n’avait pas ouvert de compte bancaire spécifique pour retracer l’intégralité de ses opérations financières électorales. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a rejeté ce compte par une décision datée du 9 janvier 2025. Cette autorité administrative a ensuite saisi le juge constitutionnel afin de statuer sur l’éventuelle inéligibilité de la candidate évincée.

Le litige porte sur la qualification juridique d’une telle omission matérielle au regard des exigences impératives de transparence financière. La méconnaissance de l’obligation de détenir un compte bancaire unique constitue-t-elle un manquement d’une particulière gravité justifiant une sanction d’inéligibilité ?

Le Conseil constitutionnel confirme le rejet du compte et prononce une inéligibilité d’un an à l’encontre de la candidate négligente. L’analyse juridique portera sur l’impératif de transparence bancaire avant d’envisager la sévérité de la sanction retenue par la juridiction.

I. L’impératif de transparence bancaire dans le financement électoral

A. L’obligation rigoureuse de détention d’un compte unique

L’article L. 52-6 du code électoral impose au mandataire financier l’ouverture d’un « compte bancaire ou postal unique retraçant la totalité de ses opérations financières ». Cette règle constitue le pilier fondamental du contrôle exercé par l’administration sur les ressources et les dépenses des candidats.

L’unicité du compte bancaire permet d’assurer une traçabilité parfaite des flux monétaires engagés pendant toute la période de la campagne électorale. Les juges rappellent que l’intitulé du compte doit préciser la qualité de mandataire financier pour le candidat nommément désigné. Le respect de cette formalité garantit la sincérité des recettes perçues ainsi que la réalité des dépenses effectivement engagées.

B. Le constat d’une omission matérielle caractérisée

Dans cette espèce, le manquement est établi par l’absence totale d’ouverture d’un instrument bancaire dédié par le mandataire de la candidate. L’intéressée n’a produit aucune observation devant le Conseil constitutionnel pour justifier cette violation flagrante des dispositions impératives du code électoral.

Le Conseil constitutionnel affirme que « c’est à bon droit » que la Commission nationale a rejeté le compte de campagne litigieux. Cette solution s’inscrit dans une jurisprudence constante traitant avec sévérité l’absence d’un support bancaire unique pour les opérations électorales. L’inexistence d’un compte dédié rend impossible toute vérification sérieuse sur l’origine des fonds et le respect des plafonds légaux.

II. La sévérité de la sanction face à la négligence comptable

A. La qualification de manquement d’une particulière gravité

L’article L.O. 136-1 du code électoral permet de déclarer inéligible le candidat coupable d’un « manquement d’une particulière gravité » aux règles de financement. Le juge apprécie souverainement si l’omission procède d’une volonté de fraude ou d’une négligence considérée comme inexcusable.

Le Conseil retient ici la « particulière gravité du manquement » en raison de la nature substantielle de la règle de droit méconnue. La candidate ne pouvait en aucun cas « ignorer la portée » d’une obligation aussi centrale dans le fonctionnement du droit électoral. La violation d’une règle élémentaire de procédure comptable interdit au juge constitutionnel toute forme d’indulgence envers l’auteur de l’omission.

B. La portée dissuasive de l’inéligibilité prononcée

La sanction d’inéligibilité est fixée pour une durée d’un an à compter de la notification de la présente décision de justice. Ce délai réduit témoigne d’une volonté de proportionner la peine tout en affirmant solennellement l’autorité de la réglementation électorale.

Cette décision rappelle à chaque futur candidat l’importance capitale d’un accompagnement rigoureux pour la gestion des flux financiers de campagne. La discipline comptable demeure une condition indispensable de la validité d’une candidature lors d’un scrutin au suffrage universel. Le juge constitutionnel assure ainsi la moralisation de la vie publique par un contrôle exigeant du financement de la vie démocratique.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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