Conseil constitutionnel, Décision n° 2025-6496 AN du 20 juin 2025

Le Conseil constitutionnel, par sa décision numéro 2025-6496 AN du 19 juin 2025, s’est prononcé sur les conséquences juridiques du défaut de dépôt d’un compte de campagne. Un candidat à une élection législative nationale a omis de transmettre ses documents comptables obligatoires dans le délai de dix semaines imparti par la loi électorale. L’autorité de contrôle administrative a saisi le juge après avoir constaté cette carence manifeste malgré un résultat supérieur au seuil minimal des suffrages exprimés requis. L’intéressé soutient n’avoir eu aucune activité financière mais il n’a jamais ouvert le compte bancaire spécifique, rendant ses affirmations invérifiables par les services de l’État. La question juridique consiste à déterminer si l’impossibilité de contrôler la transparence financière d’une campagne constitue un manquement d’une particulière gravité justifiant une mesure d’inéligibilité. Le juge répond par l’affirmative et déclare le requérant inéligible pour trois ans car aucun élément ne permet de justifier cette méconnaissance des obligations légales. L’analyse de cette décision porte d’abord sur la consécration de l’obligation de dépôt avant d’étudier la répression rigoureuse des manquements aux règles de financement.

I. La consécration de l’obligation de dépôt du compte de campagne

A. Le caractère impératif de la transparence financière électorale

Le droit électoral impose que chaque candidat ayant obtenu au moins un pour cent des suffrages établisse un compte de campagne complet et parfaitement équilibré. Ce document doit retracer « selon leur origine, l’ensemble des recettes perçues et, selon leur nature, l’ensemble des dépenses engagées ou effectuées » par l’intéressé. En effet, le dépôt doit intervenir avant le dixième vendredi suivant le premier tour pour permettre un contrôle effectif par l’organe de régulation administrative compétent.

B. L’insuffisance des justifications liées à l’absence de flux financiers

Le requérant tente de justifier son inaction par une absence totale de mouvements financiers sans toutefois pouvoir produire les relevés bancaires obligatoires pour le prouver. Cependant, le juge électoral relève qu’il est « insusceptible de produire les relevés » attestant ses dires faute d’avoir ouvert un compte bancaire auprès d’un établissement. Cette impossibilité matérielle de contrôle fragilise la sincérité du scrutin et conduit la juridiction à prononcer une sanction majeure à l’encontre du candidat négligent.

II. La répression rigoureuse des manquements aux règles de financement

A. La qualification du manquement d’une particulière gravité

La juridiction constitutionnelle fonde sa décision sur la gravité intrinsèque de l’omission qui empêche toute vérification réelle de l’origine des fonds utilisés durant l’élection. Dès lors, l’absence de circonstances particulières justifie la qualification de « particulière gravité » prévue par les dispositions législatives pour sanctionner de tels manquements administratifs majeurs.

B. La portée dissuasive de la déclaration d’inéligibilité triennale

Le prononcé d’une inéligibilité pour une durée de trois ans constitue une mesure proportionnée visant à exclure temporairement les candidats réfractaires aux règles de la République. Ainsi, la décision assure la transparence nécessaire à la vie démocratique tout en rappelant la rigueur absolue attachée au financement des activités politiques dans l’État.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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