Conseil constitutionnel, Décision n° 79-106 DC du 25 juillet 1979

Le Conseil constitutionnel a été saisi le 29 juin 1979 d’une loi organique modifiant certaines dispositions relatives au code électoral français. Ce texte vise à préciser la situation juridique du remplaçant d’un parlementaire lorsque ce dernier intègre les fonctions du pouvoir exécutif. L’autorité de saisine a déféré cette loi au contrôle de constitutionnalité en vertu des articles 46 et 61 de la Constitution de 1958. Il convient de déterminer si le législateur peut autoriser un ancien suppléant à figurer sur la même liste que le titulaire initial. La juridiction valide l’ensemble du dispositif, estimant que la procédure législative et le fond du texte respectent pleinement la norme suprême. L’analyse portera d’abord sur l’encadrement de la candidature du remplaçant sénatorial avant d’étudier la validation de la procédure législative par la juridiction.

I. L’encadrement de la candidature du remplaçant sénatorial

A. La clarification du champ d’application de l’interdiction de candidature

La loi organique clarifie le régime juridique applicable au remplaçant d’un parlementaire appelé à exercer des fonctions au sein du pouvoir exécutif. Le texte prévoit que ce remplaçant peut figurer sur la même liste électorale sans être considéré comme un adversaire du titulaire. Cette mesure évite une application trop stricte de l’interdiction de candidature qui pourrait nuire à la continuité de la vie politique. En effet, la loi précise que l’intéressé « n’est pas réputée faire acte de candidature contre celui-ci » s’ils sont sur la même liste. Cette interprétation législative sécurise le parcours des suppléants tout en respectant l’esprit des mécanismes de remplacement prévus par le code électoral. Elle permet de concilier la loyauté due au titulaire avec le droit fondamental de se porter candidat lors d’un nouveau scrutin.

B. La préservation de la cohérence des listes électorales

La décision du 29 juin 1979 reconnaît la validité d’une exception matérielle au principe général de non-concurrence entre le remplaçant et le titulaire. Le juge constitutionnel admet que l’appartenance à une formation commune écarte logiquement la qualification d’acte de candidature hostile au sens de la loi. Cette souplesse garantit que le mécanisme de suppléance ne devienne pas un obstacle définitif à l’exercice d’un futur mandat pour le remplaçant. Ainsi, la cohérence politique de la liste est préservée car les candidats affichent une solidarité manifeste devant les électeurs de la circonscription. Cette solution assure un équilibre nécessaire entre la protection du titulaire et la liberté d’expression des volontés politiques au sein des assemblées. La reconnaissance de cette exception s’accompagne d’un contrôle rigoureux de la régularité de l’adoption du texte organique par les parlementaires.

II. La validation de la procédure législative organique

A. Le respect des exigences formelles et procédurales constitutionnelles

La juridiction vérifie scrupuleusement que la loi a été adoptée dans la forme exigée par le premier alinéa de l’article 25 constitutionnel. Les juges soulignent que le texte respecte également la procédure particulière prévue par l’article 46 pour l’adoption des lois de nature organique. Ils mentionnent expressément le respect du « quatrième alinéa de cet article » relatif aux délais de réflexion et aux conditions spécifiques du vote. Cette vigilance procédurale est fondamentale car ces normes occupent une place hiérarchique intermédiaire entre la Constitution et les lois ordinaires. Le juge s’assure ainsi que le pouvoir législatif n’a pas contourné les garanties institutionnelles lors de la modification des règles électorales. La conformité externe du texte est totale puisque chaque étape du processus législatif a été rigoureusement suivie par les deux chambres.

B. La portée de la décision sur la stabilité du droit électoral

La décision affirme que le texte examiné « n’est contraire à aucune disposition de la Constitution » après un examen global de sa validité intrinsèque. Cette déclaration de conformité permet l’entrée en vigueur immédiate de la loi et sécurise les futures opérations de renouvellement de la chambre. La portée de cet arrêt réside dans la confirmation de la compétence du législateur organique pour affiner les règles de remplacement parlementaire. Par ailleurs, elle fixe un cadre stable pour les suppléants dont la carrière dépend souvent de la composition changeante du gouvernement. Cette neutralité juridictionnelle préserve la souveraineté nationale s’exprimant à travers le libre choix des électeurs lors des scrutins au suffrage indirect. L’arrêt garantit finalement la sécurité juridique indispensable au bon fonctionnement des institutions démocratiques et à la sérénité des débats électoraux futurs.

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Hassan KOHEN
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Hassan Kohen

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