Cour de justice de l’Union européenne, le 11 novembre 2021, n°C-933/19

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu une décision le 15 juin 2023 concernant le contrôle des compensations financières accordées aux entreprises. Un litige est né d’un contrat de concession conclu entre un État membre et une société privée pour l’exploitation d’un réseau autoroutier national. L’État a versé des indemnités à la suite d’un changement législatif ayant supprimé le paiement de péages par certains usagers de la route. La Commission européenne a estimé que ces paiements constituaient une aide d’État incompatible en raison d’une méthode de calcul générant une surcompensation injustifiée. La société bénéficiaire a alors formé un recours en annulation devant le Tribunal de l’Union européenne pour contester l’ordre de récupération des fonds. Le Tribunal a rejeté ce recours par un arrêt confirmant l’analyse économique de la Commission et la validité de sa décision finale. Un pourvoi a été introduit devant la Cour de justice pour dénoncer une erreur de droit dans l’appréciation du critère de l’avantage. La requérante soutient que les instances précédentes ont ignoré les prévisions contractuelles établies au moment de la signature des conventions d’indemnisation initiales. La Cour de justice énonce que « le pourvoi est rejeté » et valide ainsi la méthodologie employée pour mesurer l’enrichissement réel de l’entreprise. Cette décision permet d’analyser la validation des méthodes d’évaluation de l’avantage économique avant d’envisager les conséquences sur le contrôle des interventions publiques.

I. L’encadrement strict de l’évaluation financière de l’avantage économique

A. La légitimité du recours aux modèles économiques de la Commission

La Cour confirme que la Commission dispose d’une marge d’appréciation pour choisir la méthode de calcul la plus appropriée à la situation. Elle estime que « l’existence d’un avantage économique doit être appréciée par rapport à la situation qui aurait prévalu en l’absence de la mesure ». Les juges considèrent que les autorités européennes peuvent écarter les données nationales si celles-ci ne reflètent pas la réalité économique du marché. Cette approche permet de garantir que la compensation ne dépasse pas ce qui est strictement nécessaire pour couvrir les coûts du service public. La juridiction souligne que toute compensation dépassant le manque à gagner réel doit être qualifiée d’aide d’État au sens des traités européens.

B. L’exclusion des prévisions contractuelles erronées ou obsolètes

L’arrêt précise que la protection des attentes légitimes ne saurait faire obstacle à la récupération d’une aide d’État versée en violation du droit. La Cour rejette l’argument selon lequel les parties pourraient fixer contractuellement une indemnité sans respecter les critères de l’investisseur privé. Elle indique que « toute mesure de compensation doit être fondée sur des données actualisées et vérifiables lors de son octroi effectif par l’État ». La décision assure ainsi une surveillance étroite des transferts financiers publics afin d’éviter toute distorsion de concurrence au sein de l’Union. La rigueur de cette analyse comptable conduit nécessairement à s’interroger sur les garanties offertes aux bénéficiaires face aux décisions de récupération.

II. L’affermissement des obligations de vigilance des opérateurs économiques

A. La limitation du principe de confiance légitime en matière d’aides

Le juge de l’Union exerce un contrôle limité aux erreurs manifestes d’appréciation mais reste intransigeant sur la matérialité des faits présentés. La Cour rappelle que le Tribunal a correctement vérifié si les éléments de preuve permettaient de conclure à l’existence d’un avantage indu. Elle affirme que les calculs de la Commission reposent sur une analyse technique cohérente que la requérante n’a pas réussi à invalider. Cette solution renforce la sécurité juridique en confirmant que les méthodes de calcul des aides sont soumises à des standards économiques très stricts. Un opérateur diligent doit s’assurer que les sommes perçues ne constituent pas un enrichissement sans cause au regard des règles de concurrence.

B. L’efficacité garantie de la procédure de récupération des fonds

La confirmation du rejet du pourvoi démontre la volonté de la Cour de maintenir des conditions de concurrence équitables pour tous les acteurs. Les entreprises bénéficiant de concessions publiques doivent s’attendre à une vérification rigoureuse de la légalité des aides financières perçues auprès des budgets. L’arrêt consacre la prédominance de l’intérêt général européen sur les arrangements contractuels qui pourraient favoriser indûment certaines entités au détriment d’autres. Le dispositif final assure la pleine efficacité des règles du marché intérieur par l’obligation de restitution des sommes qualifiées de surcompensation. La Cour conclut que « la requérante est condamnée à supporter ses propres dépens » ainsi que ceux exposés par l’institution européenne.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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