Cour de justice de l’Union européenne, le 14 novembre 2013, n°C-187/12

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu, le 11 juillet 2013, un arrêt portant sur l’interprétation de la notion d’installations de production sucrière. Le litige opposait des transformateurs de betteraves à l’administration nationale concernant le versement d’aides financières liées à la restructuration d’un secteur industriel en difficulté. Ces entreprises avaient sollicité le bénéfice d’un régime temporaire impliquant le démantèlement complet de leurs sites de fabrication pour percevoir des indemnités compensatrices. Les autorités nationales ont toutefois refusé de prendre en compte certains silos de stockage et de conditionnement dans le calcul de la prime de restructuration. La Commissione tributaria provinciale di Bologna a donc sursis à statuer pour interroger le juge européen sur la portée exacte des règlements communautaires applicables. La question de droit posée résidait dans l’inclusion potentielle des structures de stockage au sein des équipements industriels dont la destruction ouvre droit au financement. La Cour précise que les silos destinés au stockage du sucre du bénéficiaire constituent des installations de production, même s’ils connaissent des usages multiples. Elle exclut en revanche les équipements affectés uniquement au sucre de tiers ou au simple emballage commercial, renvoyant l’appréciation concrète aux juridictions nationales.

**I. Une définition fonctionnelle des installations de production soumises à démantèlement**

L’arrêt s’attache à définir les contours matériels des équipements dont la suppression justifie l’octroi d’une aide financière dans le cadre du plan de restructuration européen.

**A. L’inclusion des silos de stockage liés à la production propre**

Le juge de l’Union adopte une approche pragmatique en intégrant les capacités de stockage dans le périmètre technique des unités de fabrication sucrière ouvrant droit aux aides. Il affirme que « la notion d’installations de production comprend les silos destinés au stockage de sucre du bénéficiaire de l’aide » sans exiger une exclusivité d’usage. Cette interprétation reconnaît le lien intrinsèque existant entre la phase de transformation de la betterave et la conservation immédiate du produit fini au sein de l’usine. L’arrêt précise que l’inclusion demeure valable « indépendamment du fait qu’ils sont aussi employés pour d’autres usages » par l’entreprise concernée au moment de sa demande. Le juge refuse ainsi une lecture restrictive du règlement qui aurait limité l’indemnisation aux seuls instruments de transformation chimique ou mécanique de la matière première.

**B. L’exclusion des activités purement commerciales ou de tiers**

La solution apporte une distinction nette entre l’outil de production proprement dit et les infrastructures dédiées à la logistique commerciale ou aux prestations de services. Ne sont pas visés par l’aide « les silos employés uniquement au stockage de sucre, produit sous quota, entreposé par d’autres producteurs ou acheté à ces derniers ». Cette exclusion préserve les deniers publics en évitant de financer la disparition de capacités de stockage n’appartenant pas structurellement au cycle industriel de l’intéressé. La Cour écarte également du bénéfice de la mesure les installations utilisées « seulement pour le conditionnement ou l’emballage du sucre aux fins de sa commercialisation ». Ces activités sont considérées comme périphériques à la production sucrière et ne justifient pas le versement d’indemnités liées à l’abandon définitif d’un quota de fabrication.

**II. Une validation de l’encadrement juridique du régime de restructuration**

Le juge européen complète son analyse par une validation du cadre normatif tout en déléguant l’application concrète de ses critères aux autorités judiciaires nationales compétentes.

**A. La primauté de l’usage réel sur les caractéristiques techniques**

Le raisonnement européen impose une méthode d’analyse factuelle rigoureuse aux juges du fond qui doivent désormais trancher les litiges individuels selon des critères objectifs. Il incombe à la juridiction nationale d’effectuer une appréciation « au cas par cas, au regard des caractéristiques techniques ou de l’usage réel qui est fait des silos ». Cette consigne empêche l’application d’une présomption automatique de productivité basée uniquement sur la nature physique de la construction ou sur sa dénomination cadastrale initiale. Le droit de l’Union privilégie ainsi la réalité économique de l’exploitation sur les apparences formelles pour déterminer si une structure participe véritablement à l’effort de restructuration. Cette exigence de vérification concrète garantit que chaque aide versée correspond effectivement à un démantèlement de capacités de production actives et conformes aux objectifs communautaires.

**B. La confirmation de la validité des règlements européens**

Le juge européen évacue les doutes portant sur la légalité des normes de base en rejetant les arguments soulevés contre la validité des règlements du Conseil. L’examen des questions n’a « révélé aucun élément de nature à affecter la validité des articles 3 et 4 du règlement n o 320/2006 ». Cette décision renforce la sécurité juridique des opérateurs économiques en stabilisant les conditions d’octroi des fonds structurels prévus pour la réforme du secteur sucrier. La Cour confirme que le législateur de l’Union dispose d’un large pouvoir d’appréciation dans la mise en œuvre de la politique agricole commune et de ses mutations. L’intégrité du dispositif de restructuration est ainsi préservée, assurant une transition ordonnée vers un marché sucrier plus compétitif et moins dépendant des quotas de production.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

Maître Kohen, avocat à Paris en droit pénal et droit du travail, accompagne ses clients avec rigueur et discrétion dans toutes leurs démarches juridiques, qu'il s'agisse de procédures pénales ou de litiges liés au droit du travail.

En savoir plus sur Kohen Avocats

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture