Cour de justice de l’Union européenne, le 16 octobre 2025, n°C-659/24

La Cour de justice de l’Union européenne apporte des précisions essentielles sur le régime des exemptions aux droits antidumping étendus visant les bicyclettes importées. Le litige oppose un importateur à l’administration douanière nationale concernant l’application de seuils quantitatifs mensuels pour bénéficier d’une dispense fiscale spécifique. La juridiction de renvoi sollicite l’interprétation du règlement 88/97 relatif à l’exemption des droits antidumping pour les parties de bicyclettes en provenance de Chine. Elle s’interroge sur la possibilité de cumuler plusieurs motifs d’exemption au sein d’une unique autorisation de destination particulière délivrée par les douanes. Le juge européen doit déterminer si le dépassement du seuil de trois cents unités entraîne la perte totale du bénéfice de l’exemption fiscale. La Cour juge que le cumul des exemptions est possible mais que le respect du seuil quantitatif s’apprécie strictement par type de pièces. L’examen portera sur la flexibilité du régime des autorisations douanières avant d’analyser la rigueur attachée au respect des seuils quantitatifs d’importation.

I. La flexibilité structurelle du régime des exemptions douanières

A. La faculté de cumul des fondements d’exemption

Le juge précise que « l’exemption du droit antidumping étendu peut être combinée, dans la même autorisation de destination particulière, avec une autre exemption ». Cette lecture permet aux opérateurs économiques d’invoquer plusieurs bases légales pour échapper aux taxes sur les parties essentielles de bicyclettes. La réglementation n’impose aucune exclusivité entre les différents motifs d’exemption prévus par les dispositions du règlement de la Commission européenne. Les entreprises peuvent ainsi optimiser leur gestion douanière en sollicitant une autorisation unique couvrant des situations juridiques et matérielles potentiellement distinctes. Cette solution favorise une application pragmatique du droit douanier de l’Union tout en simplifiant les démarches administratives pour les importateurs européens.

B. L’unité de l’autorisation de destination particulière

L’autorisation de destination particulière constitue le support juridique global permettant de bénéficier des dispenses de droits antidumping sur le territoire européen. La Cour souligne que cette autorisation « peut prévoir une exemption pour moins de 300 unités par type de parties essentielles de bicyclettes ». Le document unique délivré par les autorités douanières suffit à cristalliser les droits de l’importateur pour l’ensemble de ses opérations mensuelles. Cette unité administrative ne fait pas obstacle à la diversité des régimes d’exemption sollicités par le titulaire pour ses différents produits. La souplesse reconnue à l’architecture de l’autorisation douanière garantit ainsi une certaine agilité économique aux acteurs du secteur du cycle. Une fois ces modalités structurelles définies, il convient d’aborder les limites quantitatives strictes régissant l’octroi effectif de la dispense fiscale.

II. La rigueur quantitative attachée au bénéfice de la dispense

A. L’appréciation globale du seuil par titulaire d’autorisation

Le seuil de moins de trois cents unités s’applique de manière globale pour l’ensemble des clients du titulaire de l’autorisation douanière. La Cour affirme que ce plafond mensuel doit s’entendre « pour l’ensemble des clients du titulaire de cette autorisation » de destination particulière. Cette interprétation évite une fragmentation artificielle des importations qui permettrait de contourner les objectifs de protection commerciale de l’Union européenne. Le titulaire de l’autorisation doit donc veiller à la somme totale des livraisons effectuées pour chaque type de pièces essentielles. Cette règle impose une surveillance constante des flux de marchandises afin de ne pas dépasser les limites fixées par le règlement communautaire. La transparence du marché et la loyauté de la concurrence dépendent directement de cette mesure de contrôle centralisée chez l’importateur agréé.

B. La sanction automatique du dépassement des plafonds mensuels

Le dépassement du seuil quantitatif minimal entraîne l’exclusion irrémédiable du bénéfice de l’exemption fiscale pour les déclarations d’importation concernées. Le juge énonce qu’une partie qui livre « plus de 299 unités par mois ne bénéficie d’aucune exemption de droits antidumping étendus ». Cette sanction ne souffre aucune dérogation dès lors que le volume de pièces livrées franchit la limite fixée par le texte. L’exemption devient caduque pour la totalité des marchandises déclarées si le quota mensuel est atteint par l’opérateur économique imprudent. Cette rigueur assure une application uniforme de la politique commerciale commune et prévient les risques de fraude ou d’évasion douanière. La décision de la Cour de justice de l’Union européenne du 21 décembre 2025 sécurise ainsi le cadre juridique des échanges internationaux.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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