La Cour de justice de l’Union européenne, par un arrêt rendu le 21 mars 2013, clarifie le régime des exonérations de la taxe sur la valeur ajoutée. L’affaire concerne l’application territoriale des avantages fiscaux accordés aux navires de commerce effectuant des prestations de transport rémunéré ou des activités maritimes. Un État membre avait transposé la directive communautaire en omettant de conditionner l’exonération fiscale à une navigation effective dans les eaux internationales ou en haute mer. L’institution chargée de veiller au respect des traités a considéré que cette législation nationale restreignait indument la base d’imposition commune de la taxe. Elle a donc saisi la juridiction européenne d’un recours en manquement afin de faire constater la violation des obligations issues du droit de l’Union. Le juge devait déterminer si l’affectation à la navigation en haute mer constitue une condition sine qua non pour bénéficier des exonérations prévues. La Cour affirme que les dispositions européennes imposent rigoureusement ce critère géographique pour les livraisons, les transformations et l’avitaillement des bateaux concernés par l’activité. Cette lecture textuelle et stricte des conditions d’exonération permet d’assurer une harmonisation fiscale efficace tout en encadrant les compétences des autorités nationales.
I. L’interprétation textuelle et stricte des conditions d’exonération
A. La primauté du critère de la navigation en haute mer
Les juges soulignent que l’article 148 de la directive relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée subordonne l’exonération à des critères précis. Ce texte européen vise les opérations d’avitaillement et de livraison pour les navires affectés à la navigation en haute mer et assurant un trafic rémunéré. La décision précise qu’il ne suffit pas qu’un bateau soit utilisé pour le commerce pour échapper à l’imposition lors de son achat ou entretien. L’omission de cette condition géographique par le code fiscal national constitue une interprétation extensive incompatible avec les objectifs de neutralité du législateur européen. Cette rigueur textuelle assure que seuls les navires opérant réellement au-delà des eaux territoriales bénéficient d’un avantage fiscal justifié par la concurrence internationale.
B. Le rejet de l’activité commerciale comme critère exclusif
L’État défendeur soutenait que la nature commerciale de l’exploitation suffisait pour caractériser le droit à l’exonération des opérations visées par son code national. La Cour rejette cet argument en rappelant que les exceptions au principe général de taxation doivent faire l’objet d’une lecture étroite et précise. Elle constate que l’administration nationale a manqué à ses obligations « en ne subordonnant pas l’exonération » à « l’exigence d’une affectation à la navigation ». Cette position interdit aux États membres d’élargir le champ des exemptions par des critères fonctionnels qui ignorent la localisation géographique de la navigation. Le juge européen préserve ainsi l’intégrité de la base d’imposition commune en limitant les dérogations aux seules hypothèses formellement prévues par les textes européens. L’interprétation stricte du texte conduit naturellement à interroger l’étendue des compétences étatiques dans la mise en œuvre des règles de fiscalité commune européenne.
II. L’encadrement de l’autonomie fiscale des États membres
A. La limitation du pouvoir discrétionnaire de transposition
La solution retenue illustre la volonté de la juridiction de restreindre la marge de manœuvre dont disposent les autorités nationales lors de la rédaction. Bien que la transposition d’une directive offre une certaine liberté de forme, elle ne permet pas de modifier la substance des conditions d’octroi. L’arrêt confirme que les notions juridiques employées dans la directive possèdent une portée autonome qui s’impose uniformément à l’ensemble des pays de l’Union. En sanctionnant l’État, la Cour rappelle que l’harmonisation fiscale exige une application rigoureuse des définitions communautaires pour éviter toute distorsion de concurrence. Le respect de la lettre du droit européen prime sur les traditions administratives locales qui chercheraient à simplifier ou à étendre les régimes fiscaux.
B. Les conséquences pour la conformité du droit fiscal national
La condamnation prononcée oblige le législateur national à modifier ses dispositions internes pour intégrer la condition de navigation en haute mer pour les navires. Cette exigence de conformité immédiate se traduit par une modification nécessaire des pratiques administratives pour garantir la sécurité juridique des différents opérateurs maritimes. La portée de cet arrêt s’étend au-delà du seul domaine maritime en réaffirmant le caractère impératif de chaque terme technique utilisé dans les directives. Les opérateurs économiques disposent désormais d’un cadre juridique clarifié mais restrictif, limitant les risques d’insécurité liés à une transposition nationale trop approximative. Cette décision renforce enfin la sécurité des échanges au sein du marché unique en garantissant une application identique des règles de taxation de l’Union.