Cour de justice de l’Union européenne, le 22 novembre 2017, n°C-691/15

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu, le 22 novembre 2017, une décision fondamentale concernant la classification des produits chimiques. Le litige portait sur le brai de goudron de houille, une substance complexe issue de la distillation de matières industrielles spécifiques. L’autorité compétente avait classé ce résidu parmi les substances présentant une toxicité aquatique aiguë et chronique de la catégorie la plus élevée. Des opérateurs économiques ont alors saisi la juridiction de première instance afin d’obtenir l’annulation de cet acte administratif jugé erroné. Les juges ont accueilli ce recours en raison d’une analyse incomplète des caractéristiques physiques de la matière concernée. L’institution administrative a formé un pourvoi devant la Cour de justice pour contester cette interprétation des obligations pesant sur elle. Le débat juridique repose sur la nécessité d’intégrer les données relatives à la solubilité réelle lors de l’application d’une méthode mathématique. La juridiction supérieure rejette le pourvoi et confirme l’annulation de la classification en raison d’un manque de diligence de l’administration. Cette décision met en lumière la soumission de la méthode de la somme au principe de diligence avant d’analyser la rigueur du contrôle juridictionnel.

I. La soumission de la méthode de la somme au principe de diligence

A. Le caractère subsidiaire des critères méthodologiques rigides

La classification des mélanges dangereux s’effectue selon une démarche par étapes définie par les règlements techniques relatifs aux produits chimiques. La méthode de la somme intervient lorsque les données disponibles ne permettent pas de tester directement le mélange ou d’utiliser l’extrapolation. Ce système repose sur le calcul des concentrations des constituants multipliées par un facteur de toxicité pour refléter leur dangerosité environnementale. L’approche permet d’exploiter toutes les informations existantes afin de garantir un niveau de protection élevé pour la santé et le milieu aquatique. Elle implique toutefois une simplification technique notable en présumant que les composants du produit sont entièrement solubles dans l’eau lors de l’évaluation. Les règles en vigueur n’interdisent pas expressément de recourir à d’autres critères pertinents pour affiner cette analyse mathématique initiale et abstraite.

B. L’exigence d’une prise en compte des propriétés physicochimiques réelles

L’administration est tenue d’examiner avec soin et impartialité tous les éléments du cas d’espèce sur lesquels son appréciation scientifique se fonde. Dans cette affaire, la décision reposait sur l’hypothèse qu’une fraction significative de la substance pouvait se dissoudre totalement dans le milieu. Or, les documents techniques révélaient que le taux de solubilité réel était des milliers de fois inférieur à cette valeur purement théorique. La Cour précise que l’autorité administrative « n’est pas tenue de limiter son appréciation aux seuls éléments expressément visés » par le texte. L’omission volontaire de cette donnée physique constitue un manquement à l’obligation de diligence inhérente au principe de bonne administration des institutions. Cette exigence de réalité scientifique justifie un examen attentif de la part des juges sur les méthodes employées par l’autorité compétente.

II. La rigueur du contrôle juridictionnel sur les évaluations complexes

A. La reconnaissance d’une erreur manifeste par omission d’éléments pertinents

Le juge exerce un contrôle restreint sur les évaluations techniques complexes tout en vérifiant le respect des garanties procédurales par l’administration. Il doit s’assurer que l’autorité a pris en considération toutes les circonstances pertinentes afin de fonder sa décision sur des bases solides. En l’espèce, la juridiction estime que la classification fondée « sur la base de ses constituants » méconnaît le comportement chimique global de la matière. La Cour valide le raisonnement du Tribunal de l’Union européenne qui avait identifié une erreur manifeste d’appréciation dans la méthode de calcul. Le contrôle juridictionnel ne se substitue pas à l’expertise scientifique mais sanctionne l’absence de cohérence logique entre les faits et la norme. Cette exigence de rigueur assure la protection des droits des administrés face à des mesures restreignant l’usage de substances industrielles essentielles.

B. La préservation de la fiabilité des classifications environnementales

L’arrêt renforce la portée du principe de diligence dans le processus de production des normes techniques au sein de l’Union européenne. Les futures évaluations devront intégrer la stabilité et la faible hydrosolubilité des substances complexes pour éviter des classifications erronées ou injustifiées. Cette jurisprudence protège les intérêts économiques des entreprises sans pour autant affaiblir les objectifs de préservation de l’environnement et de santé publique. Elle invite les autorités à une plus grande prudence lors de l’utilisation de méthodes simplifiées pour des produits aux caractéristiques atypiques. La solution confirme que la protection juridique des citoyens dépend de la qualité et de l’exhaustivité de l’instruction menée par les services administratifs. L’arrêt marque ainsi une étape importante vers une meilleure articulation entre le droit administratif général et les réglementations sectorielles hautement techniques.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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