Cour de justice de l’Union européenne, le 25 octobre 2012, n°C-164/11

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu une décision constatant le manquement d’un État membre à ses obligations fondamentales. Le litige porte sur l’application de la directive 2003/96/CE organisant la taxation des produits énergétiques et de l’électricité au sein du marché unique. Les autorités nationales ont maintenu un dispositif fiscal incompatible avec le droit de l’Union au-delà des délais de grâce initialement accordés. Le recours en manquement a été introduit afin de sanctionner cette inertie législative persistante malgré les avertissements préalables des institutions européennes. La question posée au juge consistait à savoir si le maintien du régime national après la période transitoire violait les traités. La Cour répond par l’affirmative en soulignant que l’État n’a pas pris « les dispositions nécessaires pour adapter son système de taxation de l’électricité ». L’analyse de cette solution exige d’étudier la caractérisation du manquement législatif (I) avant d’apprécier la rigueur liée à l’expiration du délai transitoire (II).

**I. La reconnaissance d’un manquement législatif objectif**

**A. Le constat de l’absence de mesures d’adaptation nationales**

La juridiction européenne relève en premier lieu une carence manifeste dans l’exercice de la compétence normative de l’État membre concerné. La transposition des directives constitue une obligation de résultat dont le non-respect engage la responsabilité de la puissance publique devant l’Union. Le juge affirme qu’en « ne prenant pas les dispositions nécessaires pour adapter son système », l’autorité nationale a failli à sa mission. Ce constat d’omission suffit à établir l’infraction sans qu’il soit nécessaire de démontrer l’existence d’un préjudice spécifique ou d’une mauvaise foi. La sécurité juridique des opérateurs économiques dépend directement de la conformité des règles fiscales nationales aux exigences minimales fixées par le législateur européen.

**B. La violation des obligations de conformité au cadre européen**

L’harmonisation fiscale des produits énergétiques est un pilier essentiel pour garantir une concurrence non faussée entre les entreprises du marché intérieur. La directive de 2003 impose des niveaux minima d’imposition que chaque membre doit impérativement intégrer dans son propre arsenal législatif et réglementaire. En conservant des modalités de taxation divergentes, l’État a manqué « aux obligations qui lui incombent en vertu de cette directive ». La primauté de la norme européenne interdit le maintien de dispositions internes contraires aux objectifs clairs de restructuration du cadre fiscal énergétique. Cette solution rappelle que la souveraineté fiscale des États demeure strictement encadrée par les engagements souscrits lors de l’adhésion aux traités.

**II. La rigueur attachée à l’expiration de la période transitoire**

**A. Le dépassement irrémédiable du délai de mise en œuvre**

L’arrêt s’appuie principalement sur le calendrier contraignant défini lors de l’adoption de la norme européenne pour justifier la condamnation prononcée. L’article 18 de la directive offrait pourtant une souplesse temporelle permettant une transition en douceur vers le nouveau régime de taxation. La Cour observe cependant que la violation persiste « malgré l’expiration de la période transitoire prévue à l’article 18, paragraphe 10, second alinéa ». L’arrivée à échéance de ce terme transforme l’inaction administrative en une faute juridique irrémédiable aux yeux du droit de l’Union européenne. Les difficultés internes de mise en œuvre ne peuvent être invoquées pour justifier le non-respect d’un délai dont la durée était parfaitement connue.

**B. La sanction de l’inertie étatique et sa portée juridique**

La décision de justice impose désormais une mise en conformité immédiate de la législation nationale sous peine de sanctions pécuniaires lourdes. La condamnation aux dépens souligne la position de faiblesse de l’État membre qui n’a pas su anticiper la fin de son régime dérogatoire. Ce jugement possède une portée déclarative forte car il permet aux justiciables d’invoquer directement les dispositions claires de la directive devant leurs tribunaux. Le juge européen confirme ainsi que les périodes transitoires marquent une limite absolue que la volonté politique nationale ne saurait franchir sans conséquences. L’équilibre du marché de l’électricité impose une rigueur fiscale uniforme que le respect scrupuleux des dates limites de transposition vient utilement garantir.

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Hassan KOHEN
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