Cour de justice de l’Union européenne, le 27 mai 2024, n°C-785/22

L’arrêt rendu par la Cour de justice de l’Union européenne le dix-huit janvier deux mille vingt-quatre apporte des précisions sur la recevabilité du pourvoi. Cette décision s’inscrit dans le cadre du contentieux lié au personnel des missions civiles relevant de la politique de sécurité et de défense commune. Le litige oppose une mission internationale à l’un de ses anciens collaborateurs concernant le versement d’indemnités pour des préjudices matériels et moraux subis. Le Tribunal de l’Union européenne a d’abord statué par défaut en condamnant la mission après avoir constaté son absence lors de la procédure initiale. Face à cette condamnation, la mission a déposé une opposition devant le juge du fond tout en introduisant simultanément un pourvoi devant la Cour. La partie adverse a soulevé une exception d’irrecevabilité en soutenant que le pourvoi ne peut être exercé tant que l’opposition demeure en cours d’examen. La Cour devait décider si un arrêt par défaut peut faire l’objet d’un pourvoi alors qu’une procédure de rétractation est déjà engagée par le requérant. Le juge de l’Union a finalement rejeté le pourvoi en soulignant l’impossibilité de contester une décision n’ayant pas encore acquis un caractère définitif et irrévocable. Cette solution invite à analyser l’irrecevabilité du pourvoi face à l’opposition concurrente puis à observer la préservation nécessaire de la cohérence de l’ordre juridique.

**I. L’irrecevabilité du pourvoi en présence d’une procédure d’opposition concurrente**

**A. Le caractère non définitif de l’arrêt rendu par défaut** La Cour de justice précise que le pourvoi n’est recevable que contre les décisions du Tribunal qui terminent l’instance ou tranchent un incident de procédure. L’arrêt rendu par défaut ne saurait être qualifié de décision définitive au sens de l’article cinquante-six du statut tant qu’une opposition reste possible. Le juge souligne que « l’exercice d’un recours en opposition a pour effet de rouvrir l’instance devant le Tribunal » sur les points de fait et de droit. Cette réouverture de l’instance prive l’arrêt attaqué de la stabilité juridique requise pour permettre l’intervention immédiate de la juridiction supérieure de l’Union européenne.

**B. La primauté de la voie de l’opposition devant le juge du fond** L’opposition constitue une voie de recours de rétractation qui permet à la juridiction ayant statué de corriger elle-même les éventuelles erreurs nées de la défaillance. La primauté accordée à cette voie garantit le respect du double degré de juridiction en assurant qu’un débat contradictoire complet puisse enfin avoir lieu. La Cour affirme que l’admission d’un pourvoi parallèle rendrait inopérante la procédure d’opposition spécifiquement prévue par les textes régissant le fonctionnement du Tribunal. La protection des droits de la défense commande ainsi de privilégier le retour devant le juge initial avant toute critique portant sur le droit applicable.

**II. Une solution au service de la cohérence de l’ordre juridique de l’Union**

**A. La prévention du risque de décisions contradictoires** L’interdiction des recours simultanés devant deux instances distinctes répond à un impératif de sécurité juridique pour l’ensemble des parties au procès européen. Le juge souhaite éviter que deux juridictions ne se prononcent en même temps sur les mêmes griefs avec le risque de solutions divergentes ou incompatibles. En effet, « l’existence de deux procédures parallèles devant les deux juridictions de l’Union » constituerait un obstacle majeur à la bonne administration de la justice. Cette concentration des voies de recours assure une gestion ordonnée du contentieux en évitant la dispersion inutile des moyens de défense par les plaideurs.

**B. L’encadrement strict des conditions d’accès au juge de cassation** La décision renforce le rôle de la Cour comme juge de cassation intervenant uniquement sur des décisions ayant acquis une autorité de chose jugée incontestable. Elle rappelle que le pourvoi est une voie de droit extraordinaire qui ne peut être utilisée de manière prématurée pour contourner les procédures de fond. Le rejet du pourvoi confirme la volonté du juge de l’Union de maintenir une distinction claire entre l’examen des faits et le contrôle de légalité. Cette rigueur procédurale garantit l’efficacité du système juridictionnel en protégeant la Cour contre l’encombrement par des recours dépourvus de base juridique solide.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

Maître Kohen, avocat à Paris en droit pénal et droit du travail, accompagne ses clients avec rigueur et discrétion dans toutes leurs démarches juridiques, qu'il s'agisse de procédures pénales ou de litiges liés au droit du travail.

En savoir plus sur Kohen Avocats

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture