Cour de justice de l’Union européenne, le 30 janvier 2024, n°C-471/22

La Cour de justice de l’Union européenne, par une décision du 6 octobre 2025, définit les conditions de recouvrement des aides financières européennes indûment perçues. Ce litige s’inscrit dans le cadre d’un programme opérationnel de transport suite à la découverte d’irrégularités majeures lors de la gestion des deniers publics. L’institution compétente a adopté un acte le 27 juillet 2021 annulant une partie du financement après avoir identifié des manquements dans les procédures de passation. Les autorités de l’État membre ont ensuite émis un titre de recouvrement afin de réclamer les sommes versées auprès de l’entité bénéficiaire du projet. Le tribunal administratif de Sofia, saisi d’un recours contre cet acte, s’interroge sur la validité de la décision européenne et sur les garanties procédurales requises. Le problème juridique porte sur la conciliation entre la force obligatoire des décisions européennes et le respect du droit fondamental à une protection juridictionnelle effective. La Cour confirme la validité de l’acte de l’institution et exige une procédure nationale permettant au bénéficiaire de « faire connaître de manière utile et effective ses observations ». La réflexion portera sur l’instauration d’une procédure administrative nationale respectueuse du contradictoire avant d’analyser l’exercice du contrôle juridictionnel sur l’acte européen.

**I. L’encadrement de la procédure nationale de recouvrement des fonds**

*A. L’exigence d’une procédure administrative nationale autonome*

L’article 98 du règlement 1083/2006 impose aux autorités nationales de procéder au recouvrement des contributions financières de l’Union en cas d’irrégularités constatées par l’institution. Cette mission doit s’exercer dans le cadre d’une « procédure administrative autonome » garantissant une application rigoureuse des règles budgétaires européennes sur le territoire de l’État. L’administration compétente dispose d’une marge de manœuvre pour organiser les modalités techniques de la récupération des fonds tout en respectant les principes de bonne administration. Le juge européen souligne que cette autonomie procédurale permet d’adapter la sanction à la situation spécifique du bénéficiaire sans compromettre l’efficacité des corrections financières. Cette phase administrative constitue le socle nécessaire à la protection des intérêts financiers de l’Union face aux carences constatées dans la gestion des projets publics. L’indépendance des instances nationales dans la conduite de cette instruction s’accompagne nécessairement d’une obligation de garantir la participation effective de l’intéressé à la procédure.

*B. Le respect impératif du droit du bénéficiaire à être entendu*

Le respect des droits de la défense constitue une condition de légalité impérative pour tout acte national appliquant une correction financière décidée par l’autorité européenne. La Cour précise que les autorités doivent s’assurer que le bénéficiaire a pu présenter ses arguments de manière concrète avant l’adoption du titre de perception. L’effectivité de ce droit impose que l’intéressé reçoive une information complète sur les griefs retenus afin de pouvoir « faire connaître de manière utile et effective ses observations ». Cette garantie protège le sujet de droit contre les erreurs manifestes d’appréciation tout en renforçant la transparence de l’action publique dans la gestion des fonds. L’égalité des armes entre l’administration et le bénéficiaire assure une protection contre les décisions arbitraires prises au cours de la mise en œuvre des sanctions. L’exigence d’un débat contradictoire au stade administratif conditionne la régularité de la procédure de recouvrement avant tout examen approfondi de la validité du fond.

**II. L’organisation du contrôle juridictionnel face aux actes de l’Union**

*A. La force contraignante de la décision européenne devant le juge national*

L’article 47 de la Charte ne s’oppose pas à ce qu’une juridiction nationale soit liée par une décision définitive de l’institution annulant une aide financière. Cette force obligatoire garantit l’unité de l’ordre juridique européen en empêchant les juridictions des États membres de remettre en cause unilatéralement les actes de l’Union. Le juge national doit appliquer les constatations de l’institution compétente dès lors que l’acte européen n’a pas fait l’objet d’un recours en annulation fructueux. Cette liaison juridique assure une sécurité nécessaire dans les relations budgétaires entre l’Union européenne et les administrations responsables de la mise en œuvre des programmes. La stabilité du système de contrôle repose sur cette présomption de légalité attachée aux décisions administratives devenues définitives suite à l’expiration des délais de recours. L’autorité attachée aux actes de l’institution européenne ne prive pas pour autant le juge national de son rôle essentiel de gardien de la légalité.

*B. Le renvoi préjudiciel comme garantie du droit au recours effectif*

Le droit à une protection juridictionnelle effective est pleinement préservé par la faculté offerte au juge national de solliciter une appréciation de validité de l’acte. Si la juridiction saisie « nourrit des doutes concernant la validité » de la décision européenne, elle doit impérativement surseoir à statuer pour interroger la Cour. Ce mécanisme préjudiciel permet de contester indirectement la légalité d’une mesure de l’Union lorsque les voies de recours directes ne sont plus accessibles au bénéficiaire. La Cour de justice demeure la seule instance habilitée à prononcer l’invalidité d’un acte émanant des institutions de l’Union européenne selon une jurisprudence constante. Cette procédure garantit un équilibre entre l’efficacité des politiques budgétaires et le respect des droits fondamentaux des entités soumises au contrôle de l’administration. Le renvoi préjudiciel assure ainsi que chaque justiciable bénéficie d’un contrôle juridictionnel complet sur la régularité des sanctions financières qui lui sont appliquées.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

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