Cour de justice de l’Union européenne, le 30 mai 2013, n°C-397/11

La Cour de justice des Communautés européennes a rendu le 4 juin 2009 un arrêt essentiel relatif à l’interprétation de la directive concernant les clauses abusives. Un professionnel et un consommateur s’étaient liés par un contrat de téléphonie mobile incluant une clause de compétence territoriale fixée au siège de l’entreprise. Suite au non-respect des engagements contractuels par le client, la société a saisi le tribunal désigné par le formulaire prérédigé pour obtenir le paiement. Le juge de première instance a toutefois remis en cause la validité de cette clause en raison de son caractère potentiellement déséquilibré pour le consommateur. La Cour d’appel régionale de Budapest-Environs a ensuite sollicité la Cour de justice afin de préciser ses obligations procédurales face à une stipulation contractuelle abusive. Les juges européens devaient déterminer si une juridiction nationale peut et doit relever d’office le caractère abusif d’une clause contenue dans un contrat de consommation. La Cour répond positivement en imposant au juge d’examiner la validité des clauses dès lors qu’il dispose des éléments de fait et de droit nécessaires. Cette mission de protection active du consommateur par le juge national constitue le premier axe de l’analyse avant d’étudier les conséquences de l’invalidité constatée.

I. L’obligation pour le juge national de relever d’office le caractère abusif d’une clause

A. Le fondement du pouvoir juridictionnel d’examen d’office La Cour souligne que le système de protection instauré par la directive repose sur l’idée que le consommateur se trouve dans une situation de faiblesse. Cette inégalité entre les contractants nécessite une intervention positive du juge pour compenser le déséquilibre structurel existant entre le professionnel et son client non averti. L’arrêt énonce qu’une juridiction nationale saisie en appel doit « apprécier, d’office ou en requalifiant le fondement juridique de la demande, le caractère abusif desdites clauses ». Le juge ne doit donc pas rester passif face à un contrat d’adhésion mais doit rechercher activement l’existence d’éventuels déséquilibres significatifs entre les parties. Cette exigence renforce l’effet utile de la législation européenne en garantissant que les droits des consommateurs ne dépendent pas uniquement de leur propre initiative.

B. Les conditions d’exercice du contrôle de la validité contractuelle Le devoir de relevé d’office s’inscrit toutefois dans le respect des règles de procédure internes qui régissent les pouvoirs du juge lors d’un litige. La Cour précise que ce pouvoir d’examen s’applique dès lors que le juge peut examiner toute cause de nullité ressortant clairement des éléments présentés en instance. Cette précision garantit une cohérence entre le droit communautaire et l’autonomie procédurale des États membres tout en limitant les obstacles à la protection du consommateur. Le juge national devient ainsi le premier garant de l’ordre public de protection européen en écartant les stipulations contractuelles qui méconnaissent les critères de la directive. Cette mission d’investigation d’office prépare l’étape suivante consistant à neutraliser les effets juridiques de la clause reconnue comme abusive au détriment du contractant.

II. Les conséquences impératives de la constatation du caractère abusif

A. L’éviction nécessaire de la clause litigieuse au bénéfice du consommateur Une fois le caractère abusif établi, le juge est « tenu, d’une part, sans attendre que le consommateur présente une demande à cet effet, de tirer toutes les conséquences ». Cette obligation de résultat impose d’écarter purement et simplement la clause pour qu’elle ne produise aucun effet contraignant à l’égard de la partie faible. La Cour insiste sur le fait que la protection doit être effective et immédiate afin de dissuader les professionnels d’insérer de telles clauses dans l’avenir. Le droit national doit offrir les outils nécessaires pour que le consommateur ne soit plus lié par une stipulation qui crée un déséquilibre manifeste. Cette sanction automatique de la nullité assure une protection uniforme sur l’ensemble du territoire européen sans dépendre des connaissances juridiques du client lésé.

B. Le maintien du contrat et la protection effective des intérêts en présence Le juge doit enfin « apprécier, en principe sur la base de critères objectifs, si le contrat concerné peut subsister sans ladite clause » abusive constatée. Cette règle vise à préserver la stabilité contractuelle tout en supprimant uniquement l’élément pathogène qui porte atteinte aux intérêts légitimes du consommateur de bonne foi. L’objectif n’est pas d’annuler systématiquement l’intégralité de la convention mais de restaurer un équilibre juste entre les prestations réciproques des deux parties contractantes. La protection du consommateur se trouve ainsi parfaitement assurée par une action judiciaire proactive qui écarte les abus tout en maintenant le cadre contractuel global. Cette jurisprudence impose aux tribunaux nationaux une vigilance constante pour garantir la primauté des droits fondamentaux du consommateur au sein du marché intérieur.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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