Cour de justice de l’Union européenne, le 7 mars 2013, n°C-182/12

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu le sept mars deux mille treize une décision concernant le régime de l’admission temporaire des véhicules. Le litige opposait un résident d’un État membre à l’administration douanière au sujet du statut d’un véhicule immatriculé dans un pays tiers. Le conducteur utilisait à des fins personnelles une voiture appartenant à une fondation établie hors du territoire douanier de l’Union européenne. Les autorités nationales ont exigé le paiement des droits de douane en l’absence de contrat de travail justifiant cet usage privé. La juridiction de renvoi a interrogé la Cour sur la nécessité d’un tel contrat par rapport à une simple autorisation du propriétaire. La Cour a jugé que l’exonération totale suppose impérativement que l’usage privé soit stipulé dans une convention d’emploi liant l’utilisateur au propriétaire. Cette décision met en lumière la rigueur des conditions d’exonération tout en précisant la portée des autorisations accordées par les propriétaires de véhicules.

I. L’exigence impérative d’un contrat d’emploi pour l’usage privé du véhicule

A. Le primat de la relation de travail sur la simple autorisation

La Cour de justice fonde son raisonnement sur une analyse littérale des dispositions du règlement d’application du code des douanes communautaire. L’utilisateur d’un véhicule immatriculé hors de l’Union doit prouver l’existence d’un lien juridique spécifique avec le propriétaire pour bénéficier d’une exonération. Une simple autorisation unilatérale du propriétaire ne suffit pas à justifier l’usage privé du moyen de transport sur le territoire douanier commun. Le juge européen affirme ainsi que l’exonération « ne peut être accordée que si cet usage privé a été prévu dans un contrat d’emploi ». Cette exigence garantit que l’avantage fiscal reste lié à une activité professionnelle réelle et vérifiable par les administrations nationales compétentes.

La subordination de l’exonération à un contrat de travail limite les possibilités de contournement des règles relatives à l’importation définitive des marchandises.

B. Une lecture combinée et restrictive des dispositions réglementaires

L’interprétation de la Cour repose sur la confrontation des deux alinéas de l’article cinq cent soixante et un du règlement d’application. Le premier alinéa envisage l’usage privé ou commercial par une personne employée ou « autrement autorisée par le propriétaire » du moyen de transport. Le second alinéa vient cependant restreindre cette possibilité pour les seuls besoins privés en disposant que « l’usage privé doit avoir été prévu par le contrat d’emploi ». La Cour opère une lecture systémique qui exclut l’application de la notion d’autorisation résiduelle dès lors que l’utilisation ne revêt pas un caractère professionnel. Cette distinction claire entre les types d’usages permet d’éviter une extension indue du régime de l’admission temporaire aux résidents de l’Union européenne.

L’analyse des fondements textuels conduit naturellement à s’interroger sur les objectifs poursuivis par une telle sévérité dans l’application des règles douanières.

II. La protection de l’ordre public douanier par la rigueur formelle

A. La limitation des risques de fraude et d’abus de droit

La solution retenue par la Cour de justice vise principalement à prévenir les importations irrégulières déguisées sous le couvert de l’admission temporaire. L’imposition d’un cadre contractuel formalisé permet aux autorités de vérifier la réalité des motifs justifiant la présence du véhicule sur le territoire. L’absence de déclaration en douane lors de l’introduction du véhicule constitue une irrégularité majeure si les conditions d’exonération ne sont pas strictement remplies. Le juge européen refuse de valider des situations où un résident pourrait éluder durablement le paiement des droits de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée. La sécurité juridique des échanges commerciaux et la protection des ressources financières de l’Union commandent cette interprétation rigoureuse du code des douanes.

Cette volonté de lutter contre les abus s’inscrit dans une continuité juridique qui renforce la prévisibilité des décisions rendues par les juridictions européennes.

B. La confirmation d’une solution jurisprudentielle et législative constante

La Cour rappelle que la modification du règlement en deux mille un n’avait pour but que la simplification et la rationalisation des procédures existantes. Elle souligne que les versions antérieures du texte subordonnaient déjà l’octroi de l’exonération à la condition que l’usage privé soit prévu dans un contrat. Cette permanence législative démontre la volonté constante du législateur européen de réserver l’admission temporaire à des situations professionnelles ou occasionnelles très précisément encadrées. La décision confirme ainsi que l’exonération totale pour un usage privé « ne peut s’inscrire que dans le cadre d’une relation d’emploi ». Cet arrêt de la huitième chambre assure une application uniforme du droit douanier au sein de tous les États membres de l’Union.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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