Cour de justice de l’Union européenne, le 7 novembre 2018, n°C-461/17

La Cour de justice de l’Union européenne, par un arrêt rendu le 7 novembre 2018, s’est prononcée sur les exigences de précision relatives aux évaluations environnementales. Le litige trouve son origine dans un projet de construction d’une infrastructure routière susceptible d’affecter des zones protégées au titre du réseau Natura 2000. Plusieurs citoyens ont contesté la validité de l’autorisation délivrée, estimant que les incidences sur les habitats et les espèces n’avaient pas été suffisamment analysées. Le juge de renvoi interroge la Cour sur l’étendue des obligations incombant au maître d’ouvrage et à l’autorité compétente lors de la phase d’examen préalable. La juridiction européenne doit déterminer si une évaluation appropriée peut omettre certains impacts indirects ou laisser des paramètres techniques à la discrétion du constructeur. La Cour affirme qu’une évaluation rigoureuse doit recenser exhaustivement les espèces protégées et motiver explicitement tout rejet de conclusions scientifiques préconisant des études complémentaires.

**I. Une exigence de complétude et de précision dans l’évaluation des incidences environnementales**

**A. L’extension du périmètre de l’évaluation appropriée aux espèces et habitats périphériques**

L’article 6 de la directive 92/43 impose qu’une « évaluation appropriée » recense la totalité des types d’habitats et des espèces pour lesquels un site est protégé. Le juge européen précise ici que cette analyse doit également porter sur les incidences affectant des espèces situées hors des limites géographiques du site considéré. Cette interprétation extensive garantit que les objectifs de conservation ne soient pas compromis par des facteurs externes dont l’influence est pourtant réelle et quantifiable. Le maître d’ouvrage se voit ainsi contraint d’adopter une vision écosystémique globale, dépassant la simple observation des frontières administratives de la zone de protection.

**B. L’obligation de motivation rigoureuse face aux incertitudes scientifiques**

Lorsque l’autorité compétente choisit d’écarter une expertise scientifique recommandant des informations additionnelles, elle doit fournir une « motivation explicite et détaillée » pour sa décision. Cette exigence vise à « dissiper tout doute scientifique raisonnable » concernant les effets des travaux envisagés sur l’intégrité du site naturel protégé par la directive. La Cour renforce le contrôle de légalité en s’assurant que les décisions administratives reposent sur des données objectives et non sur des conjectures techniques. La rigueur de cette démonstration constitue le garant indispensable du principe de précaution au sein du processus d’autorisation des projets d’aménagement du territoire.

**II. Le renforcement de l’encadrement des décisions d’autorisation et des alternatives**

**A. La limitation de la discrétion décisionnelle quant aux modalités d’exécution du projet**

L’arrêt interdit aux autorités d’autoriser un projet laissant au maître d’ouvrage la liberté de déterminer ultérieurement des paramètres cruciaux comme les routes de transport. Une telle délégation ne peut être admise que s’il est « certain que l’autorisation fixe des conditions suffisamment strictes » garantissant l’absence d’atteinte au site. Le juge européen refuse ainsi la pratique des autorisations en blanc qui reporteraient l’évaluation réelle des impacts à une phase ultérieure de la construction. La certitude quant à l’intégrité du milieu naturel doit être acquise au moment même de l’octroi du permis par l’administration compétente pour décider.

**B. La transparence impérative sur les solutions de substitution et leurs impacts**

La directive 2011/92 impose au responsable du projet de fournir des informations relatives aux incidences environnementales des « principales solutions de substitution » examinées initialement. Cette obligation s’applique même en cas de rejet précoce d’une alternative, afin de permettre au public et aux autorités d’apprécier la pertinence du choix. Le maître d’ouvrage doit exposer les raisons de sa sélection finale au regard des impacts écologiques respectifs de chacune des options sérieusement envisagées lors de l’étude. La transparence de ce processus décisionnel assure une meilleure protection de l’environnement en favorisant systématiquement les solutions les moins dommageables pour la biodiversité.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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