Cour de justice de l’Union européenne, le 8 mai 2025, n°C-662/23

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu une décision préjudicielle concernant l’interprétation des délais de traitement des demandes de protection internationale. Le litige opposait un ressortissant étranger à une autorité nationale ayant prolongé l’examen de sa demande au-delà du délai de six mois. La juridiction de renvoi interrogeait la Cour sur la validité de cette extension face à un accroissement constant des sollicitations administratives. Le requérant contestait le dépassement du délai légal, tandis que l’administration invoquait une surcharge de travail structurelle et un manque de personnel. La question de droit portait sur les conditions de mise en œuvre de la prorogation prévue par la directive relative aux procédures communes. La Cour juge que le délai de six mois peut être prolongé de neuf mois seulement en cas d’accroissement significatif et soudain des demandes. Cette interprétation exclut les situations d’augmentation progressive sur une longue période ou les difficultés organisationnelles internes à l’État membre. L’analyse portera sur l’encadrement strict du recours à la prorogation du délai d’examen (I), puis sur l’exclusion des contraintes administratives comme motif de retard (II).

I. L’encadrement strict du recours à la prorogation du délai d’examen

A. L’exigence d’un accroissement soudain et significatif des demandes

La Cour précise les conditions factuelles permettant de déroger au délai de principe de six mois pour l’examen des dossiers individuels. Elle retient qu’une prolongation est possible en cas de « survenance d’un accroissement significatif, dans un court laps de temps, du nombre de ces demandes ». L’interprétation privilégie une approche restrictive de la notion de crise migratoire pour justifier le dépassement des délais administratifs habituels. Le juge européen exige une rupture nette avec la « tendance habituelle et prévisible dans l’État membre concerné » pour valider la mesure. Cette précision garantit que l’exception ne devienne pas la règle au détriment des droits fondamentaux des demandeurs d’asile.

B. L’exclusion des augmentations de volume prévisibles et progressives

Le juge de l’Union écarte fermement les situations caractérisées par un « accroissement progressif du nombre desdites demandes sur une longue période ». Cette distinction protège l’objectif de célérité de la procédure de protection contre une banalisation des délais de traitement nationaux. Une autorité nationale ne saurait invoquer une simple évolution démographique pour retarder l’examen individuel des dossiers de protection internationale. La prévisibilité de l’augmentation impose à l’État une adaptation de ses moyens plutôt qu’une extension systématique des procédures de contrôle. Cette position assure une sécurité juridique aux demandeurs quant à la durée maximale d’attente d’une réponse définitive.

II. L’exclusion des contraintes administratives internes comme motif de retard

A. Le refus de justifier le délai par l’insuffisance des moyens publics

La Cour limite les justifications admises à l’afflux massif de dossiers sans considérer les réalités opérationnelles des administrations nationales. Elle affirme que la difficulté de conclure la procédure ne peut résulter de « l’existence préalable d’un volume important de demandes non traitées ». L’accumulation de dossiers anciens ne constitue donc pas une circonstance exceptionnelle permettant de léser les nouveaux demandeurs de protection. De même, les juges rejettent expressément l’invocation de « l’insuffisance de personnel de l’autorité responsable de la détermination » pour proroger les délais. La responsabilité de l’organisation administrative incombe exclusivement à l’État membre sans pouvoir affecter les garanties procédurales européennes.

B. La préservation de l’effet utile du délai de traitement rapide

L’interprétation combinée de l’article 31 et de l’article 4 de la directive souligne l’obligation d’efficacité des autorités nationales compétentes. En restreignant les motifs d’extension, la Cour de justice préserve l’équilibre entre la souveraineté étatique et le droit à une procédure efficace. La décision impose aux États membres d’anticiper les besoins matériels nécessaires pour respecter les engagements fixés par le législateur européen. Le maintien d’un délai de six mois reste la norme impérative pour assurer une intégration ou un éloignement rapides des étrangers. Cette rigueur jurisprudentielle rappelle que les délais de procédure constituent une garantie essentielle de la protection internationale au sein de l’Union.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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