Tribunal judiciaire de Bordeaux, le 23 juin 2025, n°24/00326

Le tribunal judiciaire de Bordeaux, statuant en matière sociale, a rendu un jugement le 23 juin 2025. Il tranche un litige relatif à la suspension du versement de l’allocation aux adultes handicapés. L’allocataire contestait la décision de l’organisme payeur de suspendre le bénéfice de cette prestation. Elle invoquait l’absence de base légale à une telle condition. L’organisme défendeur soutenait que cette suspension était justifiée par le défaut de production d’une demande d’allocation supplémentaire d’invalidité. Le tribunal a annulé la suspension et condamné l’organisme au paiement des sommes dues. Il a cependant rejeté la demande de dommages-intérêts. La solution consacre une interprétation stricte des conditions légales d’attribution. Elle rappelle les limites des pouvoirs de l’administration dans la mise en œuvre des prestations sociales.

La décision opère un contrôle rigoureux de la légalité de la suspension.

Le tribunal rappelle le caractère subsidiaire de l’allocation aux adultes handicapés. Il cite l’article L821-1 du code de la sécurité sociale. Ce texte subordonne l’ouverture du droit à l’absence d’un avantage de vieillesse ou d’invalidité d’un montant au moins égal. Le juge constate que l’organisme a exigé le dépôt d’une demande d’allocation supplémentaire d’invalidité. Il relève qu’aucune mention légale ne permettait de subordonner le versement à cette démarche. Le tribunal affirme que l’organisme a ainsi « ajouté une condition d’attribution de l’AAH qui n’existe pas ». Cette exigence administrative est donc jugée illégale. La suspension qui en découle est privée de fondement. Le juge procède à une interprétation littérale de la loi. Il refuse d’étendre les pouvoirs de contrôle de l’organisme au-delà du texte. Cette solution protège l’allocataire contre des exigences non prévues. Elle garantit la sécurité juridique des prestations sociales.

La portée de ce contrôle est néanmoins limitée par le rejet de la responsabilité.

Le tribunal écarte la demande de dommages-intérêts pour absence de faute. Il applique l’article 1240 du code civil. Le juge estime que l’exigence contestée résultait d’une « question d’interprétation ». Il considère qu’elle ne constituait pas une faute engageant la responsabilité de l’organisme. Cette analyse distingue clairement l’illégalité de la faute. Une erreur d’appréciation sur le champ d’une obligation légale n’est pas nécessairement fautive. La décision semble exiger un élément intentionnel ou une négligence grave. Cette sévérité peut paraître excessive au regard des conséquences pour l’allocataire. La suspension a entraîné une précarité financière significative. Le juge social adopte ici une conception restrictive de la faute administrative. Cette position limite les possibilités d’indemnisation des usagers lésés. Elle contraste avec une tendance jurisprudentielle plus protectrice des droits des bénéficiaires.

La solution illustre les tensions entre gestion administrative et garantie des droits.

Le jugement reconnaît la bonne foi de l’organisme. Il note que la démarche était imposée « dans l’unique but de respecter l’obligation » légale. L’administration cherchait à vérifier la subsidiarité de la prestation. Cette vérification est imposée par la loi dans l’intérêt même de l’allocataire. Le tribunal admet l’efficacité pratique de la suspension comme moyen de contrainte. Mais il censure son utilisation en l’absence de base textuelle expresse. La décision trace une frontière nette entre le but légitime et le moyen illicite. Elle rappelle que l’administration ne peut créer ses propres procédures. Cette rigueur est essentielle pour la protection des administrés. Elle prévient les pratiques arbitraires ou disproportionnées. Le juge exerce pleinement son rôle de contrôle de l’action administrative. Il garantit ainsi la primauté de la loi dans le domaine social.

La portée de l’arrêt reste cependant incertaine en l’absence de condamnation pour faute.

Le rejet de la responsabilité civile peut affaiblir l’effet dissuasif de la décision. Les organismes pourraient être tentés de maintenir des pratiques illégales. Le risque se limite au remboursement des prestations indûment retenues. L’absence de sanction pécuniaire supplémentaire réduit l’incitation au respect strict du droit. Cette approche minimise la gravité des préjudices causés par les suspensions abusives. Elle ne tient pas suffisamment compte de la vulnérabilité des bénéficiaires. Une interprétation plus large de la notion de faute aurait été possible. La méconnaissance flagrante de la loi pourrait constituer une négligence fautive. La solution retenue privilégie la sécurité juridique des institutions. Elle peut sembler déséquilibrée au regard de la protection des particuliers. L’évolution future de la jurisprudence sur ce point mérite une attention particulière.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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