10ème chambre du Conseil d’État, le 23 décembre 2025, n°501315

Par une décision rendue le 23 décembre 2025, le Conseil d’État statue sur les garanties procédurales entourant la convocation devant la juridiction de l’asile.

Un requérant a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié auprès de l’administration compétente, laquelle a opposé un refus à sa demande initiale.

L’intéressé a contesté cette décision devant la Cour nationale du droit d’asile, mais celle-ci a rejeté son recours par un arrêt du 14 octobre 2024.

Le requérant soutient devant le juge de cassation que la procédure d’audience a été viciée par une notification irrégulière de son avis de convocation.

L’administration affirme que l’envoi d’un pli recommandé suffit à établir la régularité de l’information délivrée au justiciable selon les modalités postales en vigueur.

La question posée au Conseil d’État porte sur la validité d’une notification lorsque le suivi postal comporte des mentions contradictoires sur la date de présentation.

Le juge administratif considère que l’incertitude sur la remise du pli entache la décision d’une irrégularité substantielle justifiant son annulation et le renvoi.

L’examen de cette décision commande d’analyser l’exigence de régularité de la convocation avant d’apprécier les effets de l’incertitude matérielle sur la procédure.

I. La consécration du droit à une convocation régulière devant la juridiction de l’asile

A. L’exigence impérative d’un délai suffisant de préparation

Le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile impose des formalités strictes pour l’envoi de l’avis d’audience.

Ces dispositions visent à « informer l’intéressé de la date de l’audience afin de lui permettre d’y être présent ou représenté » devant la formation de jugement.

Le texte prévoit aussi de « lui laisser un délai suffisant pour préparer utilement ses observations » avant le jour où l’affaire est appelée par la Cour.

La Haute juridiction rappelle fermement que la méconnaissance de ces règles « est de nature à entacher d’irrégularité la procédure suivie » lors de l’examen du recours.

B. Le régime strict de la preuve de la notification postale

La notification est réputée régulière si le pli recommandé retourné à l’administration comporte des mentions précises, claires et concordantes sur l’échec de la remise.

Ces indications doivent figurer sur l’enveloppe ou sur le volet « avis de réception » pour constituer une preuve suffisante de la présentation du courrier.

Le préposé doit avoir déposé un avis d’instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste durant le délai légal.

Cette présomption de régularité protège l’administration tout en exigeant une rigueur formelle absolue dans le traitement des envois recommandés par les services de distribution.

II. Les conséquences de l’incertitude matérielle sur la régularité du procès administratif

A. La sanction de l’opacité des informations de suivi postal

Dans cette espèce, le suivi de l’envoi comporte des informations contradictoires rendant impossible la détermination certaine de la date de présentation du pli recommandé.

Le Conseil d’État constate qu’il devient impossible de vérifier si les délais de convocation ont été respectés par le greffe de la juridiction de l’asile.

Cette contradiction prive le juge de la possibilité de s’assurer que le requérant a bénéficié de toutes les garanties prévues par les dispositions du Code.

Dès lors, l’absence de certitude sur la date de vaine présentation interdit de regarder la notification comme ayant été régulièrement accomplie à l’égard du destinataire.

B. La portée protectrice de l’annulation pour vice de procédure

L’annulation de la décision de la Cour nationale du droit d’asile souligne l’importance fondamentale accordée au respect scrupuleux des droits de la défense.

Le Conseil d’État choisit de renvoyer l’affaire devant la juridiction de l’asile afin qu’un débat contradictoire régulier puisse enfin avoir lieu entre les parties.

Cette solution confirme que la preuve de la notification ne peut reposer sur des éléments de fait ambigus ou incohérents émanant des services postaux.

Elle garantit aux justiciables que le respect des délais de convocation demeure une condition de validité essentielle de toute décision de justice en droit administratif.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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