Le Conseil constitutionnel a rendu, le 29 décembre 2013, une décision rectifiant d’office une erreur matérielle contenue dans une précédente déclaration d’inconstitutionnalité. Le litige initial portait sur la conformité aux droits et libertés que la Constitution garantit des articles 62 et 63 du code des douanes.
Par sa décision n° 2013-357 QPC du 29 novembre 2013, le juge constitutionnel avait déclaré ces dispositions contraires à la Constitution. Le dixième considérant précisait alors qu’il convenait « de reporter au 1er janvier 2015 la date de cette abrogation ». Cependant, le dispositif de la décision mentionnait par erreur que l’inconstitutionnalité prenait effet dès la publication de la décision.
Le Conseil constitutionnel a relevé cette discordance entre les motifs et l’article 2 de son propre dispositif lors de sa séance du 28 décembre 2013. Il a décidé de corriger cette mention afin d’assurer la cohérence de sa décision et le respect du délai accordé au législateur.
La question de droit soulevée réside dans la possibilité pour le juge constitutionnel de rectifier une erreur affectant la date d’effet d’une inconstitutionnalité. Le Conseil constitutionnel affirme qu’il peut rectifier d’office une telle erreur matérielle pour mettre en adéquation le dispositif avec les motifs de sa décision.
L’étude de cette décision permet d’analyser d’abord la mise en œuvre de la procédure de rectification d’office, avant d’aborder la mise en cohérence des effets temporels de l’inconstitutionnalité.
I. La reconnaissance d’une erreur matérielle manifeste
La procédure utilisée par le juge constitutionnel repose sur une base textuelle précise qui lui permet de modifier ses propres décisions sous certaines conditions strictes.
A. Le fondement réglementaire du pouvoir de rectification
Le Conseil constitutionnel se fonde sur l’article 13 du règlement du 4 février 2010 sur la procédure suivie pour les questions prioritaires de constitutionnalité. Ce texte prévoit que « si le Conseil constitutionnel constate qu’une de ses décisions est entachée d’une erreur matérielle, il peut la rectifier d’office ».
Cette prérogative permet au juge de garantir l’intégrité de sa mission juridictionnelle sans attendre une demande extérieure des parties ou des autorités. En l’espèce, la décision est intervenue après avoir « provoqué les explications » du Premier ministre, conformément aux exigences procédurales imposées par le règlement.
B. L’existence d’une contradiction entre les motifs et le dispositif
L’erreur matérielle est ici caractérisée par une opposition flagrante entre le raisonnement juridique et la conclusion finale inscrite dans le dispositif. Au considérant 10 de sa décision initiale, le Conseil avait explicitement voulu « permettre au législateur de remédier à cette inconstitutionnalité » jusqu’en 2015.
Pourtant, l’article 2 du dispositif affirmait que la décision prenait effet « à compter de la publication de la présente décision ». Cette mention constituait une erreur matérielle relative à la date de prise d’effet, rendant la décision intrinsèquement incohérente et juridiquement inapplicable.
La rectification opérée permet ainsi de restaurer la volonté initiale du juge tout en précisant la portée exacte de l’annulation prononcée précédemment.
II. La mise en cohérence des effets temporels de l’inconstitutionnalité
La correction apportée par le juge constitutionnel vise à rétablir la sécurité juridique en garantissant au législateur le temps nécessaire pour modifier la loi.
A. La préservation de l’intention du juge constitutionnel
En remplaçant les mots relatifs à la publication par la date « du 1er janvier 2015 », le juge assure l’effectivité de sa propre politique jurisprudentielle. Le Conseil constitutionnel utilise fréquemment le report de l’abrogation pour éviter les conséquences manifestement excessives d’une disparition immédiate de la norme.
Le dispositif rectifié s’accorde désormais parfaitement avec les motivations qui justifiaient ce délai pour le maintien provisoire des articles du code des douanes. Cette mise en conformité garantit que la déclaration d’inconstitutionnalité ne produira pas de vide juridique préjudiciable à l’ordre public ou à l’administration.
B. La consolidation de la portée de la décision rectifiée
La décision rectificative bénéficie de la même autorité que la décision initiale et s’impose ainsi à toutes les autorités administratives et juridictionnelles. Elle précise que les mots « de la publication de la présente décision » sont définitivement remplacés, stabilisant ainsi le calendrier des réformes législatives attendues.
Cette procédure de rectification d’office illustre la rigueur avec laquelle le juge constitutionnel veille à la clarté et à la précision de ses interventions. La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française et notifiée selon les modalités prévues par l’ordonnance du 7 novembre 1958.