Conseil constitutionnel, Décision n° 2023-6113 AN du 19 mai 2023

Le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2023-6113 AN du 19 mai 2023, s’est prononcé sur le respect des obligations impératives de financement des campagnes électorales. À la suite d’un scrutin législatif, une candidate ayant obtenu plus de 1 % des suffrages exprimés a négligé de déposer son compte de campagne obligatoire. La commission compétente pour la vérification des comptes a saisi le juge constitutionnel afin de constater l’absence de dépôt dans les délais légalement prescrits. La candidate n’a produit aucune observation durant l’instruction contradictoire, laissant le juge apprécier souverainement la portée juridique de cette omission au regard du droit. La question de droit posée consistait à déterminer si le défaut de dépôt d’un compte de campagne constituait un manquement d’une particulière gravité justifiant l’inéligibilité. Le juge constitutionnel a déclaré la candidate inéligible pour trois ans, estimant que l’absence de circonstances justificatives conférait au manquement un caractère de gravité certaine. L’étude du cadre impératif régissant le dépôt des comptes précédera l’analyse de la qualification du manquement et de la sévérité de la sanction prononcée par le juge.

I. L’exigence fondamentale du dépôt du compte de campagne

A. Le cadre impératif du contrôle des financements électoraux

L’article L. 52-12 du code électoral impose à tout candidat ayant franchi le seuil de 1 % des suffrages de retracer l’ensemble de ses recettes électorales. Cette obligation de transparence permet de garantir l’équilibre financier des campagnes tout en limitant l’influence des financements privés au sein de la vie démocratique. Le législateur a entendu soumettre les acteurs politiques à une rigueur comptable stricte afin d’assurer l’égalité des chances entre les différents candidats lors du scrutin.

B. Le constat objectif du défaut de dépôt

Dans cette espèce, le juge constitutionnel constate que la candidate concernée a manqué à son obligation de dépôt malgré l’obtention d’un score significatif durant les élections. La décision énonce qu’ « à l’expiration du délai prévu à l’article L. 52-12 du code électoral, elle n’a pas déposé de compte de campagne alors qu’elle y était tenue ». Ce constat purement matériel suffit à établir la violation de la règle, indépendamment de toute recherche initiale d’une intention frauduleuse de la part de la candidate. Le caractère automatique du constat de cette irrégularité conduit alors le juge à s’interroger sur la gravité de la faute et sur la sanction proportionnée applicable.

II. La caractérisation d’un manquement d’une particulière gravité

A. L’absence de circonstances atténuantes ou justificatives

La qualification de la gravité dépend étroitement de l’examen des éléments factuels et de l’existence éventuelle de contraintes extérieures ayant pu légitimement entraver le dépôt légal. En l’espèce, le Conseil constitutionnel relève qu’ « il ne résulte pas de l’instruction que des circonstances particulières étaient de nature à justifier la méconnaissance des obligations ». Le silence persistant de l’intéressée durant la phase d’instruction renforce l’inexistence de motifs valables, empêchant ainsi toute mesure de clémence de la part de la juridiction.

B. La rigueur de la sanction d’inéligibilité prononcée

La décision conclut à une sanction ferme de trois années d’inéligibilité, illustrant la volonté de protéger l’intégrité des processus électoraux contre les négligences administratives manifestes. Le juge affirme que « compte tenu de la particulière gravité de ce manquement, il y a lieu de prononcer l’inéligibilité […] à tout mandat pour une durée de trois ans ». Cette solution s’inscrit dans une politique jurisprudentielle constante visant à écarter temporairement de la vie publique les élus ne se soumettant pas aux principes de probité.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

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