Conseil constitutionnel, Décision n° 2023-6161 AN du 9 juin 2023

Le Conseil constitutionnel a rendu, le 9 juin 2023, une décision relative au contentieux de l’élection des députés dans la quatrième circonscription des Côtes-d’Armor. Cette décision s’inscrit dans le cadre du contrôle de la régularité du financement des campagnes électorales, pilier essentiel de la sincérité du scrutin. Un candidat aux élections législatives de juin 2022 a obtenu au moins 1 % des suffrages exprimés, l’obligeant à déposer un compte de campagne. Le délai légal pour cette formalité expirait le 19 août 2022 à 18 heures, conformément aux dispositions prévues par le code électoral. Or, l’intéressé a procédé au dépôt de son compte le 12 octobre 2022, soit près de deux mois après l’expiration du terme. Saisie par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, la juridiction constitutionnelle doit déterminer si ce retard justifie une sanction. Le problème de droit réside dans l’appréciation de la gravité du manquement aux obligations de dépôt du compte de campagne dans les délais prescrits. Le Conseil constitutionnel juge qu’il « ne résulte pas de l’instruction que des circonstances particulières étaient de nature à justifier la méconnaissance » des obligations légales. Par conséquent, il prononce l’inéligibilité du candidat pour une durée d’un an à compter de la date de sa décision souveraine.

I. Le constat objectif d’un manquement aux impératifs de transparence financière

A. Le caractère impératif des délais de dépôt du compte de campagne

L’article L. 52-12 du code électoral impose à chaque candidat ayant obtenu 1 % des suffrages d’établir et de déposer un compte de campagne équilibré. Cette obligation formelle permet à l’administration de vérifier l’origine des recettes et la nature des dépenses engagées en vue de la désignation d’un député. La loi fixe précisément le terme de ce dépôt au dixième vendredi suivant le premier tour de scrutin, assurant ainsi une célérité nécessaire. En l’espèce, le dépassement du délai de plusieurs semaines constitue une violation manifeste de la règle de droit sans que la matérialité soit contestée. La rigueur de ce calendrier législatif vise à garantir l’égalité entre les candidats et à prévenir toute dissimulation de financements occultes après le scrutin.

B. L’absence de circonstances justificatives de la tardiveté du dépôt

Le juge électoral examine systématiquement les raisons invoquées par les candidats pour expliquer un retard ou une omission dans la transmission de leurs documents comptables. Dans cette affaire, l’instruction n’a révélé aucun événement imprévisible ou insurmontable susceptible de constituer un cas de force majeure pour le candidat en cause. La décision relève explicitement que les pièces produites au dossier ne permettent pas de légitimer le non-respect des dispositions protectrices de l’ordre public électoral. Cette approche stricte confirme que la méconnaissance des délais de rigueur entraîne une présomption de manquement grave dès lors qu’aucune excuse valable n’est fournie. Le Conseil constitutionnel maintient ainsi une jurisprudence constante privilégiant le respect des formes légales sur les considérations individuelles des acteurs de la vie politique.

II. L’application d’une sanction d’inéligibilité proportionnée aux exigences démocratiques

A. Le fondement juridique de la déclaration d’inéligibilité

L’article L.O. 136-1 du code électoral dispose que le juge peut déclarer inéligible le candidat n’ayant pas déposé son compte dans les conditions prescrites. Cette sanction administrative revêt un caractère préventif et répressif, visant à écarter de la compétition électorale ceux qui s’affranchissent des règles de financement. Le Conseil considère que le dépôt tardif constitue, en soi, un « manquement d’une particulière gravité aux règles de financement des campagnes électorales » françaises contemporaines. La décision souligne l’importance de la régularité des comptes comme condition sine qua non de la validation définitive des résultats par les autorités compétentes. En prononçant cette mesure, le juge constitutionnel remplit sa mission de gardien de la moralité publique et de la probité des futurs élus nationaux.

B. La portée temporelle de la sanction prononcée par le juge

La durée d’un an retenue par les juges de la rue de Montpensier apparaît comme une mesure de clémence relative au regard du plafond légal. Le code électoral permet en effet de prononcer une inéligibilité pouvant atteindre trois ans pour les manquements les plus préjudiciables à la loyauté électorale. Ce choix reflète une volonté de sanctionner le retard sans pour autant bannir définitivement le candidat de la scène politique locale ou nationale prochainement. La décision sera notifiée aux autorités administratives pour exécution immédiate, illustrant l’efficacité du contrôle exercé sur le financement des partis et des candidats. Cette jurisprudence rappelle avec force que la démocratie repose sur des règles de transparence dont le non-respect volontaire ou négligent demeure lourdement sanctionné.

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Hassan KOHEN
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