Cour de justice de l’Union européenne, le 14 septembre 2023, n°C-83/22

La Cour de justice de l’Union européenne précise les obligations d’information des organisateurs de voyages dans une décision rendue récemment. Cette affaire porte sur l’interprétation de la directive 2015/2302 relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyage liées. Un voyageur a résilié son contrat en raison de circonstances exceptionnelles et a sollicité un remboursement partiel devant les tribunaux espagnols. La juridiction nationale s’interroge sur sa capacité à accorder d’office la totalité des sommes versées malgré une demande initiale limitée.

Le litige oppose un utilisateur de services touristiques à un professionnel du secteur concernant les modalités financières de leur rupture contractuelle. La juridiction de renvoi a sursis à statuer pour interroger le juge européen sur la portée des articles 5 et 12. Les débats portent sur l’obligation d’informer le consommateur de son droit de résiliation gratuite en cas de circonstances exceptionnelles et inévitables. Deux thèses s’opposent concernant le rôle du juge national face à des prétentions inférieures au montant intégralement remboursable prévu par la directive.

La Cour doit déterminer si l’organisateur est tenu d’informer le voyageur de son droit de résiliation et si le juge peut compenser l’omission. Elle affirme que l’article 5 paragraphe 1 « impose à un organisateur de voyages d’informer le voyageur de son droit de résiliation ». Elle précise également que les principes de congruence nationaux ne s’opposent pas à une demande limitée si le juge peut informer le voyageur.

I. L’affirmation d’une obligation d’information précontractuelle exhaustive

A. La portée extensive de l’obligation pesant sur l’organisateur

L’obligation d’information précontractuelle constitue un mécanisme essentiel pour garantir un consentement libre et éclairé du voyageur lors de la commande de prestations. La Cour énonce que l’article 5 paragraphe 1 « impose à un organisateur de voyages d’informer le voyageur de son droit de résiliation ». Cette exigence assure que le consommateur connaisse ses facultés de rupture conventionnelle dès la signature de son contrat de voyage.

Le droit de l’Union renforce la transparence afin de protéger la partie faible contre les éventuelles omissions des professionnels du secteur touristique. La mention du droit de résiliation visé à l’article 12 paragraphe 2 devient ainsi une composante obligatoire de l’information standardisée fournie. Cette solution garantit une uniformisation des pratiques commerciales au sein du marché intérieur tout en limitant les risques de litiges ultérieurs.

B. La conformité du droit dérivé aux exigences de protection du consommateur

La validité de la directive est confirmée au regard du niveau élevé de protection des consommateurs exigé par le droit primaire européen. La Cour précise que l’article 5 ne saurait être invalidé pour une prétendue absence de précision concernant les droits de résiliation spécifiques. Le juge européen privilégie une lecture téléologique du texte afin de sauvegarder l’effet utile des dispositions protectrices prévues par le législateur.

Le respect des objectifs de l’article 169 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne impose une interprétation large des devoirs d’information. Cette approche sécurise le cadre juridique applicable aux contrats de voyage à forfait tout en prévenant les déséquilibres significatifs entre les parties. L’effectivité du droit de résiliation dépend directement de la connaissance préalable que le voyageur peut avoir de ses prérogatives légales.

II. L’encadrement de l’office du juge par le droit de l’Union

A. La préservation tempérée des principes du droit procédural national

Le respect de l’autonomie procédurale permet aux États membres de maintenir les équilibres fondamentaux de leur système judiciaire interne sans entraver le droit européen. La Cour admet que la directive « ne s’oppose pas à l’application de dispositions du droit procédural national consacrant les principes dispositif et de congruence ». Ces règles empêchent normalement le juge d’accorder d’office un remboursement supérieur à celui expressément réclamé par le demandeur à l’instance.

La juridiction nationale demeure donc liée par l’objet du litige tel qu’il a été défini par les parties dans leurs conclusions respectives. Cette solution respecte la structure classique du procès civil où les plaideurs conservent la maîtrise de leurs prétentions et de leurs intérêts financiers. La protection du consommateur ne doit pas conduire à une remise en cause systématique des règles de forme régissant les tribunaux nationaux.

B. L’obligation d’information judiciaire comme garante de l’effectivité des droits

L’autonomie procédurale trouve ses limites dans l’exigence d’effectivité qui impose au juge un rôle actif pour corriger les asymétries d’information persistantes. Les dispositions nationales sont compatibles si elles n’excluent pas que le juge puisse « d’office informer ce voyageur de son droit à un remboursement intégral ». Cette faculté permet au justiciable de rectifier ses demandes après avoir pris connaissance de l’étendue réelle de ses droits garantis.

Le magistrat devient un acteur de la protection des droits en veillant à ce que l’ignorance du consommateur ne nuise pas à ses intérêts. La possibilité de faire valoir le droit au remboursement intégral devant le juge de fond assure une application concrète de la directive. Cet équilibre subtil concilie la rigueur des procédures civiles nationales avec les impératifs de justice sociale et de protection du consommateur.

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Hassan KOHEN
Avocat Associé

Hassan Kohen

Avocat au Barreau de Paris • Droit Pénal & Droit du Travail

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