Cour de justice de l’Union européenne, le 16 novembre 2016, n°C-2/15

La Cour de justice de l’Union européenne a rendu une décision importante le seize novembre deux mille seize concernant le secteur postal européen. Le litige oppose une entreprise de messagerie privée à une autorité nationale de régulation au sujet d’une redevance annuelle de fonctionnement administratif. La requérante conteste l’imposition d’une contribution financière qu’elle estime réservée aux seuls prestataires chargés du service universel par la directive européenne. La Cour administrative de Vienne décide de surseoir à statuer pour interroger les juges européens sur l’interprétation de l’article neuf de celle-ci. La question préjudicielle porte sur la faculté des États membres d’étendre l’obligation de financement à l’ensemble des opérateurs du marché postal concerné. La Cour juge qu’une telle législation nationale est compatible avec les règles communes établies pour le développement du marché intérieur postal communautaire. L’analyse de cet arrêt permet de comprendre l’extension des obligations financières avant d’en apprécier la légitimité au regard des missions de régulation.

**I. L’extension du champ d’application des obligations financières postales**

**A. Une lecture globale du régime des autorisations postales**

La Cour examine d’abord la structure de l’article neuf pour définir la portée réelle des obligations qu’il contient pour les États membres. Elle souligne que le terme « autorisations » employé au deuxième alinéa ne renvoie pas exclusivement aux services relevant du service universel postal. L’analyse textuelle démontre que cette notion « désigne tant les autorisations visées au paragraphe 2, premier alinéa […] que celles visées au paragraphe 1 ». Les juges rejettent ainsi une interprétation restrictive qui limiterait les contraintes financières aux seuls opérateurs chargés d’une mission de service public. Cette lecture globale permet d’inclure les prestataires de services de messagerie exprès dans le périmètre du financement de l’autorité de contrôle.

**B. La distinction nécessaire entre financement du service universel et régulation**

Le raisonnement de la Cour sépare clairement le financement du coût net du service universel de celui de l’autorité de contrôle sectorielle. L’obligation de contribuer au fonds de compensation reste liée à la fourniture de services considérés comme interchangeables avec le service universel postal. En revanche, les frais de fonctionnement de l’organe de régulation obéissent à une logique différente de celle du simple dédommagement financier direct. Cette approche permet d’étendre la base du financement à tous les intervenants afin de garantir l’équilibre économique global du système postal. L’utilité collective de la surveillance postale légitime alors une répartition équilibrée des coûts entre tous les bénéficiaires réels de la régulation.

**II. La consécration d’un financement solidaire de la régulation sectorielle**

**A. La reconnaissance de l’intérêt général des missions de régulation**

La solution repose sur le constat que « les activités incombant aux autorités nationales réglementaires concernent l’ensemble du secteur postal » sans exception. Ces autorités assurent le respect des règles de concurrence dont bénéficient tous les acteurs opérant sur un marché désormais totalement ouvert. Dès lors, chaque prestataire profite de la surveillance exercée par l’autorité publique pour garantir une compétition équitable entre les différentes entreprises postales. La Cour justifie ainsi la contribution financière comme une contrepartie légitime aux services que le régulateur est censé « bénéficier à tous les acteurs du secteur postal ». La solidarité sectorielle devient le fondement d’une régulation efficace et neutre pour l’ensemble des opérateurs économiques présents.

**B. La préservation de l’efficacité et de l’indépendance de l’autorité nationale**

La directive impose aux États membres de garantir l’indépendance et les ressources nécessaires de leurs autorités réglementaires pour accomplir leurs missions spécifiques. Le choix du mode de financement participe de cette autonomie institutionnelle tout en respectant les principes de proportionnalité et de non-discrimination. La généralisation de la contribution évite de faire peser une charge financière excessive sur les seuls prestataires du service postal universel désignés. L’arrêt confirme ainsi une vision intégrée de la régulation européenne où la solidarité financière soutient la stabilité durable du marché intérieur. La cohérence du système repose sur la participation proportionnelle de chaque intervenant aux coûts de supervision d’une activité économique libéralisée.

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Hassan KOHEN
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Hassan Kohen

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