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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Conseil d’État, le 25 juin 2026, n°502738

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I. Le double traitement procédural des pourvois

A. Le désistement pur et simple d’instance comme acte unilatéral libératoire

Le désistement de la requérante est qualifié de pur et simple par le Conseil d’État. La décision constate que “rien ne s’oppose à ce qu’il en soit donné acte” (Cons. d’État, 1ère ch., 25 juin 2026, n°502738). Cette formule témoigne de l’absence de contestation de la part de la partie adverse et de la liberté procédurale laissée au requérant. En droit administratif, le désistement d’instance met fin à l’action sans que le juge n’examine le fond. Il s’agit d’une faculté offerte à tout justiciable, sous réserve de son caractère non équivoque et de l’absence de demande reconventionnelle. La solution retenue est classique et s’inscrit dans la continuité d’une pratique jurisprudentielle constante, comme en témoigne d’ailleurs la position de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence dans un ordre différent, qui donne acte du désistement et prononce l’extinction de l’instance (Cour d’appel d’Aix-en-Provence, 21 mars 2025, n°23/06891). Le Conseil d’État applique ici un principe général du contentieux : la liberté de se désister, qui n’est soumise à aucune condition particulière dès lors que l’adversaire ne s’y oppose pas.

B. La procédure d’admission comme filtre rigoureux des pourvois en cassation

Pour les deux autres requérants, la décision rappelle le cadre de l’article L. 822-1 du code de justice administrative, aux termes duquel “le pourvoi en cassation devant le Conseil d’État fait l’objet d’une procédure préalable d’admission”. Ce mécanisme conditionne l’examen au fond à l’existence d’un moyen sérieux. Le Conseil d’État énumère les quatre moyens soulevés par les requérants : erreur de droit dans l’interprétation du règlement d’urbanisme, insuffisance de motivation, erreur de droit dans l’application de l’article sur l’intégration paysagère, et dénaturation des pièces du dossier. Puis il écarte chacun d’eux en affirmant qu’“aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi”. Ce constat sec montre que le filtre est strict : le juge de cassation n’admet que les pourvois soulevant une question de droit nouvelle ou une contrariété flagrante avec la jurisprudence. La décision se limite à un rejet sans motivation détaillée, ce qui est la marque de la procédure non-admission.

II. La portée de la confirmation du rejet par la procédure de non-admission

A. L’exigence d’un moyen sérieux comme garde-fou de l’accès au juge de cassation

La solution confirme que la recevabilité du pourvoi n’est pas automatique et que le Conseil d’État exerce un contrôle préalable rigoureux. En matière de contentieux de l’urbanisme, où les recours sont nombreux, ce filtrage permet de préserver l’effectivité de la cassation pour les seules affaires présentant un enjeu juridique majeur. La décision commentée s’inscrit dans une logique de régulation des flux contentieux, déjà observée dans d’autres ordres juridictionnels. Par exemple, la Chambre criminelle de la Cour de cassation utilise une formule analogue lorsqu’elle constate qu’“il n’existe, en l’espèce, aucun moyen de nature à permettre l’admission du pourvoi” (Cass. crim., 21 janvier 2026, n°25-82.284). Cette convergence entre les ordres administratif et judiciaire souligne l’importance de la fonction de filtrage, qui évite que la haute juridiction ne soit submergée par des pourvois dépourvus de sérieux. La rigueur de l’appréciation du moyen sérieux garantit ainsi la qualité de la jurisprudence.

B. L’appréciation concrète des moyens entre contrôle restreint et sécurité juridique

En l’espèce, les moyens soulevés par les requérants portent sur l’interprétation des règles d’urbanisme et la motivation du jugement. Le Conseil d’État ne se livre pas à une analyse détaillée de chacun d’eux ; il se borne à les déclarer insuffisants pour ouvrir la voie de la cassation. Cette technique, propre à la procédure d’admission, confère au juge de cassation un large pouvoir d’appréciation. Elle permet d’écarter rapidement des recours qui, bien que recevables en la forme, ne présentent pas de difficulté juridique sérieuse. La décision a donc une portée dissuasive pour les justiciables : elle rappelle que le pourvoi en cassation n’est pas une voie de réformation ordinaire et que seuls les moyens véritablement fondés peuvent franchir le cap de l’admission. Ce faisant, le Conseil d’État contribue à la sécurité juridique en stabilisant les solutions des juges du fond, sauf erreur manifeste. La non-admission devient ainsi un instrument de gestion de la contestation, qui protège la force de chose jugée des décisions de première instance et d’appel.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article L. 822-1 du Code de justice administrative En vigueur

Le pourvoi en cassation devant le Conseil d’Etat fait l’objet d’une procédure préalable d’admission. L’admission est refusée par décision juridictionnelle si le pourvoi est irrecevable ou n’est fondé sur aucun moyen sérieux.

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