Depuis le 1er juin 2026, le salaire minimum a été relevé. Pour beaucoup de salariés, la conséquence se voit directement sur la fiche de paie. Pour les apprentis et les alternants, elle peut être moins lisible : leur rémunération dépend souvent d’un pourcentage du SMIC, de leur âge, de leur année de contrat et parfois d’un minimum conventionnel plus favorable.
Le problème apparaît lorsque la paie de juin 2026 reste calculée sur l’ancien montant. Un apprenti de 18 ans, de 21 ans ou de 26 ans peut alors recevoir une rémunération trop basse sans que l’erreur soit évidente au premier regard.
Cette situation ne doit pas être traitée comme une simple anomalie administrative. Si le salaire minimum applicable n’est pas respecté, l’apprenti peut demander un rappel de salaire, la correction de ses bulletins de paie et, en cas de refus, saisir le conseil de prud’hommes.
Pourquoi la hausse du SMIC change le salaire de nombreux apprentis
L’article L. 6222-27 du Code du travail prévoit que l’apprenti ne peut pas percevoir un salaire inférieur à un montant déterminé en pourcentage du salaire minimum de croissance, sauf dispositions contractuelles ou conventionnelles plus favorables.
Cela signifie que la paie de l’apprenti n’est pas figée une fois pour toutes au jour de la signature du contrat. Lorsqu’elle est calculée sur le SMIC, une hausse du SMIC doit se répercuter sur le minimum dû.
Le site Service-Public rappelle également que le contrat d’apprentissage est un contrat de travail et que l’apprenti perçoit une rémunération qui varie selon son âge et sa progression dans le contrat. La règle est donc pratique : il faut regarder la situation exacte de l’apprenti au mois concerné, puis vérifier le pourcentage applicable.
Depuis le 1er juin 2026, l’arrêté officiel relatif au SMIC fixe le montant horaire brut à 12,31 euros. Lorsqu’un salaire d’apprenti est exprimé en pourcentage du SMIC, ce nouveau montant doit servir de base pour les mois concernés.
Comment vérifier si le salaire d’apprenti est trop bas
La première vérification consiste à identifier le type de contrat.
En contrat d’apprentissage, la rémunération minimale dépend de l’âge de l’apprenti et de son année d’exécution du contrat. Un apprenti mineur n’a pas la même base qu’un apprenti de 21 ans. Un apprenti en première année n’a pas la même base qu’un apprenti en troisième année.
En contrat de professionnalisation, la logique est proche mais les pourcentages ne sont pas les mêmes. L’âge, le niveau de qualification et les règles conventionnelles peuvent modifier le minimum dû.
Il faut ensuite comparer trois éléments.
Le premier est le montant brut figurant sur le bulletin de paie de juin 2026.
Le deuxième est le minimum légal calculé avec le SMIC applicable depuis le 1er juin 2026.
Le troisième est le minimum conventionnel éventuellement prévu par la convention collective. Si la convention collective prévoit mieux que le minimum légal, c’est ce montant plus favorable qui doit être appliqué.
Une erreur fréquente consiste à regarder uniquement le salaire net. C’est insuffisant. La vérification doit partir du salaire brut, du temps de travail, du pourcentage applicable et de la convention collective.
Exemple simple de rappel de salaire
Un apprenti payé sur un pourcentage du SMIC peut avoir une fiche de paie correcte en mai 2026 et incorrecte en juin 2026.
Si l’employeur conserve l’ancienne base de calcul après le 1er juin, l’écart peut paraître faible sur un seul mois. Mais il se répète sur chaque paie tant que la régularisation n’est pas faite.
L’apprenti peut alors demander le rappel correspondant à chaque mois mal payé. Il peut aussi demander la remise de bulletins de paie corrigés, car le bulletin doit refléter le salaire réellement dû.
La demande doit être précise. Il ne suffit pas d’écrire que le salaire semble trop bas. Il faut indiquer le mois concerné, le taux appliqué par l’employeur, le taux qui aurait dû être appliqué, le montant brut manquant et les documents demandés.
Que faire si l’employeur refuse de corriger la paie
La première étape consiste à demander une régularisation écrite.
Le message doit rester sobre. L’apprenti peut indiquer que sa rémunération semble avoir été calculée sur une base antérieure au SMIC applicable depuis le 1er juin 2026, puis demander le recalcul du bulletin et le paiement du rappel.
Il faut conserver la preuve de cette demande. Un courriel suffit souvent. Une lettre recommandée peut être utile si l’employeur ne répond pas ou si plusieurs mois sont concernés.
En cas de refus, l’apprenti peut saisir le conseil de prud’hommes pour obtenir le rappel de salaire. Le fait d’être en apprentissage n’enlève pas la qualité de salarié. L’apprenti bénéficie donc des recours attachés au contrat de travail.
Le litige peut aussi révéler d’autres erreurs : classification mal appliquée, temps de travail mal décompté, heures supplémentaires non payées, retenues injustifiées, absence de transmission du bulletin de paie ou minimum conventionnel ignoré.
Quelles pièces préparer avant de contester
Il faut réunir le contrat d’apprentissage ou de professionnalisation.
Il faut aussi conserver les bulletins de paie de mai, juin et juillet 2026, car la comparaison permet souvent de repérer le moment où l’erreur aurait dû être corrigée.
La convention collective applicable doit être identifiée. Elle figure généralement sur le bulletin de paie. Si elle prévoit un minimum supérieur au minimum légal, elle peut changer le calcul.
Les échanges avec l’employeur doivent être gardés dans leur forme complète. Il faut éviter les captures isolées lorsque le courriel complet ou le fil de discussion peut être conservé.
Enfin, il est utile de préparer un tableau simple : mois, salaire brut versé, minimum attendu, différence réclamée. Ce tableau n’a pas besoin d’être complexe. Il doit permettre de comprendre rapidement le montant demandé.
L’apprenti peut-il être sanctionné pour avoir réclamé son salaire ?
Un salarié peut réclamer le paiement du salaire qui lui est dû. L’apprenti peut donc demander une régularisation sans que cette demande constitue une faute.
L’employeur conserve son pouvoir disciplinaire, mais il ne peut pas sanctionner un apprenti parce qu’il demande l’application du salaire minimum légal ou conventionnel.
Si une sanction, une rupture ou une pression apparaît après la réclamation, il faut conserver les dates. La chronologie devient importante : date de la demande, réponse de l’employeur, changement d’attitude, convocation éventuelle, rupture ou menace.
Cette chronologie permet de distinguer un simple désaccord de paie d’une mesure prise en réaction à la réclamation.
Et si l’apprenti travaille à Paris ou en Île-de-France
À Paris et en Île-de-France, les contrats d’alternance sont fréquents dans la restauration, le commerce, les cabinets, les agences, les entreprises de services et les établissements de formation privés.
La difficulté vient souvent du volume de contrats et de la paie automatisée. Un changement de SMIC peut ne pas être répercuté immédiatement dans le logiciel, surtout lorsque l’apprenti change d’âge, d’année de contrat ou de classification au même moment.
Le conseil de prud’hommes compétent dépend en principe du lieu de travail, du domicile du salarié lorsque le travail est effectué à domicile, ou du siège de l’employeur selon les règles applicables. Pour un apprenti travaillant à Paris, Nanterre, Bobigny, Créteil, Versailles ou Évry, la compétence doit être vérifiée avant toute saisine.
En pratique, il faut d’abord sécuriser les preuves et le calcul. La saisine ne doit venir qu’après avoir identifié le bon employeur, le bon établissement, la convention collective et les montants réclamés.
Les erreurs à éviter
La première erreur consiste à comparer seulement le net versé. Les cotisations et exonérations propres aux apprentis peuvent modifier le net. Le contrôle sérieux part du brut et de la base légale ou conventionnelle.
La deuxième erreur consiste à attendre plusieurs mois sans rien écrire. Plus l’erreur dure, plus le rappel augmente, mais plus les échanges deviennent confus. Une demande écrite rapide clarifie la situation.
La troisième erreur consiste à accepter une régularisation orale. Si l’employeur promet de corriger la paie, il faut vérifier le bulletin suivant et demander le détail du rappel.
La quatrième erreur consiste à négliger la convention collective. Dans certains secteurs, elle peut prévoir une rémunération plus favorable que le minimum légal.
Ce qu’il faut demander concrètement
L’apprenti peut demander le recalcul de sa rémunération à compter du 1er juin 2026.
Il peut demander le paiement du rappel de salaire brut correspondant.
Il peut demander la remise de bulletins de paie rectifiés.
Il peut demander que le calcul tienne compte de son âge, de son année de contrat, du SMIC applicable et de la convention collective.
Si l’employeur refuse ou ne répond pas, il peut préparer une action prud’homale en rappel de salaire.
Sources utiles
Le régime du contrat d’apprentissage est présenté par Service-Public dans sa fiche sur le contrat d’apprentissage.
Le principe du salaire minimum de l’apprenti figure à l’article L. 6222-27 du Code du travail.
Le montant du SMIC applicable depuis le 1er juin 2026 résulte de l’arrêté publié au Journal officiel.
Pour comprendre les recours plus larges en droit du travail, vous pouvez consulter la page du cabinet consacrée au droit du travail à Paris ainsi que notre article sur le bulletin de paie non remis ou erroné.
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