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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Paris, le 7 avril 2026, n°2026021348

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I. Les conditions de la prolongation exceptionnelle de la période d’observation

L’article L. 631-7 du code de commerce dispose que la durée maximale de la période d’observation peut être exceptionnellement prolongée à la demande du ministère public par une décision spécialement motivée. La Cour d’appel de Pau a précisé que “l’alinéa 2 de l’article L. 631-7 précise que la durée maximale de la période d’observation mentionnée au premier alinéa de l’article L. 621-3 peut être exceptionnellement prolongée à la demande du procureur de la République par décision spécialement motivée du tribunal pour une durée maximale de six mois” (Cour d’appel de Pau, 28 janvier 2025, n°24/01681). Le tribunal doit donc motiver sa décision en démontrant la nécessité exceptionnelle de la prolongation. En l’espèce, le rapport de l’administrateur judiciaire révèle un besoin concret d’adaptation du plan en raison d’un compte courant important. Aucun passif postérieur n’est créé et les charges sont à jour. Ces éléments caractérisent une situation où la poursuite de la période d’observation est indispensable pour parvenir à un plan viable. Le tribunal s’appuie sur ces constatations pour justifier la prolongation.

B. L’appréciation souveraine du tribunal au regard des circonstances de l’espèce

Le tribunal exerce un pouvoir souverain d’appréciation des faits. Il constate que “le plan déposé a besoin d’adaptation pour prendre en compte l’existence qu’un compte courant de 600 000,00 euros à la holding”. Ce besoin d’adaptation, couplé à l’absence de difficultés nouvelles (pas de passif postérieur, charges à jour), constitue une circonstance exceptionnelle justifiant la prolongation. Le ministère public, le juge-commissaire et le mandataire judiciaire sont tous favorables. L’avis unanime des acteurs de la procédure renforce la légitimité de la décision. Le tribunal motive spécialement sa décision en renvoyant aux éléments du rapport et aux observations des parties. Il ne s’agit pas d’une prolongation de routine mais d’une réponse adaptée à une situation spécifique. La durée de quatre mois, inférieure au maximum légal de six mois, témoigne d’une proportionnalité.

II. La portée de la décision sur la procédure collective

A. L’articulation avec les pouvoirs du ministère public

La loi réserve au ministère public l’initiative de la demande de prolongation exceptionnelle. En l’espèce, le procureur de la République a requis cette prolongation et a été entendu à l’audience. Cette prérogative garantit que l’intérêt général et la protection de l’ordre public économique sont pris en compte. Le tribunal, saisi par cette requête, ne peut statuer que dans la limite de celle-ci. La décision commentée montre que le ministère public s’est impliqué activement dans la procédure pour solliciter un délai supplémentaire. La Cour d’appel de Riom a rappelé que, lorsqu’une cour est saisie d’un appel, “l’effet dévolutif permet donc à la cour d’évoquer et de statuer sur le placement en liquidation judiciaire ou l’éventuelle prolongation exceptionnelle de la période d’observation requise par le ministère public” (Cour d’appel de Riom, 15 janvier 2025, n°24/01218). Ici, en première instance, le tribunal suit les réquisitions du ministère public et y fait droit. Cela illustre le rôle central du parquet dans la régulation des procédures collectives et la sauvegarde des entreprises en difficulté.

B. Les conséquences sur la poursuite de la procédure et la sauvegarde de l’entreprise

La prolongation accordée permet à l’administrateur judiciaire d’adapter le plan pour résoudre la question du compte courant. Ce délai supplémentaire évite une précipitation qui pourrait conduire à une liquidation judiciaire. Le tribunal maintient l’administrateur et le mandataire dans leurs missions, assurant ainsi une continuité dans le suivi. La décision souligne également que la procédure se déroule sans création de passif nouveau, signe d’une gestion maîtrisée pendant la période d’observation. La prolongation de quatre mois offre une chance sérieuse de présenter un plan viable, préservant ainsi l’activité et l’emploi. Sur le plan procédural, ce jugement est exécutoire de plein droit et les dépens sont portés en frais privilégiés. La décision s’inscrit dans une jurisprudence qui admet que le besoin d’adaptation d’un plan, révélé en cours de période d’observation, constitue un motif exceptionnel de prolongation, sans qu’il soit nécessaire de rapporter la preuve d’une dégradation imminente de la situation.

Jurisprudences utilisées pour enrichir le commentaire

Fondements juridiques

Article L. 631-7 du Code de commerce En vigueur

Les articles L. 621-1, L. 621-2 et L. 621-3 sont applicables à la procédure de redressement judiciaire.

La durée maximale de la période d’observation mentionnée au premier alinéa de l’article L. 621-3 peut être exceptionnellement prolongée à la demande du procureur de la République par décision spécialement motivée du tribunal pour une durée maximale de six mois.

Lorsque la situation du débiteur qui a déclaré être en état de cessation des paiements apparaît manifestement insusceptible de redressement, le tribunal invite celui-ci, en l’absence de demande subsidiaire aux fins d’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire, à présenter ses observations sur l’existence des conditions de l’article L. 640-1. Il statue ensuite, dans la même décision, sur la demande de redressement judiciaire et, le cas échéant, sur l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire.

Avant de statuer, le tribunal examine si la situation du débiteur répond aux conditions posées aux articles L. 645-1 et L. 645-2 et ouvre, le cas échéant, avec son accord, une procédure de rétablissement professionnel.

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