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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
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Tribunal judiciaire de Lyon, le 28 mars 2026, n°26/01135

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Le 28 mars 2026, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a été saisi par le directeur du CENTRE HOSPITALIER ST JEAN DE DIEU afin d’obtenir l’autorisation de maintenir une mesure d’isolement à l’encontre d’un patient en hospitalisation complète sans consentement. La mesure avait été instaurée le 25 mars 2026 à 10h44 par le docteur U., psychiatre, en raison d’un risque de passage à l’acte hétéro-agressif. Renouvelée à plusieurs reprises, elle devait être prolongée au-delà de la soixante-douzième heure. Le patient contestait implicitement la nécessité médicale du maintien. La question de droit était de savoir si le juge pouvait autoriser le maintien d’une mesure d’isolement au-delà des durées maximales de droit commun, alors même que le patient en contestait le bien-fondé. Le juge a autorisé le maintien de la mesure. Il a estimé que les motifs médicaux caractérisaient un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, que la procédure était régulière et que le renouvellement était valablement motivé au regard des critères de l’article L3222-5-1 du code de la santé publique. Cette ordonnance conduit à s’interroger sur l’office du juge dans le contrôle des mesures d’isolement. Il conviendra d’examiner dans un premier temps la confirmation de la régularité procédurale et substantielle de la mesure. Dans un second temps, il faudra analyser l’étendue et les limites du contrôle judiciaire face à l’appréciation médicale.

I. La confirmation de la régularité de la mesure d’isolement

A. La caractérisation du dommage immédiat ou imminent

Le juge rappelle que le contrôle des mesures d’isolement doit porter sur les motifs au regard des critères posés au paragraphe I de l’article L3222-5-1 du code de la santé publique. En l’espèce, il relève que la mesure initiale a été ordonnée pour prévenir un dommage immédiat ou imminent, en raison ” d’un risque de passage à l’acte hétéro-agressif “. Il constate que les décisions de renouvellement, notamment celle du 27 mars 2026 à 14h31, décrivent ” l’existence de troubles mentaux rendant nécessaire ce maintien afin de prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, ceci étant caractérisé par des hallucinations malveillantes, envahissantes et terrifiantes “. Cette motivation médicale circonstanciée correspond à l’exigence légale de caractérisation d’un danger actuel et concret. La décision s’inscrit dans la ligne de la jurisprudence qui exige une évaluation précise et évolutive du risque. Ainsi, la Cour d’appel de Versailles a considéré que le médecin ” a parfaitement caractérisé le risque de dommage immédiat ou imminent pour le patient ou pour autrui “ (Cour d’appel de Versailles, 28 janvier 2025, n°25/00506). De même, la Cour d’appel de Paris a validé le maintien d’une mesure lorsque ” les derniers certificats médicaux versés au débat caractérisent bien un dommage immédiat ou imminent, pour le patient “ (Cour d’appel de Paris, 17 mars 2025, n°25/00173). Le juge des libertés opère donc un contrôle suffisant de la matérialité du danger.

B. Le respect des conditions de forme et de fond

Le juge vérifie également que la mesure a été mise en œuvre dans le respect des conditions légales. Il constate que ” sa mise en œuvre a fait l’objet d’une surveillance stricte, somatique et psychiatrique, confiée par l’établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical “. Il relève que la mesure initiale a été prise pour une durée maximale de douze heures et renouvelée ” pour des périodes maximales d’environ douze heures dans les mêmes conditions et selon les mêmes modalités par décisions motivées des équipes médicales “. Ces éléments démontrent le respect des obligations de surveillance et de durée prévues par l’article L3222-5-1. Le juge conclut à la régularité de la procédure, ce qui justifie l’autorisation de maintien. Il écarte ainsi tout vice de forme ou de fond susceptible d’entraîner la mainlevée.

II. L’étendue et les limites du contrôle judiciaire

A. L’affirmation d’un contrôle de légalité et non d’opportunité médicale

Le juge rappelle expressément les limites de son office : ” le juge ne peut se substituer à l’autorité médicale s’agissant de l’évaluation du consentement du patient, du diagnostic posé ou des soins “. Il précise qu’il n’opère pas une appréciation de ” l’opportunité médicale de la mesure mais un contrôle de ses motifs au regard des critères posés au paragraphe I de l’article L3222-5-1 “. Cette affirmation est conforme à la jurisprudence constante qui distingue le contrôle juridictionnel du pouvoir médical. Le juge se cantonne à vérifier que les motifs médicaux sont suffisamment circonstanciés et correspondent aux critères légaux. En l’espèce, il estime que le renouvellement est ” valablement motivé au regard des critères édictés par l’article L3222-5-1 du code de la santé publique “. Il ne s’aventure pas dans une appréciation clinique, se contentant de constater que les éléments médicaux sont suffisants pour justifier la mesure.

B. Les interrogations sur la protection effective des droits du patient

Si le juge respecte la séparation des pouvoirs, son contrôle purement formel peut interroger sur la protection réelle des droits fondamentaux du patient. En l’espèce, le patient est hospitalisé sans consentement et subit une mesure d’isolement. Le juge ne dispose pas de moyens d’expertise indépendante pour contester l’opportunité médicale. Il ne fait que renvoyer aux motifs médicaux sans discussion critique. La jurisprudence antérieure a validé cette approche partielle. La Cour d’appel de Paris a ainsi exigé que les certificats médicaux soient ” motivés de manière circonstanciée et différente à chaque nouvel examen “, mais n’a pas remis en cause la substance de l’appréciation médicale (Cour d’appel de Paris, 17 mars 2025, n°25/00173). Le juge des libertés s’inscrit dans cette logique. Cependant, cette limitation du contrôle judiciaire peut paraître insuffisante pour garantir une protection effective contre un usage abusif de l’isolement. La décision laisse subsister une interrogation sur l’effectivité du contrôle juridictionnel des mesures privatives de liberté en psychiatrie. Elle illustre la tension entre le respect de l’autonomie médicale et la nécessité de protéger les droits du patient.

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