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Chômage intempéries BTP et canicule : salaire, indemnité et recours si le chantier s’arrête

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La chaleur peut rendre un chantier impraticable. Quand la température monte, la question n’est pas seulement de savoir si le salarié peut exercer son droit de retrait. Une autre question arrive très vite sur la fiche de paie : si l’entreprise arrête le chantier à cause de la canicule, qui paie les heures perdues ?

Dans le bâtiment et les travaux publics, il existe un régime particulier : le chômage intempéries. Ce régime ne concerne pas seulement la pluie, la neige ou le gel. Depuis la réforme entrée en vigueur en 2024, la canicule peut aussi être prise en compte lorsqu’elle rend le travail dangereux ou impossible.

Pour un salarié du BTP, l’enjeu est concret. Il faut vérifier si l’arrêt du chantier relève vraiment du chômage intempéries, si l’indemnité figure correctement sur la fiche de paie, si l’employeur pouvait demander une reprise, et quelles preuves conserver en cas de retenue injustifiée sur salaire.

Ces questions relèvent du droit du travail et du contentieux prud’homal, car elles touchent à la fois à la sécurité, au temps de travail et à la rémunération.

La canicule peut-elle justifier le chômage intempéries dans le BTP ?

Oui, mais pas automatiquement.

L’article L. 5424-8 du Code du travail définit les intempéries comme les conditions atmosphériques et les inondations lorsqu’elles rendent dangereux ou impossible l’accomplissement du travail, en raison de la santé ou de la sécurité des salariés, ou en raison de la nature ou de la technique du travail à accomplir.

L’article D. 5424-7-1 du Code du travail précise que les périodes de canicule font partie des conditions atmosphériques pouvant être retenues au titre de ce régime.

Cela signifie qu’une forte chaleur ne suffit pas à elle seule. Il faut établir un lien avec le chantier : exposition directe au soleil, port obligatoire d’équipements lourds, travail en hauteur, effort physique, absence d’ombre, impossibilité technique de décaler l’intervention, risque pour la santé ou la sécurité.

Un bureau climatisé, un atelier ventilé et un chantier de toiture en plein soleil ne se traitent pas de la même manière.

Qui décide d’arrêter le chantier ?

En pratique, l’arrêt du chantier est décidé par l’employeur ou son représentant. Le salarié ne décide pas lui-même de placer ses heures en chômage intempéries.

L’employeur doit apprécier la situation réelle : niveau de chaleur, consignes de prévention, nature des tâches, état du chantier, équipement disponible, horaires possibles, zones d’ombre, accès à l’eau, pauses, sécurité des déplacements et risques propres au poste.

S’il estime que le travail est devenu dangereux ou impossible, il peut arrêter tout ou partie de l’activité. L’arrêt peut concerner un chantier entier, une équipe, une tranche horaire, ou seulement certaines tâches.

Cette distinction est importante. Si le salarié est renvoyé chez lui parce que l’activité est arrêtée, il ne s’agit pas d’une absence personnelle. Il faut donc vérifier le traitement en paie.

Le salarié conserve-t-il tout son salaire ?

Le chômage intempéries BTP n’est pas un maintien intégral automatique du salaire habituel.

Le salarié peut avoir droit à une indemnisation spécifique s’il remplit les conditions du régime. L’article L. 5424-11 du Code du travail prévoit que le salarié a droit à l’indemnisation pour intempéries s’il justifie avoir accompli un nombre minimum d’heures de travail avant l’arrêt, dans une entreprise relevant du régime.

Il faut donc lire la fiche de paie. Les lignes à contrôler sont notamment :

la période exacte d’arrêt ;

le nombre d’heures déclarées en intempéries ;

la base de calcul retenue ;

le montant de l’indemnité ;

les éventuelles retenues sur salaire ;

les congés payés et droits annexes impactés ;

la cohérence entre le planning, les pointages et le bulletin.

Un salarié ne doit pas se contenter d’une explication orale. Si une journée de chaleur apparaît comme absence non rémunérée, absence injustifiée ou congé imposé, il faut demander une correction écrite.

L’employeur peut-il imposer des congés ou des RTT à la place ?

L’employeur ne peut pas transformer librement un arrêt de chantier lié à la canicule en congés payés pris au dernier moment.

Les congés payés obéissent à des règles de fixation et de modification. Les RTT et jours de repos peuvent dépendre de l’accord collectif applicable, mais ils ne servent pas à effacer sans justification une interruption d’activité relevant d’un risque météo ou sécurité.

Si le bulletin mentionne un congé payé, un RTT ou une absence alors que le chantier a été arrêté pour forte chaleur, le salarié doit demander :

la raison précise de la qualification retenue ;

le document interne constatant l’arrêt ;

le nombre d’heures déclarées ;

la règle conventionnelle appliquée ;

le mode de calcul de la paie.

Le point décisif est la cohérence. Un employeur ne peut pas dire oralement que le chantier était trop dangereux, puis traiter la journée comme une absence personnelle du salarié.

Et si le chantier continue malgré une chaleur dangereuse ?

Le chômage intempéries n’épuise pas la question de la sécurité.

Même si l’employeur ne déclare pas d’arrêt d’activité, il reste tenu de protéger la santé et la sécurité des salariés. Depuis le décret relatif à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur, l’article R. 4225-2 du Code du travail impose notamment de mettre à disposition de l’eau potable et fraîche pour permettre aux travailleurs de se désaltérer et de se rafraîchir.

Sur un chantier, les mesures utiles peuvent aussi comprendre l’adaptation des horaires, l’augmentation des pauses, l’organisation de zones d’ombre, la rotation des tâches, le report de certaines interventions, l’information des salariés et l’attention portée aux salariés vulnérables.

Si ces mesures sont absentes et que la situation crée un danger grave et imminent, le salarié peut envisager le droit de retrait. Il faut toutefois rester prudent : le droit de retrait s’apprécie au cas par cas. Il doit être exercé de manière proportionnée et documentée.

Avant de quitter le poste, il faut alerter immédiatement l’employeur ou le responsable de chantier, expliquer le danger précis, conserver une preuve de l’alerte et éviter toute formulation vague.

Quelles preuves conserver en cas de litige sur la paie ?

Le salarié doit construire un dossier simple et chronologique.

Il faut d’abord conserver les bulletins de paie du mois concerné et des mois précédents. Ils permettent de comparer les lignes habituelles, les retenues, les heures déclarées et les indemnités.

Il faut ensuite garder les plannings, pointages, SMS, messages d’équipe, consignes de chantier, photographies non dangereuses de la situation, relevés météo publics, ordre de rentrer, consigne d’arrêt ou demande de reprise.

Le salarié doit aussi noter les faits le jour même : heure d’arrivée, température ressentie, tâches prévues, mesures disponibles, décision du chef de chantier, heure de départ, personnes présentes et explication donnée.

Cette chronologie est souvent plus utile qu’un long récit. Elle permet de répondre à trois questions :

le chantier a-t-il été arrêté ?

pour quel motif ?

comment l’arrêt a-t-il été traité sur la paie ?

Que faire si l’indemnité n’est pas payée ?

La première démarche consiste à demander une explication écrite à l’employeur ou au service paie.

Le message doit rester factuel. Il peut indiquer que le chantier a été arrêté à telle date en raison des fortes chaleurs, que la fiche de paie mentionne une absence ou une retenue, et que le salarié demande la régularisation ou le détail du calcul appliqué.

Si l’entreprise répond que l’arrêt ne relève pas du chômage intempéries, il faut demander pourquoi : tâche encore possible, autre poste proposé, horaires adaptés, seuil non atteint, absence des conditions légales, ou autre motif.

Si aucune réponse n’est donnée, le salarié peut adresser une mise en demeure, saisir l’inspection du travail pour signaler le traitement du risque chaleur, puis envisager une action prud’homale si le rappel de salaire ou d’indemnité reste impayé.

Le délai dépend de la nature des demandes. En matière de salaire, il faut agir sans attendre, car la preuve devient plus difficile avec le temps et les plannings disparaissent vite.

Le cas particulier de Paris et de l’Île-de-France

En Île-de-France, les chantiers exposés à la chaleur posent souvent une difficulté supplémentaire : les trajets longs, les transports perturbés, les sites minéraux, les toitures, les travaux de façade et les interventions en cour intérieure peu ventilée.

Pour un salarié rattaché à un chantier à Paris, dans les Hauts-de-Seine, en Seine-Saint-Denis, dans le Val-de-Marne ou dans les autres départements franciliens, il faut identifier le lieu d’exécution du travail, l’établissement employeur et le conseil de prud’hommes compétent.

Cette vérification compte en cas de référé ou de demande de rappel de salaire. Le dossier doit être préparé avec le contrat, les bulletins de paie, les relevés d’heures, les messages de chantier, la convention collective applicable et les éléments météo du jour concerné.

Les erreurs à éviter

La première erreur consiste à ne garder aucune trace. Une journée de canicule se discute difficilement plusieurs mois plus tard sans planning, message ou bulletin.

La deuxième erreur consiste à accepter une qualification floue sur la fiche de paie. Une absence injustifiée, un congé payé, un RTT imposé et une indemnité intempéries n’ont pas les mêmes conséquences.

La troisième erreur consiste à confondre droit de retrait et chômage intempéries. Le premier est une réaction individuelle à un danger grave et imminent. Le second est un régime d’indemnisation lié à l’arrêt d’activité dans le BTP.

La quatrième erreur consiste à ne regarder que la température. Le droit s’intéresse surtout aux conditions concrètes de travail : tâche, exposition, équipement, effort, sécurité et mesures de prévention.

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