Porter plainte contre un gendarme ou un policier pour abus de pouvoir : preuves, IGPN, IGGN et procureur

Fin avril 2026, plusieurs affaires mettant en cause des membres des forces de l’ordre ont relancé une question très concrète : comment agir quand on estime avoir subi un abus de pouvoir, une violence, une fouille irrégulière, une retenue injustifiée ou un refus de plainte de la part d’un policier ou d’un gendarme ?

La difficulté tient au réflexe à adopter. Beaucoup de victimes saisissent uniquement l’IGPN ou l’IGGN, puis pensent avoir «porté plainte». Ce n’est pas exact. Le signalement administratif peut être utile, mais il ne remplace pas une plainte pénale. À l’inverse, déposer plainte sans dossier probatoire solide expose à un classement rapide, surtout lorsque les faits se sont déroulés lors d’un contrôle, d’une interpellation ou d’une garde à vue.

La bonne méthode consiste à distinguer trois voies : la plainte pénale, le signalement déontologique et la constitution d’un dossier de preuves. L’ordre est important. La preuve se prépare immédiatement. La plainte doit viser des faits précis. L’IGPN ou l’IGGN peut compléter le dispositif, mais ne doit pas être confondue avec une plainte.

Porter plainte contre un gendarme ou un policier : dans quels cas ?

On ne porte pas plainte contre une institution de manière abstraite. On porte plainte pour des faits. Ces faits peuvent viser un policier, un gendarme, un agent municipal, un service, ou un auteur non identifié lorsque le nom de l’agent n’est pas connu.

Les situations les plus fréquentes sont les suivantes :

  • violences pendant un contrôle, une interpellation, un transport ou une garde à vue ;
  • menottage, plaquage ou usage de la force que la victime estime disproportionné ;
  • propos discriminatoires ou injurieux ;
  • fouille ou palpation contestée ;
  • refus de prendre une plainte ;
  • rétention injustifiée dans un local de police ou de gendarmerie ;
  • pression pour modifier une déclaration ;
  • procès-verbal ou compte rendu que la victime estime inexact ;
  • non-intervention alors qu’un danger immédiat était signalé.

Tous ces faits ne reçoivent pas la même qualification pénale. Une violence avec certificat médical n’est pas traitée comme un refus de plainte. Une discrimination par une personne dépositaire de l’autorité publique n’est pas traitée comme un simple conflit verbal. Un faux procès-verbal suppose une démonstration spécifique.

Le premier travail consiste donc à nommer les faits sans les exagérer. Il faut écrire ce qui s’est passé : date, heure, lieu, identité ou description de l’agent, gestes, paroles, témoins, blessures, suites médicales, vidéos, démarches déjà faites.

IGPN, IGGN ou plainte : ce n’est pas la même chose

Pour un policier national, la plateforme administrative de signalement de l’IGPN permet de signaler un comportement susceptible de mettre en cause un agent de la police nationale. Le site Ma Sécurité précise que ce dispositif n’est ni un service d’urgence, ni un service d’enquête, ni un service de plainte.

Pour un gendarme, la réclamation auprès de l’IGGN permet de porter à la connaissance de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale des faits jugés contraires à la déontologie. La page officielle de la gendarmerie précise aussi que cette réclamation ne constitue pas une plainte et que la plainte peut être déposée auprès d’un service de police ou de gendarmerie, ou directement par courrier au procureur de la République.

La différence est donc simple.

La plainte pénale vise à déclencher une procédure judiciaire. Elle est transmise au procureur de la République, qui peut classer, demander une enquête, poursuivre, saisir un juge d’instruction ou orienter la procédure.

Le signalement IGPN ou IGGN vise un contrôle interne et déontologique. Il peut alimenter une enquête administrative ou être transmis, mais il ne remplace pas la plainte.

Le Défenseur des droits peut être saisi lorsque les faits mettent en cause la déontologie de la sécurité. Sa saisine peut être utile, notamment en cas de contrôle d’identité, usage de la force, propos discriminatoires, refus de plainte ou comportement contraire aux règles professionnelles. Elle ne suspend pas les délais de prescription.

Peut-on déposer plainte dans un autre commissariat ou une autre gendarmerie ?

Oui. L’article 15-3 du Code de procédure pénale impose aux officiers et agents de police judiciaire de recevoir les plaintes déposées par les victimes d’infractions pénales, y compris lorsque le service n’est pas territorialement compétent. La plainte est ensuite transmise au service compétent s’il y a lieu.

Ce point est important lorsqu’une personne veut porter plainte contre un agent du service local. Elle peut se rendre dans un autre commissariat ou une autre brigade. Elle peut aussi adresser une plainte écrite au procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu des faits.

En pratique, la plainte au procureur est souvent plus adaptée lorsque le dossier est sensible, que l’auteur est un agent identifié, ou que la victime craint de ne pas être écoutée dans un service local. Le courrier doit être structuré : faits, qualification possible, preuves, témoins, préjudice, demandes d’actes utiles.

Si un service refuse de prendre la plainte, il faut noter la date, l’heure, le lieu, le nom ou le numéro de l’agent si possible, et les mots utilisés. Ce refus peut lui-même être signalé, notamment via les voies administratives ou le Défenseur des droits. Il faut ensuite déposer plainte par courrier au procureur, sans attendre.

Quelles infractions peuvent être visées ?

La qualification dépend des faits.

En cas de violences, l’article 222-13 du Code pénal prévoit notamment une circonstance aggravante lorsque les violences sont commises par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public dans l’exercice ou à l’occasion de ses fonctions. Le certificat médical et l’ITT sont alors essentiels.

En cas de discrimination, l’article 432-7 du Code pénal vise la discrimination commise par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, lorsqu’elle consiste notamment à refuser le bénéfice d’un droit accordé par la loi ou à entraver l’exercice normal d’une activité économique.

En cas de privation de liberté injustifiée, d’interpellation contestée ou de maintien dans un local sans cadre légal, d’autres qualifications peuvent être discutées. Ces dossiers exigent une analyse précise de la chronologie : contrôle, palpation, interpellation, transport, notification des droits, garde à vue, audition, remise en liberté.

En cas de procès-verbal contesté, il faut être prudent. Dire qu’un procès-verbal est incomplet ne suffit pas. Il faut démontrer une contradiction, une omission déterminante ou une altération volontaire. Les vidéos, témoins, horodatages et certificats peuvent alors jouer un rôle central.

Enfin, une plainte mensongère peut exposer son auteur au risque de dénonciation calomnieuse, prévue par l’article 226-10 du Code pénal. Cela ne doit pas dissuader une victime réelle d’agir. Cela impose simplement de rédiger une plainte factuelle, précise et vérifiable.

Les preuves à réunir immédiatement

Dans ce type de dossier, la preuve se perd vite. Une vidéo de commerce peut être effacée. Un témoin peut ne plus être joignable. Une blessure peut disparaître. Un souvenir peut devenir imprécis.

Il faut réunir rapidement :

  • certificat médical, idéalement avec description précise des lésions et ITT ;
  • photos des blessures, datées si possible ;
  • captures vidéo, liens, fichiers originaux et métadonnées disponibles ;
  • coordonnées des témoins ;
  • tickets, géolocalisation, horaires de transport, appels au 17 ou au 112 ;
  • récépissé de plainte ou preuve du refus de plainte ;
  • convocations, procès-verbaux, notifications de droits, documents remis ;
  • échanges avec le service concerné ;
  • chronologie courte, écrite dans les 24 ou 48 heures.

Il faut conserver les fichiers originaux. Une capture publiée sur les réseaux sociaux peut aider à alerter, mais elle ne remplace pas le fichier source. Si la vidéo a été transmise par un témoin, il faut obtenir son accord, ses coordonnées et, si possible, une attestation.

Le certificat médical doit être demandé rapidement. Il ne sert pas seulement à constater une blessure. Il permet de documenter le mécanisme allégué : douleur, ecchymose, plaie, anxiété, retentissement psychologique, arrêt de travail, ITT pénale.

Faut-il publier la vidéo sur les réseaux sociaux ?

La publication peut parfois faire émerger des témoins. Elle peut aussi fragiliser le dossier si elle est partielle, montée, commentée de manière excessive ou si elle expose inutilement l’identité d’une personne.

Avant publication, il faut préserver l’original. Il faut aussi éviter les accusations catégoriques qui dépassent ce que la vidéo montre. Une plainte solide ne repose pas sur une indignation générale. Elle repose sur une chronologie, une qualification, des pièces et une demande d’enquête.

Lorsque la vidéo montre seulement une partie de la scène, il faut le dire. Le contexte compte : ce qui précède le geste, la notification éventuelle d’une infraction, le comportement de chacun, la proportionnalité de la force, l’existence ou non d’une menace.

Que faire si la plainte est classée sans suite ?

Le classement sans suite n’éteint pas nécessairement toute action. Il faut d’abord obtenir ou conserver l’avis de classement, puis identifier le motif : infraction insuffisamment caractérisée, auteur inconnu, preuves insuffisantes, opportunité des poursuites, régularisation, autre motif.

Selon le dossier, plusieurs voies existent :

  • recours hiérarchique auprès du procureur général ;
  • plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction, lorsque les conditions de l’article 85 du Code de procédure pénale sont réunies ;
  • citation directe si les faits, l’auteur et les preuves permettent une audience sans instruction ;
  • action indemnitaire contre l’État dans certaines hypothèses distinctes ;
  • saisine ou relance du Défenseur des droits pour le volet déontologique.

La plainte avec constitution de partie civile suppose, en principe, soit un classement sans suite, soit un délai de trois mois après une plainte préalable. Elle doit être préparée sérieusement, car elle peut entraîner une consignation et une discussion sur la recevabilité.

Paris et Île-de-France : les réflexes pratiques

À Paris et en Île-de-France, il faut agir vite sur les preuves vidéo. Les caméras de commerce, d’immeuble, de transport ou de voirie ne conservent pas toujours les images longtemps. Dès les premiers jours, il faut identifier les lieux, les horaires et les personnes susceptibles de détenir des images.

Si les faits se sont déroulés dans un commissariat, une brigade, un véhicule, une gare, un centre commercial ou lors d’une manifestation, la demande d’actes doit être précise : caméras, registre d’intervention, identité des agents, communications radio, main courante, procédure de contrôle, procès-verbal, registre de garde à vue.

Le cabinet intervient à Paris et en Île-de-France pour structurer la plainte, préparer la chronologie, qualifier les faits, saisir le procureur, accompagner une audition et organiser les suites en cas de classement. Pour les situations liées à une interpellation ou à une garde à vue, voir aussi notre page sur l’avocat en garde à vue à Paris et notre page avocat pénaliste à Paris.

Checklist avant d’envoyer la plainte

Avant l’envoi, vérifiez que votre dossier contient :

  • une chronologie en une page ;
  • les lieux exacts ;
  • l’identité ou la description de l’agent ;
  • les noms et coordonnées des témoins ;
  • les certificats médicaux ;
  • les vidéos et photos originales ;
  • les captures utiles ;
  • la copie des documents remis par la police ou la gendarmerie ;
  • les démarches IGPN, IGGN ou Défenseur des droits déjà faites ;
  • une liste courte des actes d’enquête demandés.

La plainte doit rester factuelle. Elle peut être ferme, mais elle doit être exploitable. Plus les faits sont graves, plus le ton doit être sobre.

Sources et vérifications

Les sources utilisées sont la page officielle Ma Sécurité sur le signalement IGPN, la page officielle de la gendarmerie sur la réclamation IGGN, la fiche Service-Public sur ce que peut faire la victime d’une infraction pénale, la fiche Service-Public sur les litiges avec les forces de l’ordre, l’article 15-3 du Code de procédure pénale, l’article 85 du Code de procédure pénale, l’article 222-13 du Code pénal, l’article 432-7 du Code pénal et l’article 226-10 du Code pénal.

L’actualité récente ayant servi à choisir l’angle est notamment la garde à vue de policiers à Sarcelles rapportée par TF1 Info le 22 avril 2026 et le renvoi annoncé de deux CRS devant le tribunal correctionnel de Nice, rapporté le 24 avril 2026. Ces affaires sont citées comme signaux d’actualité, sans préjuger de la culpabilité des personnes mises en cause.

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