Arrêt C-245/19 du 2020-10-06

La Cour de justice de l’Union européenne, statuant en grande chambre le 6 octobre 2020, était saisie de deux renvois préjudiciels du juge luxembourgeois. Les litiges opposaient l’État luxembourgeois à des sociétés et à une personne physique au sujet d’injonctions de communication d’informations fiscales. Ces injonctions faisaient suite à des demandes d’échange d’informations de l’administration fiscale espagnole visant un contribuable résident espagnol. La question centrale portait sur le droit à un recours effectif contre ces décisions d’injonction pour les différentes catégories de personnes concernées. La Cour devait interpréter l’article 47 de la Charte des droits fondamentaux, lu avec ses articles 7, 8 et 52, paragraphe 1.

Le premier enjeu concernait le droit du détenteur d’informations destinataire de l’injonction. La Cour a jugé que l’absence de recours direct violait le contenu essentiel du droit à un recours effectif. Elle a affirmé que cette personne ne saurait être contrainte d’enfreindre l’injonction et de s’exposer à une sanction pour accéder au juge. La législation nationale excluant tout recours direct ne respecte donc pas l’article 47 de la Charte.

Le second enjeu portait sur le droit du contribuable visé par l’enquête sous-jacente. La Cour a estimé que ce contribuable, non destinataire de l’injonction, n’était soumis à aucune obligation ni sanction. Sa protection juridictionnelle est assurée par la possibilité de contester incidentment l’injonction lors d’un recours contre une décision de rectification ultérieure. Dès lors, l’exclusion d’un recours direct pour ce contribuable est conforme à l’article 47 de la Charte.

Le troisième enjeu concernait le droit des tierces personnes entretenant des relations avec le contribuable. La Cour a considéré que ces personnes, comme le contribuable, ne sont pas destinataires de l’injonction et ne risquent aucune sanction. Leur protection est assurée par la voie d’une action en responsabilité pour violation de leurs droits. Ainsi, l’absence de recours direct pour ces tierces personnes respecte également l’article 47 de la Charte.

Le dernier enjeu portait sur la portée du contrôle de la pertinence vraisemblable des informations demandées. La Cour a jugé que le critère est satisfait si la demande indique l’identité du contribuable, du détenteur et la période concernée. Des informations sur des contrats et paiements non précisément identifiés mais délimités par ces critères ne sont pas manifestement dépourvues de pertinence. La Cour valide ainsi une approche large du critère de pertinence vraisemblable en phase préliminaire d’enquête.

La portée de cet arrêt est majeure pour l’équilibre entre efficacité des échanges fiscaux et droits fondamentaux. Il consacre un droit au recours direct pour le détenteur d’informations, seul soumis à une obligation sous sanction. Il confirme en revanche que le contribuable et les tiers doivent attendre la phase contentieuse ultérieure pour contester l’injonction. La solution est proportionnée, protégeant le contenu essentiel du droit à un recours effectif sans paralyser la coopération administrative. Elle offre une grille d’analyse claire pour les législations nationales transposant la directive 2011/16. La valeur de l’arrêt réside dans cette distinction opérée entre les différentes catégories de justiciables concernés par une même mesure.

📄 Circulaire officielle

Nos données proviennent de la Cour de cassation (Judilibre), du Conseil d'État, de la DILA, de la Cour de justice de l'Union européenne ainsi que de la Cour européenne des droits de l'Homme.

Recherche dans la base juridique

Trouvez une décision, une chambre, un thème

Plus de 100 000 décisions commentées par notre intelligence artificielle, indexées en temps réel.

    Recherche propulsée par Meilisearch sur kohenavocats.com et kohenavocats.fr.
    Analyse stratégique offerte

    Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

    Transmettez-nous les pièces de votre dossier. Maître Hassan KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique de votre situation.

    • Première analyse offerte et sans engagement
    • Réponse personnelle de l'avocat sous 24 heures
    • 100 % confidentiel, secret professionnel garanti
    • Jusqu'à 1 Go de pièces, dossiers et sous-dossiers acceptés

    Cliquez ou glissez vos fichiers ici
    Tous formats acceptes (PDF, Word, images, etc.)

    Envoi en cours...

    Vos donnees sont utilisees uniquement pour traiter votre demande. Politique de confidentialite.

    了解 Maître Hassan Kohen, avocat en droit pénal à Paris 的更多信息

    立即订阅以继续阅读并访问完整档案。

    继续阅读