Un père de famille découvre, dix ans après la naissance de son enfant, que sa femme l’a trompé pendant leur mariage. Il souhaite contester sa paternité mais craint d’être arrivé trop tard. En 2026, près de trois cents personnes chaque mois recherchent en France les modalités du désaveu de paternité. Le droit encadre strictement cette action : délais de prescription et de forclusion, conditions de recevabilité, preuves admissibles et procédure devant le juge aux affaires familiales. La Cour de cassation a rappelé en juin 2025 que l’expertise biologique reste de droit dès lors qu’un doute sérieux est établi, sauf motif légitime exceptionnel. La méconnaissance de ces règles expose au rejet de l’action ou, inversement, à une condamnation pour déni de paternité abusif.
Qui peut contester la paternité et dans quel délai ?
L’article 332 du code civil (texte officiel) dispose que : « La paternité peut être contestée en rapportant la preuve que le mari ou l’auteur de la reconnaissance n’est pas le père. »
L’action en contestation de paternité relève d’une double contrainte temporelle. L’article 321 du code civil (texte officiel) prévoit ce qui suit.
« Sauf lorsqu’elles sont enfermées par la loi dans un autre délai, les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l’état qu’elle réclame, ou a commencé à jouir de l’état qui lui est contesté. A l’égard de l’enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité. »
Ce délai de dix ans constitue une prescription ordinaire. Il court à compter du jour où le mari ou l’auteur de la reconnaissance a eu connaissance des faits lui permettant de contester sa paternité. La Cour de cassation a précisé que l’action en recherche de paternité exercée par le représentant légal d’un enfant mineur dans ce délai de dix ans était recevable (Cass. 1re civ., 8 juillet 2020, n° 18-20.961 (décision)).
motifs : « l’action en recherche de paternité avait été engagée par la mère de l’enfant, en qualité de représentante légale de ce dernier, postérieurement à l’entrée en vigueur de ces dispositions et dans le délai de 10 ans requis par l’article 321 du code civil ».
Toutefois, une seconde limite temporelle s’applique lorsque la possession d’état est conforme au titre.
La forclusion de cinq ans et ses exceptions
L’article 333 du code civil (texte officiel) édicte une règle de forclusion.
« Nul, à l’exception du ministère public, ne peut contester la filiation lorsque la possession d’état conforme au titre a duré au moins cinq ans depuis la naissance ou la reconnaissance, si elle a été faite ultérieurement. »
Ce délai de cinq ans constitue une forclusion d’ordre public. Il n’est pas susceptible de suspension, contrairement aux délais de prescription. La Cour de cassation l’a affirmé avec force (Cass. 1re civ., 15 janvier 2020, n° 19-12.348 (décision)).
motifs : « Le premier de ces textes édicte un délai de forclusion, qui n’est pas susceptible de suspension en application du second, lequel ne vise que les délais de prescription ».
La possession d’état se caractérise par des faits matériels publics, paisibles et non équivoques. Le parent doit traiter l’enfant comme le sien, pourvoir à son entretien et à son éducation, et la société ainsi que l’autorité publique doivent le considérer comme tel. Dès lors que cette possession d’état conforme au titre a duré cinq ans, l’action en contestation devient irrecevable, sauf pour le ministère public.
Quelles preuves pour démontrer la non-paternité ?
La preuve de la non-paternité peut être rapportée par tous moyens. L’adultère de l’épouse constitue un indice sérieux, mais il ne suffit pas à lui seul. Il faut établir que le mari n’a pas pu être le père biologique de l’enfant, notamment en démontrant son absence pendant la période de conception ou l’impossibilité médicale de procréer.
Les témoignages, les correspondances, les relevés bancaires ou les preuves de déplacements peuvent constituer des éléments de preuve. Néanmoins, l’expertise biologique reste le moyen le plus déterminant. Le juge aux affaires familiales dispose d’un pouvoir souverain d’appréciation sur la valeur probante des éléments produits. Il peut, en l’absence de preuve convaincante, rejeter l’action ou ordonner une expertise génétique.
L’expertise biologique : un droit quasi absolu
L’expertise biologique constitue le pivot de la plupart des actions en contestation de paternité. L’article 310-3 du code civil dispose que l’expertise est de droit en matière de filiation, sauf s’il existe un motif légitime de ne pas y procéder.
La Cour de cassation a rappelé dans un arrêt récent du 12 juin 2025 que le refus d’ordonner une expertise biologique doit être motivé par la caractérisation d’un motif légitime. À défaut, le juge viole les textes applicables. Dans cette affaire, la cour d’appel d’Aix-en-Provence avait rejeté l’action en contestation de paternité au motif que les éléments produits étaient insuffisants à justifier une expertise biologique. La Cour de cassation a cassé cette décision (Cass. 1re civ., 12 juin 2025, n° 23-15.640 (décision)).
motifs : « Il en résulte que, sous réserve de la recevabilité de l’action, l’expertise biologique est de droit en matière de filiation, sauf s’il existe un motif légitime de ne pas y procéder ».
Le tribunal a aussi constaté :
« En statuant ainsi, sans caractériser l’existence d’un motif légitime pour justifier son refus, la cour d’appel a violé les textes susvisés ».
Le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand a illustré cette approche. Il a ordonné une expertise génétique dès lors qu’un doute sérieux existait sur la paternité de l’auteur d’une reconnaissance (TJ Clermont-Ferrand, 7 février 2025, n° 24/01175 (décision)).
motifs : « aux termes de l’article 332 alinéa 2 du code civil, la paternité peut être contestée en rapportant la preuve que le mari ou l’auteur de la reconnaissance n’est pas le père ; … qu’il existe ainsi un doute sur la paternité … que l’expertise génétique sollicitée sera donc ordonnée ».
Le refus de se soumettre à l’expertise biologique, sans motif légitime, constitue un indice supplémentaire de paternité. Les règles de l’expertise génétique en filiation ont été analysées dans notre guide sur le test de paternité en France. La Cour de cassation avait déjà retenu que le défendeur qui volontairement met en échec l’expertise (Cass. 1re civ., 8 juillet 2020, n° 18-20.961 (décision)).
motifs : « ne disposait d’aucun motif légitime pour s’opposer à la réalisation de l’expertise génétique et qu’il se déduisait de son refus de s’y soumettre un indice supplémentaire de sa paternité ».
Procédure devant le juge aux affaires familiales
L’action en contestation de paternité se présente devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire du lieu de naissance de l’enfant ou de la résidence du défendeur. Elle peut être exercée par le mari, l’auteur de la reconnaissance, ou toute personne qui se prétend le parent véritable.
La procédure suit les règles du contentieux de la filiation. Le demandeur doit constituer un dossier comportant l’acte de naissance de l’enfant, son propre livret de famille, et tous les éléments de preuve justifiant le doute sur la paternité. Le juge peut, avant dire droit, ordonner une expertise biologique. Les frais d’expertise sont généralement avancés par la partie qui la sollicite, sauf dispense pour aide juridictionnelle.
Le jugement peut être frappé d’appel dans un délai de quinze jours à compter de sa signification. Le contentieux de la filiation s’inscrit fréquemment dans un contexte de séparation conjugale. Pour les questions liées au divorce, vous pouvez consulter notre page dédiée à l’avocat divorce Paris. L’annulation de la filiation paternelle entraîne des conséquences patrimoniales et successorales importantes. Elle remet en cause les obligations alimentaires, les droits successoraux et éventuellement la résidence de l’enfant.
Checklist : les cinq étapes pour contester la paternité
- Vérifier la date de naissance de l’enfant et calculer les délais de prescription de dix ans et de forclusion de cinq ans.
- Rassembler les preuves matérielles : correspondances, témoignages, preuves d’absence pendant la période de conception.
- Constituer le dossier juridique : acte de naissance, livret de famille, justificatifs de domicile.
- Saisir le juge aux affaires familiales par assignation ou requête conjointe selon le cas.
- Prévoir les conséquences patrimoniales : révision des obligations alimentaires, impact successoral, et éventuelle action en responsabilité civile contre l’épouse pour dol.
Contestation de paternité à Paris et en Île-de-France
Les tribunaux judiciaires de Paris, Nanterre, Bobigny, Créteil et Versailles connaissent des contentieux de filiation complexes. Le tribunal judiciaire de Paris dispose d’un pôle famille spécialisé qui instruit les actions en contestation de paternité avec une expertise biologique fréquemment ordonnée. Les délais d’obtention d’une audience varient entre six et douze mois selon le ressort. La présence d’avocats est recommandée dès la phase d’assignation, compte tenu de la technicité des délais et des preuves. Le cabinet intervient régulièrement devant ces juridictions pour sécuriser la recevabilité de l’action et piloter l’expertise biologique.
Questions fréquentes
Quel est le délai pour contester la paternité d’un enfant né dans le mariage ?
L’action se prescrit par dix ans à compter du jour où le mari a eu connaissance des faits lui permettant de contester sa paternité. Toutefois, si la possession d’état conforme au titre a duré cinq ans, l’action devient irrecevable par forclusion.
L’adultère de l’épouse suffit-il à faire invalider la paternité ?
Non. L’adultère constitue un indice, mais il faut établir que le mari n’est pas le père biologique. L’expertise génétique est le moyen de preuve le plus sûr.
Peut-on refuser l’expertise biologique en contestation de paternité ?
Seul un motif légitime exceptionnel permet d’échapper à l’expertise. Le refus sans justification constitue un indice supplémentaire de paternité.
Quelles sont les conséquences d’une annulation de paternité ?
L’enfant perd le nom du père, les droits successoraux et l’obligation alimentaire. Le véritable père biologique peut alors être reconnu.
Le désaveu de paternité est-il possible après le décès de l’enfant ?
L’action peut être exercée par les héritiers du père présumé dans le délai de prescription, sous réserve que la forclusion de cinq ans ne soit pas acquise.
Besoin d’un avis rapide sur votre dossier ?
La contestation de paternité obéit à des délais stricts et à des règles de preuve complexes. Une erreur sur la recevabilité de l’action ou sur la constitution du dossier peut entraîner un rejet définitif. Le cabinet vous propose une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du pôle famille.
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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris, intervient à Paris et en Île-de-France.