Depuis l’entrée en vigueur du décret du 18 juillet 2025 sur les modes amiables, beaucoup de parents séparés reçoivent le même message avant de saisir le juge aux affaires familiales : « il faut d’abord tenter une médiation ». La formule est souvent répétée par l’autre parent, par un médiateur, parfois même dans une décision précédente du JAF.
Elle est trop large.
En 2026, la médiation familiale est encouragée. Elle peut être proposée par le juge. Le JAF peut aussi enjoindre les parents à rencontrer un médiateur pour être informés sur la mesure. Dans certains dossiers, une décision antérieure peut prévoir une tentative préalable avant une nouvelle saisine. Mais la médiation ne doit pas devenir un piège procédural, ni un passage imposé lorsqu’il existe des violences, une emprise ou une urgence réelle pour l’enfant.
La question pratique n’est donc pas seulement : « la médiation familiale est-elle obligatoire ? » La bonne question est : dans votre dossier précis, faut-il tenter une médiation avant le JAF, peut-on saisir directement le juge, et comment éviter que le refus de médiation soit interprété comme un blocage ?
Pourquoi ce sujet remonte maintenant ?
Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025 a réorganisé les modes amiables de résolution des différends dans le code de procédure civile. Il consacre une logique de coopération entre le juge et les parties et renforce l’incitation à rechercher une solution amiable lorsque le litige s’y prête.
En droit de la famille, cette évolution tombe sur un terrain déjà sensible : séparation, résidence de l’enfant, droit de visite, pension alimentaire, vacances, frais scolaires, changement d’école ou déménagement. Les parents ont souvent besoin d’une décision rapide. Les juridictions, elles, orientent de plus en plus les dossiers vers une discussion structurée lorsque le conflit n’est pas violent et que les parents peuvent encore négocier.
Google Ads confirme que l’intention existe : « médiation familiale » représente environ 4 400 recherches mensuelles en France, « médiateur familial » 3 600, « médiation familiale gratuite » 720, « médiation familiale avant JAF » 320, et « médiation familiale pension alimentaire » 70 avec un CPC haut très élevé. En Île-de-France, la variante « mediation familial » ressort avec 2 900 recherches mensuelles et un CPC haut de 8,16 euros. Ce ne sont pas seulement des recherches d’information. Ce sont souvent des parents qui viennent de recevoir une demande, une convocation, une décision ou une menace de saisine.
La médiation familiale est-elle obligatoire avant le JAF ?
En principe, non : un parent peut saisir le JAF lorsque les parents sont en désaccord sur l’enfant, la résidence, le droit de visite, l’autorité parentale ou la pension alimentaire.
Mais la réponse doit être nuancée.
L’article 373-2-10 du Code civil prévoit qu’en cas de désaccord, le juge s’efforce de concilier les parties. Pour faciliter l’exercice consensuel de l’autorité parentale, il peut proposer une médiation familiale. Après accord des parents, il peut désigner un médiateur. Il peut aussi enjoindre les parents à rencontrer un médiateur familial qui les informera sur l’objet et le déroulement de la mesure.
Cette injonction d’information n’est pas la même chose qu’une obligation de trouver un accord. Le médiateur n’est pas un juge. Il ne tranche pas. Il organise une discussion encadrée. Si aucun accord n’est trouvé, le JAF reste compétent.
La difficulté vient des décisions qui prévoient une médiation préalable avant toute nouvelle saisine. Notion-AI a identifié deux décisions du TJ de Bordeaux des 28 janvier 2025 et 23 juillet 2025 dans lesquelles le JAF impose une médiation familiale préalable avant une nouvelle saisine relative à l’autorité parentale, la résidence, le droit de visite ou la pension, sous peine d’irrecevabilité : et.
Ces décisions montrent une pratique juridictionnelle : certains juges veulent éviter que les parents reviennent au tribunal pour chaque désaccord de calendrier ou de frais. Mais elles ne signifient pas que tout parent doit attendre une médiation avant d’agir, dans toutes les situations.
Ce que le juge peut vous reprocher en cas de refus
Un refus de médiation n’est pas automatiquement une faute. Il peut être parfaitement légitime.
Il devient risqué lorsqu’il est sec, non expliqué et contradictoire avec vos demandes. Par exemple, un parent qui demande au JAF une organisation plus souple, mais refuse toute discussion préalable sans motif, donne à l’autre parent un argument simple : il bloque la coparentalité.
La meilleure méthode consiste à répondre par écrit, calmement :
- vous acceptez le principe d’une discussion si le cadre est adapté;
- vous refusez une médiation immédiate si elle est dangereuse, inutile ou utilisée pour retarder une décision;
- vous expliquez le motif concret : urgence scolaire, violences, emprise, enfant en danger, pension impayée, départ imminent en vacances, déménagement annoncé, refus de remettre l’enfant;
- vous proposez, si possible, une alternative : échange entre avocats, médiation après mesures provisoires, saisine JAF avec demande d’orientation, ou accord partiel sur les points non conflictuels.
Cette trace écrite compte. Elle évite que votre position soit résumée en une phrase : « il refuse la médiation ».
Violence, emprise, peur : la médiation ne doit pas être imposée
C’est le point central.
L’article 373-2-10 du Code civil exclut la proposition de médiation et l’injonction de rencontrer un médiateur lorsque des violences sont alléguées par l’un des parents sur l’autre parent ou sur l’enfant, ou lorsqu’il existe une emprise manifeste.
Le Conseil constitutionnel l’a relevé dans sa décision du 17 novembre 2016 sur la loi de modernisation de la justice du XXIe siècle : l’exclusion de la médiation en cas de violences ne suppose pas nécessairement une condamnation pénale préalable. Le juge apprécie la situation. Voir la décision Notion-AI :.
En pratique, cela change la manière de constituer le dossier. Il ne suffit pas d’écrire « il y a des violences » sans rien joindre. Il faut produire les éléments disponibles : plainte, main courante, ordonnance de protection, certificats, messages, attestations, décisions pénales, échanges menaçants, preuves de contrôle économique, refus de communiquer les papiers, surveillance, chantage à l’enfant, incidents de remise.
Le but n’est pas de transformer chaque conflit en dossier de violences. Le but est d’éviter une médiation qui remettrait la victime face à une personne qui exerce encore une pression.
Médiation familiale et pension alimentaire
La médiation peut être utile pour fixer ou ajuster une pension alimentaire lorsque le désaccord porte sur le montant, les frais exceptionnels, la cantine, les activités, les transports ou les modalités de paiement.
Elle a une limite : elle ne remplace pas un titre exécutoire.
Si les parents trouvent un accord, il faut le formaliser. Selon les cas, l’accord peut être homologué par le JAF ou intégré dans une convention parentale. Sans cadre exécutoire, le parent créancier risque de se retrouver avec une promesse fragile. Si la pension n’est pas payée, il faudra ensuite obtenir un titre pour agir efficacement.
Lorsque la pension est déjà impayée, la médiation peut parfois aider à reprendre les paiements. Mais elle ne doit pas retarder les démarches utiles : ARIPA, paiement direct, saisie, demande de révision ou procédure devant le JAF. Si l’autre parent ne paie plus depuis plusieurs mois, le sujet n’est plus seulement relationnel. Il devient financier et probatoire.
Pour le chiffrage, il faut distinguer le calcul de la pension, les frais inclus, les frais exceptionnels et l’intermédiation financière. Le cabinet a déjà publié des analyses détaillées sur le calcul de la pension alimentaire et les frais inclus dans la pension alimentaire.
Médiation familiale, résidence et droit de visite
Pour la résidence de l’enfant et le droit de visite, la médiation peut permettre de régler des points que le jugement laisse parfois flous : horaires, lieu de remise, jours fériés, vacances, appels, informations scolaires, activités, frais de transport.
Mais certains conflits ne se règlent pas par une discussion générale.
Si un parent ne respecte pas les horaires, ne remet pas l’enfant, bloque les appels, change les vacances sans accord ou menace de partir à l’étranger, il faut souvent saisir le JAF avec des demandes précises. La médiation peut venir ensuite, une fois le cadre sécurisé.
Le dossier doit donc distinguer les sujets négociables des sujets qui nécessitent une décision :
- négociable : ajustement d’horaires, calendrier de vacances, partage de certains frais;
- à trancher : résidence principale, résidence alternée contestée, droit de visite médiatisé, interdiction de sortie du territoire, astreinte, amende civile, suspension ou encadrement du droit de visite;
- urgent : non-représentation d’enfant, départ imminent, violences, enfant en danger, refus répété d’exécuter une décision.
La médiation n’est utile que si elle produit un cadre. Sinon, elle devient un délai supplémentaire.
Que faire si l’autre parent exige une médiation avant toute procédure ?
Il faut d’abord vérifier s’il existe une décision antérieure.
Si un jugement prévoit une tentative de médiation avant une nouvelle saisine, il faut la lire précisément. Certains dispositifs visent seulement les désaccords futurs sur l’exercice de l’autorité parentale. D’autres parlent de résidence, de droit de visite ou de pension. Certains prévoient une exception en cas d’urgence ou de violences. D’autres sont plus secs.
Ensuite, il faut regarder votre demande.
Si vous voulez modifier légèrement un calendrier, la médiation peut être la voie la plus efficace. Si vous voulez suspendre un droit de visite parce que l’enfant est exposé à un danger, saisir le juge devient prioritaire.
Si l’autre parent exige une médiation uniquement pour gagner du temps, répondez par écrit. Proposez une date courte ou une médiation limitée. Indiquez que vous saisirez le JAF si aucune solution n’est trouvée dans un délai précis. Cette méthode montre que vous ne refusez pas l’amiable; vous refusez l’enlisement.
Paris et Île-de-France : comment préparer le dossier
À Paris et en Île-de-France, la médiation familiale peut être utile lorsque les parents doivent organiser des contraintes concrètes : trajets entre deux départements, horaires de sortie d’école, activités, vacances, transports, logement, garde alternée ou résidence principale.
Mais la logistique francilienne doit être prouvée. Un trajet « acceptable » sur une carte peut devenir difficile aux heures scolaires. Un calendrier théorique peut être impraticable avec les horaires de travail, les correspondances ou les activités de l’enfant.
Avant une médiation ou une audience JAF, préparez :
- le jugement ou la convention existante;
- un calendrier clair de l’organisation actuelle;
- la proposition de l’autre parent;
- votre proposition;
- les temps de trajet réels à Paris ou en Île-de-France;
- les échanges écrits sur les incidents;
- les pièces scolaires, médicales ou professionnelles utiles;
- les éléments de violences ou d’emprise si la médiation est inadaptée.
Le cabinet intervient sur ces dossiers en lien avec la page principale droit de la famille à Paris et les contentieux de résidence de l’enfant.
Les erreurs à éviter
Première erreur : croire que la médiation règle tout. Elle peut produire un accord, mais elle ne donne pas toujours un titre exécutoire suffisant.
Deuxième erreur : refuser sans explication. Même si le refus est légitime, il doit être documenté.
Troisième erreur : accepter une médiation dans un contexte de violences ou d’emprise sans alerter le juge. La loi prévoit une exception. Il faut l’invoquer.
Quatrième erreur : laisser passer une urgence. Une médiation fixée dans trois semaines ne protège pas un enfant qui ne revient pas, un départ à l’étranger annoncé ou un droit de visite dangereux.
Cinquième erreur : confondre médiation et renonciation. Participer à une réunion d’information ou à une médiation ne signifie pas accepter la demande de l’autre parent. Il faut toutefois éviter de signer un accord flou sous pression.
Sources utiles
Les textes principaux sont l’article 373-2-10 du Code civil, l’article 373-2 du Code civil, et les articles 373-2-6 à 373-2-13 du Code civil sur l’intervention du JAF.
Le décret n° 2025-660 du 18 juillet 2025, publié au Journal officiel du 19 juillet 2025, a renforcé la structuration des modes amiables de résolution des différends.
Les fiches officielles utiles sont la page Service-Public sur la médiation familiale, la page Justice.fr sur la médiation familiale, et la page CAF sur la médiation familiale.
Pour la jurisprudence et les pratiques de juridictions, voir également les décisions Notion-AI citées :,,.
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Le cabinet peut relire votre jugement, vos échanges et vos pièces pour déterminer si la médiation est utile, obligatoire dans votre cas, ou inadaptée en raison d’une urgence, de violences ou d’une emprise.
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Le cabinet intervient à Paris et en Île-de-France pour les dossiers de médiation familiale, de résidence de l’enfant, de droit de visite et de pension alimentaire devant le JAF.