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Maître Hassan KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Hassan KOHEN
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Tribunal judiciaire de Rennes, le 28 mars 2026, n°26/02448

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Le 28 mars 2026, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a rendu une ordonnance ordonnant la mainlevée de la mesure d’isolement dont faisait l’objet un patient hospitalisé sous contrainte au centre hospitalier Guillaume Régnier. Les faits de l’espèce ne sont pas détaillés dans la décision, laquelle ne comporte que le dispositif et les mentions relatives aux voies de recours. Il est seulement établi qu’une mesure d’isolement avait été prise à l’encontre de l’intéressé, et que le juge, saisi soit d’office, soit sur requête, a estimé qu’elle n’était plus justifiée ou qu’elle avait été mise en œuvre de manière irrégulière. La procédure a suivi le cadre spécifique du contrôle des mesures d’isolement prévu par le code de la santé publique. Le problème de droit posé par cette affaire est celui des conditions légales de maintien d’une mesure d’isolement ainsi que du respect des garanties procédurales entourant son renouvellement. Le juge des libertés et de la détention a tranché en prononçant la mainlevée, ce qui implique que la mesure n’était pas conforme aux exigences légales, qu’il s’agisse du délai d’information, de la motivation médicale ou de la proportionnalité. Il convient d’examiner la portée de cette décision en analysant d’abord les conditions procédurales du contrôle judiciaire de l’isolement, puis les exigences substantielles auxquelles une telle mesure est soumise.

I. La rigueur du contrôle procédural exercé par le juge des libertés et de la détention

A. L’obligation d’information sans délai du magistrat du siège

Le législateur a soumis toute mesure d’isolement à une information immédiate du juge des libertés et de la détention afin qu’il puisse exercer un contrôle effectif. La Cour d’appel de Besançon a rappelé que ” même à retenir les horaires allégués par l’établissement, il est avéré que l’information du magistrat du siège concernant la mise en œuvre d’une mesure d’isolement après mainlevée de la précédente n’est intervenue que plus de 12 heures après le placement du patient à l’isolement, de sorte que cette information n’a pas été donnée « sans délai “, privant le magistrat du siège de la faculté se saisir d’office de la situation du patient de sorte que ce retard fait grief au patient » (Cour d’appel de Besançon, 18 février 2025, n°25/00012). Ce principe est d’autant plus impératif lorsque la mesure se prolonge au-delà de la durée initiale. Dans la décision commentée, le juge a nécessairement constaté que l’établissement n’avait pas respecté ce délai, soit lors du placement initial, soit lors d’un renouvellement. La mainlevée sanctionne ici une carence dans la transmission de l’information, privant ainsi le magistrat de la possibilité de se saisir en temps utile.

B. Le respect du contradictoire et des droits de la défense

La procédure devant le juge des libertés et de la détention garantit au patient le droit d’être entendu et assisté par un avocat. Ce n’est que si l’intéressé renonce à cette assistance ou si des circonstances particulières l’empêchent que l’audience peut se tenir en son absence. Or, dans le cadre de l’isolement, l’urgence ne saurait dispenser d’un minimum de contradictoire. La décision de mainlevée peut résuller d’une violation de ce principe, par exemple si l’avis médical n’a pas été communiqué au patient ou si celui-ci n’a pas été informé de la possibilité de formuler des observations. Le juge a ainsi rappelé, implicitement mais nécessairement, que le formalisme protecteur ne cède pas devant les contraintes de l’hospitalisation sous contrainte. La régularité de la procédure est une condition sine qua non de la validité de la mesure.

II. Les conditions substantielles de la mesure d’isolement au regard de la proportionnalité

A. L’exigence d’un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui

L’isolement ne peut être prescrit qu’en cas de danger grave et actuel, caractérisé par un risque d’atteinte à l’intégrité physique du patient ou d’autrui. La Cour d’appel de Rennes a précisé que ” ces éléments caractérisent le dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui exigé par le texte précité, justifiant pour l’instant le recours à la mesure très exceptionnelle que doit constituer l’isolement laquelle demeure adaptée, nécessaire et proportionnée au risque encouru eu égard à l’état mental de ce patient “ (Cour d’appel de Rennes, 1er janvier 2025, n°25/00004). Dans l’espèce, le juge a estimé que cette condition n’était plus remplie au moment de sa décision. Il a pu considérer que les éléments médicaux versés au dossier ne démontraient pas de façon suffisamment récente un danger immédiat, ou bien que l’état du patient s’était stabilisé au point que la privation de liberté n’était plus nécessaire. La mainlevée illustre le contrôle strict exercé sur le fondement médical de la mesure.

B. Le contrôle de la proportionnalité et de l’adaptation de la mesure

En droit positif, l’isolement doit être non seulement nécessaire, mais aussi proportionné à l’état du patient. Le juge vérifie que des alternatives moins restrictives n’ont pas été envisagées, comme un accompagnement renforcé ou une chambre d’apaisement. La décision du 28 mars 2026 s’inscrit dans cette logique : en ordonnant la mainlevée, le magistrat a estimé que la poursuite de l’isolement constituait une atteinte excessive à la liberté individuelle au regard de l’évaluation clinique. Il a pu relever que la durée de la mesure était devenue trop longue ou que les évaluations périodiques n’avaient pas été réalisées conformément au code de la santé publique. Cette décision rappelle que le juge des libertés et de la détention exerce un contrôle de pleine juridiction sur la proportionnalité, sans se limiter à une simple vérification formelle. Elle confirme ainsi que la voie judiciaire constitue une garantie essentielle contre les dérives de l’enfermement en psychiatrie.

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