La question revient dans beaucoup de séparations conflictuelles : l’enfant peut-il parler au juge aux affaires familiales, à partir de quel âge, avec quel avocat, et que risque un parent qui n’a pas informé l’enfant de ce droit ?
L’actualité judiciaire donne une réponse utile. Dans un arrêt du 10 décembre 2025, publié au Bulletin, la première chambre civile de la Cour de cassation rappelle que le mineur capable de discernement doit être informé de son droit à être entendu et à être assisté d’un avocat. Surtout, elle précise que la charge de cette information et de sa justification peut peser sur le parent concerné. La décision concerne une procédure d’autorité parentale et de résidence des enfants devant le JAF : Cass. 1re civ., 10 décembre 2025, n° 24-11.604.
Pour les parents qui cherchent “juge aux affaires familiales”, “saisir le JAF”, “autorité parentale” ou “enfant entendu par le juge”, l’enjeu est concret. L’audition de l’enfant ne transforme pas le mineur en arbitre du conflit. Elle permet au juge d’entendre sa parole lorsque la procédure le concerne : résidence, droit de visite, garde alternée, autorité parentale, vacances, changement d’école ou conflit sur les modalités de vie quotidienne.
L’enfant ne décide pas, mais il peut être entendu
L’audition de l’enfant n’est pas un vote. Un enfant peut dire qu’il préfère vivre chez un parent, qu’il refuse un rythme de garde, qu’il veut rester avec sa fratrie, ou qu’il ne comprend pas la nouvelle organisation. Le juge écoute cette parole, mais il statue selon l’intérêt de l’enfant, les pièces du dossier et les capacités éducatives des parents.
La règle de base est posée par l’article 388-1 du Code civil. Dans toute procédure qui le concerne, le mineur capable de discernement peut être entendu par le juge ou par une personne désignée par le juge. Lorsque le mineur en fait lui-même la demande, son audition est en principe de droit.
Le mot central est “discernement”. La loi ne fixe pas un âge automatique. Le juge regarde la maturité, la capacité de compréhension, la faculté de formuler un avis réfléchi et la situation concrète. Deux enfants du même âge peuvent ne pas être traités de la même manière si l’un comprend les enjeux et si l’autre est trop exposé au conflit parental.
Les parents doivent informer le mineur de son droit à être entendu
Le droit d’être entendu n’a de sens que si l’enfant sait qu’il existe. C’est ici que l’arrêt du 10 décembre 2025 est important.
L’article 338-1 du Code de procédure civile prévoit que le mineur capable de discernement est informé par les titulaires de l’exercice de l’autorité parentale, ou par la personne ou le service à qui il a été confié, de son droit à être entendu et à être assisté d’un avocat. La décision concernant le mineur doit aussi mentionner que cette obligation d’information a été accomplie.
Dans l’affaire jugée le 10 décembre 2025, une mère reprochait à la cour d’appel de ne pas avoir recherché si les enfants avaient été informés de leur droit à être entendus et assistés d’un avocat. La Cour de cassation déclare son moyen irrecevable. Pourquoi ? Parce qu’un avis avait enjoint aux parties d’informer les enfants et que la mère n’avait pas justifié l’avoir fait.
La leçon pratique est simple : si le greffe, le juge ou la procédure demande aux parents d’informer l’enfant, il faut conserver une preuve. Une attestation, un courrier, une mention dans les conclusions, ou tout document adapté peut éviter qu’un parent reproche ensuite à la juridiction une omission qu’il a lui-même contribué à créer.
Qui peut demander l’audition de l’enfant ?
La demande peut venir de l’enfant lui-même. Dans ce cas, elle doit être formulée par écrit et transmise au juge. Il n’est pas nécessaire que l’enfant rédige une argumentation juridique. Il doit simplement exprimer qu’il souhaite être entendu dans la procédure qui le concerne.
La demande peut aussi venir d’un parent. Elle doit alors expliquer pourquoi l’audition est utile : conflit sur la résidence, refus d’aller chez l’autre parent, difficulté autour des vacances, volonté de maintenir une fratrie ensemble, inquiétude sur le nouveau rythme, ou changement important dans la vie de l’enfant.
Le juge peut également décider d’entendre l’enfant de sa propre initiative. Il peut refuser la demande d’un parent si l’enfant n’a pas le discernement suffisant, si la procédure ne le concerne pas directement, si l’audition n’est pas nécessaire à la solution du litige, ou si elle est contraire à l’intérêt de l’enfant.
L’avocat de l’enfant n’est pas l’avocat d’un parent
Le mineur peut être entendu seul, avec un avocat, ou parfois avec une personne de son choix si cela reste conforme à son intérêt. Lorsque l’enfant demande un avocat et n’en a pas, une désignation peut être sollicitée.
Il faut éviter une confusion fréquente : l’avocat de l’enfant ne sert pas à renforcer la stratégie d’un parent. Il aide le mineur à comprendre l’audition, à exprimer sa parole, et à ne pas être utilisé comme instrument du conflit. Son rôle est distinct de celui de l’avocat du père ou de la mère.
Cette distinction compte dans les dossiers tendus. Un parent peut vouloir produire des messages de l’enfant, des enregistrements, des lettres ou des propos rapportés. Le juge peut y voir un signal utile, mais il peut aussi y voir une pression. Lorsque l’enfant est placé au centre du conflit, la demande d’audition doit être préparée avec prudence.
Faut-il pousser son enfant à écrire au juge ?
Non. Il faut informer l’enfant, pas le programmer.
La bonne méthode consiste à expliquer sobrement qu’il existe un juge, que ce juge doit décider de questions qui le concernent, et qu’il peut demander à être entendu s’il le souhaite. Il ne faut pas dicter un courrier, corriger les mots pour les rendre plus “forts”, faire répéter une version, ni promettre que le juge suivra son avis.
Un courrier trop rédigé par un adulte se voit vite. Il peut desservir le parent qui l’a inspiré. Il peut aussi mettre l’enfant dans une position impossible : dire ce qu’un parent attend, puis porter la responsabilité d’une décision qu’il ne maîtrise pas.
L’information utile tient en quelques points : l’enfant peut demander à parler au juge ; il peut être assisté par un avocat ; il n’est pas obligé de choisir entre ses parents ; le juge n’est pas obligé de suivre son avis ; il peut refuser d’être entendu si cette démarche le met mal à l’aise.
Que contient une bonne demande au JAF ?
Une demande sérieuse ne se limite pas à écrire : “mon enfant veut être entendu”. Elle doit replacer l’audition dans le litige.
Si le conflit porte sur la résidence, il faut expliquer depuis quand le rythme actuel existe, comment l’enfant le vit, quels incidents sont apparus, ce que disent l’école, les médecins, les échanges entre parents et les éventuels professionnels.
Si le conflit porte sur le droit de visite, il faut distinguer le refus ponctuel, le refus durable, la peur exprimée, le conflit de loyauté et l’opposition entretenue par l’un des parents. Le juge ne traite pas ces situations de la même manière.
Si le conflit porte sur l’autorité parentale, l’audition peut éclairer une décision sur l’école, la santé, les activités, le lieu de résidence ou les relations avec les proches. Elle ne remplace pas les preuves : messages, attestations, bulletins scolaires, certificats, décisions antérieures, calendrier d’accueil.
Les erreurs qui fragilisent un dossier
La première erreur est de présenter l’enfant comme le décideur. Une phrase comme “il a choisi son père” ou “elle a choisi sa mère” affaiblit souvent le dossier. Le juge cherche l’intérêt de l’enfant, pas un résultat imposé par la parole d’un mineur.
La deuxième erreur est de faire pression. Menacer l’enfant, lui dire qu’il trahit un parent, lui demander de répéter une version, ou lui faire porter le poids financier et affectif de la séparation peut se retourner contre le parent qui agit ainsi.
La troisième erreur est de confondre audition et preuve unique. L’audition n’efface pas l’absence de dossier. Si un parent soutient que l’autre dénigre, empêche les appels, ne respecte pas les horaires ou met l’enfant en danger, il doit produire des éléments objectifs.
La quatrième erreur est de ne pas justifier l’information donnée au mineur. Après l’arrêt du 10 décembre 2025, ce point doit être traité avec méthode. Si l’information devait être donnée, il faut pouvoir montrer qu’elle l’a été.
Paris et Île-de-France : préparer l’audition sans créer de débordement
À Paris, Créteil, Nanterre, Bobigny, Versailles ou Pontoise, les délais JAF et la densité des dossiers imposent d’aller droit au point. Une demande d’audition doit être lisible, datée et reliée à une question que le juge doit trancher.
Préparez le jugement existant, la requête ou les conclusions, le calendrier de résidence, les échanges utiles, les justificatifs scolaires ou médicaux, les attestations sobres, et la preuve que l’enfant a été informé de son droit à être entendu et à être assisté d’un avocat.
Si le dossier est urgent, par exemple parce qu’un enfant refuse tout retour chez l’autre parent ou parce qu’un déménagement est imminent, il faut articuler l’audition avec la demande principale. L’audition n’est pas toujours le premier outil. Une demande de modification provisoire, une enquête sociale, une mesure d’accompagnement, une médiation, ou une décision rapide sur la résidence peuvent être plus adaptées selon les faits.
Pour une stratégie complète, consultez aussi la page du cabinet sur l’autorité parentale à Paris et celle consacrée à la résidence de l’enfant. La page générale du cabinet en droit de la famille à Paris présente les principaux contentieux traités.
Ce qu’il faut retenir avant de saisir le JAF
L’enfant capable de discernement peut être entendu par le juge dans une procédure qui le concerne. Son audition est un droit, mais elle n’est pas un pouvoir de décision.
Les parents doivent l’informer de ce droit et de la possibilité d’être assisté par un avocat. Lorsque la procédure demande de justifier cette information, il faut garder une trace.
La demande d’audition doit rester sobre. Elle doit protéger la parole de l’enfant, pas l’utiliser comme une pièce de combat. Plus le conflit est intense, plus la méthode compte.
L’arrêt du 10 décembre 2025 rappelle enfin un point de procédure qui devient pratique : un parent qui ne justifie pas avoir informé l’enfant ne peut pas toujours reprocher ensuite au juge de ne pas avoir vérifié cette information. Dans un dossier JAF, l’audition de l’enfant se prépare donc comme le reste du dossier : avec des faits, des pièces et une stratégie claire.
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